Agonie de la Noblesse d’Etat ?

Le 5 juin 2015, Manuel Walls reprenant à son compte le rapport de Bernard Attali propose de réformer l’Ecole polytechnique en supprimant la solde des élèves et le classement de sortie permettant le recrutement direct dans les grands corps de l’Etat. Il propose en outre la fusion au sein d’une nouvelle Ecole Polytechnique de toutes les écoles qui ont vocation à rejoindre le plateau de Saclay et propose que la nouvelle école recrute dès la sortie du lycée et qu’elle institue donc un cycle licence.

Ces propositions sont à saluer parce qu’elles vont dans le bon sens. Cependant, elles seront insuffisantes pour résoudre la crise de la production française de biens à haute valeur ajoutée, action nécessaire pour la survie économique à long terme du pays.

  1. La production actuelle de recherche de l’ensemble des établissements visées par la proposition Attali, si l’on se réfère aux publications référencées par ISI-web of science, moteur de recherche universellement reconnu par la communauté scientifique, restera inférieure à celle des meilleures universités française (université P. & M. Curie et université Paris Sud). Pour que se constitue sur le site de Paris Saclay une université qui soit leader Français il est nécessaire que la nouvelle Ecole Polytechnique, l’université Paris Sud et le centre de recherche de Saclay s’unissent au sein d’une université reconnue comme telle par la communauté scientifique mondiale c’est-à-dire qu’elles fusionnent. De plus aucune université de classe mondiale ne peut exister aujourd’hui sans disposer d’un centre hospitalo-universitaire digne de ce nom. Et clairement, ni le CHU de Bicêtre, beaucoup trop éloigné, ni l’hôpital rikiki Joliot-Curie d’Orsay ne pourront faire l’affaire.
  2. Le recrutement dans les grands corps de l’Etat doit évidemment être soumis à une compétition plus franche et plus honnête qu’aujourd’hui. Tous les titulaires d’un diplôme de Doctorat doivent pouvoir concourir pour ces emplois. Ce diplôme devenant un prérequis nécessaire à ce recrutement.
  3. Le recrutement des étudiants doit être effectué par les écoles et les universités sur une base concurrentielle. En ce sens, il faut revenir sur la loi Fioraso mettant en place un « droit d’accès » aux filières sélectives pour les meilleurs lycéens, texte fortement dénoncé par la coordination des universités françaises intensives en recherche. Toutes les filières de l’enseignement supérieur doivent être sélectives et c’est aux établissements de faire le job et non pas aux lycées ou aux classes préparatoires.
  4. Il faut donc ne plus se retrancher derrière le monstre technocratique instauré autour de Paris Saclay qui aujourd’hui n’est un gisement d’emplois pour hauts fonctionnaires de second rang. Mieux vaut parachever la réforme initiée par Sarkozy et enterrée par le même lorsque les hauts fonctionnaires de Bercy firent valoir leur point de vue refusant toute autonomie financière réelle à la dizaine d’universités françaises intensives en recherche et en construisant à la place un nouvel échelon bureaucratique que sont les COMUE ou le associations de même type.

Gilbert Béréziat

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