Une hirondelle ne fait pas le printemps – One swallow does not a summer make.

Les résultats de la session 2010 du nouveau processus d’admission post baccalauréat a fait saliver le politburo de la conférence des présidents d’universités . Devant la  progression des vœux d’inscription en licence (+28%) et du recul des classes préparatoires dans les premiers vœux des bacheliers de l’année 2010 (-5%), elle déclare en effet :

« En ces temps de crise financière et de doute, l’effort accompli par les universités pour améliorer l’encadrement en licence et accueillir les étudiants dans leur diversité, des plus brillants aux plus en difficulté, commence à porter ses fruits ».

Mais l’examen des chiffres montre que cette tendance est extrêmement faible et qu’elle n’est pas à la mesure des enjeux. En effet, sur les quelques 650 000 élèves qui ont fait connaître leur choix cette année, le réveil pour les licences scientifiques et technologiques universitaires reste maigre. Alors que 223 780 élèves souhaitent faire un BTS, 118 968 entrer en IUT et 57 359 intégrer une classe préparatoire, ils ne sont que 20 588 à choisir une licence de sciences et technologie. Sur les 57 359 qui choisissent les classes préparatoires, ils ne seront guère plus de 6 000 à intégrer des établissements que l’on peut raisonnablement classer dans la catégorie des grandes écoles. La plupart d’entre eux seront condamnée à un moment où à un autre de rejoindre le cursus universitaire mal préparés à se confronter aux véritables défis de la recherche et de l’innovation. Et avec ses modestes moyens l’université devra faire avec.

Mais une hirondelle ne fait pas le printemps. L’évolution du dualisme français en matière de formation supérieure est inquiétante. L’enquête réalisée cette année par la revue « L’Etudiant » et qui a concerné 321 établissements disposants de classes préparatoires dont 80 établissements privés permet d’en faire le constat. Cette étude a concerné les années 2005 à 2009 ¹. Trois groupes de classes ont été considérées : Les classes préparatoires scientifiques, les classes préparatoires commerciales et les classes préparatoires littéraires. Les données indiquent les taux d’intégrations dans les 35 meilleures écoles (les vraies grandes écoles). Parmi les 30 654 (en progression de 6,2%) candidats recensés, 6 090 ont été admis. Dix-huit établissements trustent la moitié des admis alors que 80 n’en ont aucun.

L’intégration dans 27 écoles a été retenue pour ce qui concerne les classes préparatoires scientifiques (229 établissements dont 53 privés)² . En 2009, 21 450 élèves se sont présentés au concours d’entrée à ces écoles, 3 734 soit 18% on été reçus (en 2005, 3 502 sur 20 240 et 18,8%) mais les 15 premiers lycées (sur 229) y placent 53,6% des reçus alors que cinq ans auparavant elles n’en plaçaient que 45,5% En outre, 5 de ces lycées sont de Paris intra-muros, et 5 de la proche banlieue .

Les dix premiers établissements pour les classes préparatoires scientifiques

Pour les classes préparatoires commerciales (160 établissements dont (53 privés) et littéraires (58 établissements dont 8 privés) les intégrations dans 8 grandes écoles  de commerce ont été prises en compte:  Audencia, EDHEC, EM Lyon, ESCP Europe, ESSEC, HEC, ENS Ulm, ENSAE. Le pourcentage de réussite est nettement supérieur pour les prépas commerciales 2 194 reçus pour 7 475 candidats (29,4%) mais, avec l’accroissement des candidats (+1216 soit +12,3%), il est en recul par rapport à 2005 (33,5%). Le système pour être moins inégalitaire que dans le cas des prépas scientifiques l’est encore fortement puisque les 20 premiers établissements (12,5%) présentent plus de 50% des reçus mais il fait la part belle aux établissements privés, dans ces 20 établissements on compte 10 établissements privés. Bien que l’ouverture des écoles de commerce aux prépas littéraires ait entrainé un accroissement des intégrations (presque le double d’il y a 5 ans) c’est pour les élèves des classes préparatoires littéraires sensés représenter le futur de « l’esprit français » que l’hécatombe est la plus patente 8,8% seulement des 2 158 candidats ont pu trouver une place .

Si l’on considère la répartition régionale des taux de réussite, le caractère inégalitaire devient encore plus patent, le taux de réussite moyen national est en effet de 20,1%. L’Ile de France dépasse largement ce taux. Il est de 33% à Paris intramuros et de 29% dans le reste de l’Ile de France, seule les régions Midi-Pyrénées et Rhône-Alpes dépassent le taux national avec  respectivement 22,8 et 21,5%. Les régions Nord-Pas de Calais et Provence-Côte d’Azur s’en rapprochent (19,9 et 18,3%). La Franche-Comté, la Picardie et Champagne Ardennes  sont à la traine (entre 6 et 5%) et les territoires et les départements d’outre mer n’atteignent pas 5%.  Le niveau intellectuel des élèves et/où la qualité des enseignants ne peut pas expliquer à lui seul un tel hiatus. En réalité c’est la sélection des élèves, pratiquée par les 20 lycées qui ont le plus de reçus, qui en rend compte. Elle se fait au vu des résultats scolaires d’une part et du statut social des parents d’autre part, voire des deux. C’est ainsi que les trois quart des mentions très bien et la majorité des mentions bien au baccalauréat sont siphonnées bien avant que les universités ouvrent leurs procédures d’inscription.

Le proviseur d’un des lycées du trio de tête des « vingt lycées d’élite »  pour leurs classes préparatoires revendique haut et fort l’exception française. « Chaque année en novembre, nous organisons un test dans les lycées chinois d’excellence. Sur les 500 élèves qui le passent, nous proposons aux 50 meilleurs de venir dans nos classes préparatoires » déclarait-t-il au monde . Et il ajoutait avec toute son outrecuidance de commis de la Noblesse d’Etat, « les jeunes formés à la française deviendront des ambassadeurs de notre culture » mais de laquelle cher monsieur ? Celle de Montaigne qui estime que « l’enfant n’est pas un vase que l’on remplit, mais un feu que l’on allume » ou celle qui consiste à appliquer à une minorité d’élèves favorisés un formatage scolaire dont il n’est nullement prouvé qu’il soit un gage de créativité. Cette prétention des agrégés du secondaire à représenter « l’esprit français » frise parfois le ridicule lorsqu’ils font l’apologie des programmes prétendument nationaux.

Les « vingt lycées d’élite » pour leurs classes préparatoires

C’est ainsi que le président de la très corporatiste association des professeurs de spéciale s’en prend aux classes préparatoires intégrées à l’université, dans une interview à l’AEF (Dépêche n°133445) : « Il n’existe pas de programme national au niveau des classes préparatoires universitaires comme il en existe pour les prépas dépendant de l’Éducation nationale, c’est dommage ». Ce qui ne l’empêchait pas de constater que l’université la Méditerranée avait créé une classe préparatoire dont le taux de réussite avait été multiplié par deux depuis sa création. Mais à quel prix ! groupes restreints, cours renforcés et il constatait : « à l’université, on peut faire des études extraordinaires si on sait gérer son temps et les tentations… un enseignant unique est le meilleur garant des notes, du suivi de l’élève ». Ben voyons c’est sans doute comme cela que l’on doit traiter le demi-million d’élèves ayant réussi le baccalauréat cette année ! avec quels moyens  ? Un élève de classe préparatoire représente un coût d’enseignement supérieur de 50 % à celui d’un étudiant de l’université( environ 14 000 euros, contre 9 000 euros.).

Le président de l’université Panthéon Assas rappelle à la réalité dans une interview à l’AEF (Dépêche n°135479 ) où il annonce la prochaine sortie de son livre « l’université, une chance pour la France » dans lequel il préconise d’en finir avec le modèle actuel des grandes écoles, de les unir aux universités, de conforter la recherche en ne la séparant pas de l’enseignement. Pour lutter contre l’échec scolaire, il appelle à résorber les décalages culturels, pointant du doigt le cours magistral hérité du 19ème siècle et la trop grande spécialisation dès les premières années d’étude. Il en appelle au décloisonnement des disciplines et à une pédagogie rénovée pour que les étudiants étudient avec plaisir. Il propose également de mettre en place partout des filières exigeantes au sein des universités (comme cela se fait déjà à Sorbonne Université)  et de les autoriser à y recruter des étudiants spécialement choisis pour leur capacité à suivre ces filières.

