Allocution prononcée à la journée d’hommage à Jacques Polonovski organisée par ses élèves à la faculté de médecine Pierre et Marie Curie dans le grand amphithéâtre du site Saint Antoine en présence de son épouse de sa famille et de la communauté universitaire le 17 janvier 2014

Nous et lui

L’intérêt de Jacques Polonovski pour les sciences vint de loin. « La tradition de toutes les générations mortes [écrivait Marx] pèse d’un poids très lourd sur le cerveau des humains ». Son grand-père et sa grand-mère paternels étaient des chercheurs reconnus. Son grand-père maternel était pharmacien. Le premier fit des études de chimie à Heidelberg. Après être retourné en Russie pour épouser Natalie, il vint avec elle à Zurich et ils y préparèrent leurs thèses de chimie organique qui furent soutenues en 1888. Mais la Russie n’est plus celle entrevue du temps de Catherine la Grande, celle qui correspondait avec Voltaire et Diderot. Craignant sans doute le virage ouvertement antisémite de la politique du tsar policier Alexandre III qui, par les lois de mai 1882 va inaugurer une politique ségrégationniste qui ira s’amplifiant jusqu’à la révolution bolchevique, sitôt leur doctorat en poche, ils s’installent à Mulhouse, alors sous domination de l’Allemagne, et Max travaillera dans un laboratoire de chimie des colorants. L’année suivante naissait Michel, le père de Jacques Polonovski. La famille arrive à Paris en 1893 et Max créera un laboratoire de chimie. Max et Natalie obtiennent la nationalité française en 1904. Max décèdera quelques mois avant l’entrée de la France dans la seconde guerre mondiale. Michel Polonovski, qui est considéré comme le créateur de la biochimie médicale était un élève doué. A l’issue de ses études secondaires, après le baccalauréat, il poursuivit tout à la fois des études de sciences, de médecine et de lettres. Il prépare l’agrégation de médecine dans le laboratoire d’Alexandre Desgrez qui est à la fois chimiste, hydrologue et professeur à la faculté de médecine de Paris. La grande guerre va interrompre sa carrière mais lui fera rencontrer celle qui deviendra son épouse Yvonne Debach. C’est elle qui le convertira à la foi chrétienne et plus précisément au credo catholique. Il est reçu maître de conférences agrégé de chimie médicale (on dirait professeur de seconde classe aujourd’hui) en 1920, année de la naissance de Jacques à la faculté de médecine et de pharmacie. Il a trente et un ans ! La famille va donc déménager pour Lille où elle restera 16 ans. Michel Polonovski y tissera de solides amitiés. Elles se traduiront, entre autres, par le Précis de Biochimie Médicale rédigé avec Paul Boulanger que son fils entretiendra. C’est donc à Lille que Jacques Polonovski va effectuer sa scolarité secondaire et obtenir en 1936 les deux baccalauréats de mathématique élémentaire et de philosophie. La même année, Michel Polonovski est nommé titulaire de la chaire de Chimie à la faculté de médecine de Paris et de ce fait va présider à l’émergence de la biochimie comme discipline majeure du cursus médical préclinique. Michel Polonovski s’est toujours préoccupé des applications qui pouvaient être faites des recherches entreprises. Il le devait sans aucun doute de son père Max et peut être aussi à son grand-père Meishe Polonovski qui fut industriel quelque part aux confins de la Pologne et de la Biélorussie. La famille s’installe donc à Paris et, les classes préparatoires scientifiques venant être créées, Jacques Polonovski s’inscrit au lycée Saint-Louis pour y préparer le concours d’entrée à l’école normale supérieure. Il y sera reçu à la veille de la seconde guerre mondiale et la même année il obtint son SPCN ce qui prouve qu’il avait déjà les études médicales en point de mire. Dire que la vie à la rue d’Ulm fut quelque peu bousculée par la guerre et l’occupation nazie est un euphémisme. En l’absence de Jérôme Carcopino, le directeur pétainiste, la promotion fut reçue par son suppléant, le physicien Georges Bruhat. Ce dernier, résistant de la première heure, ayant refusé de donner des renseignements sur des élèves sera arrêté par la Gestapo puis déporté à Buchenwal où il mourra. La première année effectuée pendant la « drôle de guerre » se déroula à peu près normalement exception faite d’une préparation militaire qui s’avéra totalement inutile car en mai le blitzkrieg balaye l’armée française et la république. Pétain prend le pouvoir. En juin 1940 l’école est dispersée, l’administration se replie à Lyon en novembre et ne reviendra à Paris qu’en 1943 ! Jacques Polonovski retrouve ses parents à Bordeaux et c’est là qu’il passera les examens de physique générale et de calcul différentiel. Il y fit également la connaissance de Michel Machebœuf que Michel Polonovski avait connu à Lille et qui dirigeait alors un laboratoire et revint à Paris à l’automne 40 avec son