Les Copains et les Coquins

Décidément la bonne fée qui préside aux destinées de l’enseignement supérieur français est pressée. Mais elle n’est pas pressée pour tout le monde.

Le gagnant du jour est l’université d’Auvergne (médecine, droit, sciences économiques, et IUT). En déplacement pré-électoral, Valérie Pécresse rappelle, selon l’AEF, « que l’université d’Auvergne a bénéficié depuis 2007 « d’un effort sans précédent », de plus de 15,5 millions d’euros avec le plan de relance, auxquels s’ajoutent 13 millions d’euros au titre du CPER 2007-2013, afin d’achever les travaux de mise en sécurité et l’accessibilité de ses locaux, qui constituent « un préalable » au transfert de l’immobilier. L’université bénéficiera en outre « d’une partie des 30 millions d’euros alloués au projet clermontois dans le cadre de l’opération campus », le projet bénéficiant du label « campus prometteur ». Cette université recevra de plus, selon son président, 6,1 millions d’euros par an, somme révisable tous les cinq ans, pour  l’entretien de ses bâtiments. Rappelons que cette université qui n’apparait dans aucun classement fut naguère dirigée par Gaston Meyniel, Gourou du Syndicat Autonome des Enseignants de Médecine. Sa voisine qui s’occupe des sciences et des humanités et qui a décroché deux des trois « labex » du PRES attendra. Erreur au combien stratégique de sa direction. Toulouse 1 Capitole dont on sait qu’elle a eu quelques déboires avec le grand emprunt sera bientôt dotée à son tour et l’université de Poitiers recevra son lot de consolation. Comme quoi Valérie n’est pas rancunière.

En Ile de France la bonne Fée vole au sommet de la Noblesse d’Etat. D’abord elle envoie la gens policière nettoyer l’Ecole anormale de la rue d’Ulm des douze clampins qui bloquaient le bureau de la Grande Prêtresse. Il faut dire que ça faisait désordre à Paris Sciences et Lettres lauréat d’une « Idex » pour le moins la gouvernance flotte ! Il faut dire aussi que les étudiants de SUD ont moins d’éducation que leurs grands aînés staliniens ou trotskystes et encore moins de formation philosophico-politique. Au moins, eux, n’ont-ils pas craché l’« Idex » de l’ENS. Ils sont mûrs pour le Poujado-bolchevisme. Je comprends mieux pourquoi je sens maintenant poindre des réticences à l’UPMC et à la Sorbonne pour s’embringuer dans une galère avec eux.

La bonne fée s’est aussi penchée sur l’embryon du plateau de Saclay au bord de la fausse couche. L’accoucheur précédent ayant jeté l’éponge, notre très cher François (Fillon pas Hollande) a tout d’abord renforcé le dispositif en envoyant un préretraité replié au CNAM  pour : « en six mois et selon les méthodes que vous jugerez les plus appropriées mettre les acteurs en situation de finaliser leur projet scientifique, de clarifier les besoins d’aménagement du site et de définir une programmation des opérations compatibles avec les moyens apportés par l’État et les collectivités territoriales. En particulier cette dynamique doit permettre au projet Saclay de bénéficier pleinement des opportunités offertes par le programme d’investissements d’avenir. » L’intéressé sait comment s’y prendre pour enfumer les universitaires d’Orsay, lui qui présida justement aux destinées de l’université d’Auvergne et fût recteur à Bordeaux. Pour ce qui est des X, l’initiative de Marion Guillou, n’a surement pas été très appréciée au Château, pas plus d’ailleurs que l’introduction dans le conseil d’administration du premier entré, premier sorti, premier remercié qui s’était particulièrement distingué lors de sa précédente mission sur l’immobilier à Paris. Les membres du conseil d’administration plutôt méfiants ont préféré un simple électricien au brillant tacticien. Péniblement certes, car l’élection fut acquise par six voix contre trois et deux abstentions. Personne à Orsay pour se porter candidat puisque personne n’avait été sollicité remplacer Paul Vialle au conseil d’administration. Quand comprendront-ils que l’attentisme est une mauvaise posture ? Il a donc fallu « organiser la démocratie » en suscitant des candidatures de témoignage en provenance de l’ESCPI et de l’ENS. Mais ce n’était pas certes la liste de publications qui comptait. Bonne chance donc à Dominique Vernay, il aura besoin de Viagra pour fertiliser les milles vaches.

Pour Paris Centre il faudra encore attendre. Sorbonne Université dont on sait qu’elle cartonne devant les jurys internationaux est moins populaire rue Descartes. Pour le plan Campus, Sorbonne Université devra se contenter de la portion congrue, il est vrai que les pharmaciens de Port-Royal, à défaut d’être performants en publications, sont au moins politiquement plus souples et qu’il est urgent d’envoyer les humanités et Paris 3 à La Villette. Quant à la dévolution des biens à l’UPMC, selon son président, le dossier n’a pas avancé d’un iota puisque la ministre se refuse à négocier. Elle ne veut pas avoir à retirer à l’EPAURIF la soulte et les moyens de l’ancien Etablissement Public du Campus Jussieu. Mais vous l’aurez compris, pour la dévolution des biens il n’a jamais été question de jury international.

Palaiseau le 21 Avril 2011

2 réflexions sur “ Les Copains et les Coquins ”

  1. Comme je l’ai montré dans mon livre Adieu Munich, les Universités de Montpellier III, de Paris 7 et de Nice ont réussi à éliminer la compétence (l' »excellence ») comme critère d’embauche des « enseignants chercheurs ». Leur « indépendance » acquise, elle se prévalent désormais du seul népotisme, impliquant la corruption au niveau le plus infâme pour sélectionner ce personnel. A bonne entendeur !

  2. le favoritisme intrauniversitaire,tel qu’il est actuellement pratiqué en France et en Italie, est digne des régimes véreux et corrompus que d’aucuns (dont moi) croyaient révolues (du moins dans une certaine mesure) dans les Etats dits « de droit ».

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>