Non Madame la Ministre, le compte n’y est pas.

« Je pense qu’il y a une focalisation excessive sur la question des emplois, mais en regardant les dotations des années précédentes, les universités se rendront compte de l’augmentation sans précédent de leurs moyens », estime Valérie Pécresse, ministre de l’Enseignement supérieur et de la recherche, à l’occasion d’une conférence de presse sur la répartition des moyens et des emplois des universités, lundi 15 décembre 2008 rapporte l’AEF du 16 décembre. Non Madame le ministre, le compte n’y est pas. Votre argument concernant l’université Pierre et Marie Curie, première université de l’Alliance Paris Universitas à avoir demandé pour elle-même l’application de la loi LRU est inexact, voire spécieux. Vous affirmez : « Quant à la contribution qui est demandée à certaines universités, elle reste modérée : Paris-VI a -14 emplois, soit 0,3% de ses emplois… alors que ses effectifs étudiants ont diminué de 1% de 2005 à 2008 » ce qui est contestable. Comment croire vos affirmations comme quoi « Il faut en finir avec le pseudo-égalitarisme » lorsque vous ajoutez « on ne peut pas traiter toutes les universités de la même manière selon notamment que leurs effectifs baissent ou augmentent ». Mais le pseudo-égalitarisme c’est précisément la politique de redéploiement.

Soyons donc sérieux, l’estimation de vos propositions par les services financiers de l’UPMC donne un volume de 400 millions d’euros pour l’année 2009 sans engagement pluriannuel alors que j’estime à 450 millions d’euros, hors financements transitant via l’INSERM ou le CNRS, le montant nécessaire pour que l’UPMC puisse se mesurer  avec quelque chance de succès avec les compétiteurs européens de l’UPMC les plus proches. Je ne parle naturellement ni d’Oxford, ni de Cambridge.  Si j’osais la métaphore, je dirais que vous avez choisi de diminuer de 10% la quantité de fuel dans une Ferrari pour permettre à Renault de rattraper son retard. Les 50 millions d’euros qui vont manquer à l’UPMC sont ceux qui lui sont nécessaires pour lui donner les marges de manœuvre permettant d’assurer le succès de la réforme en cours et de concurrencer efficacement les grandes universités mondiales. Le redéploiement vers les universités que vous avez choisies ne donnera en aucune façon à celles ci les moyens nécessaires à cette compétition. Lors de son dernier conseil d’administration, l’alliance Paris Universitas a réaffirmé fortement son soutien à l’UPMC dans ces négociations et souhaite que les grandes universités, en particulier celles qui sont le moteur de la compétitivité française, voient leurs moyens sensiblement augmenter. Par ailleurs elle apporte son appui à la demande de l’UPMC de recevoir la dévolution de l’ensemble de ses biens immobiliers, condition essentielle pour jeter les bases d’une réelle autonomie.

Je vous suggère en effet, de bien considérer les déclarations du père du classement de Shanghai,  Nian Cai Liu, professeur de chimie, qui estime que « les universités européennes s’en sortent bien sur le top 500 » du classement de Shanghai, puisqu’il en compte 210 (mais moins de 20 françaises). « Dès que l’on s’approche du top 20, le nombre diminue », constate-t-il. « Pour progresser dans les classements, l’UE doit miser sur un nombre réduit d’universités de tête. » Selon lui, si l’Asie est « en constante progression » dans le classement, c’est parce qu’elle met en place de « nombreuses initiatives d’excellence ». Lors de du déjeuner annuel de l’association nationale de la recherche technologique vous avez éludé ce problème en parlant des pôles d’enseignement supérieur et de recherche, mais jamais ceux-ci seront considérés comme des universités par la communauté universitaire mondiale.

Vous avez également, à cette occasion, eu des accents de vérité lorsque vous avez parlé du retard pris par les salaires des jeunes universitaires. Mais on ne peut faire face à ce problème par des doses homéopathiques de primes concernant quelques individus. Les universités de recherche on besoin de marges de manœuvre et pas d’une dizaine d’emplois surpayés. Car pour être efficace elles ont besoin que leurs scientifiques leur consacrent toute leur activité professionnelle. Certes la nouvelle loi leur donne la possibilité juridique de payer plus correctement leurs meilleurs leaders d’équipes de recherche ou d’enseignement. Et nous vous en sommes grés. Mais elles ont tout autant besoin de rassurer leurs jeunes universitaires qui ont assumé, sans augmentation de moyens, la réforme pédagogique. Sur eux repose l’essentiel de l’effort de recherche sans lequel il n’y aura ni publications dans les meilleures revues, ni espoir d’innovation. Or ils ont vu constamment peur pouvoir d’achat s’éroder et votre projet statutaire n’y répond pas. En outre la masse salariale correspondant aux postes que vous reprenez aux dix premières universités de recherche c’est autant de moyens que vous leur retirez, sans compensation contractuelle réelle, pour une politique de primes juste et ambitieuse. Travailler plus pour gagner plus disait quelqu’un, mais je connais beaucoup de ces jeunes universitaires qui travaillent largement au-delà des 1600 heures annuelles rappelées par vos textes et qui par là contribuent à la productivité scientifique de notre pays.

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