père. La rue d’Ulm est occupée par la Wehrmach. Les élèves se replient alors rue Descartes avec un nombre de professeurs clairsemé et s’organisent pour s’auto-enseigner et passer avec succès leurs examens. Comme quoi on peut s’interroger sur l’utilité des professeurs des classes préparatoires qui viennent de défrayer la chronique. Jacques Polonovski participa activement aux activités de ceux que l’argot normalien appelle les Tala (ceux qui vont à la messe) et plus largement au groupe catholique des étudiants de sciences avec lesquels il est resté très longtemps en rapport. Je suppose que c’est dans ce groupe qu’il vous rencontra madame. Il y rencontra également Maxime Lamote qui devint par la suite son beau-frère. En 1943 il prépare son diplôme d’études supérieures dans le laboratoire de son père à la faculté de médecine sur un cérébroside provenant de la rate d’un patient atteint de la maladie de Gaucher. L’année suivante il prépare l’agrégation de sciences qu’il réussit sans problème. Jacques Polonovski reprend alors les études de médecine en même temps qu’il commence un travail de recherche à l’institut Pasteur dans le laboratoire dont Michel Machebœuf vient de prendre la direction. Michel Machebœuf, le père des cénapse protéino lipidiques, calfeutré sous ses fonctions de président du PUC et du sport scolaire et universitaire, est aussi membre d’un réseau de renseignement et à la libération il est choisi pour accompagner l’armée américaine en Allemagne pour étudier le matériel de guerre non connu des alliés. L’année 1943 fut l’année de tous les dangers, la traque aux juifs et aux résistants s’amplifie après que les alliés eurent libéré le Maroc et l’Algérie, mais la victoire soviétique à Stalingrad sonne le glas du nazisme, les attentistes commencent à se mobiliser et les vychistes modérés changent de camp. L’année 1944 fut encore une année compliquée, Jacques et vous vous mariez en mars mais le voyage de noce en terre auvergnate est écourté par la nouvelle de l’arrestation par la police de Michel Polonovski comme il diffusait la presse clandestine et que Claude Polonovski son second fils était au maquis on craint qu’il soit déféré à la Gestapo. Il sera relâché à la suite de l’intervention de Daniel Santenoise, Michel Machebœuf et de Louis Justin Besançon. La libération vous trouve sur les terres résistantes du Jura et il vous faut quatre jours pour regagner Paris libéré. En Janvier de l’année suivante naquit Brigitte votre première fille. Jacques Polonovski était un homme pudique et tolérant, il ne parlait jamais de lui et le moins possible de sa vie privée. Mais j’ai cru bon de rappeler ces choses aujourd’hui alors qu’un vent mauvais se lève sur toute l’Europe et que le souvenir des grandes boucheries du 20ème siècle ne s’estompe. Si l’on prend en compte les deux générations précédentes, un tiers des français actuels ont une origine étrangère et dans ce pays, depuis la révolution française c’est le droit du sol qui fait que chaque enfant né en France est français et ceux qui acquièrent de leur vivant la nationalité française ne peuvent en être déchus par le fait du prince. Nombreuses sont les personnalités françaises du monde des sciences, des lettres, des arts et de l’entreprise qui sont dans ce cas pour ne pas parler de  Maria Salomea Skłodowska qui a donné une partie de son nom son nom à notre université. La vigilance s’impose car comme le faisait remarquer Théodore Monod, l’hominisation n’est pas achevée. A Pasteur les choses sérieuses commencent. Jacques Polonovski va y rencontrer Georges Cohen, Roger Monnier, François Gros et Jean Marie Duber et son activité de recherche lui permettra de soutenir en 1949 sa thèse de médecine et son doctorat es sciences. La première sur le vieillissement du sérum et le second sur l’effet des ammoniums à chaîne hydrophobe sur les lipoprotéines et les enzymes prémices d’un sujet de recherche qu’il ne quittera jamais et qui, comme son père, l’amènera à côtoyer le monde industriel. C’est d’ailleurs pourquoi, dans son laboratoire, nous n’avons pas attendu d’être déniaisés par jean Pierre Chevènement pour trouver auprès d’eux les compléments financiers nécessaires pour nos recherches. La même année, Jacques Polonovski est reçu maître de conférences agrégé de chimie biologique dans le laboratoire de Paul Valdiguier. Toute la famille s’installe donc à Toulouse. Dans ce laboratoire il va travailler avec Louis Douste Blazy son cadet d’un an et les deux familles développeront une amitié qui ne s’est jamais démentie et qui diffusera à leurs élèves respectifs, et en particulier à Hugues Chap et moi-même, de sorte qu’une émulation de bon aloi existera toujours entre les deux laboratoires qui avaient en commun de nombreux axes de recherche, cette connivence culminera en septembre 1988 lorsque les deux laboratoires organiseront