LRU 3ème anniversaire.

aghion pécresse

Décidément cette année est riche en commémorations. Pour le troisième anniversaire de la loi LRU, la CPU joue les vierges effarouchées face aux propositions de Valérie Pécresse sur les primes des présidents d’universités et l’expert Aghion enfonce des portes ouvertes .

La querelle déclenchée par le blogueur Dubois à propos des primes des présidents d’université  fleure bon un certain populisme. Malgré l’estime que je lui porte pour ses tirs tous azimuts sur les incohérences de la mise en musique de la politique universitaire, je ne peux le suivre sur un terrain où il se trompe de cible. La manière dont la ministre traite le problème de la rémunération des fonctions de président d’université est inadéquate [¹] . Cette affaire est d’ailleurs encore plus mal gérée par la CPU (voir :  222 LC à V Pécresse.06.07.2010) . Certes, l’interventionnisme de la ministre qui s’érige en juge de paix de la manière de servir des présidents est une insulte à l’autonomie des universités et à leurs conseils d’administration, mais là ne réside pas le principal problème.

Les responsabilités des présidents sont importantes (d’ailleurs la procédure expéditive que vient de subir le président de l’université de Toulon, procédure qui n’a pas ému grand monde, montre bien la fragilité de leur statut ) et il n’y a rien de choquant à considérer qu’ils doivent être payés en conséquence. Par contre il y a quelque chose d’éminemment choquant que certains d’entre eux soient moins bien payés que le secrétaire général ou l’agent comptable de l’établissement qu’ils dirigent. Mais la plus grande anomalie réside dans le fait qu’ils ne soient pas payés pour les fonctions qu’ils occupent mais pour des fonctions qu’ils occupaient avant leur désignation comme président d’université. C’est ainsi, par exemple qu’un hospitalo-universitaire conserve ses émoluments hospitaliers alors que dans les grandes universités intensives en recherche, il ne peut plus en assumer les tâches correspondantes sauf à remplir imparfaitement ses fonctions à l’université. En outre Chacun voit bien que la charge de travail et les responsabilités afférentes ne sont pas les mêmes selon les universités.

Dès lors je milite pour que la fonction de président d’université, qui s’apparente plus à celle d’un PDG qu’à celle d’un président de conseil d’administration, soit rémunérée comme telle. A charge pour l’institution, via son conseil d’administration, de définir le montant de cette rémunération où de définir une procédure de négociation de ce montant. Le président serait ainsi mis en position de détachement pendant la durée de son mandat, et les instances de l’université pourraient ultérieurement reconnaître son investissement en lui assurant, lors de sa réintégration à l’issue de son mandat, une promotion accélérée sur le contingent relevant de sa responsabilité. C’est ce que j’avais d’ailleurs proposé et obtenu du conseil d’administration pour mon prédécesseur à la présidence de l’UPMC. J’ai bien entendu les arguties corporatistes de ceux qui s’inquiètent pour l’avenir des présidents une fois leur mandat terminé, mais c’est un choix et s’ils sont bien payés pour leur fonction, je ne vois pas là matière à injustice à leur égard. Nul n’est obligé de s’investir ensuite dans des emplois étatiques, dans les cabinets ministériels, de chercher à devenir recteur ou d’aller à Bruxelles. Il n’y a aucune honte à retrouver, comme je l’ai fait, une autre position dans l’organigramme de son établissement, on pourrait aussi imaginer que les meilleurs d’entre eux puissent être appelés à devenir président d’une autre université qui souhaiterait bénéficier de leurs compétences. C’est d’ailleurs ce qui serait le plus naturel, et qui se passe dans certains pays, si l’on n’opposait pas des règlementations de nature administrative aux fonctions de cette nature.

Dans son rapport à Valérie Pécresse, Philippe Aghion ne fait que reprendre des propositions formulées ici où là sur la gouvernance des universités dans la plus grande majorité des pays développés.  Lui aussi fait peu de cas de l’autonomie universitaire et surtout de la très grande variété de situations, y compris à l’intérieur d’un même pays ! Ma position est radicalement différente. C’est aux universités elles-mêmes de faire évoluer leur gouvernance. Valérie Pécresse, laisse accroire que c’est aussi sa position [²] . Elle oublie simplement de dire qu’il faut une modification de la loi pour qu’elle autorise enfin les universités de se donner des gouvernances adaptées à leur organisation. Nous n’avons pas attendu Philippe Aghion pour transformer nos instances élues (conseil scientifique et conseil des enseignements) mais là encore, les universités sont corsetées par la loi et surtout par le sacro saint code de l’éducation.

