Réponse à Michel Leroy sur l’autonomie universitaire

Je n’ai pas encore lu votre livre[1] et vais m’y atteler de ce pas. Cependant, si j’en crois l’article de Philippe Jacqué paru à ce sujet dans Le Monde[2], nous sommes d’accord sur quelques points. D’abord le mouvement fondateur de l’autonomie universitaire est bien mai 68 n’en déplaise à la droite. Je finissais à cette époque mes études de médecine et je me rappelle fort bien le bouillonnement, parfois erratique, qui a présidé au décès des facultés et à la création des nouvelles universités. Je suis également d’accord sur le fait que l’autonomie universitaire clive à travers toutes les sensibilités politiques. Mais je ne suis pas d’accord avec Philippe Jacqué[3] selon lequel la démarcation à gauche est entre le courant social-démocrate classique et l’autre beaucoup plus à gauche.

Pour aller de l’avant je considère, comme Louis Vogel que l’autonomie n’est rien sans les moyens :

1° Il faut que cesse immédiatement le contrôle tatillon à priori que la haute administration de la rue de Grenelle et de Bercy qui, aujourd’hui plus encore qu’hier, entrave les initiatives universitaires.

2° Les universités doivent être pleinement gestionnaires de leurs finances et ne plus être soumises à l’obligation de faire gérer l’argent de leurs salaires par le trésor public. Le capital non consomptible des opérations du grand emprunt comme du plan campus doit être transféré dans les fondations que les universités ou leurs regroupements ont créés.

3° L’esprit de la loi LRU doit être respecté en revenant à une contractualisation financière incluant la masse salariale négociée entre l’Etat et les Universités autonomes avec sécurisation des crédits pendant la durée du contrat (5 ans) contrairement à ce qui à été fait en 2008/2009. Il faut donc mettre fin à l’annualisation budgétaire et à tous les systèmes, SYMPA ou pas, incapables de prendre en compte la diversité des situations.

4° Les universités doivent être libres de contractualiser avec d’autres partenaires publics (Régions, Villes, Organismes de recherche, CROUS) ou privés (fondations, entreprises).

5° La dévolution des biens immobiliers doit être immédiate – il est indécent que l’on assiste à la dévolution en priorité aux copains – et  totale, ce n’est pas à l’Etat de se substituer aux universités autonomes pour la négociation des échanges de territoires. Les crédits de mise aux normes et d’entretien doivent être négociés en même temps que la négociation contractuelle.

6° Elles doivent être libres de choisir le mode de gouvernance le plus adapté à leur situation. De ce point de vue, la LRU est aussi inepte que l’était la loi Savary. Certaines choisiront de se gouverner comme des entreprises, d’autres refuseront de sortir du giron de l’Etat, d’autres voudront être des régies autonomes de régions ou de villes, d’autres mettront la démocratie universitaire au cœur du dispositif. D’autres enfin essaieront de prendre ce qu’il y a de mieux dans chacun de ces systèmes. Il n’y aura pas d’autonomie sans risque assumé. Le meilleur antidote c’est la démocratie universitaire, ce qui ne veut pas dire qu’il faut remplacer la tutelle tatillonne de l’Etat par celle des lobbies qu’ils soient syndicaux ou disciplinaires. La transparence est un mot creux, certains sont tellement transparents que la lumière les traverse sans les voir. L’évaluation ex-post tranchera.

7° Last but not least les règles du jeu doivent être les mêmes pour tous les établissements d’enseignement supérieur Universités, Grands Etablissements et Ecoles comprises. Que cent fleurs s’épanouissent, que cent écoles rivalisent » !

Naturellement l’autonomie signifie l’acceptation de l’évaluation ex-post. Ceci ne signifie pas qu’elles doivent s’exonérer d’outils internes d’évaluation et de contrôle de gestion bien au contraire. Etant des opérateurs de recherche et de formation, elles ne devraient en aucun cas être impliquées dans l’évaluation et la répartition des ressources contractuelles de l’Etat. Ceci est d’ailleurs valable pour les Organismes de recherche. Il convient donc de renforcer l’indépendance de l’AERES et ce point de vue on peut être inquiet de voir la direction de l’agence trustée par des universitaires provenant de la même université et veiller à une éthique rigoureuse des évaluateurs qui, durant leurs mandats, ne pourront être impliqués dans l’évaluation de leurs équipes ou de leurs établissements ni de leurs concurrents directs. Il convient également de conforter le rôle de l’Agence Nationale de la Recherche qui doit devenir centrale dans le dispositif.

Sarkozy (Valérie Pécresse n’a aucune autonomie sur ce dossier), comme ses prédécesseurs (Chirac, Mitterrand, Giscard, Pompidou et De Gaulle) s’est arrêté au milieu du gué dans cette affaire. Il est important à mes yeux que la gauche, et pas seulement le parti socialiste, je pense aux verts et à la gauche de la gauche, reprenne le flambeau face à une droite qui s’essouffle. Car en Mai 68 c’était bien l’autonomie et l’autogestion qui étaient au cœur des discussions des étudiants que nous étions alors. Ce n’est pas aux marxistes que j’ai à rappeler que le dépérissement de l’Etat doit être autre chose qu’un Messie qui n’arrive jamais.

Palaiseau le 29 mai 2011

[1] Universités : Enquête sur le grand chambardement, Michel Leroy, éditions Autrement

[2] Zoom sur l’université Le Monde 29-30 mai 2011

[3] Pour l’université le PS préfère la réforme à la rupture. Le Monde 18 mai 2011

Une réflexion sur “ Réponse à Michel Leroy sur l’autonomie universitaire ”

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