une conférence internationale sur les lipoprotéines et les phospholipases dans le grand amphithéâtre des Saints Pères en l’honneur de leurs deux patrons. En 1952, l’un des agrégés parisiens de biochimie ayant décidé d’émigrer au Canada, Jacques Polonovski est de retour à Paris dans le laboratoire que son père a créé à la toute nouvelle faculté de médecine rue des St Pères. En 1953, Michel Machebœuf décède d’un cancer du Poumon et Jacques Polonovski accueille dans son équipe quelques-uns des chercheurs qui travaillaient sur les lipoprotéines, en particulier Marguerite Faure, Pierre Rebeyrotte et surtout Marise Ayrault Jarrier qui deviendra sa plus proche collaboratrice sur le sujet des lipoprotéines. Michel Polonovski et son épouse trouvent la mort dans un accident de la route le 8 juin 1954. Jacques qui a 34 ans perd ceux qui furent pour lui, je l’imagine, une forte référence universitaire et humaine. Il devra dorénavant choisir seul sa voie. En 1962 il est nommé professeur titulaire et prononce le 23 janvier 1963, en robe, dans le grand amphithéâtre de la faculté des Saints Pères sa leçon magistrale inaugurale sur les bases biochimiques du code génétique. Ma rencontre avec Jacques Polonovski était improbable. Je ne crois pas au hasard et si j’ai rencontré dans ma jeunesse le jansénisme ce n’est pas parce que je suis un adepte de la prédestination mais par curiosité pour cette Abbaye de Port Royal des Champs que Louis XIV fit raser. J’ai toujours préféré la rationalité de Teilhard de Chardin. C’est donc bien d’une suite de déterminismes qu’a résulté cette rencontre. En réalité deux faits marquants vont y contribuer. De Gaulle revient au pouvoir en 1958 à la suite des évènements d’Algérie et Michel Debré, décide de mettre en œuvre la réforme hospitalo-universitaire telle qu’elle avait été conçue sous la houlette de son père, le grand pédiatre Robert Debré, au sein de la section médicale du Conseil National de la Résistance qu’il présidait. Il faudra quatre années d’efforts pour que l’ordonnance du 30 décembre 1958 créant les CHU connaisse un début d’application avec la mise en place du plein temps hospitalier et deux supplémentaires pour que s’ouvre, à Saint Antoine, le premier CHU. Comme toujours en médecine, les résistances sont fortes. Les biologistes sont au premier plan puisqu’il s’agit de créer de novo des laboratoires. Pour Saint-Antoine, Jacques Polonovski s’y emploie avec le biophysicien Louis Bugnard (le père de l’Inserm), le physiologiste André Hugelin, l’histologiste Charles Roux, l’anatomo-pathologiste Louis Orcel et bien sûr l’architecte André Wogenscky ainsi que son épouse la plasticienne Marta Pan à qui nous devons le magnifique mobile humain du hall auquel il ne manque que le cerveau ! A la même époque je suis un jeune étudiant en médecine reçu au PCB en 1962 et à l’externat des hôpitaux en 1964, d’origine plébéienne je m’interroge sur mon avenir et, délivré de mes rêveries schweitzeriennes, je décide d’opter pour la biologie et poursuis en parallèle des études à la faculté des sciences. Tombant sur l’affiche recrutant des volontaires étudiants pour le CHU qui va ouvrir ses portes, je décide de franchir le Rubicon et la Seine pour me rendre dans un quartier où je n’étais pratiquement jamais allé. C’est ainsi que je passe la porte de ce qui n’est encore que l’annexe Saint Antoine du CHU de Paris ouvert aux étudiants le 18 octobre 1965. Jacques Polonovski y était déjà arrivé avec une partie de ses collaborateurs des St Pères Marise Ayrault-Jarrier, Regina Wald, Jacqueline Etienne, Marthe Paysan, Dominique Bard, Ricardo Infante et Louis Gérald Alcindor alors assistant à titre étranger. Il avait été rejoint par son amis Jacques Picard qui revenait d’une période de coopération à Phnom Penh après avoir été maître conférence à Tours et avait recruté de jeunes assistants Bernard Maitrot, Claude Rampini puis rapidement Alain Raisonnier et Jacqueline Etienne (la grande) qui seront ses premiers chefs de travaux mais aussi quelques étrangers dont Ricardo Infante, le colombien Guido Lastra et Kamen Koumanov qui arrivait de Bulgarie. En 1965 je n’ai toujours pas rencontré Jacques Polonovski que j’avais entrevu aux cours de biochimie aux Saint Père pendant mes deux premières années. Il se trouve que je suis le fils d’un ouvrier un tantinet anar et d’une mère fervente catholique qui avait une très forte influence sur mon père. Celui-ci s’était impliqué dans l’exfiltration des requis du STO alors qu’il appartenait à la CGT clandestine et aux mouvements unis de la résistance. Après la guerre ils ont adhéré à des cercles personnalistes catholiques et étaient des lecteurs assidus de Témoignage Chrétien. C’est ainsi que ma mère me fit rencontrer Jean Frenkel, alors maître de conférence agrégé de mathématiques à Strasbourg, mais qui habitait près de chez