Un mois de juin qui a bien commencé !

Le pays, faute de discuter sur le fond de ce que pourrait être une alternative au Sarkozysme dans le cadre d’un monde rendu plus ouvert par les progrès scientifiques et techniques s’enlise dans la médiocrité. Nos journaleux sont réduits à puiser sur la toile leurs sujets d’articles en ce printemps pourri. Une des grandes universités parisiennes laisse fuiter via le « Canard enchaîné » une information partielle concernant un ancien ministre. Oubliant d’ailleurs qu’il a bien fallu que le président de l’université en question donne son accord et saisisse son conseil d’administration lorsqu’à l’issue de sa fonction ministérielle il a été mis à la disposition d’une autre institution publique pour y accomplir quelques menues fonctions en toute quiétude. Dès lors que cette mise à disposition prenait fin, et constatant que le service d’enseignement n’était point assuré malgré des relances effectuées dans les formes légales, le président de l’université avait tous pouvoirs pour faire avaliser par son conseil d’administration la suspension du traitement. Or il ne l’a pas fait. S’est-il déchargé à bon compte sur un hebdomadaire spécialisé d’une délation qu’il ne désirait pas assumer ? Je n’aime pas Monsieur Luc Ferry car, de mon point de vue, être philosophe n’autorise ni le persiflage ni des pratiques que ma morale réprouve. Mais le procédé utilisé à son encontre n’est guère plus élégant que le ministre qui se fait l’écho des poubelles marocaines. D’autant plus que dans le même temps le président de cette université refuse de payer les dettes qu’il a envers l’UPMC.

Ce dossier est d’ailleurs traité de manière partiale par l’actuelle ministre et par les médias. Si nous avions une ministre de l’enseignement supérieur digne de ce nom, elle aurait pu se saisir de cet incident pour ouvrir le dossier des cumuls et des décharges de service qui sont, n’en déplaise aux syndicats, légions et appauvrissent les universités autonomes. Au lieu de cela le gouvernement propose de rembourser le salaire net de monsieur Ferry à l’université mais quid des versements sociaux qui devront toujours être prélevés sur sa masse salariale ? Et pourquoi ne règle-t-il pas la facture due par cette université à l’UPMC ? C’est d’ailleurs une pratique que l’INRIA, le CNRS et l’INSERM pratiquent depuis de nombreuses années. Si nous avions des médias dignes de ce nom ils s’interrogeraient aussi sur la pertinence d’autres pratiques tout aussi légales comme le cumul de certains députés avec des rémunérations liées à leurs fonctions antérieures. Pourquoi ne vont-ils pas interroger là-dessus l’éternel donneur de leçon pour les autres, Bernard Debré ? Ils pourraient aussi s’interroger sur les établissements de la Noblesse d’Etat qui payent des prestations à des professeurs sans défrayer en quoi que ce soit les universités dont ils sont les salariés et parfois sans avoir même pris la précaution d’obtenir leur accord ! Que ne dirait-on pas si un ingénieur de chez Renault faisait des piges clandestines chez Citroën ?

Le 9 juin, Jean-Baptiste Prévost, ancien président de l’UNEF revient dans une interview à l’AEF sur ses déclarations faites lors de son départ de la direction du syndicat étudiant : « On assiste aujourd’hui à un repli corporatiste d’une partie du milieu enseignant, qui est sans doute compréhensible aux vues des difficultés qu’ils rencontrent, mais qui est lourd de conséquences pour porter un projet alternatif à l’actuelle politique gouvernementale ». Quelle belle découverte ! Selon l’AEF il s’inquiète du renouveau d’un discours réactionnaire à l’université porté par les « Refondateurs » tels qu’Olivier Beaud ou Marcel Gauchet : « Pour ces gens-là, de droite comme de gauche, l’échec des étudiants relève de la responsabilité individuelle, pas de celle d’un système qu’il faudrait réformer. Pour eux, refonder l’université, c’est liquider la démocratisation. » Il reproche également aux présidents d’université d’être devenus des gestionnaires et pas les meilleurs. On pourrait bien sûr lui retourner le compliment dès lors qu’il affirme avoir voulu face à Sarkozy avoir une approche syndicale sans même se poser les questions essentielles et rechercher des alliés. A quoi rime en effet de clamer victoire sur la non sélection à l’entrée des licences et des masters (alors qu’elle est maintenue entre la première et la deuxième année de master) et qu’elle s’est étendue dans les filières sélectives (Dauphine, entrée dans les masters scientifiques, recrutement dans les masters littéraires d’élite à partir des élèves des classes préparatoires littéraires reçus collés aux ENS et aux IEP) ? Pourquoi cette absence de toute remise en cause des classes préparatoires ?