Ce faisant il rejoint les propos tenus récemment par le président de l’université de Yale qui commentait devant la Royal Society de Londres la montée en charge des universités asiatiques. Selon lui si la capacité de recherche est une condition nécessaire pour développer une nation elle n’est pas suffisante. Il faut aussi des citoyens ayant une éducation large, ouverts d’esprit et à la culture de la pensée critique pour générer des entrepreneurs capables d’indépendance et d’originalité. C’est en ce sens que les pays asiatiques on décidé de réformer leurs universités. En passant il écorne passablement le modèle français [même s’il ne le cite pas expressément] très spécialisé où les étudiants choisissent une discipline voire un métier à la sortie du secondaire et étudient très peu de choses en dehors de celles-ci. De plus la pédagogie dans les institutions d’élites repose énormément sur l’apprentissage par cœur. Les élèves sont des auditeurs passifs, où toute remise en question des professeurs est proscrite. La pédagogie qui consiste à enseigner des connaissances sans développer une réflexion autonome et critique est certainement très efficace pour former des ingénieurs traditionnels et la bureaucratie intermédiaire, mais elle échoue à former des innovateurs et des leaders efficaces. J’ai passé quinze jours cet été dans la maison d’une jeune femme peintre et sculpteur dans un petit village de Savoie. Sa maison était parsemée de maximes diverses. L’une m’a particulièrement touché : « demande t’on à une rose de s’ouvrir plus vite et plus magnifiquement qu’elle ne le fait déjà ». Messieurs les partisans du doping et du formatage prenez la peine, si vous en êtes capables, de méditer celle-ci.

Certains m’ont interpelé sur ma note du 13 juillet qu’ils ont trouvé trop complaisant pour la ministre . Qu’ils se rassurent je n’oublie pas que la droite française cherche à sauver l’essentiel du modèle qui assure à une minorité la mainmise sur la société. C’est pourquoi la ministre a appelé de ses vœux fin janvier la création de classes préparatoires aux grandes écoles dans les universités. Selon elle, ces parcours devraient accroître l’attractivité des premiers cycles universitaires. Le problème n’est pas là. Il est dans l’inadéquation du dispositif français à faire germer les futurs esprits qui seront capables de participer efficacement à la solution des grands défis du siècle qui commence. Ce faisant elle me fait penser à ces militaires de l’Action Française qui s’efforcèrent après la Grande Guerre de maintenir la prééminence du cheval au sein de la cavalerie au détriment de l’arme blindée rapide et à ces décideurs industriels qui, entre les deux guerres ne furent pas capables (ne voulurent pas ?) de créer un véritable filière de construction aéronautique pour préserver la multitudes des petits industriels structurellement incapables d’utiliser les crédits votés.

La ministre serait mieux inspirée de prêter attention aux propositions de Yazid Sabeg (AEF, dépêche n°135715, mardi 27 juillet 2010) :

« J’ai participé à des oraux d’admission en masters dans des universités américaines. Je retiens que là-bas, les jurys de sélection, assurés du niveau académique des candidats, ont pour objet de déceler deux choses chez un candidat : son leadership d’une part, et son désir de créativité de l’autre. Ils travaillent donc sur les potentialités de l’étudiant. En France, même si les écoles de commerce évoluent dans le bon sens avec des entretiens de motivation, nos méthodes de sélection restent exclusivement académiques. Les notes des oraux sont combinées aux notes des écrits pour établir le classement final. Il ne s’agit pas d’écrits qui valideraient des pré-requis académiques avant de remettre les compteurs à zéro pour la suite… Quant aux écoles d’ingénieurs, elles n’organisent même pas d’entretien de personnalité. On y repose à l’oral sempiternellement les mêmes questions de mathématiques et de physique qu’aux écrits  ».

Une pépite est venue égayer la tristesse provoquée dans le ciel de mes vacances, par cette obscénité UMPéenne concernant la déchéance de la nationalité. Il s’agit du point de vue de Géraldine Muhlmann, Professeur à l’université Panthéon Assas, concernant l’éventualité d’une discrimination dans la peine encourue pour des délits selon que l’on serait français de souche ou naturalisé de première voire de seconde génération³ .

« Pourquoi [écrit-elle] invoquer ‘l’origine’ du criminel, alors que celle-ci n’excuse ni n’accuse, et que c’est sur la nature du crime que doit se fonder la réflexion sur la sanction . Certes [pointe-t-elle] ce n’est pas la première fois dans l’histoire de la République française que la loi procède à ce mélange entre sanction pénale et perte de la nationalité… Mais faut il vraiment se réjouir que l’on revienne sur la réforme de 1998 qui a étroitement circonscrit les crimes pouvant entrainer la déchéance de nationalité (terrorisme, atteinte aux intérêts de la Nation) et la catégorie des personnes que cela pourrait concerner (détentrices d’une autre nationalité, pour ne pas risquer de devenir apatrides ).»

Emblématique que ce soit un professeur de philosophie du droit de la plus importante université juridique française qui vienne le rappeler.

Chatuzanges le Goubet le 25 août 2010

¹Seules les ENS Ulm, Lyon (sciences) et Cachan n’ont pas communiqué l’origine de leurs élèves. En sciences, la revue a réussi à se procurer les résultats de l’ENS Cachan pour la filière PT et ceux des 3 ENS pour BCPST. Dans les autres voies, les lycées qui intègrent beaucoup d’élèves dans les ENS sont pénalisés par ce refus de communiquer. En lettres, les lycées ont été interrogés directement pour établir l’intégration à l’ENS Ulm des khâgneux A/L et B/L. Les effectifs des classes préparatoires, ont été fournis par la Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance du ministère de l’Éducation nationale
²Centrale Lyon, Centrale Paris, Mines Paris, Ponts, Supaéro, Supélec, Télécoms Paris, X, Chimie ParisTech, ESPCI, Ensam, ENS Cachan, AgroParisTech-ENSIA (Massy), AgroParisTech-INA-PG, Agrocampus Rennes (anc. ENSAR), ENS Cachan, ENS Lyon, ENS Ulm bio, ENSAIA (Nancy), ENSAT (Toulouse), ENSBANA (Dijon), ENSHAP (Angers), ENV Alfort, ENV Lyon, ENV Nantes, ENV Toulouse, Montpellier Sup Agro, anciennement ENSAM (Montpellier), seules les ENS on refusé de donner l’origine de leurs étudiants mais l’Etudiants en pu les reconstituer en partie.
³ Il est probable que si un sondage avait été organisé sur le statut spécial des juifs fin 1940, on aurait obtenu des résultats voisins que ceux du sondage commandité par « L’EXPRESS » à l’IFOP

18 réflexions sur “ Une hirondelle ne fait pas le printemps – One swallow does not a summer make. ”

  1. Bonjour Gilbert. Beaucoup de thèmes dans cette chronique. Je partage votre analyse sur ce qui a fait « saliver le politburo de la CPU ». Il devrait apprendre à lire les tableaux de données : il n’a pas vu ainsi que les voeux des futurs bacheleirs progressaient dans les formations d’ingénieurs (i.e dans les prépas intégrées) et que cette progression était quasi équivalente à la diminution des voeux pour les classes prépas.

    Ne parlons pas du titre ridicule du billet de la CPU : « ‘luniversité, objet de désirs »

    La suite : http://blog.educpros.fr/pierredubois/2010/07/25/luniversite-objet-de-desirs/

    Cordialement

  2. « l’université de la Méditerranée a créé une classe préparatoire dont le taux de réussite a été multiplié par deux depuis sa création. Mais à quel prix ! groupes restreints, cours renforcés(….) Ben voyons c’est sans doute comme cela que l’on doit traiter le demi-million d’élèves ayant réussi le baccalauréat cette année ! avec quels moyens ? Un élève de classe préparatoire représente un coût d’enseignement supérieur de 50 % à celui d’un étudiant de l’université( environ 14 000 euros, contre 9 000 euros.). »

    Ben oui… Il y a mieux, mais c’est plus cher. On peut demander un accroissement des moyens, pour offrir aux étudiants des études de même qualité qu’en classes préparatoires, ou bien expliquer que celles-ci ne sont qu’un « formatage », et que la misère actuelle des universités est formatrice. C’est un choix. Le coût d’un étudiant de L1 standard est de 9000 euros; à 40% de réussite (ce qui est très surestimé) le coût par étudiant réussissant la première année est de 22500 euros. Pour un groupe prépa à 12000 euros avec un taux de succès de 80% AU MEME EXAMEN DE L1 (ce qui est constaté dans la pratique), le coût par étudiant réussissant est de 15000 euros.

    Evidemment, ça dérange les habitudes, ça nécessite de se remettre en cause et de réorganiser les enseignements.