nous dans un quartier populaire près de la ville de Palaiseau appelé Le Pileu. Or Jean Frenkel connaissait fort bien Jacques Polonovski, normalien comme lui. Ils appartenaient tous deux à l’Union catholique des scientifiques où ils côtoyaient aussi le mathématicien Marc Zamanski qui sera le dernier doyen de la faculté des sciences de Paris. Il me conseilla donc d’aller le voir, ce que je fis dans le courant de l’année 1966. J’étais très impressionné mais Jacques Polonovski fut très accueillant. Il fut quelque peu déconcerté par mon cursus d’ancien élève des frères noirs des écoles chrétiennes puis des frères rouges des écoles nationales professionnelles et m’encouragea à poursuivre parallèlement aux études médicales ma formation scientifique. Puis il me proposa un poste de moniteur d’adjoint pour encadrer les travaux pratiques de biochimie je retrouvais dans ces fonctions Jacques Buré que j’avais connu au début de mes études mais qui dériva rapidement vers la parasitologie. A la rentrée suivante je fis connaissance avec le laboratoire. Au 6ème étage se trouvait le bureau du Patron et son secrétariat où trônait madame Thazé qui sera bientôt rejointe par la toute jeunette Françoise Farchi. Une cloison coulissante le séparait d’une petite salle de réunion faisant office de bibliothèque. A l’étage se trouvait aussi l’immense salle de travaux pratiques. Le 7ème regroupait l’essentiel du laboratoire. A tout seigneur tout honneur une grande partie était dédiée aux lipoprotéines c’est-à-dire au groupe de Marise Ayrault-Jarrier en croissance rapide, puis diverses pièces où Jacqueline Etienne (la petite), Dominique Bard et Marthe Paysan travaillaient sur les phospholipases. Dans la petite aile à droite se trouvait l’embryon du laboratoire de Jacques Picard avec celles qui deviendront immédiatement mes copines Annick Gardais et Brigitte Hermelin qui accueillirent un beau matin une jeune étudiante promise à un bel avenir. Le laboratoire d’Emmanoel Barbu qui travaillait sur les colicines était en face. C’est là que Jacques Polonovski m’affecta et j’y fis la connaissance de Claude Rampini. L’année suivante Il me proposa un poste d’attaché-Assistant et me demanda de mettre en route un appareil de chromatographie gazeuse de première génération avec colonne droite et détection par ionisation d’argon qui dormait paisiblement dans les cartons. Je m’en suis débrouillé et je lui dois sans doute ma carrière.   A la rentrée suivante je fis connaissance avec le laboratoire, il était situé, au cinquième et au sixième étage du bâtiment de grande hauteur, au 5ème se situait le bureau du Patron et son secrétariat où trônait madame Thazé qui sera bientôt rejointe par la toute jeunette Françoise Farchi. Il était séparé par une cloison coulissante d’une salle de réunion faisant office de bibliothèque. Plus loin à l’étage se trouvait l’immense salle de travaux pratiques et quelques laboratoires de chercheurs. A l’étage du dessus se trouvait l’essentiel du laboratoire en quatre zones. A tout seigneur tout honneur une grande partie était dédiée aux lipoprotéines c’est-à-dire au groupe de Marise Ayrault-Jarrier en croissance rapide, Ricardo Infante commençait à y créer son équipe et Alain Raisonnier arrivé un an avant moi y avait été affecté, diverses pièces un autre groupe comprenant Jacqueline Etienne (la petite), Dominique Bard et Marthe Paysan travaillait sur les phospholipases. Dans la petite aile à droite se trouvait l’embryon du laboratoire de Jacques Picard avec celles qui deviendront immédiatement mes copines Annick Gardais et Brigitte Hermelin ainsi que Cécile leur toute jeunette technicienne et qui accueillit un beau matin une jeune étudiante qui succéda plus tard à Jacques Picard, Jacqueline Capeau. En face on trouvait le laboratoire d’Emmanoel Barbu auquel Jacques Polonovski m’avait affecté. Il travaillait sur les colicines, substances produites par les colibacilles et j’y fis la connaissance de Claude Rampini, Danièle Cavard, Josiane Scherman, Jean Pierre Dandeu et Alain Billaud avec lesquels j’ai immédiatement sympathisé. L’année suivante Il me proposa un poste d’attaché-Assistant et me demanda de mettre en route un appareil de chromatographie gazeuse de première génération avec colonne droite et détection par ionisation d’argon qui dormait paisiblement dans les cartons. Je m’en suis débrouillé et je lui dois sans doute ma carrière. Ces premières années au CHU Saint-Antoine furent des années de rêve pour les étudiants et les chercheurs car ils étaient peu nombreux, disposaient d’une bibliothèque avec des conservateurs sympathiques, d’un restaurant universitaire intégré et pouvaient s’ébattre dans une salle de détente spacieuse dont le mur du fond portait une fresque d’avant-garde. Elle donnait sur une terrasse gazonnée où pendant quelques années tout le service fut pris en