Un Cabinet de combat

Le pouvoir avait laissé entendre qu’il formerait une équipe resserrée. Lorsque que François Fillon[1] démissionne le 13 novembre le gouvernement comporte 20 ministres dont 17 de plein exercice. Le nouveau gouvernement présenté par Claude Guéant comporte 22 ministres dont 15 de plein exercice. Le resserrement, tout relatif en nombre l’est idéologiquement. Le numéro deux du gouvernement sera Alain Juppé[2] à la Défense et non pas Jean-Louis Borloo à l’Environnement. Environnement qui rétrograde à la 4ème place avec Nathalie Kosciusko-Morizet[3] fille de gaulliste historique amputée de l’énergie, de la mer, des technologies renouvelables et des négociations sur le climat mais affublée du transport et du logement. L’inoxydable Alliot-Marie[4], chiraquienne historique reste à la 3ème place en prenant les Affaires étrangères. Certes le pâle Michel Mercier[5] arrive en 5ème place à la chancellerie, sans doute pour calmer la gens de la justice et du droit. Puis on trouve dans l’ordre Brice Hortefeux[6], et Xavier Bertrand[7], sarkozistes de choc, qui encadrent Christine Lagarde[8] (laquelle perd deux places).

Nicolas se débarrasse de plusieurs dossiers gênants, exit du ministère de l’immigration et de l’identité nationale, Hortefeux le Neuilléen fera l’affaire. Eric Besson est renvoyé à l’industrie rétrogradé au rang de ministre délégué auprès de Christine Lagarde où il remplacera le champion de moto gaffeur. Exit la Jeunesse et les Solidarités actives et Marc-Philippe Daubresse que Jean-François Copé draguera à la direction de l’UMP ! Parmi les promus on compte Maurice Leroy, ancien communiste recyclé par Pasqua en pseudo-centriste sera ministre de la Ville, mais sans le logement et les transports. On verra si ses classes au parti communiste le rendent populaires dans les banlieues, d’autres avant lui s’y sont cassés les dents. Patrick Ollier le prince consort de la dame des affaires étrangères sera chargé de réparer les bévues de de Raincourt dans les relations avec le parlement et ce dernier s’occupera de la Françafrique, c’est moins risqué. Autres promus, Laurent Wauquier, il fallait bien un normalien, Nadine Morano il fallait bien une franchouillarde et Chantal Jouanno il fallait bien une sportive.

C’est au niveau des secrétaires d’Etat que les coupes franches sont apparues, exit le nouveau centre, les borloophyles et les raffarinophyles : exit, Hervé Morin,  Dominique Bussereau, Valérie Létard, Hervé Novelli, Alain Marleix, Hubert Falco, Anne Marie Idrac. Exit aussi la diversité, exit la beurette et la bobo sénégalaise, exit le pseudo-socialiste mulhousien. Neuf postes sont ainsi dégagés. Outre les promus, quatre secrétaires d’Etat ayant fait allégeance (Pierre Lellouche, Nora Berra, Georges Tron et Benoist Apparu) seront reconduits et rejoints par la grande gueule de Thierry Mariani, l’ineffable Frédéric Lefebvre, la fille de Harki Jeannette Bougrab et Marie-Anne Montchamp (pour bien montrer à Dominique de Villepin que tout peut s’acheter).

On ne touche pas au fragile équilibre de l’éducation, Luc-Marie Châtel[9] à l’Education Nationale et Valérie Pécresse[10] à l’Enseignement Supérieur et à la recherche. On dégage Roselyne Bachelot[11] de la Santé où elle a si bien réussi dans sa lutte contre la pandémie virale et pour le retour à l’équilibre des budgets hospitaliers mais le « bourgeois de la Sarthe » la repêche. Il est vrai que la médiocrité tient souvent lieu de compagnonnage. La santé sera confiée à un médecin diplômé de l’université d’Oran ayant exercé dix ans dans l’industrie pharmaceutique.

