Pour une Région Ile de France qui mette ses universités au cœur de son dispositif.

La région Ile de France est celle où le potentiel de recherche et d’enseignement supérieur est le plus élevé. Il n’est pas sûr qu’elle soit celle où il est le plus exploité. Cela tient essentiellement dans la sous-exploitation du potentiel des universités de la région.

Il y a 16 universités en Ile de France avec une grande diversité quant à leur offre de formation et à leur potentiel de recherche. Avec l’université P&M Curie à Paris et Paris Sud à Orsay, l’Ile de France possède les deux universités françaises dans les 100 premières mondiales et dans les 10 premières de l’Union Européenne. Elles sont suivies par Paris Diderot (150 premières) et Paris Descartes (200 premières). Même si elles subissent durement la concurrence pas toujours loyale des grands établissements, des universités principalement de sciences humaines (Paris Sorbonne, Panthéon Sorbonne, Nanterre voire Vincennes-St Denis et Sorbonne Nouvelle) ont une grande renommée internationale et attirent de nombreux étudiants étrangers d’Amérique du nord, d’Europe et d’Asie. Mais d’autres ont su faire leur place dans les grandes agglomérations Créteil, Cergy-Pontoise, Marne-la-Vallée, Versailles-St-Quentin, Evry et Paris 13 en Seine-St-Denis.

Cependant, le dispositif universitaire francilien est mal utilisé par les entreprises et les décideurs politiques. En effet, les universités franciliennes, du fait que la loi leur interdit de choisir leurs étudiants, subissent de plein fouet la concurrence des grandes écoles et des écoles d’ingénieur d’où sont issus la majorité des responsables industriels et les membres de la haute administration. Les lois d’autonomie successives n’ont été que partielles et nos universités restent soumises au dirigisme et à la surveillance tatillonne des hauts fonctionnaires de l’Etat.

La fluidité nécessaire des étudiants dans le réseau des universités franciliennes est une nécessité pour ajuster les demandes aux possibilités. Elle est entravée par faits majeurs. Même si la dernière décision de la majorité régionale concernant le Passe Navigo est une bonne chose, les distances entre le lieu de résidence des étudiants et les centres universitaires est un lourd handicap si on le compare à la situation des universités des métropoles capitales de l’Europe et de l’Amérique du nord. D’autre part, les universités n’ont pas, pour la plupart d’entre elles, la maitrise des logements étudiants. La Région devrait donc repenser sa politique en matière de logement étudiant. Une discussion à ce sujet doit être très vite enclenchée avec les responsables des universités sur l’ouverture de logements étudiants dans ou à proximité des campus universitaires et dont l’occupation soit placée sous le contrôle direct des universités. Certes toutes celles-ci ne le réclament pas. Mais rien n’empêche une démarche expérimentale pour celles qui le souhaitent.

Pour renforcer la jonction entre les entreprises, grandes et petites, avec les universités deux choses sont à considérer : la formation tout au long de la vie et la coopération entre les entreprises et les laboratoires. Sur le premier aspect, la Région doit revoir sa politique dans l’affectation des moyens de la formation continue en exigeant, dans un cadre contractuel, des uns et des autres qu’ils élaborent une stratégie et des opérations communes. D’une manière plus précise il est nécessaire que l’alternance devienne une exigence pour les universités pour toutes les formations à caractère professionnel. Je suggère de faire dépendre l’affectation de moyens aux uns et aux autres à cette condition. Sur le second aspect, il convient d’ouvrir les campus au monde industriel en allant au-delà des incubateurs et des opérations de prototypage, par exemple en créant des parcs industriels ouverts gérés de manière autonome au cœur des campus. De tels dispositifs existent dans toutes universités nord-américaines et aussi dans de nombreuses universités européennes et dans plusieurs métropoles régionales. L’Ile France est en retard sur ce point.

D’autres problèmes pourraient être évoqués. Par exemple, les universitaires de la région, dans plusieurs zones, sont fortement pénalisés par le coût du logement, surtout au début de leur carrière. Il conviendrait de voir quels programmes régionaux pourraient être développés à ce sujet. La région pourrait encourager les contacts entre les universités franciliennes et les écoles primaires, les collèges, les lycées pour lutter contre la mentalité ségrégationniste qui gangrène notre corps social et pas uniquement dans les zones d’éducation prioritaire. Enfin, la région devrait jouer un rôle beaucoup plus important en ce qui concerne le réseautage des universités franciliennes. La France, depuis la renaissance des universités en 1970, la scission entre les disciplines scientifiques et médicales d’une part et les disciplines des sciences humaines et sociales a été une erreur dramatique dans toutes les grandes villes (Paris, Lyon, Marseille, Lille, Grenoble, Lille, Strasbourg). La recréation d’universités globales dans Paris intramuros est une nécessité. Les COMU ne constituent qu’un pis-aller qui ne durera pas. La Région doit s’impliquer dans ce processus.

Gilbert Béréziat Palaiseau le 28 juillet 2015

Président honoraire de l’université Pierre et Marie Curie

Professeur honoraire à la faculté de médecine

Ancien directeur d’unité de recherche au CNRS

Ancien chef de service à l’hôpital Saint Antoine

Ancien délégué général de Paris Universitas

 

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