Les journalistes français sont-ils aveugles. Palaiseau 15 juin 2015

Tout à leur sport favori du « Hollande bashing », et du dénigrement de l’action de Manuel Valls, ils apportent leur soutien à l’entreprise de mystification de Philippot et de sa bande sans voir dans quel engrenage ils se sont engagés. La dédiabolisation du FHaine ressemble à s’y méprendre avec l’opération de récupération des néofascistes italiens réalisée par Berlusconi au début des années 2000. On s’attendrait à mieux des chaînes d’information en continu voir d’autres chaînes que cette complaisance, à moins que ce soit le résultat de l’ignorance crasse de ces interviewers professionnels.

Quoi qu’il en soit, on assiste dans toute l’Europe une tentation qui ressemble à s’y méprendre à celle qui jeta la droite allemande des années trente dans les bras des nazis. En Finlande la droite s’allie avec le parti xénophobe des « Vrais Finlandais ». Au Danemark elle s’allie au parti du peuple Danois, comme elle s’était accommodée de l’occupation nazie. En Hongrie Victor Orban mène une politique ouvertement xénophobe et lorgne vers Moscou ! En Belgique, Charles Michel président du parti francophone ultra-minoritaire cautionne la politique séparatiste des flamingants et le vice premier ministre Kris Peters est en fait le véritable patron et ce grâce aux 8% des voix qui se sont portées sur le Parti du Travail belge, l’équivalent chez nous du front de gauche. En Grèce, Tsipras s’est allié à un parti nationaliste pour gouverner. En Autriche, dans la région de Styrie les socio-démocrates ont dû laisser le poste de gouverneur à la droite pour éviter la constitution d’un exécutif Droite-Extrême droite. En suède pour éviter l’arrivée au gouvernement de membres de l’extrême-droite, un accord de gestion entre tous les autres partis devrait maintenir la stabilité jusqu’en 2022 !

Tous ces éléments constituent des pièges mortels pour nos sociétés auxquels on ne peut répondre que par une politique active d’intégration des jeunes non seulement dans les états constituants l’Union Européenne mais dans l’Europe tout entière et ce quelle que soit leur conception philosophique de la vie. Cela passe d’abord par une intégration des jeunes dans chacun des états et de ce point de vue la situation française est loin d’être idéale avec ses circuits scolaires particulièrement discriminatifs. Rien n’est impossible. Qui aurait cru qu’en Irlande le peuple autoriserait le mariage pour tous par-dessus une hiérarchie religieuse conservatrice. Je suis persuadé que la seconde génération des français venus du monde dit arabo-musulman va se poser inéluctablement des questions en matière de droit des femmes, de la dissociation entre la légende des discours religieux et la réalité de l’origine de l’univers et de la vie.

En Italie, la situation reste fragile car ce pays est au premier rang pour subir le choc migratoire induit par les officines qui agissent dans les pays de l’Afrique et du Moyen Orient dans le but de réaliser des profits scandaleux mais peut-être aussi de déstabiliser l’Union Européenne. En Espagne et au Portugal après six années d’une austérité insupportable pour les plus faibles la situation semble évoluer. Dans ces deux pays les jeunes se sont massivement expatriés d’une part à l’intérieur de l’union d’autre part vers l’Amérique latine, les Etats Unis ou le Canada. De l’Espagne des forces alternatives se sont levées La militante anti-expulsion Ada Colau, 41 ans, a été investie à Barcelone avec une majorité absolue de 21 voix contre 10 pour le conservateur sortant Xavier Trias et à Madrid, Manuela Carmena, ex-magistrate de 71 ans, militante anti-franquiste, est devenue la première édile « indignée » élue, avec une majorité absolue de 29 sur 57 voix. Avec Valence et Saragosse, quatre grandes villes sont désormais dirigées par des élus issus de plateformes citoyennes ou proches du mouvement des « indignés » et du parti antilibéral Podemos.

Nous verrons à l’automne si les élections législatives en Espagne et au Portugal permettront l’élaboration d’une stratégie de l’Europe du Sud face aux réactionnaires conservateurs de l’Est de l’Europe. Je reste persuadé qu’il est possible d’enfoncer un coin entre les modérés et la droite dure. Cela est important pour que les pays du nord de l’Europe ne baissent pas la garde pour la défense des acquis sociaux.

Je reste persuadé que le traumatisme du référendum sur l’Europe doit être surmonté. On ne fera pas l’économie d’une plus grande intégration économique et un plus grand rôle du parlement à condition que les élus représentent vraiment les citoyens sans distinction des états membres. Mais ce qu’il faut en France que la gauche de la gauche dispersée entre les communistes, les mélanchonistes, les écoloduflotistes comprennent que cela ne pourra pas se faire sans discussion avec la droite modérée et sans compromis et de ce point de vue, ce qui s’est passé en Espagne cette semaine montre que c’est possible.

Gilbert Béréziat

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