En voyage aux USA

La semaine suivant l’élection présidentielle aux Etat-Unis j’ai participé à une visite de la direction de l’université Pierre et Marie Curie sur la côte Est des Etats-Unis. Visite éclair mais très instructive. Ce voyage m’a conduit de Boston à Atlanta en passant par New York et Washington. Beau temps sec et frais à Boston, le train rapide qui m’emmène à New Haven pour visiter la faculté de droit de Yale chemine à la vitesse d’un train express régional français, dans l’automne finissant du Massachusetts et du Connecticut qui me rappelle les ocres et les carmins des paysages de la Normandie mancelle. Arrivée en plein centre de New York dans les senteurs de hamburger et l’agitation d’une fin d’après midi. Queues interminables à JFK airport pour le saut de puce vers Washington, vestiges du traumatisme d’un certain 11 septembre. Mais on peut quand même monter dans l’avion avec le talon du billet du voisin… Atlanta ville sans âme qui a voté Palin !

Les universitaires américains comme des Janus bifronts oscillent entre soulagement, d’avoir par leur vote mis fin à huit années de folies, et inquiétude des conséquences de la crise financière sur le rétrécissement des possibilités d’emprunts des familles de la « middle class » qui restreindront leur possibilité d’accès à l’enseignement supérieur. Mais bien conscients que sans la crise les ultra-droitiers seraient encore au pouvoir. A grand malheur, grande consolation que de constater qu’ils sont encore en avance. Mais aussi conscients des limites bien palpables d’un système que certains voudraient nous vendre en Europe… Visiblement la démarche de l’UPMC pour le moins inhabituelle pour une université française les intrigue et ils sont tout étonnés de nous voir débiter les « facts and figures » de l’UPMC et la refondation d’une grande université à la Sorbonne. Mais ils nous ramènent vite à la réalité du coût des coopérations. Harvard, MIT, Columbia, Yale, NYU, Maryland cinq universités, cinq systèmes bien différents. Ah on est loin des normes « San Rémo » ou de leurs avatars pécressiens préconisés par l’égalitarisme hypocrite de la conférence des présidents des universités françaises, sorte de CPME universitaire. Ici, on sent la diversité face à la normalité française : lycées, section S, classes prépa et rêve de polytechnique avant d’atterrir à Romorantin. J’apprends que Michèle Obama, qui adolescente avait peu d’appétit pour les études, est entrée à Harvard grâce à son frère, élément brillant de l’équipe de basket ! La positive attitude c’est bon pour les américains.

Boston, New York, Washington, rencontre avec les alumni de l’UPMC, doctorants, post-doctorants, anciens de notre université : une vingtaine à Boston, une trentaine à New York, une poignée à Washington. Ravis de nous voir, ils nous racontent leur vie, leur découverte de l’Amérique et, pour la plupart, leur espoir de retour. Ils font le bonheur des meilleurs labos de Harvard, du MIT, de Columbia du NIH à Bethesda ; c’est eux qui font la puissance américaine. Ils nous décrivent le cosmopolitisme des laboratoires américains. Ils n’ont pour la plupart ni fait les classes préparatoires, ni les « grandes » écoles, mais ils sont bons, très bons, les chercheurs américains le savent, mais pas les industriels et les technocrates français incapables d’utiliser leur force créatrice. Travailleurs immigrés modernes, à qui la mère patrie n’a pas de travail à proposer et qui vont vendre à bas prix leur savoir comme d’autres font les vendanges ! Certains ont pris racine sur le sol américain mais rêvent encore de retour, sans doute pour leur retraite. Oui, c’est d’accord, nous allons créer cette association de nos anciens étudiants à l’étranger pour générer la chaîne de l’espoir et rivaliser avec les X-mines-ponts et autres HEC-ESSEC ; nous leur promettons une visite annuelle de la présidence au niveau adéquat. J’espère que nous pourrons tenir. J’espère que nous serons assez forts dans les négociations financières avec l’Etat pour dégager des marges de manœuvre. J’espère que nous saurons monter aux décideurs économiques et financiers que là est la vraie richesse de demain et pas dans le Yo-Yo incertain des banquiers irresponsables.

Atlanta, séminaire transatlantique sur la recherche et les études doctorales. L’une des manifestations de la présidence française de l’Union. Les universités françaises sont rares : deux français seulement sur la cinquantaine de speakers. Mais quels speakers ! Le conseiller de Sarkozy, Bernard Belloc, qui aura l’élégance de laisser la conseillère universitaire de Condoleeza Rice faire la conclusion. Jean Chambaz, vice-président pour la recherche de l’UPMC, qui « chairera » avec brio une session destinée aux nouveaux cursus. Et en vedette américaine, ma ministre préférée, qui avait refusé la vidéo conférence et avait donc envoyé sa cassette, ce en quoi elle a eu tort car aux States, les absents ont toujours tort !

Voyage d’espoir Obama, nouveaux contacts, mais dure réalité du retard français et des foules de raisons pour poursuivre l’aggiormento des universités françaises et pousser l’Etat français dans ses retranchements.

Aéroport d’Atlanta le 18 novembre 2008.

3 réflexions sur “ En voyage aux USA ”

  1. Je découvre ce blog par hasard mais avec plaisir. Voila un regard de l’intérieur qu’il est intéressant d’avoir. J’espère que le reste sera du même genre. Bonne continuation.
    Michel

  2. Si tous les universitaires qui voyagent (en mission bien sûr) tenaient un carnet de voyages… quel roman cela ferait ! Revisite assurée des romans de David Lodge (Un tout petit monde, changement de décor…).

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