Et ne voilà t’il pas que Philippe Aghion vient de s’apercevoir que l’on pouvait créer des collèges universitaires réunissant des premiers cycles permettant une orientation progressive. Il reprend par là une proposition que j’exprime depuis plusieurs années et que nous avons commencé à mettre en œuvre à l’UPMC en recréant une année propédeutique au début du cycle licence. J’ajoute qu’en licence, avec d’une part les programmes tutorés, l’augmentation du nombre des sorties professionnelles (licences pro) et les doubles cursus exigeants en coopération avec l’IEP de Paris et l’université Paris Sorbonne qui sont désormais étendus aux trois établissements de Sorbonne Université au sein du collège de la Sorbonne , nous allons plus loin que ce qu’il propose. Je ne peux que me féliciter qu’un ancien normalien de Cachan comprenne enfin la nocivité de l’exception française. Mais que la noblesse d’état se rassure, il n’est pas question pour lui de supprimer les classes préparatoires, mais bien de les conforter en les intégrant aux universités afin de donner une nouvelle jeunesse à ces sacro-saints concours. Tant que sa caste n’acceptera pas qu’un débat public soit ouvert sur les procès de sélection/orientation des adolescents et ce bien avant le baccalauréat, rien ne bougera dans ce pays. Ou plus exactement, les universités n’auront pas d’autre choix que de livrer un combat sans merci simplement pour réclamer l’égalité de traitement avec le système pseudo-méritocratique.

Que ce soit pour l’instauration d’un véritable « board of trustees », pour la mise en place de nouvelles modalités de choix des présidents d’universités comme je le préconisais il y a trois ans [³] , pour l’instauration de collèges universitaires et plus encore pour l’accrétion de certains PRES en universités globales comportant également en leur sein des institutions d’élites, il convient de laisser le temps au temps et surtout de ne pas brouiller le message politique. Dans ce domaine, les déclarations successives de la ministre relèvent plus de la politique de la girouette que du tir balistique. C’est bien d’encore plus d’autonomie dont les universités ont besoin et pas de rapports réguliers qui restent sans lendemain.

Palaiseau le 5 août 2010

[¹] Le montant de la prime d’administration est majoré de 50 % pour les personnels mentionnés au premier alinéa de l’article 1er lorsque leur établissement bénéficie des responsabilités et compétences élargies prévues à l’article L. 712-8 du code de l’éducation. En outre, les montants individuels de prime peuvent, dans ce cas et pour ces mêmes personnels, être augmentés, par décision du ministre chargé de l’enseignement supérieur, dans la limite de 20 % du montant de la prime majoré en application de l’alinéa ci-dessus, en fonction de la réalisation d’objectifs et des résultats d’indicateurs fixés et notifiés en début d’année par ce même ministre.
[²] selon l’AEF, réagissant aux propositions de Philippe Aghion, Valérie Pécresse estime que ce débat qu’il ouvre sur la gouvernance « prend tout son sens dans le cadre du grand emprunt, où l’efficacité de la gouvernance sera un critère de sélection » des projets déposés. Elle rappelle que la loi LRU a ouvert la porte d’une nouvelle gouvernance. « On peut envisager une étape supplémentaire, mais rien n’empêche aujourd’hui les établissements de changer les statuts universitaires et de resserrer leurs CA », note la ministre.
[³] Télérama 29 août 2007, « La loi aurait dû proposer ce que les pays anglo-saxons ont développé depuis des années : un « search committee » qui, un an avant la retraite du président en fonction, lance une procédure de recherche. Les candidats arrivent (en ayant réfléchi) et défendent leur projet devant ce comité. On aboutit alors à une « short list » de quatre ou cinq candidats parmi lesquels le conseil d’administration choisit le meilleur ».

2 réflexions sur “ LRU 3ème anniversaire. ”

  1. Bonjour Gilbert.

    J’ai relancé ma revue de blogs :
    http://blog.educpros.fr/pierredubois/2010/08/11/revue-de-blogs-n%c2%b012-lautonomie/

    Thématique de revue n°12 : l’autonomie des universités. Et donc bien évidemment un lien vers votre chronique, tonique comme d’habitude !

    Concernant le régime indemnitaire pour les présidents d’université, vous êtes en fait tout aussi critique que moi sur le décret et sur le communiqué de la CPU ! L’idée de mettre les présidents en situation de détachement durant leur mandat est effectivement à explorer. J’y reviendrai dans une chronique. Cordialement

  2. Bonsoir Gilbert,
    seconde réaction. Après vous avoir lu et relu la partie de votre chronique sur le décret « indemnités des présidents », j’ai conclu que je ne partageais qu’une partie de votre analyse et que je partageais pas votre avis sur la « fonction de président qui s’apparente à la fonction de PDG d’une entreprise ». Mes arguments :
    http://blog.educpros.fr/pierredubois/2010/08/13/un-salaire-pour-le-president-pdg/
    Cordialement

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