Grand Emprunt, Leurre ou Escroquerie ?

L’affaire newyorkaise, comme un réacteur nucléaire en surchauffe, n’en finit pas de déclencher des réactions en chaînes. Belle occasion pour Sarkozy de se débarrasser à moindre frais d’une ministre des finances, rare femme politique n’étant pas passée par les filières élitistes[1], mais au bilan plus qu’ambigu et inutilisable pour sa campagne électorale. Alouette, gentille Lallouette, je te plumerai ! Mais au jeu des chaises musicales, l’hyper-président n’est pas vraiment à son avantage. Le sémillant François Baroin dont le moins que l’on puisse dire est que sa formation initiale ne le prédestinait pas à devenir ministre des finances[2] a réalisé le holdup du siècle en menaçant de lâcher l’hyper. Tout cela n’a pas grande importance car on sait qu’à Bercy le gratin de la noblesse d’Etat a tout loisir de contrôler les ministres. D’ailleurs l’arrivée de la fée de la rue Descartes[3] au budget lui permettra de veiller à ce que les promesses du soi disant « grand emprunt » ne se traduisent dans les faits que pour les opérations décidées rue du faubourg Saint Honoré dans la perspective des élections à venir, c’est-à-dire pour les copains et les coquins. Pour veiller au grain de la noblesse d’Etat, elle sera remplacée par le brave Wauquiez[4] qui pourra ainsi mettre à exécution son rêve ancestral, comment faire travailler les pauvres. Et pourquoi ne ressusciterait-il pas l’Hôpital Général créé par la compagnie du Saint Sacrement sous Louis XIII, afin de générer d’importants bénéfices pour l’Eglise en faisant travailler les enfants, les femmes et les gueux internés à la Salpêtrière ? Sans doute proposera-t-il que les étudiants boursiers consacrent une partie de leur temps à des travaux d’intérêts général pour compenser le manque à gagner que l’Etat refuse de donner aux universités autonomes ! Autre démocrate chrétien, le brave Le Maire[5], rescapé de la Giscardie, n’a eu d’autre solution que d’avaler une grosse couleuvre et de continuer à veiller aux intérêts des céréaliers et des betteraviers.

Dans cette affaire, la plus heureuse c’est la fée de la rue Descartes car en vérité elle était à bout de souffle à l’enseignement supérieur. Sa tâche au ministère du budget, dans l’organisation sarkozyste, sera plus que modeste mais par contre le président pourra tirer le plus grand profit de son nouveau porte-parole, je devrais dire sa ministre de la propagande, car en matière de mauvaise foi et de poudre aux yeux elle est imbattable Valérie.

L’AEF qui n’est pas à une flagornerie près a tenté avec grande difficulté de dresser un portrait flatteur de son activité depuis 2007 :

Sur la formation le plan licence pour lequel les promesses financières n’ont pas été tenues elle s’est attirée les critiques de l’inspection générale, que n’a pu lever le comité de suivi qu’elle avait installé et va sans doute se traduire par une nouvelle couche de réglementation ; La mastérisation a été, selon un président proche de la majorité présidentielle « un fiasco complet » ; la réforme de la première année des formations de santé imposée aux universités est en passe de faire pschitt.

En ce qui concerne l’autonomie universitaire, l’élan de 2007 s’est tari dès 2008 par le renforcement des contrôles tatillons et le refus du ministère de l’enseignement supérieur et de Bercy d’engager des négociations honnêtes sur la masse salariale incluant les charges supplémentaires créées par cette autonomie, l’obligation de laisser les fonds correspondants à France Trésor, le refus de transférer les biens immobiliers à toutes les universités qui l’ont réclamé, montre que c’est surtout le transfert des ennuis qui a été réalisé. En fait on a assisté à un net recul des procédures contractuelles telles qu’elles existaient auparavant. Bref, l’Etat a repris d’une main ce qu’il donnait de l’autre et les universités sont dans des difficultés financières accrues.