    Le plus simple, ce serait encore de supprimer le L, et de se transformer en « Université de recherche intensive » ne faisant plus que des masters. On pourrait alors se voiler les yeux, et prendre en master des étudiants formés en prépa. C’est d’ailleurs déjà le cas: combien y a-t-il de normaliens et de polytechniciens dans les masters de P6? Et combien des professeurs de cette illustre université sont-ils passés par les prépas?

    Il y a des choses que vous n’avez probablement pas trop envie de savoir…

  3. Contrairement à ce que vous dites, mon cher Arnoux, je connais évidemment ces choses, je sais bien, par exemple, où se déroulait la spécialité finance du master de l’UPMC cohabilité avec l’Ecole polytechnique qui a vu croître de façon exponentielle le nombre d’élèves polytechniciens. Mais au moins étaient ils au contact physique de la plèbe. Je sais que l’ENS de Paris serais bien incapable à elle seule de pratiquer la totalité des enseignements des masters pour lesquels elle est co-habilité.
    Ce que vous dites sur les professeurs de l’UPMC passés par les prépas est sans doute vrai. je me rappelle de l’assemblée des enseignants à laquelle j’avais présenté notre projet de réforme pédagogique fin 2002. A un moment chaud de la discussion j’ai demandé à ceux d’entre eux dont les enfants n’étaient ni en médecine, ni en droit, ni dans une classe préparatoire, ni en BTS, ni en IUT de lever la main. Ils pouvaient se compter sur les doigts de deux mains !
    Ce jour là j’ai touché du doigt l’une des raisons majeures du retard universitaire français. Comment peut on développer la réputation d’un système dans lequel ceux là même qu’il emploie ont si peu confiance ?
    En définitive ce qui me gêne le plus dans le systême français c’est la ghettoïsation des élites, à tout prendre je préfère certes que les classe préparatoires soient dans les université.mais qu’elles y soient toutes !
    Ce que j’appelle de mes voeux c’est la fin du sacro-saint système des concours maintenu contre vents et marées au non du manque d’éthique des universitaires et du favoritisme qu’ils dévelloperaient. La grande bourgeoisie n’a pas ces scrupules, elle a ses filières.
    Et rien n’empêche les universités autonomes de se doter d’un organisme de contrôle de la régularité des procès de sélection.

  4. Plutôt que d’attendre le grand soir qui sauvera l’université en abolissant la concurrence (prépas, IUT, BTS…) par décision administrative, sans se demander s’il y a des formules qui marchent et d’autres non, il faudrait commencer par essayer d’améliorer le système universitaire, sans attendre indéfiniment le salut d’une décision extérieure. Il n’est pas de sauveur suprême, enseignants, sauvons-nous nous-même!

    Il faudrait par contre ne pas commencer par tirer au canon sur les collègues qui tentent, discrètement et avec peu de moyens, de faire des choses qui marchent, comme vous le relevez vous même dans votre article (doublement du taux de succès). On voit bien dans votre discours l’aide qu’ils peuvent attendre de la présidence de leur université.

    Les ENS, quels que soient leurs (nombreux) défauts, ont longtemps envoyé leurs étudiants en université; j’ai fait toutes mes études à l’ENS en université. Depuis environ 20 ans, en partie à cause de la dégradation de l’enseignement universitaire, une politique à courte vue a rapatrié à l’ENS une large part des enseignements, et tout le monde y perd. Dire que les ENS ne peuvent à elles seules assurer les masters auxquels elles participent est une évidence qui n’apporte rien : les ENS doivent vivre en symbiose avec l’université.

    Mes enfants, et pas mal de ceux de mes amis, ne sont pas partis en prépa. J’ai vu nombre d’entre eux entrer en licence, et rater leurs études universitaires, pour des raisons parfaitement expliquées par une publication récente de Convert et al. dans les Actes de la Recherche en Sciences Sociales; certains d’entre eux se sont récupérés grâce aux IUT et aux prépas ATS. Il serait intéressant de se demander ce qui fait qu’en sciences, les universités sabotent une large partie de leur flux d’entrée. Si vous avez les chiffres des Licences de P6 (ou de la plupart des universités), vous savez que c’est vrai : le taux d’échec y est inacceptable, et bien plus élevé qu’ailleurs. Il est plus simple d’imputer cette échec aux distorsions de concurrence (tout à fait réelles) avec les autres filières que de s’interroger sur nos responsabilités dans l’affaire.

    Compter le taux d’échec en prépa en ne regardant qu’une petite partie des écoles est une plaisanterie. Il faut regarder toutes les écoles délivrant le titre d’ingénieur, et le taux de succès est alors supérieur à 80%. Tous les élèves de prépa ne veulent pas intégrer l’X. Si vous comptiez comme succès en L uniquement ceux qui obtiennent un master 2 recherche, vous obtiendriez aussi des chiffres absurdes!

    Cela fait 25 ans que je participe en université à un enseignement qui me désespère car je le sais inefficace pour des raisons fort claires (parcellisation des contenus, insistance sur l’évaluation finale au dépends du contrôle continu, etc…). C’est nous qui devons assumer la masse de la démocratisation des 30 dernières années, et nous avons largement failli à la tâche. Dans toutes les universités où je suis passé, j’ai participé à la mise sur pied de dispositifs d’interrogations orales (colles); dans les évaluations auprès des étudiants, ces dispositifs ont toujours été plébiscités. J’ai toujours eu le plus grand mal à obtenir pour cela les moyens de l’université. Le problème n’était pas uniquement financier; je tente depuis longtemps, et j’y ai parfois réussi, d’obtenir que ces colles puissent être faites par des étudiants de M1 ou de M2 (comme c’est régulièrement le cas en prépa). Je me suis toujours heurté à un blocage de l’administration; on refuse cette organisation sous des prétextes corporatistes ou financiers divers, en réservant les colles aux enseignants titulaires, ce qui est évidemment extrêmement coûteux (en particulier quand ces colles sont prises sur le service statutaire). On met tous les obstacles administratifs possibles à l’emploi de ces étudiants, alors que ce travail est formateur pour eux et leur apporte un complément de revenu bien nécessaire. On les paie à un taux misérable (il semble que dans mon université, ce soit 15 euros de l’heure), et très souvent avec des retards de plusieurs mois. Chacun connaît de nombreux autres exemples : les tentatives d’innovation se heurtent, avec d’heureuses exceptions, à une opposition résolue de la hiérarchie universitaire.

    Je dois dire que je suis fort curieux de voir ce qui va changer dans cela avec l’autonomie des universités, et je vais suivre la situation avec attention. Les premières indications ne me rendent pas optimiste.

    P.S. Pour être bien clair : notre but n’est pas, et n’a jamais été, de créer un nouveau « ghetto » à l’université, réservé à une petite minorité d’étudiants. Il est de donner à la masse d’étudiants qui nous arrivent des conditions de travail correctes qui nous permettent de concurrencer les prépas et d’obtenir un taux de succès supérieur à 30%. C’est l’université qui a les mêmes réflexes que vous, et qui considère, pour des raisons variées (finances, affichage…) qu’un tel cursus ne peut être qu’un cursus « d’élite », réservé à ces étudiants sélectionnés, et aux effectifs étroitement limités.C’est d’ailleurs bien le genre de chose que vous voulez créer avec les cursus pluridisciplinaires réservés à une petite élite que vous nous vantez. Je n’ai jamais constaté de différence en ce domaine entre les enseignants passés par les prépas et les autres (si ce n’est ce mythe absurde et tenace, parmi ceux qui ne les connaissent que de réputation, qu’une prépa se reconnaît à trois choses : un stress intense, un taux de succès très faible aux examens, et des notes extrêmement basses pour presque tous les étudiants).

    P.S.2  » La plupart d’entre eux seront condamnée à un moment où à un autre de rejoindre le cursus universitaire mal préparés à se confronter aux véritables défis de la recherche et de l’innovation. » D’où tirez-vous cette certitude? Dans la licence où j’enseigne, les 3 premiers de l’an dernier entrent en M1 sans problème, après avoir fait deux ans de prépa, puis bifurqué vers la fac parce qu’ils ne voulaient pas devenir ingénieurs. Ils sont clairement mieux préparés à la suite que ceux qui sont passés par L1 et L2. C’est désagréable, mais c’est un fait régulièrement constaté…

    P.S. 3 Comme vous l’avez certainement remarqué, cet été a permis de vérifier, avec la distribution des médailles Fields, et la liste des orateurs invités au Congrès International des Mathématiques, qui se tient tous les 4 ans, l’incapacité des classes préparatoires à former des chercheurs capables de se frotter à la recherche au plus haut niveau international, et la nette supériorité à cet égard du modèle universitaire; je vous recommande à ce sujet la lecture des CV des orateurs au Congrès International.