photo comme c’était la coutume à l’époque. Nous y organisâmes quelques barbecues. Pour les chercheurs c’était une époque héroïque car la recherche était au début d’une mutation profonde à cause des progrès technologiques et conceptuels. Pour Jacques Polonovski c’était un casse-tête car il lui fallait trouver les financements nécessaires, le CNRS, contrairement à une idée reçue n’était pas encore très riche et la faculté avait à faire des choix. Les constructions hospitalières qui devaient accueillir les services plein-temps dont le laboratoire hospitalier de biochimie mais aussi un bâtiment de recherche de l’Inserm étaient à la traîne. Lorsque le CHU ouvrit, le bloc hospitalier en forme de Tau grec qui trône aujourd’hui au centre de l’hôpital n’était pas achevé, il fallut beaucoup de constance aux cliniciens Raoul Kourilski, Jacques Caroli, Jean Gosset, Raymond Leibovici avec lesquels Jacques Polonovski s’entendait fort bien pour arriver à les faire sortir de terre. Le bâtiment axial (Caroli) sera mis en service en 1966 mais le bâtiment transversal où devaient être regroupés les laboratoires (Robert André) ne verra le jour qu’en 1973. Jusqu’à cette date, l’activité hospitalière du service de biochimie resta cantonnée pour l’essentiel dans une pièce concédée par le Pharmacien et les combles du pavillon dit de l’horloge, l’un des plus anciens de l’hôpital. C’est dans cet espace, sous la houlette de Bernard Maîtrot et de son épouse, que fut mise au point la technique d’électrophorèse des protéines et l’utilisation à des fins diagnostiques des immuno-électrophorèses par Gérard Muriaux et et Claude Civrais. Trois ans après l’installation du laboratoire à Saint-Antoine survint la crise de mai 1968. Cet évènement va changer beaucoup de choses en médecine et à Sant Antoine en Particulier. Le doyen Lemaire fut rapidement dépassé et très vite le bâtiment universitaire passa entre les mains du comité étudiant qui siégeait jour et nuit. La plupart des chercheurs sympathisèrent avec le mouvement. Jacques Polonovski fut, avec Charles Roux, de ceux qui maintinrent le dialogue avec les étudiants. Ce n’est pas un hasard car leurs cours étaient et sont restés toujours très appréciés des étudiants. Dans « hommage à Jacques Polonovski » publié par la société de biologie on peut lire à son propos de la part de Françoise Diéterlen et André Calas l’éloge suivant : « un savoir apparemment inépuisable, une extraordinaire clarté d’expression, rendant assimilable et presque attrayante cette matière aride » [ils parlaient de la biochimie métabolique]. Jacques Polonovski aimait jouer avec les mots, il prétendait que cela lui donnait des idées, lors des réunions du conseil de la faculté auquel nous assistions ensembles comme représentants de nos collèges respectifs, il faisait les mots croisés du Monde et dessinait des arabesques interminables. Il avait une solide formation aux disciplines littéraires ce qui est malheureusement perdu aujourd’hui. Et pourtant le trente germinal de l’an III, le grand Cabanis écrivait dans « Révolutions et réformes de la médecine » : « On voit combien sont absurdes les déclamations des médecins contre les études littéraires des jeunes élèves. Les sciences ont aussi leur éloquence propre, et celle-là, bien loin d’altérer la vérité, l’épure et lui donne plus d’énergie et de pouvoir. Un langage précis, élégant, et même quelquefois aminci, annonce des idées dont un sentiment vif et distinct a fourni les premières impressions, dont une réflexion scrupuleuse a mis en ordre tous les matériaux, dont un jugement sérieux a rassemblé les chaînes, pour en démontrer d’avance toutes les conclusions ». Voici qui pouvait parfaitement s’appliquer à Jacques Polonovski. En fait c’est après mai 68 que la faculté Saint Antoine s’est organisée car en septembre un nouveau leader apparait, Jean Loygues le tout nouveau patron de la chirurgie va reprendre les choses en main et régner sur la faculté pour une quinzaine d’années. Elle se rapprocha des autres hôpitaux Tenon avec le Néphrologue Gabriel Richet et le cardiologue Acar, Trousseau avec le frère de Jacques, Claude Polonovski, grand nutritionniste infantile et Géraud Lasfargue, Rothschild avec le radiologue Jacques Chalus, compagnon de Chaban Delmas dans la résistance et Jean Dry l’interniste futur président de l’université. Je revins du service militaire en septembre 1970, la reprise en main était patente, la massification des études médicales battait son plein et la recherche se développait ce qui entraînait un besoin d’espace. Adieu la salle de détente et le restaurant des personnels. Dans l’immédiat après mai 68 l’atmosphère était encore familiale au sein du laboratoire, la pression des publications ne nous était pas encore tombée dessus. Au début de chaque année Madame Polonovski recevait à dîner les collaborateurs de