Les deux chantiers présentés comme des mesures phares du quinquennat, le plan campus et le soi disant grand emprunt se sont révélés de pures tactiques préélectorales pour 2012. En ce qui concerne le plan campus qui fut un fiasco en Ile-de-France, la mission économique de contrôle du parlement constate que les deux premières années de rapport de la « manne » représentée par la vente des actions d’EDF ont disparu et seuls les bétonneurs de la zone située autour de polytechnique à Saclay ont bénéficié des subventions directes. En région, très peu de choses ont été mises en chantier trois ans après le lancement. Selon un article des « Echos », « cinq ans après, les universités n’ont perçu que 70 millions d’euros. Un peu plus de 1 % de la somme vantée par Valérie Pécresse à longueur de communiqués ».

Pour l’opération pompeusement baptisée « investissements d’avenir » pour copier les Allemands, il faut remarquer que les deux tiers des sommes correspondent à des crédits non consomptibles, qui n’arriveront que tardivement voire jamais dans les caisses des universités autonomes. « Le Monde » fait remarquer que « par rapport à l’Allemagne c’est beaucoup moins pro… Plusieurs couacs ont émaillé des différents appels d’offres français… »[6] Pour diluer le dispositif, donner du travail à la noblesse d’Etat et permettre au « small is beautiful à la française », c.a.d. toutes  les Ecoles et institutions microscopiques dépourvues d’étudiants, de profiter de la pseudo manne, pas moins d’une quinzaine d’appel d’offres ont été lancés, ce qui a brouillé le message auprès de la communauté universitaire. En 2005, seuls trois appels d’offres avaient été ouverts dans le cadre de l’initiatrice d’excellence Allemande.  J’ajoute que la totalité des financements étaient arrivés dès 2007 dans les banques choisies par leurs universités. Comme toujours on se lamentera que le fossé se creuse avec l’Allemagne…

Le jour même du départ de Valérie, le fleuron de ses initiatives d’excellence à la française faisait plouf. De fuite en fuite provenant de membres français du jury, deux Normaliens (dont son ancien directeur de cabinet ennemi juré de Sorbonne Universités et présentement vice-président à l’EPFL, l’autre ayant porté sur les fonds baptismaux l’alliance de Saint Geneviève et du bois de Boulogne), un Pont et un X-Mines mais aucun véritable universitaire, on apprenait que la montagne avait accouché d’une souris en sélectionnant une pseudo-association dont les membres sont incapables de mettre sur leur site des « facts and figures » certifiés, ce qui n’a pas le moins du monde ému le jury international, et deux ensembles universitaires dont le seul référentiel mesurable est qu’ils sont en recul constant depuis plusieurs années au classement de Shanghai[7], le classement honni de la noblesse d’Etat. C’est pas avec ça que l’objectif affiché par Sarkozy au début de son mandat de hisser dix universités françaises au top cent des universités mondiales se réalisera.

Les autres arrivants du remaniement gouvernemental sont tous des seconds couteaux qui ne redorent pas vraiment le blason de l’ensemble. Jean Leonetti « vieux radsoc de 62 ans », cardiologue marseillais, aurait sans doute été plus utile pour s’occuper de la dépendance que des affaires européennes.  Marc Laffineur un autre médecin de 63 ans anesthésiste réanimateur de formation et politicien du « marais » il s’appliquera n’en doutons pas à endormir les anciens combattants ! Claude Greff infirmière de 57 ans s’occupera de la condition féminine espérons, car l’espoir fait vivre, qu’elle saura réorienter le grand emprunt pour faire émerger des actions favorisant l’égalité Femmes-Hommes dans les fonctions électives, universitaires et au sein des conseils d’administration du CAC 40. Le brave François Sauvadet, 58 ans, fils d’agriculteur, spécialiste du retournement de veste et du ralliement, mal récompensé jusqu’alors, sert de bouche trou à la victime collatérale de Strauss Kahn. Cerise sur le gâteau, le benjamin,  l’inénarrable David Douillet, judoka jadis très proche des époux Chirac et de leur fille, mal recyclé dans les affaires puisque failli, s’occupera de glaner pour Sarkozy les voix des Français de l’Etranger sans alourdir son compte de campagne.

