2009 sera-t-elle l’année de l’autonomie universitaire ?

En réalité l’année 2009 va être décisive. Il semble bien que ce que la haute administration dénoncée par Bourdieu comme la « Noblesse d’Etat » ait ressenti comme un danger pour elle dans l’avenir la mise en œuvre d’une autonomie réelle des universités. Dès lors tout est entrepris pour reprendre par de multiples directives et de nombreux décrets ce que la loi LRU a concédé. On est bien dans des circonstances analogues à l’après soixante-huit où l’Etat s’était ingénié à annuler ce que les « politiques » avaient concédé.

C’est à mes yeux de cette façon qu’il faut analyser l’inflexion actuelle des discours de Valérie Pécresse.

Devant les convives du déjeuner annuel de l’Association pour la Recherche Technologique, le 18 décembre, si elle évoque les universités, elle s’est surtout appesantie sur le campus de Saclay sans citer l’université Paris Sud. Elle a parlé de la situation parisienne en évoquant le pôle de recherche et d’enseignement supérieur (PRES) ParisTech qui ne comporte évidemment aucune université, dont la recherche, même cumulée reste largement en deçà de celle des grandes universités de recherche mais qui forme tout le gratin de la « technarchie » administrative. Elle a récidivé dans un article publié le même jour par « le Nouvel Economiste » où elle déclare : « Les grandes écoles marchent formidablement, elles ont des résultats exceptionnels mais elles ne font pas assez de recherche, ce qui ne leur permet pas d’être assez bien notées dans les classements internationaux…J’ai beaucoup poussé pour que Paris Tech s’ouvre à une école de gestion ». Dans « La Tribune » du 27 décembre 2008 elle affirme : « Fin 2009, nous aurons 15 PRES territoriaux regroupant toutes les forces (universités, grandes écoles…) ».

En ce qui concerne Paris, si elle parle désormais de deux PRES, et cite Paris Centre d’une part et Paris Universitas d’autre part, c’est en méconnaissant [volontairement ?] les périmètres qu’ils se sont donnés : Paris 1, Paris 5 et Paris 7 pour l’un, Paris 2, Paris 3, Paris 4, Paris 6, Dauphine, l’ENS, l’EHESS et l’EPHE pour l’autre. Pour Paris Universitas c’est d’autant plus anormal que l’alliance a maintenant la personnalité morale sous la forme d’une association régie par la loi de 1901.

Qu’y a-t-il derrière tout ce remue-ménage ? Il est évident que la  démarche actuelle, encouragement des PRES prenant le pas sur la réalisation d’une autonomie complète (c’est-à-dire impliquant gestion de la masse salariale et capitalisation immobilière est financière) a une signification politique. Le bon sens eût voulu que l’on achevât d’abord l’acquisition totale de l’autonomie avant de procéder aux fusions nécessaires pour recréer des ensembles omni-disciplinaires alliant l’attention pour tous les étudiants avec la sélection progressive de l’élite. D’ailleurs, l’article 2 de la loi LRU prévoit que « Les établissements peuvent demander, par délibération statutaire du conseil d’administration prise à la majorité absolue des membres en exercice, le regroupement au sein d’un nouvel établissement ou d’un établissement déjà constitué ». Le regroupement est alors approuvé par décret. Mais dans ce cas les universités devenaient bien le noyau dur des  regroupements car ils disposaient d’un poids économique considérable par rapport aux petites « Grandes Ecoles » et aux minuscules « Grands Etablissements ».

Certains diront sans doute que je fais un procès d’intention à la ministre. Mais alors pourquoi l’absence totale de négociation globale sur les budgets initiaux et le saucissonnage des discussions financières en cours, pourquoi ce refus larvé de concéder l’immobilier à la première université de France et la relance d’un plan campus aussi obscur dans la région parisienne ? Pourquoi la mise en place d’un encadrement tatillon des universités qui passent à l’autonomie en contradiction avec la loi LRU ? Pourquoi la multiplication des limitations objectives à celle-ci (encadrement des règles de rémunérations, encadrement de la préparation des budgets, maintien des obligations de services déclinées nationalement en temps passé devant les étudiants, refus de la sélection à l’entrée des cycles sauf dans les IUT, les IUP et à Dauphine etc.) ? Pourquoi le refus d’une désectorisation complète des universités ? Pourquoi la réaffirmation du rôle majeur des classes préparatoires dans la sélection des élites ? Pourquoi cette propension de l’Etat à voler au secours du système des « Ecoles » et son refus de laisser jouer la concurrence ?

Encore une fois, il ne faut pas baisser les bras, l’année 2009 sera décisive et les universités doivent trouver en leur sein les forces nécessaires pour aboutir à une autonomie réelle et totale pour mettre fin au carcan technocratique qui les enserrent. Le pire pour elles serait de se défaire de leurs prérogatives et d’accepter de les dissoudre dans de nouveaux ensembles dans lesquels elles ne joueraient plus le rôle majeur. En ce sens la création au 1er janvier de l’université unique de Strasbourg est une excellente nouvelle. La question de l’accrétion des universités actuelles et des Ecoles grandes et petites en de nouvelles universités se pose certes, mais ni les structures prévues par la loi Goulard, ni les dispositifs de la loi Pécresse ne sont satisfaisants pour en assurer tout à la fois une gestion efficace respectant l’autonomie académique sans créer de strates bureaucratiques supplémentaires. Oui il y a encore du travail, rien n’est perdu mais rien n’est gagné et, comme le disent les syndicalistes, la lutte continue

Palaiseau le 3 janvier 2009.

Une réflexion sur “ 2009 sera-t-elle l’année de l’autonomie universitaire ? ”

  1. « Les grandes écoles marchent formidablement, elles ont des résultats exceptionnels »

    Mais de quel point de vue ?

    La qualité de la formation ? J’en doute fort : un élève d’école d’ingé n’est pas recruté sur le contenu des enseignements qu’il a reçu.

    L’insertion professionnelle ? affaire de prestige de l’école et de la cooptation

    Quoi d’autre ?

    En réalité, le système des grandes écoles ne « marche » que parce qu’il repose sur le fameux concours, que les écoles sont elles-mêmes déjà très hiérarchisées entre elles et que ce système permet de mettre les gens à 20 ans dans une petite case qu’ils ne quitteront jamais.

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