  5. Beaucoup de choses dans votre long plaidoyer.
    L’échec (relatif) des licences eut égard aux classes prépas, je demande à voir. On ne peut pas comparer le devenir de deux populations dont le niveau est extêment différent. Avant que nous mettions en place les doubles cursus à l’UPMC, il y avait 1% de mentions très bien parmi les primo-entrants, comparons avec la situation des primo-entrant dans les 10 premiers lycées de classes préparatoires !
    Toutes les raisons que vous donnez pour les causes de l’échec en licence pourraient évidemment être considérées, mais il faut voir pourquoi les élèves brillants s’ennuient (pour être polis) en licence universitaire. Les collègues au lieu d’adapter leur pratique et le dispositif universitaire pour gérer au mieux les différences ont, c’était plus confortable, abaissé le niveau des exigences, tout en repportant une sélection qu’ils jugeaient moralement inique à la sacro sainte sanction de l’examen.
    Il nous faut repenser celà et c’est pourquoi je prône la co-existance au sein d’une formation de licence unique de groupes de niveaux et de processus de réorientation sélectives.
    C’est d’ailleurs ce que nous avons tenté de faire à l’UPMC avec les doubles cursus d’une part, la création d’une école d’ingénieur, la mise en place de nombreuses licences professionnelles et la réorientation en fin de L1 et de L2 vers des BTS, des IUT et d’autres universités mais après avoir validé les crédits obtenus. En ce sens le système SYMPA est stupide puisque il ne prends pas en compte les réorientations positives à l’extérieur de l’établissement.
    Par ailleurs nous avons créé non pas des colles mais un système de pilotes étudiants défrayés (le veto syndical surf l’utilisation d’étudiants rémunérés pour des tâches administrativo-pédagogique est encore très fort y compris à l’UPMC).
    Nous suivons attentivement le niveau des primo entrants et (même si une hirondelle ne fait pas le printemps) nous assistons à une augmentation régulière (mais trop lente à mon goût) du niveau des primo-entrants.
    Cependant, je reste persuadé que la France si elle veut sortir de la situation de régression actuelle (que mettent bien en évidence les indicateurs annuels de l’OCDE) devra revoir l’organisation du lycée, renforcer le poids des humanités, cesser comment le signalent beaucoup de sociologues de toute horizon politique partiquer le culte de la réussite de quelque uns pour revenir à une politique qui assure une formation à tous adaptée à l’époque.
    Enfin je vous accorde que c’est d’abord aux universitaires de faire le Job et d’assumer la concurrence avec le système méritocratique conservateur. Mais pour celà encore faut ils qu’ils en soient convaincus et que l’Etat leur en laisse le loisir. C’est pourquoi je militerais inlassablement pour l’autonomie universitaire qui nous met en face de nos responsabilités.

  6. Ma réponse était effectivement trop longue; ce n’était pas un plaidoyer (plaidoyer pour quoi?) mais une argumentation pour combattre quelques idées reçues. Puisque vous êtes d’accord pour dialoguer, je continue, même si c’est de nouveau trop long…

    « L’échec (relatif) des licences eut égard aux classes prépas, je demande à voir.  »

    c’est tout vu. Les chiffres sont sans appel: baisse de 50% en 15 ans des entrées en fac de science; dans les facs que je connais, environ 60% des inscrits se présentent à l’examen, et le taux de réussite parmi les présents est de 40%. Toute autre entreprise se présentant avec un tel bilan serait en faillite. Quelles autres données vous faut-il pour être convaincu? On a parfois l’impression que les hauts responsables de l’éducation en France sont totalement imperméables aux faits.

    Non seulement les chiffres sont catastrophiques, mais la qualité de la formation est mauvaise, bien que ce soit plus difficile à prouver objectivement; les enseignants n’osent pas en parler à l’extérieur, parce qu’on leur répond que ça fait 2000 ans que le niveau baisse. Les meilleurs de la licence (L3) où j’enseigne sortent tous de prépa, et sont passés à la fac parce qu’ils se destinent à l’enseignement. Ils ont raison: une collègue spécialiste de didactique dans un IUFM de province, peu suspecte de partialité envers les prépas, donne les chiffres suivants, sur 3 ans de préparation au CAPES de maths : 180 étudiants actifs dans la prépa, 30 reçus au CAPES; parmi eux, 30 ont été formés en prépa avant de venir à la fac, dont 15 reçus, et 150 ont été formés entièrement en fac, dont 15 reçus.

    On peut bien sûr éternellement se dédouaner en expliquant que les concours, ce n’est pas bien, en arguant de la sélection à l’entrée en prépa et autres, et demander qu’on supprime la concurrence; ça évite de devoir prendre ses responsabilités.

    « Toutes les raisons que vous donnez pour les causes de l’échec en licence pourraient évidemment être considérées,  »

    Merci; quand comptez-vous commencer à le faire? J’aimerais beaucoup voir un post sur le sujet, avec les chiffres des licences de Paris 6 sur 15 ans (d’ailleurs, avez-vous ces chiffres?).

    « mais il faut voir pourquoi les élèves brillants s’ennuient (pour être polis) en licence universitaire.  »

    Les bons ne s’ennuient pas. C’est bien pire: pour une grand partie, ils échouent, et on sait bien pourquoi. Une redoublante m’a éclairé là-dessus il y a quelques années, lors d’une discussion à la sortie d’un examen. La moitié de sa terminale était rentrée dans le même DEUG; tous les lycéens faibles ont réussi, les bons ont échoué, car ils n’avaient jamais eu besoin de travailler au lycée, et la fac a été incapable de les convaincre que c’était nécessaire. Les plus faibles avaient pris l’habitude de travailler au lycée. La fac gâche une grande partie de sa matière première, et c’est d’abord pour cela que les étudiants la fuient.

    « Les collègues au lieu d’adapter leur pratique et le dispositif universitaire pour gérer au mieux les différences ont, c’était plus confortable, abaissé le niveau des exigences, tout en repportant une sélection qu’ils jugeaient moralement inique à la sacro sainte sanction de l’examen. »

    Il faudrait arrêter de taper sur les collègues. Le président (y d’la lumière, c’est chauffé) et les ministres sont là pour nous insulter, ce n’est pas la peine que les présidents d’université s’y mettent aussi. Les enseignants ont su, dans les années 80, assurer tant bien que mal, au lycée comme à l’université, l’explosion scolaire, ce dont on ne leur a su aucun gré. On a souvent l’impression que les hauts responsables se comportent comme le parti que décrivait Brecht (je cite de mémoire) :
    Le peuple a déçu le parti, et il a perdu sa confiance. Il faut dissoudre le peuple et en élire un autre.

    Reporter le blâme sur les personnes (enseignants ou étudiants) est une solution de facilité et de paresse. Ils sont là, on ne les changera pas (on n’aurait d’ailleurs personne pour les remplacer), et ils sont représentatifs de leur société, ni bons ni mauvais. Ils réagissent au système dans lequel ils se trouvent, en général de façon assez rationnelle, n’importe quel économiste vous le dirait. C’est ce système qui ne marche pas, mais aucun responsable n’accepte d’en faire une évaluation sérieuse. Les réformes des 15 dernières années, comme les chiffres le montrent, ont accru ses défauts.

    Le DEUG, avec ses nombreux défauts, était une formation authentiquement pluridisciplinaire, assurée par une équipe pédagogique mixte, comme le sont les prépas. Le LMD a redescendu des « tuyaux » au niveau du bac; les licences, sous prétexte de professionnalisation, sont maintenant quasiment monodisciplinaire, cela se lit sur les maquettes, allez les voir. Nos licences sont centrées sur l’évaluation de façon absurde, avec un arrêt début mai suivi d’une double session d’examen. Chaque année, on passe plus de deux mois en examens, au détriment de l’enseignement réel; partout ailleurs, l’évaluation est répartie sur l’année, ce qui donne aux étudiants plus de temps pour assimiler, et leur permet de savoir où ils en sont. Le LMD a abouti mécaniquement à un morcellement des enseignements : dans la plupart des facs, un étudiant de première année d’une licence maths/info voit entre 8 et 10 enseignants de maths dans l’année, il en va de même en physique. Voilà quelques défauts clairs, que les prépas n’ont pas, et contre lesquels il est très dure de lutter. Il est clair que ce modèle ne peut pas marcher, quelle que soit la bonne volonté des enseignants. Il suffit d’ailleurs de le modifier sur quelques points pour faire exploser le taux de succès.