Jacques et leurs conjoints rue Emile Accola puis ultérieurement rue Charles Lecocq. Tous les après-midi le thé réunissaient certains d’entre nous dans la bibliothèque et je me rappelle de discussions politiques acharnées avec la vieille garde. Jacques Polonovski considérait cela avec un peu d’amusement. Il réunissait les enseignants chaque semaine et leur faisait part des nouveautés scientifiques qui lui paraissaient importantes. Il lisait régulièrement le Journal of Biological Chemistry et les Chemical Abstract puis Nature et Science car il actualisait son cours en permanence et tenait à ce qu’il n’y ait pas de contradiction avec ce que ses assistants racontaient aux enseignements dirigés. La recherche sur les lipoprotéines était en pleine mutation du fait des progrès technologiques et les ultracentrifugeuses ainsi que les techniques d’immunoélectrophorèse commencent à pulluler dans l’équipe de Marise Ayrault. Lors de mon arrivée, sans doute pour me tester, Jacques Polonoski m’avait demandé de mettre en route un appareil de chromatographie gazeuse, qui dormait paisiblement dans les cartons, pour séparer les acides gras. C’était un appareil de première génération à colonne droite et à ionisation d’argon, mais je m’en suis débrouillé et cela m’a permis de faire ma thèse d’état sur les acides de gras du colibacille. J’ai réussi à convaincre Jacques Polonovski de la nécessité de me procurer des appareils plus récent. Le nombre d’étudiants augmentant, Jacques Polonovski put recruter d’autres assistants car étant le premier CHU créé Saint Antoine avait été plutôt bien dotée en emplois. Certains de ces assistants étaient des étudiants scientifiques, mais Jacques Polonovski conseillait aux étudiants en médecine recrutés de faire des études de sciences car il considérait qu’une bonne formation scientifique était indispensable. Cela dura jusqu’à la réforme de l’internat en 1982 qui est d’ailleurs en grande partie responsable de la crise actuelle de la biologie médicale. Claude Wolf arriva début 1968, fils de médecin, il ne voulait pas préparer l’internat et commença des études scientifiques puis prépara un doctorat en biophysique. Il y eut une première fournée Tous les après-midi le thé réunissaient certains d’entre nous dans la bibliothèque et je me souviens de discussions politiques acharnées avec la vieille garde. Jacques Polonovski considérait cela avec un peu d’amusement. Mais tout n’était pas aussi détendu dans la faculté, les évènements de mai 68 avaient laissé des traces. Le syndicat de l’enseignement supérieur que Michel Polonovski avait présidé s’était disloqué. En médecine, les plus opposés au mouvement étudiant avaient créé le syndicat autonome. Jacques Polonovski était proche de la CFDT mais le gauchisme qui dominait au SGEN ne lui convenait pas non plus. Il était extrêmement tolérant. Je puis en témoigner ici puisque c’est à cette époque que j’ai adhéré au SNESup où j’ai rapidement pris des responsabilités importantes. Ce syndicat qui avait accompagné le mouvement étudiant était alors dirigé par une tendance proche du parti communiste beaucoup plus réaliste. Avec certains assistants de biologie et ceux de Cochin, de la Pitié-Salpêtrière et des Saints Pères, nous avons reconstruit sa section médicale, les biochimistes étaient nombreux et Jacques Polonovski le savait parfaitement. Nous n’en avons jamais parlé mais je sais qu’il subit des remarques acerbes sur le nid de bolcheviques qui infestait son laboratoire. En fait, même s’il était réservé, nous nous sommes souvent trouvés côte à côte pour défendre les emplois. La massification des études médicales battait son plein et, étant le premier CHU créé, Saint Antoine avait été plutôt bien doté en emplois théoriques ce qui faisait forcément des envieux. Comme dans les autres facultés de médecine Jacques Polonovski dut embaucher de nombreux assistants d’origine scientifique sur un statut bâtard de non titulaires, sans fonctions hospitalières sans limitation de durée mais sans espoir de carrière. Nous réclamions leur intégration hospitalo-universitaire ou dans les corps scientifiques et Jacques Polonovski fut l’un des professeurs, comme d’ailleurs Guy Vincendon ici présent, qui nous épaula dans ce combat. En outre, Jacques Polonovski conseillait aux étudiants en médecine recrutés de faire des études de sciences car il considérait qu’une bonne formation scientifique était indispensable. Ceci dura jusqu’à la réforme de l’internat qui devint le cycle exclusif de formation des spécialistes médicaux. Cette époque fut également celle de la création de notre université et comme Jacques Polonovski avait de bons rapports avec les scientifiques de Jussieu. Il fut aux premiers rangs pour hâter sa constitution même s’il regretta lui aussi la partition des scientifiques. Et de nombreux membres de son laboratoire siègeront