Dans la soirée du Jeudi 30 juin, patatras la belle construction se grippe empéguée dans les méandres de l’affaire DSK. Et l’hyper qui pensait bien se refaire une virginité morale sur les décombres d’un parti socialiste empêtré dans le donjuanisme de son leader maximo se retrouve à l’arrière plan des médias. Le fameux Bernard petit fils du « grand  Robert », fils du « fidèle Michel » et frère du premier président du conseil constitutionnel à s’afficher aux « Grosses têtes » est obligé de faire amende honorable. Empêtré dans ses déclarations intempestives du 16 mai, il tente de les justifier par ce qu’il saurait du prévenu mais dont il ne peut rien dire et par ce qu’il avait « été en direct avec un certain nombre de gens qui travaillent au Sofitel et en particulier un ami d’enfance de [son] collaborateur ». Mais peut-être, lui qui semble si bien informé de ce qui se passe dans cet hôtel, pourrait il aussi nous faire part de la teneur des entretiens téléphoniques entre le patron de l’hôtel Sofitel de New York et le patron parisien de la Chaîne Accord et entre ce dernier et les services de l’Elysée dans cette fameuse nuit du 14 au 15 mai 2011 ? Dès lors que l’on connait les relations nouées dans le passé entre le premier flic de New York et le premier flic de France flottera toujours un parfum de manipulation.

12 place du Panthéon le 4 juillet

[1] Chrisine Lallouette, née de parents enseignants, médaille de bronze de natation synchronisée, maîtrise d’anglais, maîtrise de droit des affaires et un diplôme d’études supérieures spécialisées de droit social à l’Université de Nanterre.

[2] Stanislas, Etudiant à l’Université Panthéon-Assas, il est titulaire d’un DESS de défense, d’un DESS de sciences de l’information et d’un DEA de géopolitique.

[3] Née à Neuilly,  Ginette, HEC, ENA et conseil d’Etat

[4] Né dans une famille d’industriels de Tourcoing, ENS, agrégation d’histoire, ENA et conseil d’Etat

[5] Né à Neuilly, ENS, agrégation de lettres modernes

[6] 28 juin 2011

[7]

4 réflexions sur “ Grand Emprunt, Leurre ou Escroquerie ? ”

  1. M. Bereziat, l’attaque ad personam est encore plus indigne dans le monde académique que dans les autres. Or il semble que vous ne savez plus faire autre chose. Vous nous faites honte.

  2. @Pierre : peut-être, mais en ce qui concerne la politique du MESR, elle a fait perdre à beaucoup, beaucoup de gens, beaucoup de temps, beaucoup d’énergie, et n’a pas amélioré les conditions dans lesquelles s’exercent les missions de l’ESR. Qu’il y ait des choses à rationaliser, certainement, mais sans tout ce cirque, s’il vous plaît…

    Quand on roule les gens dans la farine et qu’on sème la zizanie en prétendant le contraire, il faut s’attendre à se prendre une volée de bois vert de temps à autre.

  3. @ Gilles : critiquer la politique menée par un(e) ministre est une chose, jeter son fiel de façon systématique sur les personnes, pas seulement la ministre en question, en est une autre. S’attaquer aux gens sur le registre de leurs origines familiales, de leurs études, de leur métier, est indigne.
    On peut critiquer ce qu’ils disent et ce qu’il font, et férocement, sans tomber dans des dérives qu’on croyait réservées à l’extrême droite.

  4. La réponse de Gilles se suffit à elle même, mais j’ajoute , puisque certains me font une leçon de morale que la moindre des choses quand on constitue un tel jury est de veiller à ce qu’il n’y ait pas de conflits d’intérêts et d’autre part en quoi est il malsain de constater que les seuls français du Jury émanaient tous des « Ecoles » ? ou que des ministres viennent d’un certain milieu social ? La parentèle n’a rien à voir là dedans.

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