    « Par ailleurs nous avons créé non pas des colles mais un système de pilotes étudiants défrayés (le veto syndical surf l’utilisation d’étudiants rémunérés pour des tâches administrativo-pédagogique est encore très fort y compris à l’UPMC). »

    Qu’est-ce que c’est qu’un pilote étudiant défrayé?

    Dans mon université, comme dans bien d’autres, on a créé des enseignants référents. Les résultats sont clairs: seuls les bons étudiants -ceux qui n’en avaient pas besoin- viennent les voir plus d’une fois. Mais les responsables se sont longtemps obstinés à appliquer ce type de remèdes dont tous les enseignants savent qu’ils ne marchent pas, et n’ont jamais marché. On sait bien, en maths en tout cas, que les colles, ça marche, et pour des raisons précises. Mais le conservatisme et le corporatisme rendent très difficile d’appliquer ce type de méthode.

    « Nous suivons attentivement le niveau des primo entrants et (même si une hirondelle ne fait pas le printemps) nous assistons à une augmentation régulière (mais trop lente à mon goût) du niveau des primo-entrants. »

    Je pense que ce qui se joue ici, c’est un nouvel acte de ce que Bourdieu décrivait dans « la noblesse d’état » il y a des années. Paris 6 veut exploiter au maximum sa rente de situation, à 500m de Notre-Dame, pour se hisser au top du système sélectif, en concurrent d’Ulm et de Polytechnique dont le modèle s’épuise. Il ne faudrait pas confondre cela avec un renouveau du système universitaire, ni avec un retour de l’ascenseur social: vous continuez à recruter en master et en thèse normaliens et X, il s’agit simplement de répartir autrement ce mince filet…

    « Cependant, je reste persuadé que la France si elle veut sortir de la situation de régression actuelle (que mettent bien en évidence les indicateurs annuels de l’OCDE) devra revoir l’organisation du lycée, renforcer le poids des humanités, cesser comment le signalent beaucoup de sociologues de toute horizon politique partiquer le culte de la réussite de quelque uns pour revenir à une politique qui assure une formation à tous adaptée à l’époque. »

    La réforme en cours du lycée devrait vous combler. La première S aura 10 heures de sciences contre 15 heures d’humanités, un programme de physique vide (allez le voir), et un programme de maths par la force des choses fort ennuyeux. Les humanités seront en fait un tronc commun avec les autres filières, et le programme scientifique est conçu pour permettre des réorientations. Cette réforme prolonge les deux précédentes, de 1992 et 2000. On peut d’ores et déjà parier sur ce qui va se passer:

    –un afflux massif d’élèves en S, signant l’arrêt de mort de la section L, déjà gravement affaiblie par les précédentes réformes qui devaient la conforter: puisqu’il y a les mêmes lettres en L et en S, plus un programme de sciences pas très dur mais qui ouvre des portes, il serait absurde de ne pas en profiter.
    –aucune réorientation de L ou ES vers S. On ne rattrape pas un an de maths, aussi faible soit le programme, en un mois. Cela se constate à tous les niveaux.
    –une catastrophe à l’entrée en terminale, quand les profs tenteront de faire un peu de sciences à des élèves pas du tout préparés. On refera en plus violent ce qui se passe déjà en première S à la suite de la réforme de 92.
    –des délits d’initiés massifs, où la masse de la population suivra le discours du ministère sur la suppression de la hiérarchie des filières et l’égal dignité des disciplines, alors que ceux qui savent se garderont bien d’y croire. La réforme de 1992 a fortement accru les différences sociologiques entre filières, contrairement au discours affiché. De façon très prévisible, la spécialité maths est plus petite, socialement plus sélective, et meilleure scolairement (pourcentage de mentions) que ne l’était la filière C.
    –très probablement, comme cela s’est passé en 1995, une forte baisse des effectifs au bac, en particulier en L et en S, qui sera& renforcé par le fait que nous allons traverser un creux démographique pour la classe d’âge du bac, contrairement à ce qui s’est passé en 1995.
    –et très probablement aussi, une nouvelle baisse forte des effectifs entrants en fac, démarrant d’abord en physique.

    Aucune évaluation officielle des réformes n’a eu lieu (il y en a eu d’officieuses, avez-vous lu le livre de Bernard Convert?), on peut donc continuer à aller dans la même direction.

    Il nous reste une chance: si la crise économique s’aggrave fortement, les inscriptions en fac remonteront; c’est la meilleure explication de la hausse des inscriptions de l’an dernier: en période de chômage aigu, les étudiants préfèrent, à juste titre, continuer leurs études et avoir un diplôme de plus que de commencer par le chômage.

    « Enfin je vous accorde que c’est d’abord aux universitaires de faire le Job et d’assumer la concurrence avec le système méritocratique conservateur. Mais pour celà encore faut ils qu’ils en soient convaincus et que l’Etat leur en laisse le loisir. C’est pourquoi je militerais inlassablement pour l’autonomie universitaire qui nous met en face de nos responsabilités. »

    Il faut aussi que nos dirigeants universitaires leur en laisse le loisir. Pour l’instant, ce n’est pas le cas; comme la plupart des enseignants que je connais, je passe une bonne partie de mon temps à lutter contre des oukases venus d’en haut… Très difficile de mettre un président en face de ses responsabilités!

  7. Un thérapeute qui se risquerait à proposer, voire à entreprendre, une thérapeutique sans s’être assuré du diagnostic de la maladie destinerait presque sûrement ses patients à la morgue. Ce qui m’épate, c’est qu’un mathématicien aussi brillant que vous, ne comprenne pas que l’on ne peut comparer une population d’élèves brillants avec une population d’élèves forts modestes ! Et se trompe sur l’analyse des comportements universitaires.

    Le nœud du mal qui nous ronge depuis plus de 30 ans c’est bien que le corps social français ait cru que la voie royale, réservée à une caste de privilégiée et dans laquelle on acceptait on compte goutte les jeunes (dont j’étais) issus des milieux populaires, pourrait préserver la carrière de ses enfants et qu’elle pourrait, comme un puits sans fond, s’agrandir à l’infini.

    Dès le début du chômage de masse, à partir du milieu des années 70, qui correspond aussi à l’enclenchement de la massification de l’enseignement supérieur, les stratégies d’évitement de ce système se multiplient. On peut certes discuter sur la vitesse et l’ampleur du processus, mais en faire reposer la responsabilité sur les seuls universitaires est injuste et constitue un leurre qui ne fait que retarder l’élaboration d’une bonne thérapeutique. Ce ne sont pas les universitaires qui ont organisé le pillage des mentions TB, B, voire même AB du baccalauréat scientifique à un point tel que la section S ne signifie plus section scientifique mais section Sélective. La mise en place d’un concours d’entrée en médecine et l’orientation des écoles de commerce à fait le reste.

    Les jeunes universitaires à cette époque ont parfaitement compris que seule la recherche (ou l’érudition pour les humanités) et à la notable exception du droit pouvait leur procurer une chance raisonnable de promotion. L’enseignement n’était pris en compte que lorsqu’il s’exerçait dans des institutions dites d’élite (ENS, Ecoles d’ingénieur) ou des formations jugées plus nobles (magistères, DEA, DESS) et la chasse aux doctorants encouragée. Les modalités (habitudes ?) de promotions via le CCU, puis le CNU ne sont pas pour peu dans cette affaire.

    L’état était présent et veillait, mais qui respectait les maquettes d’habilitation ? Seules les sacro-saintes règles du contrôle des connaissances faisaient l’objet d’une vigilance tatillonne souvent sanctionnée par les juges si l’on y dérogeait. Bien sûr que le contrôle continu est une solution, tout comme l’évaluation des travaux personnels. Mais c’est surtout la maladie du chiffre et la religion des concours qu’il faut remettre en cause et surtout cette hypocrisie de refuser au système universitaire le droit de choisir ses étudiants alors que c’est la règle pour les classes préparatoires.

    Les présidents d’universités, dans le système français, ne sont que le reflet de ceux qui les ont élus. Et ceux là doivent aussi assumer ce fait lorsqu’il s’avère qu’ils sont défaillants.

  8. Curieuse discussion à fronts renversés : le mathématicien tente d’établir des faits, et d’évaluer les politiques suivies en les confrontant aux réalités; le biologiste déduit les politiques à suivre de quelques axiomes, et se préoccupe avant tout de porter des jugements moraux sur les personnes et de savoir à qui il faut attribuer les blâmes.

