Il est grand temps de changer les sacro-saintes règles de la publication scientifique.

Le Monde se fait l’écho dans sa livraison du 15 juillet de la sanction que vient d’infliger le CNRS à l’un de ses chercheur, au demeurant mercenaire à l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich (19ème mondiale au classement de Shanghaï) qui s’est révélée être plus indulgente. Il faut dire que le monsieur en question n’est pas n’importe qui et que sans doute son contrat à l’ETHZ doit être solide puisqu’il y dirige un important laboratoire de biologie moléculaire végétale. Maladroitement il essaye de dédouaner ses collaborateurs comme si ceux-ci ne pouvaient être au courant voir complices des déductions hâtives, des données falsifiées, des illustrations bidouillées…

Comme dans d’autres cas qui ont défrayé la chronique en biologie, de « la mémoire de l’eau » aux résultats abusifs sur le « Paf-acéther » les sanctions sont cependant modestes par rapport au discrédit qui ne manquera pas de retomber aussi sur les trente personnes de son laboratoire. Les français ne sont pas leurs seuls spécialistes de la fraude aux publications mais quelques noms célèbres sont dans toutes les têtes. Le anglo-saxons et leurs affidés sont protégées par l’omerta qui reste de mise dans les grandes revues qu’ils contrôlent et ils restent discrets sur les nombreuses affaires qui circulent sous le manteau. Ce qui est en cause c’est tout de même la chasse aux publications avec son corollaire des citations des articles publiés avec les exigences des lecteurs anonymes de nombreuses revues sans d’ailleurs qu’eux-mêmes soient surveillés pour leur comportement éthique dans l’utilisation qu’ils font des résultats dont ils ont eu connaissance.

Des chercheurs nord-américains ont proposé une parade à tous ces problèmes en réclamant que les publications puissent être faites sans avis de comités de lecture directement sur la « toile ». D’ailleurs une expérimentation est en cours et je crois qu’elle connait un certain succès. Certains s’y opposent au titre de la nécessaire conservation des données pour le transfert des résultats de la recherche et la protection des inventions et donc des dommages qui pourraient résulter du fonctionnement ouvert. Mais à l’heure de la mondialisation des savoirs et de la rapidité des transferts par les moyens numérique je crois que ce secret est devenu un secret de polichinelle. Je plaide depuis fort longtemps pour un rapprochement entre le monde industriel et le monde académique de façon à ce que les innovateurs se retrouvent en prise directe avec les laboratoires. Mais pour cela il faut qu’en France le monde industriel soit prêt à en payer le prix et change sa vision des universités et des laboratoires de recherche académiques. Or notre pays est empègué par son adulation des systèmes classes préparatoires / écoles d’ingénieur qui développe l’indifférence voir la défiance des jeunes vis-à-vis du monde de la recherche.

En réalité le principal obstacle réside dans la grande famille des évaluateurs réunis qui cumulent allègrement des fonctions de pouvoir dans les laboratoires des universités, des instituts et des organismes de recherche et d’évaluation dans les commissions qui décident de l’attribution des moyens aux chercheurs. Ces mêmes personnes dirigent généralement des laboratoires et ne souhaitent pas que les chercheurs qui se trouvent placés sous leurs ordres puissent s’affranchir de leur tutelle impérialiste. Les chercheurs se trouvent de ce fait dans la position des Dêmiourgos, les esclaves publics de la Grèce archaïque. Il est donc grand temps pour les institutions universitaires d’affranchir leurs chercheurs des « patrons » qui exigent de donner leur avis sur les publications et qu’ils s’abstiennent d’exiger de ceux-ci la première ou la dernière place dans les publications. Qu’ils se contentent de celle qui leur sera proposée en fonction de leur implication.

Gilbert Béréziat

Palaiseau le 15 août 2015

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