En réalité, et comme je l’indiquais dans mon dernier blog, c’est un ministère  de combat, avec Juppé à la Défense et le retour du RPR aux affaires. Le problème de Sarkozy c’est 2012 et pas l’urgence socio-économique. Sur les 31 ministres et secrétaires d’Etat, on en compte 11 ayant fait des études de droit en majorité à Nanterre et Paris 1 et 16 étant passés par les Ecoles publiques et privées de la noblesse d’Etat, principalement Sciences Po et l’ENA. Pratiquement aucun ministre n’a eu une formation scientifique solide.

S’il avait voulu marquer son attachement à sortir le pays de l’ornière où il se trouve en matière de  développement industriel et économique, au lieu de mettre au deuxième rang le ministère de la défense Sarkozy aurait proposé un grand ministère de l’enseignement supérieur, de la recherche, du développement industriel et de l’économie. S’il avait voulu s’attaquer aux problèmes généraux de l’éducation de base, il aurait créé un grand ministère de l’Education nationale, de l’intégration et de l’insertion professionnelle. S’il avait voulu s’attaquer aux problèmes du « bien vivre partout », il aurait créé un grand ministère de la santé, du travail et des conditions de vie. Or le ministère de l’Economie, à la 6ème place, est dirigé par une banquière flanquée d’un ministère de l’industrie à la 17ème place occupé par un gars de Sciences Po ! Le ministère de l’Education nationale est occupé à la 9ème place par un spécialiste du marketing, celui de l’Enseignement supérieur et de la recherche se trouve en 10ème place. Quant à la santé, le travail et les conditions de vie, il y a fort à parier qu’ils resteront l’apanage de quelques technocrates. Et plutôt que de créer un ministère de l’Ecologie tronqué, chargé de vendre sa candidature en 2012, Sarkozy aurait mieux fait de créer un haut commissariat à l’écologie, l’environnement et aux changements climatiques qui puisse être mis à l’abri des pression idéologiques et claniques.

Beaucoup de promesses faites, peu de résultats concrets aujourd’hui, lenteur de l’administration française me dira-t-on, sans doute, mais essoufflement d’un volontarisme maintenant bridé par les conservatismes et le désir de survivre.

Palaiseau le 22 novembre 2012

[1] Maîtrise de droit public à l’université du Maine et DEA de droit public à l’université Paris 5

[2] Fleuron de la noblesse d’Etat, passé du lycée Victor Duruy de Mont-de-Marsan aux classes préparatoires de Louis-le-Grand au Quartier latin puis à l‘ENS de la rue d’Ulm ensuite à l’IEP rue St Dominique pour sortir 5ème de l’ENA (promotion Charles de Gaulle avec jean Louis Gergorin, Dominique Perben et jean Cyrille Spinetta) et d’entrer à l’Inspection des finances !

[3] Polytechnicienne recyclée aux Eaux et Forêts puis initiée au management par le Collège des Ingénieurs.

[4] Juriste, docteur de l’université Panthéon Assas.

[5] UDF maintenu, ami de Bayrou, juriste lyonnais dégrossi par l’IEP de la même ville.

[6] Fils de banquier, maîtrise de droit privé à Nanterre, Sciences Po Paris dont il sort sans diplôme selon Wikipedia.

[7] Maîtrise de droit public, puis un diplôme d’études supérieures spécialisées (DESS) d’administration locale à l’université de Reims.

[8] Institut d’études politiques d’Aix-en-Provence. Échoue au concours d’entrée de l’ENA et obtient une maîtrise de droit des affaires et un DESS de droit social Nanterre.

[9] Lycée St-Louis-de-Gonzagues puis Maîtrise de gestion et DESS de marketing à l’université Paris 1. Spécialiste du marketing puis DRH à L’Oréal.

[10] « Ginette » à Versailles, HEC et ENA, enseignante à Sciences Po et auditrice au conseil d’Etat.

[11] Etudes de pharmacie à Angers.

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