    Dans la section du CNU à laquelle j’appartiens, même si, fort évidemment, l’évaluation de la recherche joue un rôle important, je peux assurer qu’elle n’est pas seule à compter; un bilan vide en enseignement et en administration est un obstacle majeur à la promotion. Il en va peut-être autrement en biologie: chaque discipline a ses critères.

    De plus, je vous rappelle que la moitié des promotions se font au niveau local. Or la qualité de l’enseignement est évidemment plus facile à évaluer à ce niveau, contrairement à celle de la recherche (qui se lit dans les articles publiés). Si l’enseignement n’est pas pris en compte dans les promotions (ce qui, je le répète, n’est pas vrai en maths), les universités, au niveau local, en sont largement responsables; on ne voit pas bien ce que l’autonomie y changera. On le voit d’autant moins que des présidents écrivent ces temps-ci au CNU pour lui demander d’évaluer en recherche les candidatures de promotion au niveau local!

    Il est possible qu’à Paris 6 on ne prenne en compte pour les promotions locales que l’enseignement en ENS ou en master, vous êtes sans aucun doute mieux renseigné que moi là-dessus; c’est peut-être ce qu’on appelle une « université intensive en recherche ». Dans les universités que je connais, ce n’est pas le cas. La plupart des jeunes collègues prennent fort à coeur leurs enseignements de licence, même si l’environnement ne leur permet pas des enseignements aussi performants qu’ils devraient l’être avec un tel niveau de corps professoral.

    Je ne comprends pas du tout ce que vous dites sur la « section sélective ». Les deux tiers des élèves venus de la section S poursuivent leurs études dans le domaine des sciences; le fait qu’un tiers d’entre eux aille ailleurs est-il un problème? Pourquoi trouveriez-vous néfaste que certains énarques, commerciaux ou économistes aient eu au départ une formation scientifique? Par ailleurs, pour aller en école de commerce, un bon étudiant a aujourd’hui tout à fait intérêt à passer par ES, même si c’est peu connu: à qualité scolaire égale, il a plus de chances par cette voie. Et si on ne s’acharnait pas à faire de la voie S une voie aussi généraliste que possible, contre l’avis de bien des scientifiques, cet avantage deviendrait très vite évident.

    En fait, je retrouve dans votre réponse une façon de voir courante chez certains sociologues, mais curieuse chez un enseignant: celle qui consiste à ne voir dans un diplôme rien d’autre qu’une stratégie de sélection, et à oublier qu’un diplôme peut aussi avoir un contenu, et même un contenu utile! Il est alors clair que le bac 1900, attribué à 1% de la population, était un avantage remarquable, et que le bac actuel ne confère presque aucun avantage compétitif: la massification de l’enseignement, vue de ce point de vue, est et sera toujours un échec. Si 90% de la population ne savait pas lire, les 10% qui restent seraient très avantagés…

    Ce point de vue oublie qu’il y a 3 siècles, il existait de nombreux emplois accessibles aux analphabètes, et qu’il n’y en a plus de nos jours. De plus en plus d’emplois demanderont, d’une façon ou d’une autre, de hautes qualifications. Si l’on cherche à obtenir 50% d’une classe d’âge au niveau licence, ce n’est pas parce qu’on pense qu’on peut transformer la moitié de la population en privilégiés; c’est que des postes demandant une haute qualification, aujourd’hui rares et privilégiés, seront demain en bien plus grand nombre. Cela s’est déjà produit plusieurs fois au cours de l’histoire, avec l’instruction primaire et secondaire. Et c’est pour cela que le problème n’est pas de sélectionner les rares privilégiés qui pourront accéder en licence, ce qui rendrait évidemment l’enseignement plus simple (malheureusement pour nous, la place est déjà prise par des gens plus efficaces); il est de réussir un enseignement adapté à la majorité des bacheliers généraux et technologiques. Je n’ai aucun doute que c’est possible, et j’ai des idées partielles sur la façon d’y arriver; ceux qui disent le contraire expliquaient il y a deux siècles qu’on ne pouvait apprendre à lire à tout le monde, et il y a 35 ans qu’on ne pouvait pas dépasser 20% de la population au niveau du bac. La réalité s’est chargé de leur répondre. Elle fera de même pour la licence, à moins que la société ne cesse d’investir dans l’enseignement, comme nous sommes en train de le faire depuis 15 ans (je vous donne les références et le preuves si cela vous intéresse).

    P.S. Pour moi, un élève brillant est un élève avec de grandes capacités intellectuelles, un élève modeste est un élève qui vient d’un milieu peu favorisé; je ne pensais pas ces deux caractéristiques incompatibles, mais je n’ai peut-être pas compris ce que vous voulez dire? Et pensez-vous vraiment que je n’aie enseigné qu’à une seule catégorie d’élèves?

  9. Ce qui me gène chez vous c’est votre lecture sélective. J’affirme que les meilleurs élèves de la section S sont vampirisés par les classes préparatoires, avec le concours complaisant des professeurs de lycées, et par la première année de médecine. Que répondez vous à celà ?

  10. Votre analyse de la situation consiste d’abord à passer des jugements moraux. Quels que soient les (nombreux) défauts du système, les profs de prépa sont, pour la plupart, des gens honnêtes et consciencieux; les traiter de « vampires » ne résoud rien. Il ne vous vient jamais à l’esprit que beaucoup d’universitaires ont exactement le même ressenti vis-à-vis de Paris 6, qui utilise à fond sa situation géographique et ses avantages historiques pour se placer au sommet de l’échelle?

    Quand vous avez l’occasion d’exercer la même tactique que les grands écoles, vous le faites sans aucune hésitation, reconnaissez-le! Paris 6 possède le plus beau et le plus gros master de mathématiques de France, le master de finances et probabilités. On y forme des traders pour Goldman Sachs, en prenant les meilleurs des polytechniciens et des normaliens, tous bien sûr passés par les prépas et salariés par l’état pendant leur formation. Je n’ai pas l’impression que cela ait jamais posé un problème à Paris 6 de fournir aux fleurons du capitalisme international des salariés hyper-pointus dont la formation a été intégralement financée par le contribuable français, et je n’ai jamais entendu dire que l’on y refuse des X pour admettre plus d’étudiants. Vous allez me dire que cela vous pose des scrupules de conscience. Je vous rassure: je suis sûr que les responsables d’Ulm et de l’X sont aussi très tristes de ne pas avoir 50% de fils d’ouvriers dans leurs élèves, et que cela les empêche de s’endormir de temps en temps. Quand ils ne seront plus aux affaires, ils feront un beau livre pour nous dire ce qu’ils auraient dû faire.

    Voua avez été à la tête de l’un des fleurons de l’université française, et vous avez fait votre possible pour le développer. C’était votre travail, et vous avez bien fait. Mais il faudrait que vous arrêtiez de déguiser cela en croisade pour la justice: si, un jour, Paris 6 est dans le top 10 de Shanghai, il sera tout aussi difficile d’y entrer qu’à Harvard ou à l’X. Vous le savez bien. Il est déjà très difficile de rentrer dans les meilleurs de ses masters. Je vous ai cité des chiffres sur vos licences : vous n’avez rien répondu, vous préférez manifestement ne pas en parler. Ce que vous préféreriez encore, c’est que l’on vous débarrasse du sale boulot, en formant les licences ailleurs dans des collèges universitaires, ce qui éviterait à Paris 6 de se salir les mains.

    Pour répondre à votre question, oui, les meilleurs élèves de S vont en prépa ou en médecine. Et alors? La belle découverte! Le système français est hiérarchisé, comme tous les systèmes éducatifs du monde. Les étudiants choisissent ce qui leur offre les meilleures possibilités : quoi d’anormal? Les étudiants venus d’un milieu favorisé sont favorisés : quelle nouveauté! Il semble que Bourdieu avait déjà dit des choses là-dessus, et que cela fait 40 ans qu’on ne croit plus au conte de fées de l’égalité de tous devant l’éducation. Croyez vous qu’en Chine, les fils de paysans soit à égalité avec ceux des dignitaires du parti, que les enfants d’ouvriers entrent en grand nombre à Todai, à Oxford ou à Yale? Que fait Paris 6 en pratique pour lutter contre cela? J’ai vu des étudiants y suivre les cours du soir en licence : je dois dire que je ne suis pas convaincu par votre action. Ce n’est pas par là que passera la promotion sociale, il vaut mieux aller en prépa ATS, renseignez-vous sur l’origine des élèves et les taux de réussite respectifs.

