Que penser de l’autonomie des universités et de la sélection à l’entrée de l’université ? Questions bigrement d’actualité.

Mon interview Publiée dans LE FIGARO – Le 30 octobre 2006
Dix ans plus tard pas une ligne n’est à changer…

La sélection à l’entrée de l’université ?
Les bacheliers devraient avoir le droit de déposer des dossiers où ils veulent et les universités celui de les refuser. La France souffre d’un manque de réalisme. Elle pratique l’une des sélections les plus précoces et les plus sévères qui existent puisque dès 13 ou 14 ans, on s’occupe de l’orientation. Sans compter le système des classes préparatoires qui ne pratique pas une sélection mais une ségrégation des élèves les plus agiles intellectuellement. On sort les plus brillants du troupeau pour les isoler et les ghettoïser dans des écoles. Après on s’étonne de la rupture entre les élites dirigeantes et le reste de la population !
Faut-il augmenter les droits d’inscription ? Nulle part dans le monde, les droits d’inscription ne permettent de régler le financement des universités. Il s’agit plus d’une justice dans la répartition de l’impôt. Je suis partisan d’un système qui module les frais en fonction de la situation financière des familles.
Êtes-vous pour ou contre l’autonomie des universités ?
L’université P&M Curie a un budget annuel de 100 millions d’euros environ, hors salaires soit 400 millions d’euros en tout. Mais il y a le financement apporté aux laboratoires par le CNRS et l’INSEM soit en salaire soit en emplois qui doit augmenter de 30% celui-ci. L’autonomie n’est donc que relative notamment en termes de gestion du patrimoine, sur l’utilisation de la masse salariale. Je suis pour une autonomie totale. Les universités doivent devenir, comme les collectivités territoriales, propriétaires de leurs locaux et la masse salariale doit leur être transférée, compris celle gérée par les organismes de recherche.
Avec l’autonomie, les diplômes ne seraient plus nationaux ?
C’est la tarte à la crème ! Mais les gens savent déjà que les diplômes universitaires ne sont pas équivalents. Il faut accepter la différence et la diversité, ce sont des atouts. Les universités ont des fonctions différentes. Ce n’est pas la même chose que de faire de la recherche à Paris-VI, que dans une autre fac destinée au développement régional. L’excellence ne peut pas être partout.
Faut-il supprimer les grandes écoles ?
On parle toujours de grandes écoles même quand on évoque les plus petites ! Pour moi, il n’y a en France qu’une dizaine de grandes écoles. Ce double système est délétère car la caste dirigeante est toujours issue des grandes écoles. Elle se bat pour conserver les emplois pour la petite famille sociologique qu’elle représente. C’est du poujadisme. Je préconise de mettre les deux systèmes à égalité. Pourquoi ne pas intégrer Polytechnique à l’université d’Orsay ? Quand on a créé des masters communs avec Polytechnique, le Général m’a dit que les étudiants allaient venir à Paris-VI parce que le diplôme coûte moins cher chez nous qu’à l’X. Est-il normal aujourd’hui de donner un salaire à certains étudiants et pas à d’autres ? Je suis pour la suppression du salaire donné aux normaliens et aux polytechniciens. Ou alors, qu’ils aillent enseigner dans les lycées !

Palaiseau le 27 juin 2015

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