Sorbonne Universités, l’université confédérale de Paris

Certains se sont interrogés sur les raisons de mon silence sur le pôle de recherche et d’enseignement supérieur Sorbonne Universités depuis la dissolution de Paris Universitas cet été. Certes ma toute nouvelle position de conseiller du président de Sorbonne Universités qui, contre toute attente, vient d’être élu à la présidence de la conférence des présidents d’université me dictait, sinon de la réserve, du moins une certaine prudence. Elle n’est plus de mise aujourd’hui.

Remarquons en premier lieu que Sorbonne Universités a le triomphe modeste. Face à l’hostilité de la ministre et de ses conseillers qui voulaient lui imposer un statut d’Etablissement public à la Goulard, elle a su faire accepter celui de fondation de coopération scientifique (FCS), plus souple et permettant de mieux avancer vers la constitution d’une université confédérale : « Sorbonne Universités ». Remarquons en second lieu que beaucoup de PRES ayant opté pour le statut d’établissement public se sont résolus eux aussi à créer des FCS pour recevoir les putatifs crédits du grand emprunt et du plan campus. De même, la notion d’université confédérale, mise en avant pour la première fois par Louis Vogel, dès 2008 commence à s’imposer à tous ceux qui voient bien que les fusions brutales constituent un risque majeur de perte de contrôle académique et de renforcement de la bureaucratie sans gain financier et organisationnel majeur. Le concept de double licence que j’avais lancé dès 2005 avec Richard Descoing est maintenant repris par la ministre elle-même, mais avec la différence sensible que, si le nôtre est exigeant, rien n’indique que le sien ne le soit puisque son problème reste avant tout la protection des filières élitistes. D’ores et déjà, l’ensemble des promotions de doubles cursus exigeants du collège de Sorbonne Université dépasse les 200 étudiants et devrait progresser encore.

Le dispositif adopté l’an dernier par les universités Panthéon-Assas, Paris-Sorbonne et Pierre et Marie Curie définit plusieurs cercles de membres. Les membres fondateurs initiaux (les trois universités) qui ont vocation à constituer le cœur de l’université confédérale, des membres fondateurs non initiaux, depuis septembre le Muséum national d’histoire naturelle en fait partie, et des membres associés dont font maintenant partie l’INSEAD, et différentes écoles de formation aux métiers juridiques et du secteur des arts et humanités[1]. Il convient également de remarquer que d’autres secteurs professionnalisant sont de facto dans Sorbonne Universités, en particulier la faculté de médecine Pierre et Marie Curie, l’Ecole Polytechnique Pierre et Marie Curie, l’Ecole nationale supérieure de chimie de Paris établissement rattaché à l’université Pierre et Marie Curie, le CELSA et l’IUFM de Paris, écoles internes de Paris Sorbonne.

Le blogueur Dubois pensait que Sorbonne Universités aurait dû boycotter l’initiative d’excellence. Certes je ne suis pas naïf et je sais fort bien que la manne induite par les placements générés par les opérations Campus et Grand emprunt promise par le Président à une dizaine de grands ensembles universitaires risque fort, une fois financé le plateau des mille vaches, de se dissoudre dans un essaimage pré-électoral ou d’être sacrifié sur l’autel de la réduction de la dette après les élections présidentielles. Cependant, selon la loi de Murphy, le pire n’étant jamais sûr et selon l’adage de Georges Marchais la peur n’évitant pas le danger, Il convenait de s’y préparer.

Sorbonne Universités s’est donc saisi de cette occasion pour faire progresser les trois universités vers ce qui est un objectif stratégique majeur, l’université confédérale. C’est dans ce contexte que les membres fondateurs et divers membres associés ont travaillé ensemble pour répondre aux appels à proposition sectoriels et à l’initiative d’excellence. D’emblée il a été décidé que la fondation de coopération scientifique serait le gestionnaire unique des fonds éventuellement générés. La communauté universitaire a réagi avec vigueur aux appels à propositions. Des groupes de travail s’attèlent maintenant à la structuration des mutualisations nécessaires dans les quatre grands domaines : Recherche (coordination, centre de données et d’analyse, développement documentaire, recherche contractuelle, collège doctoral) Formations (doubles cursus, parcours santé, sciences, droit et humanités, ressources pédagogiques), valorisation, vie étudiante (santé, sports, culture), international.

Les collègues qui participent à ce travail n’oublient pas que d’autres secteurs importants existent en dehors de ceux définis dans ces cadres. Mais il préfigure ce qui sera fait l’an prochain lors de la préparation en commun du contrat avec l’Etat. Ce travail de fourmi ne requiert ni publicité intempestive ni tiédeur mais beaucoup de doigté et un sens aigu de la politique arrêtée en commun. Le débat sur faut-il ou pas y aller en parlant des initiatives élyséennes en matière d’enseignement supérieur a été tranché depuis longtemps dans nos universités. Quels que soient les locataires de l’Elysée et de Matignon, on ne gagne rien en jouant les vierges effarouchées. Sans pour autant se transformer en muets du sérail.

Je crois que certains à gauche auraient tort de spéculer sur un retour en arrière. L’autonomie universitaire, comme la régionalisation donne des bases solides pour la mise en place de politiques progressistes. C’est d’ailleurs pourquoi la politique actuelle du gouvernement vis-à-vis de l’université, comme celle qui concerne les régions, s’évertue d’en limiter les effets en tentant d’imposer un pilotage financier tatillon qui n’a rien à voir avec une autonomie véritable. Non content de mentir sur l’effort financier réel[2], la ministre se transforme en vulgaire pionne de lycée prétendant règlementer les soirées étudiantes. On la savait carabosse et la voilà maintenant mère la vertu. Mais quand laissera-t-on les établissements prendre leurs responsabilités sans réglementer à tout bout de champ pour des considérations bassement électoralistes ! Comble de cynisme, le nouveau maître de l’UMP se permet d’adresser une lettre insultante aux présidents d’universités tendant à faire d’eux de simples supplétifs de la politique élyséenne. Il ne peut pas ignorer qu’une telle tentative aura des effets strictement contreproductifs, on verra combien d’entre eux signeront une déclaration de soutien. Mais peut-être vise-t-il 2017 et pas 2012.

Palaiseau le 23 février 2011

[1] L’Ecole nationale de la magistrature (ENM), le Centre de formation professionnelle notariale de Paris (CFPNP), l’Ecole de formation des barreaux (EFB), les Ecoles de Saint-Cyr Coëtquidan, l’Ecole des officiers de la gendarmerie (EOGN), l’Ecole nationale supérieure de la police (ENSP), l’Université de Technologie de Compiègne (UTC), l’Ecole des Chartes, l’Institut national d’histoire de l’Art (INHA).

[2] A titre d’exemple, la dotation à l’UPMC n’a été réellement augmentée que d’environ 200 000 euros sur un budget global de 450 millions soit moins de 0,04%, c’est-à-dire rien du tout. Dans le même temps, l’UPMC accueille 6,5% d’étudiants en plus !

4 réflexions sur “ Sorbonne Universités, l’université confédérale de Paris ”

  1. Plusieurs internautes m’on signalé que c’était peut-être un canular. Cette lettre m’a été transmise par un ami et j’avoue que je n’ai pas vérifié sa réalité. Cependant, comme il vaut mieux prévenir que guérir, en cette période où tous les coups sont bons, j’ai préféré yy faire allusion.
    Toutes mes excuses à François Coppé si elle n’est pas de son cru.

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