Happy birthday to you Valérie !

Anniversaire

J’aurais préféré vous le souhaiter joyeux, mais l’heure n’est pas à la rigolade dans le pays et plus particulièrement à droite, crise économique, réforme des retraites, chasse aux gaspillages et donc au bouclier fiscal oblige. Tout nous sépare, vous êtes née dans les beaux quartiers Alto-Séquanais et moi dans la banlieue ouvrière de Lyon, nous n’avons pas appris la même version du catéchisme, vous à l’Institution Sainte-Marie de Neuilly-sur-Seine, moi chez les « frères quatre bras » à Igny. Votre carrière est printanière la mienne en est à l’automne.

Image1Image2

Votre éducation secondaire s’est achevée dans une classe préparatoire du lycée privé Sainte-Geneviève « Ginette » à Versailles où vous avez pu parfaire vos humanités, la mienne à l’école nationale professionnelle du boulevard Raspail à m’essayer à l’ajustage, au tour et à la redoutable fraiseuse. Mon père fut ouvrier professionnel, ma mère secrétaire, le votre est économiste et universitaire, votre mère, après une formation littéraire, passa par Sciences Po.

image3image4

Refusant en quelque sorte l’invite paternelle, après HEC et quelques cours de droit, vous passez le concours de l’ENA. Moi, refusant de m’enfermer quatre années aux Arts et Métiers de Lille, je m’inscris en médecine à Paris. Vous rejoignez donc la noblesse d’Etat alors que je vais m’encanailler en Salle de Garde. Ce qu’il y a d’amusant dans nos histoires respectives c’est que vous êtes née le jour anniversaire de la fête emblématique de la fédération qui fût présidée par l’évêque d’Autun, athée notoire, pour le premier anniversaire de la prise de la Bastille et que vous intégrez à l’ENA la promotion Condorcet, autre « laïcard » réputé, alors que suis né 25 ans avant vous le jour anniversaire où De Gaulle déserta le clan des défaitistes pour rejoindre Churchill à Londres.

Tout nous oppose donc et pourtant ! Et pourtant, n’en déplaise aux membres du département de sociologie de l’université de Vincennes-Saint Denis je considère que votre passage au ministère de l’enseignement a été positif pour les universités françaises, en tout cas pour celles, certes peu nombreuses, qui se sont saisi des opportunités que vous avez créées. Dans cette affaire vous avez fait bouger l’institution universitaire, dans une mesure que l’histoire jugera, avec l’appui, je le reconnais, souvent critique d’une partie de la gauche universitaire contre certains de vos propres amis politiques. Vous avez su, contrairement à vos prédécesseurs, sauver l’essentiel lorsque la sainte alliance des gauchistes post-soixante-huitards et des conservateurs en épitoge se mobilisèrent en réponse aux imprudences que vous avez commises à l’hiver 2008 sur les statuts des enseignants chercheurs et la formation des maîtres. Je me rappelle notre dernière rencontre à la mi-février 2009. Je vous apportais l’embryon fragile qui allait devenir un an plus tard Sorbonne Université. J’ai fait antichambre plus d’une heure à attendre votre retour de l’Elysée où vous vous faisiez remonter les bretelles par notre hyper-président. Je vous ai sentie au bord des larmes ce jour là, un court instant fragile. Puis je vous ai offert une reproduction de la photo de Philippe Petit se promenant sans aucune protection sur le filin qu’il avait tendu entre les Twin Towers à la barbe des policemen newyorkais. Il y a un peu de vous dans ce funambule, vous ai-je dit. Vous vous retournâtes vers moi et votre petit point rageur s’est abattu sur la table. Je réussirai !

image5

Ils ne sont pas si nombreux les hommes et les femmes politiques de valeur à être nés un 14 juillet. Giulio Mazzarini (le cardinal Mazarin que rien ne prédestinait aux fonctions qu’il a occupées) est né le 14 juillet 1602, 32 ans après que le pape Pie V eut instauré par la bulle Quo Primum le missel du rite tridentin qui perdurera quatre siècles jusqu’à la réforme liturgique entreprise par Paul VI. Mazarin, lui aussi passé chez les jésuites, succédera à Richelieu. Le 14 juillet 1896 nait Buenaventura Durruti anarchiste espagnol membre de la CNT et de la FAI[1]  issu de la classe ouvrière formé par les anarchistes français et mort au combat en novembre 1936 lors de la bataille de Madrid.

image6image7

On ne peut certes pas ranger dans cette catégorie Xavier Darcos, de 20 ans jour pour jour votre aîné, dont l’habilité machiavélique nous a valu 6 mois d’agitation universitaire.

C’est en 1880 que le jour de votre anniversaire devint fête nationale. Ce jour là fut organisée une distribution de secours aux indigents. Nicolas Sarkozy aurait pu s’en inspirer et les inviter à sa « garden party » à l’Elysée plutôt que de la supprimer. Certes, comme il y a cent trente ans nous pourrons aller écouter des concerts géants au jardin des Tuileries et au jardin du Luxembourg et voir moult illuminations et feux d’artifices. Mais peut être votre collègue Chantal Jouanno, votre cadette de deux ans, championne de France en karaté de posture, qui trois fois par semaine rentre chez elle en courant, pourrait elle remplacer cette « garden party » par une réédition, dix ans plus tard, d’un pique-nique sur la Méridienne Verte de Paris, de Dunkerque à la frontière espagnole.

Ce mois de juillet est plutôt morose entre ceux qui tentent un mauvais remake de l’affaire Bérégovoy, ceux qui traînent leur mère en justice pour de l’argent et le départ de Laurent Terzieff, jeune premier malgré lui, qui s’était engagé contre la guerre en Algérie puis plus tard contre la guerre en Irak et a voué sa vie au théâtre. Il est allé rejoindre Pierre Vaneck, Georges Wilson et Gérard Philippe au panthéon des troubadours. Sa lecture d’un texte d’Epiphane lors de l’émission Bouillon de culture de Bernard Pivot en 1974 fût un vrai moment de bonheur. La Gnose, quelle belle matière à réflexion pour une ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche qui se réclame du catholicisme ! C’est avec sincérité que je vous souhaite un avenir à la mesure de vos capacités qui sont grandes et qu’avec regret je constate à gauche la pauvreté en « calibres » de votre trempe.

Palaiseau le 13 juillet

[1] Confederación Nacional del Trabajo ; Federación Anarquista Ibérica

3 réflexions sur “ Happy birthday to you Valérie ! ”

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>