dans les conseils de la faculté et de l’UPMC. En mai 1975, sans doute pour fêter sa dixième année d’existence, la faculté Saint Antoine fut l’objet d’un violent sinistre. En soirée, les habitants du carrefour Chaligny virent soudain, tel un chalumeau, des flammes s’échapper du toit du bâtiment de grande hauteur où étaient installés la plupart des laboratoires et les salles d’enseignement dirigés. Le feu avait pris en biophysique et s’était rapidement propagé via les gaines de circulation des fluides. Les pompiers de la caserne Reuilly située tout près intervinrent avec une extrême célérité. Dans notre laboratoire, les flammes léchèrent les portes mais ne pénétrèrent pas dans les pièces où elles auraient pu atteindre des solvants inflammables. Nous pûmes récupérer notre documentation, un grand nombre d’appareils mais les locaux étaient inutilisables et moins de cinq années après avoir bagarré pour le service hospitalier, comme dans la chanson scoute « la haut sur la montagne » Jacques Polonovski dut se remettre à l’ouvrage, trouver des locaux provisoires et discuter à nouveau avec les architectes. L’Etat étant son propre assureur il fallut aller à la recherche de nouveaux crédits. L’incendie eut des conséquences majeures sur l’évolution du laboratoire. Il accéléra la constitution de groupes de recherche identifiés qui prirent progressivement leur autonomie. En 1973 Ceux qui travaillaient sur les lipoprotéines se regroupèrent chez Infante à l’Inserm où dans le service hospitalier. Le groupe de Jacques Picard et l’équipe de Claude Rampini trouvèrent refuge au CHU Créteil. Emmanuel Barbu et son équipe retournèrent à Pasteur et y restèrent. J’avais obtenu grâce à mes amis pharmaciens d’occuper un laboratoire vaste mais vétuste, J’y regroupais ce qui constitua l’embryon de mon laboratoire avec Odile Colard, Claude Wolf, Jacqueline Etienne, Germain Trugan, Jean Chambaz et Véronique Barbu. Trois ans plus tard ce fut le retour, Jacques Polonovski avait obtenu de bons arbitrages pour les locaux. Jacques Picard ayant créé une unité Inserm disposa de la totalité du 7ème étage. A l’étage du dessous se trouvait les équipes de l’unité CNRS à l’exception de celle de Marise restée à l’hôpital. Enfin au 5ème étage se trouvait son bureau avec un grand secrétariat, une belle salle de réunion faisant office de bibliothèque, et d’autres surfaces que nous grignotâmes les années suivantes. Il avait aussi obtenu des crédits de jouvence pour moderniser nos équipements. Les ultacentrifugeuses pullulaient chez Marise Airault. Avec Claude Wolf nous avons convaincu Jacques Polonovski de la nécessité de nous équiper en moyens biophysiques pour l’étude des lipides membranaires et des acides gras. Nous fûmes sans doute le premier laboratoire de médecine à posséder un appareil de résonnance paramagnétique électronique, puis nous équipâmes les appareils de chromatographie gazeuse et liquide de détecteurs ultrasensibles avant de les relier à la spectrométrie de masse et de les automatiser dans le service hospitalier. La biochimie de Saint Antoine devint puissante, elle s’appuyait sur trois unités de recherche CNRS ou Inserm. Celle de Jacques Polonovski, celle de Ricardo Infante héritière de Jacques Caroli et celle de Jacques Picard. C’était le seul service de biochimie de l’université à être réellement intégré dans l’AP-HP. André Hugelin ayant fait le choix de prendre la direction de l’institut des neurosciences à Gif-sur-Yvette, le leadership de la physiologie se déplaça vers Tenon sous la houlette de Raymond Ardaillou. Un renouvellement s’effectuait parmi les assistants. Claude Rampini promu professeur était resté mais Bernard Maîtrot opta très tôt pour un poste à Rouen et devint ultérieurement président de son université. Kamen Koumanov arrivé début 1971 fut plus tard recruté comme professeur à l’académie des sciences de Bulgarie où il fit sa carrière tout en poursuivant sa collaboration avec le laboratoire de Jacques Polonovski, Marie Elizabeth Bouma et Alain Raisonnier avaient rejoint Infante. Madeleine Tapie et Jean Pierre Gire s’en furent poursuivre leur carrière en pharmacie et Germain Trugnan fut recruté à l’Inserm chez Sweibaum. Au cours de cette période arrivèrent un grand nombre de nouveaux. Catherine Dubois, Jany Bertrand, Isabelle Beucler, Cécile puis Jean Claude Mazière, Véronique Barbu, Martine Caron, Monique Breton, Ginette Thomas, Joëlle Masliah, Olivier Lascols. Les années quatre-vingt furent celles des promotions, des départs et parfois des retours. La plupart des assistants furent titularisés comme chefs de travaux, d’autres purent rejoindre la faculté des sciences et y être promus. Marise Ayrault devint très vite Directrice de Recherche. Jacqueline Etienne (la grande) promue professeur partit à Tenon à la conquête du service de biochimie. Jacques Picard n’avait