Décidément Valérie Pécresse est têtue

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Je finis mon périple à Singapour où la ministre m’a précédé il y a quelques mois sans y laisser un souvenir impérissable. En contemplant Biopolis et son articulation avec les deux universités phares de la ville Etat on comprend tout le retard français englué dans sa bureaucratie.

En sept années s’est construit ici un complexe de recherche en bioingénierie alors qu’en plus de dix ans un tiers seulement du campus Jussieu est rénové ! Et que depuis quatre ans, de LRU en plan campus et maintenant grand emprunt, les universités françaises intensives en recherche attendent encore l’argent promis. Avant de reprendre l’avion pour Paris le vendredi, j’apprends que la potion du bon docteur Fillon qui n’a rien de magique a été prescrite et qu’elle n’épargnera pas les opérateurs publics que sont les universités. Le lundi j’assiste à un discours de Valérie Pécresse qui s’est invitée à Jussieu.

“Humanum fuit errare, diabolicum est per animositatem in errore manere”, visiblement, et bien qu’elle ait été élevée dans des écoles catholiques réputées, notre ministre n’a pas dans sa jeunesse été mise en contact avec les bonnes feuilles d’Augustin d’Hippone. Et son éducation supérieure n’a pu combler ce hiatus. Il faut dire que HEC n’est pas le temple de la culture latine.

Les sous-préfets vont volontiers aux champs, Valérie Pécresse aime Jussieu. Il est vrai que chez nous il y a toujours quelque chose à célébrer : médailles olympiques, remise de la tour et aujourd’hui remise des clés du secteur ouest (partie du gril Jussieu située le long de la rue des fossés Saint Bernard).

Dûment chapitrée par le Recteur elle est bien obligée d’y évoquer du bout des lèvres l’alliance entre Panthéon Assas, Paris Sorbonne et Pierre et Marie Curie. Mais Sorbonne Université reste tabou tellement elle tremble devant le germanopratin. Par ailleurs elle n’en démord pas de son Larrouturou lou lou, encore que son nom n’ait été prononcé qu’une fois et de manière cursive, et persiste à vouloir regrouper toute l’UPMC sur le campus Jussieu. Mais ne vous en déplaise chère madame, jamais les médecins de l’UPMC n’abandonneront le site des Cordeliers que leur université a sauvé grâce à ses économies de la sénescence médicale et de la rapacité de la haute administration. Cette insistance à vouloir nous cantonner en bas de la montagne est suspecte. Ce n’est pas ainsi que l’on traite la plus importante université de son pays. Chulalonkorn à Bangkok, Universiti malaya à Kuala Lumpur et la National Université de Singapour

que je viens de visiter dans mon trip asiatique disposent chacune de campus de plus de 200 hectares au cœur des capitales. Et elle nous chipote 10 000 m2 !

Lors de cette manifestation qui, n’en doutons pas, fera date, l’ingénieur des ponts et chaussés (ça ne s’invente pas) qui dirige l’Etablissement Public du Campus Jussieu (Zul pour les intimes) a tenté d’expliquer comment un chantier commencé en 2003 et qui aurait dû se terminer en 2006 aboutissait en 2010 en laissant d’ailleurs une enclave non rénovée car le spécialiste du refroidissement climatique et ses sbires avaient refusé de déménager tant que l’on leur aurait pas fait une niche écologique pour qu’ils puissent exercer leur besogne en toute impunité. Basta, que compte la piétaille des 20 000 étudiants scientifiques de l’UPMC face aux lucioles volcaniques !

Nous avons failli mourir de rire quand le même Zul nous a expliqué que tout serait fini dans 4 années. Mourir de rire certes mais jaune car cette annonce exclue de toutes les façons la restauration des barres de Cassan (situées le long de la Seine et du jardin des plantes) et le parachèvement du campus là ou fleurissent les baraquements transitoires de l’EPCJ et des entreprises de BTP. Pour faire bonne mesure, le lendemain Zul laissait fuiter dans la presse un projet de décret transformant l’EPCJ en Etablissement public d’aménagement de la région Ile-de-France. Bref en France, moins une institution est efficiente et plus il est urgent de la pérenniser. Au moment où la rigueur va s’abattre sur le pays comme la vérole sur le bas clergé, il est évidemment urgent de préserver ce magnifique outil de « l’esprit français » qu’est le tonneau des danaïdes de l’EPCJ. Ce qui permettra au passage de détourner les crédits prévus pour Jussieu à d’autres usages.

Valérie Pécresse a déclaré à cette occasion qu’elle souhaitait signer avant l’été avec l’UPMC la convention de dévolution des biens immobiliers. Chiche ! Mais, en tenant les engagements financiers prévus par la loi et sans nous amputer de nos biens qui sont notre seule richesse au moment où les caisses de l’Etat sont vides. Puis-je lui suggérer aussi de nous transférer aussi l’EPCJ avec sa soulte, nous saurons lui faire respecter les délais en temps et heures et cela reviendra moins cher au pays.

Paris le 13 mai 2010

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