    Si on veut aller plus loin, vous remarquerez que les deux voies « d’excellence », les prépas et la médecine, offrent deux modèles totalement antagonistes, entre la classe de 40 en cours intégré et l’amphi de 1000 sans aucun suivi individuel. Ce qu’ils ont en commun, c’est qu’ils offrent vite, en un ou deux ans, une assurance pour une large partie des élèves d’arriver au bout de leurs études, et une possibilité de réorientation rapide pour les autres. Ils offrent aussi des sorties hautement valorisées.

    En face, que fait la fac, en particulier la fac de sciences? Allez voir les publications de la DEPP. Vous y apprendrez que les sorties « d’état », enseignement et recherche, constituent un fort pourcentage des débouchés de l’université, et que ce sont les meilleurs débouchés, tant en statut qu’en salaire. Or, depuis 30 ans, ce statut et ce salaire n’ont cessé de baisser; je peux vous prouver que, de 95 à 2005, le salaire des enseignants a baissé de 1% par an en données corrigées de l’inflation. D’autres ont documenté une chute de 20% en 20 ans. Ce salaire va encore baisser dan les prochaines années, avec l’augmentation des cotisations retraites des fonctionnaires. Il est bien plus difficile de devenir prof que médecin, et surtout, on n’est assuré de la réussite qu’au bout de 4 ans; ces 4 ans sont passés cette année à 5, en même temps qu’on supprimait une année de salaire et de retraite, et un début de carrière dans les conditions que tout le monde connaît. Je passe sur les fluctuations du nombre de postes mis au concours; il peut être divisé par 2 en un an, annoncé 4 mois à l’avance, comme on vient de la voir pour les enseignants du primaire.

    Les médecins ont su efficacement valoriser leur métier et leur formation; les enseignants ont réussi à avoir une formation longue, difficile et surtout très aléatoire pour un métier dont le statut et les revenus s’effondrent. J’ai fait la semaine dernière la rentrée du master éducation de mon université. Il y avait 24 étudiants présents: 21 redoublants qui ont raté le CAPES cette année, et 3 nouveaux. Je vous laisse méditer ce chiffre.

    Vous allez bien sûr me répondre, comme toujours, que le but de la fac n’est pas de former des enseignants. Les facs de médecine, elles, ne se posent pas ce type de question, c’est probablement pour cela qu’elles marchent. Les enseignants forment à peu près un quart des cadres supérieurs, beaucoup plus que les médecins, et ne sont formés qu’à la fac; cela vaudrait le coup d’y réfléchir.

    Alors, oui, on peut rêver au jour où l’on fermera le concours de médecine pour le reporter en 5ème année, et où on fermera les prépas. D’une part, cela ne se fera pas, les rapports de force étant ce qu’ils sont (Je comprends bien que vous tentez de les inverser en faisant passer les profs de prépa pour des vampires, mais je doute que cela suffise), et d’autre part, dans l’état actuel, la fac ne serait pas capable d’en tirer parti.

    On peut, plus prosaïquement, identifier les points de blocage et mettre sur pied des enseignements qui s’y attaquent. C’est difficile; dès que quelque chose marche, les universités concurrentes font ce qu’elles peuvent pour le discréditer, comme vous le faites fort bien. Mais c’est possible. Les diverses tentatives de prépa en fac le prouvent, malgré leur manque de moyens. Si on arrivait à remettre en route une sélection positive, comme cela existait avec les IPES, permettant une formation en alternance payée à partir de bac+1, la fac repartirait, et l’ascenseur social aussi. On le sait, parce que l’expérience a été faite, et qu’elle a marché de façon remarquable. Ce serait plus efficace que tous les LMD ou plans « réussir en licence », pour un coût du même ordre. Mais je pense que ce genre de solution pragmatique n’est pas de votre goût.

    P.S. Vous parlez de profs de lycée « complaisants ». Il faudrait, encore une fois, arrêter d’insulter les collègues. Je vous ai dit que j’ai vu un bon nombre de bacheliers aux aptitudes tout à fait correctes partir en fac et rater leurs études; certains se sont récupérés en IUT, et ont fini ingénieur, ce qui prouve qu’ils n’étaient pas tout à fait nuls. Vous ne m’avez pas répondu sur ce point. Les profs qui ont vu plusieurs de leurs élèves suivre ce chemin, et qui les en détournent, ne sont pas « complaisants », mais juste soucieux de l »avenir de leurs élèves

  11. Il n’y aucune connotation morale dans la constatation que le système français détourne les élèves les plus agiles intellectuellement vers les classes préparatoires. Mais ce dispositif est un dispositif de ségrégation de l’intelligence qui ghettoïse les élites. Qui peut le nier ?
    On peut aussi refuser les évidences, mais les indicateurs de l’OCDE sont plus cruels.

  12. Je note avec intérêt que vous ne répondez à aucune des questions que je vous pose; les lecteurs du blog en déduiront peut-être que ce sont des questions qui vous dérangent. Je vais répondre à la vôtre.

    La science consiste souvent à questionner les évidences; il était autrefois bien évident que la terre était plate, et que le soleil tournait autour, comme on le constate tous les jours. Pouvez-vous me dire de quels indicateurs de l’OCDE vous parlez? Je ne crois pas beaucoup aux arguments d’autorité, et j’aimerais juger sur pièces. L’OCDE n’est pas un modèle d’objectivité; les indicateurs de l’OCDE sur l’enseignement des sciences, par exemple, sont très largement orientés, et on leur fait dire des choses qui n’ont aucun rapport. Il en va de même de PISA.

    Les mots « détourner », « ségrégation », « ghettoïser », « élites » ont évidemment des connotations morales, qui peut le nier? Vous faites ce que les américains appellent du « framing », en posant des questions orientées qui contiennent leur réponse. Reformulez votre première phrase en disant « le système français oriente les élèves les plus agiles intellectuellement vers les classes préparatoires », ou « l’université est un repoussoir pour les élèves les plus agiles intellectuellement », et la même réalité prend une couleur différente.

    Il est loin d’être évident que les élites passent par les prépas. Combien de ministres ont un bac scientifiques? Combien sont passés par les prépas? A l’exception de 2 médecins et d’une élève de HEC, je n’en compte aucun parmi les 15 premiers membres du gouvernement; la plupart ont fait du droit ou des lettres, comme le président. Le fait que le personnel politiques compte très peu de scientifiques (contrairement à la Chine ou à l’Inde) est d’ailleurs un vrai problème. Dire que les élites passent toutes par les prépas est un lieu commun qui ne correspond pas à la réalité. Les étudiants sortis des prépas occupent une partie notable des emplois stables et bien payés, ingénieurs ou cadres techniques; pouvez-vous en dire plus? Dans le top 1% des revenus, il y a probablement autant de diplômes de droit ou de commerce, mais pas d’enseignants ou de chercheurs.

    Donc, pour répondre à votre question : Il est vrai qu’une large partie des meilleurs élèves de terminale S vont préférentiellement en médecine (qui fait partie de l’université) et en classes préparatoires, il est vrai que le système des prépas est en train de se scléroser, d’un point de vue intellectuel et social, et il est vrai que l’université est au bord de l’effondrement dans les filières fondamentales (contrairement aux filières professionnalisées, droit et médecine), ce qui n’est pas bon pour le pays.

    Mais il n’est pas vrai que la plus grande partie des élites passent par les prépas, en particulier par les prépas scientifiques, et je vous mets au défi de produire des arguments sérieux à l’appui de cette thèse; le droit, l’économie et la médecine, entre autres, semblent bien plus influents dans les milieux politiques, économique et d’opinion.

    Le déséquilibre actuel vient très largement d’une faillite des universités, dont les autres acteurs du système ont profité de façon opportuniste; comme tous les grands accidents industriels ou sociaux, cette faillite a plusieurs causes simultanées, parmi lesquelles on peut citer:

    –un sous-financement ancien, considérable, et reconnu par tous.
    –une dévalorisation forte des certains des débouchés principaux des études fondamentales, en terme de statut et de revenu.
    –des réformes mal gérées de l’enseignement secondaire depuis 1992, réformes dont l’effet a été un effondrement des entrées en universités (contrairement à ce qui s’était passé dans décennie précédente); la réforme en cours va dans le même sens, et va aggraver la situation.
    –un refus de prendre en compte le public et d’adapter la pédagogie, refus fortement aggravé par les réformes du premier cycle (LMD) qui ont été en sens contraire de ce qui est souhaitable.