Quand Jean-Baptiste Prévost justifie la participation au mouvement de 2009 où s’est concrétisée la jonction entre ceux qu’il dénonce aujourd’hui comme des « réactionnaires de droite comme de gauche marchant main dans la main à l’université » en défendant l’idée que cela « a permis d’obtenir le gel des suppressions de postes dans l’enseignement supérieur […] et de montrer que l’avenir de l’université ne pouvait se résumer à son autonomie », il tord le cou à la vérité. C’est bien au contraire grâce à l’action tenace des présidents des universités, qui ont opté les premiers pour l’autonomie, que le maintien intact de leur masse salariale a été acté par l’Elysée (ni par Matignon, ni par la rue Descartes). C’est cette décision qui a provoqué la grogne des autres présidents refusant que cette promesse faite à ceux-ci ne soit payée sur le dos de leurs établissements qui a entraîné la décision de sortir l’enseignement supérieur de la vulgate du « non remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite ». Mais rien n’a empêché que ce soient les étudiants se destinant aux carrières de l’enseignement pré-universitaire qui fassent les frais des tractations entre Darcos et le SNES même si ce dernier a toujours refusé de l’avouer.

Les étudiants de l’UNEF étaient bien naïfs de penser que leur participation au mouvement de 2009 recréerait une dynamique commune entre étudiants et enseignants. « Cela a plutôt bien fonctionné avec le SNESup » mais au prix du gel de la réflexion sur la nécessaire évolution de l’enseignement supérieur. Jean-Baptiste Prévost regrette à postériori « que certaines organisations comme sauvons l’université ou encore l’autoproclamée coordination des universités – qui ne représentait plus aucune AG à partir d’avril – n’aient pas cherché davantage de convergences avec les revendications étudiantes ». Mais l’exemple de 2004 et de l’évolution de « sauvons la recherche » aurait du le rendre méfiant. Ces sortes d’organisation en France, sujettes à toutes les manipulations gauchistes, ont toujours été récupérées par l’establishment et ont abouti à l’affaiblissement syndical. La logorrhée et le conservatisme font toujours bon ménage. Je reconnais bien volontiers que « les étudiants sont assez grands pour mener eux-mêmes leurs combats et choisir leurs propres modalités d’action » mais cela n’empêche en rien que leurs organisations dialoguent avec les présidents d’université or du cadre convenu de la CPU ! Contrairement à ce qu’il avance, tous ne sont pas de mauvais gestionnaires loin s’en faut.

Jean-Baptiste Prévost ne saurait être plus ambigu lorsqu’il déclare : « Il ne faut pas que des questions comme l’échec en première année, la misère sociale des étudiants, l’illisibilité de l’offre de formation ou l’infime proportion de jeunes parvenant aux mêmes grandes écoles élitistes que leurs parents, redeviennent des secrets de famille honteux. » Dans son discours, pas une parole sur le système des écoles dont il est d’ailleurs issu. Son prédécesseur à la direction de l’UNEF est que je sache un membre important de la direction socialiste. Or le projet de son parti pour les prochaines élections présidentielles est étrangement muet sur le sujet de la pertinence de maintenir le système élitiste actuel et sur une autre façon de procéder à l’émergence des élites qui n’aboutisse pas à une simple reproduction de l’espèce. Il est grand temps pour la gauche de prendre cette affaire à bras le corps et d’aboutir à un véritable projet pour la formation des jeunes sans faire l’impasse sur la sélection des élites car chacun sait qu’une sélection n’est juste que si elle est efficace. Or chez nous, elle n’est ni l’une ni l’autre.

Je ne voudrais pas clore ce billet sans un mot pour le feuilleton de l’été commencé outre Atlantique. La machine à vendre du spectacle et du papier bas de gamme est en route. Je connais quelques riches intègres et quelques pauvres crapuleux, l’inverse est aussi vrai. Mais je ne considère pas anormal qu’on soit plus exigeant vis-à-vis de ceux qui ont du répondant que vis à vis des modestes. Il faut être certes intransigeant sur le respect de la présomption d’innocence et sur celui de la vie privée. Mais pas d’angélisme s’il vous plait. Chacun a ses pulsions et comme le rappelait Théodore Monod « l’hominisation n’est pas achevée ».

Méditons donc cette belle chanson de Vline Buggy [1] et Hugues Auffray
« Les portes du pénitencier
Bientôt vont se refermer
Et c’est là que je finirai ma vie
Comme d’autres gars l’ont finie [….]
Toi la fille qui m’a aimé
Je t’ai trop fait pleurer
Les larmes de honte que tu as versées
Il faut les oublier
»

Palaiseau le 13 juin 2011

[1] C’est sous les pseudonymes de Vline et de Buggy que les deux sœurs Evelyne et Liliane Koger se lancent, dès 1947 dans l’écriture de chansons

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