qu’un an de moins que Jacques Polonovski mais leur entente était totale. Il le remplaça aux conseils de la faculté et fut même le seul doyen biologiste qu’il y eut à Saint Antoine, il fut partie prenante de la création de la sous-section de biologie cellulaire au CNU. Pour les plus vieux dont j’étais, la situation paraissait bloquée car la réforme hospitalo-universitaire avait favorisé le développement de la discipline et la concurrence s’était fortement accrue. Jacques Polonovski a toujours laissé la compétition ouverte entre nous. D’une certaine manière on pouvait appliquer au laboratoire la célèbre formule de l’université de Californie à Los Angelès : « At UCLA everybody have a shot, a shot not a gaarantee ». Alain Raisonnier partit à Yaoundé en 1981 et revint professeur quatre années plus tard. Je ne fus promu moi-même qu’en 1985, après une course d’obstacles homérique. Louis Gérald Alcindor devint professeur à Paris Ouest et Jacqueline Capeau le fut la dernière année d’activité de Jacques Polonovski. A Paris il fallut régler le problème des laboratoires qui étaient restés aux Saint Pères. Jacques Polonovski recueillit Serge Weinman qui venait d’être nommé chef de service à l’hôpital Rothschild et devait quitter les Saints Pères. Et nous récupérâmes ainsi trois assistants supplémentaires, Dominique Rainteau, Jacqueline Feinberg et Claude Pariset. Marise Andréani rejoint l’unité CNRS en provenance de chez les Nordmann et devint professeur en sciences. Les derniers arrivés avant le départ de Jacques Polonovski furent Jean Luc Olivier qui devint professeur à Nancy et Philippe Cardot. Jean Chambaz qui avait obtenu un poste chez Robert Engler tout en restant dans l’unité CNRS sera titularisé en 1985, créa une unité Inserm et s’installa aux Cordeliers qu’il rénova en profondeur. Philippe Cardot le suivit et devint professeur en sciences. Jean sera promu professeur et est actuellement président de l’UPMC. Avec Jacques Polonovski nous avons appris à ne pas limiter notre horizon à nos seuls collègues enseignants ou chercheurs. La promotion des personnels d’appui à nos fonctions l’importait ainsi que le soutien à ceux qui étaient en difficulté. Les ingénieurs et les techniciens, signaient habituellement les publications auxquelles ils participaient. Ils étaient aussi associés à nos entreprises, n’est-ce pas Anne-Marie, Danièle, Dominique, Florence, Lydie, Lucette, Martine, Myriam, Tania ? Dans le laboratoire et dans le service hospitalier certains techniciens, avaient commencé leur vie professionnelle comme simples agents. Jacques Picard fut chef de service lorsque Jacques Polonovski quitta ses fonctions hospitalières. A la fin de son mandat de directeur de l’unité CNRS, j’ai obtenu la création d’une nouvelle unité. Je pris la direction du service hospitalier à la suite de Jacques Picard. Alain Raisonnier et Isabelle Beucler souhaitèrent alors muter à la Pitié-Salpêtrière. Jean Claude Mazière et Cécile Mazière devinrent professeurs à Amiens. A la suite de mon élection comme président de l’université Joëlle Masliah me remplaça et deux ans après Germain Trugnan nous est revenu comme professeur de biochimie en créant une unité Inserm dans les locaux où 40 ans plus tôt Jacques Polonovski avait créé son laboratoire. Beaucoup d’autres ont trouvé des voies différentes, Jean Gardette au sein du laboratoire Pierre Fabre, Alain Vanhove au CEA, Bernard Pau à la direction des sciences de la vie du CNRS. Trois présidents d’université, une bonne vingtaine de professeurs d’université, y compris dans les disciplines cliniques et en sciences, une centaine de thésards scientifiques et de post-doctorants sont passé par ce qu’il convient d’appeler l’Ecole Polonovski. Et nombreux sont ceux qui, y ayant préparé leur doctorat, ont été recrutés dans des services cliniques, dans des laboratoires publics ou privés ou encore à la faculté des sciences. Ainsi, après trois décennies d’efforts dans ce qui n’était certes pas un jardin à la française, la récolte fut belle. La dernière fois que j’ai rencontré Jacques Polonovski je le dois à sa fille Catherine qui m’avait aperçu à la Pitié-Salpêtrière où nous étions tous deux pour des raisons médicales. Dès qu’il me vit je reconnu le sourire un peu malicieux, voire narquois qu’il avait toujours eu lorsqu’il me rencontrait. Et dans ce bref instant, j’ai vraiment pris conscience de tout ce que je lui devais alors qu’en fait je ne lui avais jamais dit. Madame, chers amis « S’il faut à quelqu’un un tombeau majestueux pour rester dans la mémoire des siens [disait Oscar Wilde], il est clair que sa vie fut un acte absolument superflu ». Ce n’est certes pas le cas de Jacques Polonovski dont les talents étaient grands mais la modestie légendaire

Polo & successeurs

Gilbert Béréziat Le 16 janvier 2014

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