    Donc, si votre question se restreint à: êtes-vous d’accord sur le fait que la majorité des bacheliers S avec mention vont en médecine ou prépa et pas en fac, je réponds bien sûr que oui. Si vous voulez que j’en déduise que c’est le résultat d’un complot du système organisé par les enseignants et les élites politiques pour détourner les bons élèves vers les prépas, je vous réponds que c’est un fantasme sans rapport avec la complexité de la réalité, et qui ne permet pas d’agir sur les (nombreuses causes du problème); il permet juste d’éviter de se pose des questions plus délicates.

    Dans certains contextes, supprimer les fermes individuelles permet de faire fleurir les kolkhozes. La société n’y gagne pas toujours. Est-ce ce que vous voulez pour le supérieur? Supprimer la concurrence?Je ne pense pas que l’on supprimera les prépas et les écoles dans un avenir proche, et je ne suis pas sûr que la société y gagnerait. Je pense par contre qu’il est tout à fait possible de travailler à une convergence, et tout le monde y a intérêt.

    A mon tour de vous poser quelques question précises:

    1) êtes-vous d’accord sur le fait que les licences scientifiques se sont effondrées ces 15 dernières années, et que l’application en licence de la réforme LMD, qui a eu lieu au milieu de cet effondrement, a été un échec qui a aggravé les choses? Je précise que je ne parle pas des principes du LMD (reconnaissance européenne des diplômes, en particulier), mais de sa mise en place.

    2) êtes-vous d’accord sur le fait que, contrairement aux réformes de 1982-1985 qui ont largement démocratisé le lycée et ouvert l’université, les réformes du lycée de 1992 et de 2000 ont été un échec qui a stoppé net la progression du bac, réduit à presque rien la filière littéraire, diminué la proportion de bacs généraux, conduit à une chute des inscriptions universitaires, et augmenté la sélection sociale?

    3) êtes-vous d’accord sur le fait que le statut des enseignants a été vivement attaqué depuis 20 ans, que leurs revenus ont baissé de 20%, et que leurs effectifs ont été traité comme une variable d’ajustement, avec des variations erratiques, et non comme un investissement? Etes-vous d’accord sur le fait que la réforme en cours est néfaste, particulièrement du point de vue social, et va encore diminuer l’attractivité des filières concernées?

    Les réponses à ces questions, et les actions correspondantes, sont bien plus cruciales pour l’avenir de l’université qu’une éventuelle suppression des prépas; et surtout, vous avez le pouvoir d’agir en ce domaine.

  13. Oui, le nombre des étidiants dans les licences scientifiques s’est effondré entre 1980 et 1995, et celà aurait été pire sans l’afflux d’étudiants étrangers.
    Non les universités n’en sont pas responsables, ce reflux a été constaté dans tous les pays occidentaux développés. Chez nous il a été aggravé par la concurrence des classes préparatoires sélectionnant sur citères scientifiques et par l’instauration du concours de médecine recrutant sur les mêmes critères.
    Non la réforme LMD n’a pas aggravé le phénomène (en tous cas pas à l’UPMC bien au contraire).
    Bien sur que le stattut et le salaire des enseignants chercheurs en a pris un coup ces 20 dernières années, mais je ne vois pas le rapport.

  14. Vous n’y êtes pas du tout. Le nombre de primo-entrants en université scientifique ne s’est pas effondré entre 1980 et 1995; il a au contraire explosé entre 1980 et 1995, passant de 29 000 en 1980 à 63 000 en 1995; il s’est ensuite brutalement effondré, passant à 44 000 en 2002, moment où il a connu une brève pause avant de chuter jusqu’à 32 000 en 2008, de façon parfaitement synchrone avec l’application du LMD, qui n’a en tout cas pas arrangé les choses. Il s’est légèrement relevé l’an dernier, pour la première fois depuis 15 ans; l’explication la plus vraisemblable est que la crise a poussé plus de jeunes à poursuivre leurs études en 2009.

    Non, il n’est pas vrai que ce reflux ait été constaté dans tous les pays développés. C’est une scie issue d’un rapport de l’OCDE fondé sur des chiffres partiels et forcés, exagérant très fortement une synchronisation partielle de quelques pays vers 1995. Tous les responsables la reprennent en choeur pour se dédouaner de leurs responsabilités : c’est pas notre faute, c’est une évolution sociologique mondiale, on n’y peut rien.

    Allez regarder les chiffres. Comment se fait-il que le nombre d’étudiants en France ait explosé entre 1980 et 1995, avant que la tendance ne se retourne très brutalement en un an en 1995, chose qui n’apparaît dans aucun autre pays? L’évolution est très contrastée suivant les pays, elle est complètement différente en Allemagne, où elle obéit à des cycles de type « cobweb » bien démontré, et elle suit encore une autre tendance en Italie.

    Il y a eu des réformes en France, et elles ont eu un effet massif; très positif au début des années 80, très négatif en 1995 et 2002. D’une certaine façon, c’est une bonne nouvelle: oui, les politiques ont un effet! On ne peut pas toujours se réfugier derrière une prétendue « tendance mondiale dans les pays développés », comme le font tous ceux qui refusent d’assumer les conséquences des choix politiques de ces 15 dernières années.

    Si vous le désirez, je peux vous fournir des chiffres précis et certifiés dans ce domaine, sur lequel vous semblez manquer d’information, comme la plupart des responsables de l’éducation; je vous conseille le tout petit livre de Bernard Convert, Les impasses de la démocratisation scolaire (sur une prétendue crise des formations scientifiques), 89 pages, 6 euros, Ed. Raisons d’agir, qui contient une masse d’informations fort utiles.

    Un dernier point, que je trouve fort significatif: je n’ai pas écrit, comme vous avez cru le lire, que « le stattut et le salaire des ENSEIGNANTS CHERCHEURS en a pris un coup », mais que « le statut des ENSEIGNANTS a été vivement attaqué depuis 20 ans et que leurs revenus ont baissé de 20% ». Je ne parlais pas de nous, mais de ceux que nous formons, et que nous oublions tellement complètement que vous ne les voyez même pas quand j’en parle. Les enseignants chercheurs sont 70 000 environ; les enseignants sont 900 000 environ, soit environ 20% des cadres, et c’est un très important débouché de l’université dans les matières fondamentales, probablement le premier à tout point de vue. La chute de leur statut et de leur revenu a forcément des effets sur l’université qui les forment, comme la hausse du statut des médecins a des conséquences sur les facultés de médecine (par exemple sous forme d’un afflux d’étudiants). Si les enseignants étaient pré-recrutés sur critères scientifiques en fin de première année, comme il y a 35 ans (IPES), que leur salaire était augmenté de 20%, et que les effectifs recrutés retrouvaient le niveau normal de 3% du corps, soit 30 000 par an, vous verriez immédiatement un afflux d’inscriptions en université. Est-ce que vous voyez le rapport?

  15. C’est vous qui n’y êtes pas, la diminution des vocations pour les filières scientifiques dures (physique, maths et chimie) a commencé bien avant la fin de la massification, même si elle a été masquée par l’accroissement des étudiants étrangers, le déploiement de leurres (STAPS) et par la montée en puissance de la biologie et de l’informatique. En tout cas ce fut le cas à l’UPMC Je vous renvoie à un article de mon blog l’an dernier. Et l’effet LMD est patent chez nous et positif !
    http://www.gilbertbereziat.fr/2010/01/04/1998-2009-douze-annees-de-reformes-a-l%e2%80%99universite/graphique-des-formations-2/

  16. la réponse figure dans un des articles du blog,
    http://www.gilbertbereziat.fr/2010/01/22/retour-sur-les-racines-de-la-crise-de-l%e2%80%99enseignement-superieur-francais/graphique-2/
    Le nombre d’étudiants à cru fortement entre 1990 et 1995 puis a subit une forte chute de 1995 à 2000, la relative stabilisation en 2000 résultait de l’accroissement des étudiants étrangers. Mais la croissance de 90/95 était en trompe l’oeil à l’UPMC elle s’est accompagnée d’une chute dramatique des vrais primo entrants titulaires d’une mention au Bac S ! et de l’accroissement des cumulatifs avec les classes préparatoires.

  17. Cher ami, j’ai lu avec intérêt ton analyse (dont je partage contenu et conclusions) et la discussion qu’elle nourrit
    .
    À noter que le dernier des classements mondiaux des établissements d’enseignement supérieur et de recherche qui place dans les 150 premiers quatre français parmi lesquels trois grandes écoles AVANT ParisVI, ne fera que renforcer la tendance désastreuse qui donne, relativement, de gros moyens aux classes prépa et aux écoles. Il est certain que l’on va trouver là de bons arguments pour continuer…

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