Le concours commun aux formations de santé, une mauvaise décision pour tenter régler un problème bien réel.

L’Assemblée nationale a adopté la création d’une année commune de sélection aux professions de santé. La députée Jacqueline Fraysse, soutenue par le professeur Debré et d’autres médecins UMP de l’hémicycle, avait proposé un amendement repoussant la réforme à 2010-2011. Cet amendement a finalement été rejeté. A cette occasion Valérie Pécresse, la ministre de l’Enseignement supérieur et de la recherche a déclaré : « Il y a en face de moi un certain nombre de personnes qui considèrent que lutter contre l’échec en première année de médecine peut attendre. Je leur réponds : non, c’est une urgence. Et le rôle du service public de l’enseignement supérieur est de répondre aux besoins et aux urgences des étudiants ».

Certes il y a urgence Madame le ministre, mais ce n’est pas de cette façon qu’il faut régler ce problème. Tous ceux qui le connaissent savent que c’est le mode de sélection qu’il faut radicalement changer. L’instauration d’un concours à la fin de la première année de médecine au début des années soixante-dix a contribué à verrouiller le cursus médical qui ne présente plus aucune flexibilité en matière de régulation des flux vers les différentes spécialités médicales. Il a généré la course à l’hyperspécialisation, au rallongement démesuré des études médicales et est un frein à l’arrivée des jeunes médecins dans les carrières de recherche où dans les disciplines de santé publique et de psychiatrie.

Les formations dites paramédicales sont encore plus fortement cloisonnées, régies par de multiples « numerus clausus » contrôlés par autant de contraintes administratives, sans aucune souplesse quant à la régulation des flux et l’évolution des métiers. Le système a favorisé l’éclosion d’une myriade de corporatismes qui compliquent à loisir les négociations statutaires et salariales. Le contenu même de ces formations est très en retard quant à son niveau scientifique eu égard aux standards internationaux. La France reste le seul grand pays moderne à former ces personnels en dehors des universités. Pour autant ces professions restent encore aujourd’hui un moyen de promotion sociale très puissant. La création d’un tronc commun systématique entre les études médicales et paramédicales n’est pas une solution. Il faut bien au contraire requalifier les études médicales, pharmaceutiques et odontologiques en renforçant leurs liens avec les autres filières universitaires longues et augmenter les passerelles avec ces filières, c’est-à-dire retarder l’étape de la sélection et en diversifier les modalités. Il faut également intégrer les formations paramédicales a l’université dans le cadre du système Licence Master Doctorat dans des unités de formation et de recherche distinctes des facultés de médecine et de pharmacie.

On ne dira jamais assez combien le concours de fin de première année est stupide, stressant et inutile pour la formation médicale future. Il s’apparente plus au pointage d’une grille de loto qu’à un exercice de réflexion intellectuelle. L’introduction d’un peu de sciences humaines en première année de médecine n’a été qu’un cache misère, vite dévoyé puisqu’aujourd’hui la correction de l’épreuve sensée vérifier l’acquis des connaissances ne consiste qu’à viser la présence de mots clés quel que soit leur ordre d’arrivée dans la copie et interdit de prendre en compte la compréhension du sujet, jugée trop suggestive (entendez par- là sujette à contestations). Il est précédé d’une année abrutissante dont ceux qui échouent en restent traumatisés. Rien n’indique que les candidats sélectionnés aient des qualités meilleures que les autres pour devenir de bons médecins. En fait, tout comme le sont les classes préparatoires, la première année des études médicales, odontologiques et pharmaceutiques (que l’on peut redoubler) consiste en une année de formatage encore plus stupide que les années de classes préparatoires. Sa justification intellectuelle est faible car le concours est local et la sélection pourrait tout aussi bien résulter d’une analyse sérieuse du dossier scolaire et universitaire accompagnée d’un entretien de motivation. Son injustification sociale est absolue si l’on considère le recul observé depuis 30 ans dans la diversification sociale du corps médical et à l’incapacité de l’Etat d’empêcher les abus mercantiles (voir tableau ci-dessous) et à faire respecter la soi-disant gratuité des études.

Je suggère donc au ministre qu’à l’avenir, on laisse tout simplement les universités sélectionner leurs étudiants en médecine directement à partir du cycle licence selon leurs propres modalités. Cela aurait en outre l’avantage d’augmenter le flux de ceux qui se réorienteraient vers des études scientifiques déficitaires en étudiants et de mieux diversifier l’origine des étudiants en permettant l’arrivée vers les études médicales d’excellents étudiants titulaires de baccalauréats non scientifiques.

Palaiseau le 21 décembre 2008

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