Loin des tartufferies parisiennes !

Kuala Lumpur

Loin des tartufferies parisiennes, je poursuis ma tournée de promotion de Sorbonne Universités et de l’UPMC en Asie du sud-est. A chaque étape je m’aperçois combien la promotion du système « à la française » est délétère pour notre recherche scientifique dans la plupart des disciplines. Alors que la France manque d’étudiants dans les sciences et que cette contrée, à l’instar du « big brother » chinois ou de la ville État de Singapour, considère qu’il lui faut développer une recherche en sciences de qualité si elle veut avoir la moindre chance de compter dans l’avenir, les officines françaises bien formatées continuent à privilégier les « grandes écoles » où la recherche est microscopique. Alors que lassés d’être rançonnés par les universités britanniques de second rang ou les universités australiennes, les états se tournent vers l’Europe et le dispositif mis en place par le MAE, étranglé par les restrictions budgétaires, n’a que de vieilles recettes à leur servir. A Bangkok, l’attaché de coopération scientifique qui nous reçoit est plein d’amertume. Il quitte son poste en septembre et ne sait pas où il atterrira en France. Quoi qu’il en dise, l’Asian Institute of technology a encore de beaux jours devant lui, même si la France a diminué fortement sa participation.

A Djakarta je participe au début de la tournée organisée par l’ambassade pour le lancement d’un programme de bourses « sandwich » baptisé pompeusement séminaire des écoles doctorales. L’Indonésie offre 30 bourses de 18 mois. A l’évidence le niveau des laboratoires ne permettra que dans très peu de disciplines scientifiques de garantir une qualité permettant l’obtention d’une thèse. Mais le MAE qui a mis fin au programme des collèges doctoraux internationaux pour cause de restrictions budgétaires n’a rien à proposer pour compléter et il faudra, si elles le veulent et si elles souhaitent s’implanter dans ce pays de plus de 230 millions d’habitants que la poignée d’universités françaises de recherche intensive y mettent le complément afin que les étudiants restent plus longtemps en France. La fédération des universités toulousaines est en force, comme d’habitude, Montpellier s’appuie sur le CIRAD et l’IRD dont le représentant nous fera faux bond pour la visite de l’université de Bogor, les universités françaises passent après le ministère de la pêche ! Marseille propose la géologie as usual et l’université de Poitiers se demande bien ce qu’elle est venue faire dans cette galère. Il faut dire que son président préside aussi la commission internationale de la CPU ! Les universités de la Sorbonne que je représente sont les seules universités parisiennes représentées au niveau convenable. Un second couteau descartien plein de morgue fait feu d’élitisme. Quoi qu’en dise l’attaché de coopération scientifique, et malgré l’optimisme de l’ambassadeur qui nous reçoit chaleureusement, la différence avec la Thaïlande est frappante tant le retard des universités indonésiennes est grand. Et ce n’est pas le programme master en place qui n’a drainé que des « écoles » à faible recherche ou des petites universités qui peut servir de base de lancement. Alors faut il abdiquer ? Non, il y a sûrement du potentiel, mais ce n’est pas avec ce type d’évènement que l’on pourra avancer.

Je quitte les encombrements de Djakarta qui est au bord de l’embolie automobile pour la Fédération Malaise. Arrivé à Pennang tard dans la soirée, je passerai le jeudi au sein de « Université Sains Malaisia » dont j’avais rencontré des représentants à Ryad lors d’un salon où l’UPMC était invitée. Cette université est au coude à coude avec l’université de la capitale, un signe qui ne trompe pas de sa vivacité. Nous sommes reçus en pleine session d’examen par la représentante de la faculté de médecine et le doyen de la faculté des sciences. Ils connaissent tout de nous car ils ont passé au crible le site web de l’université Pierre et Marie Curie et sont tombé via google sur la conférence que j’ai donnée à l’université de Carlos 3 de Madrid la semaine précédente. Ils connaissent donc aussi Sorbonne Universités. Ville calme et accueillante qui tranche avec Djakarta, campus universitaire dans la ville comme on en rêve, logements étudiants ouverts aux étrangers. Faute de temps je ne pourrai pas visiter des laboratoires car je reprends l’avion en soirée. Kulua Lumpur où j’avais fait du stop il y a près de 20 ans est devenue maintenant une ville d’un urbanisme flamboyant qui rivalise avec Banglok et Hongkong. J’y suis reçu avec beaucoup de chaleur et de prévenance par le directeur du centre universitaire franco-malaisien et une voiture sera mise à ma disposition par l’ambassade. Après la cérémonie de signature d’un projet d’accord avec l’université Malaya, j’ai une réunion de travail pour la présentation mutuelle des établissements et l’après midi je visite quelques laboratoires à la faculté des sciences, en particulier l’un qui est dédié aux sciences de la mer et un laboratoire extrêmement bien équipé à la faculté de médecine dédié aux recherches en physiopathologie ostéo-articulaire. Laboratoire à faire rougir l’orthopédie de la Pitié-Salpétrière.

J’apprends à Kuala Lumpur, avec un peu de retard, la victoire de Toulouse sur Leinsteir et j’y passe un premier mai fort calme. Ici pas de démonstration.Visiblement la Malaisie commence à décoller en matière universitaire et recherche des partenariats européens pour s’extraire du modèle britannique. On peut y envoyer des étudiants en toute sécurité. Bonne pioche. Mais il me faut poursuivre et le 2 mai aux aurores je m’envole pour le Laos.

Kuala Lumpur le 2 mai 2010.

5 réflexions sur “ Loin des tartufferies parisiennes ! ”

  1. Merci pour ces compte-rendu internationaux forts intéressants lorsque l’on souhaite découvrir les coulisses des universités. Pardonnez-moi néanmoins d’en rajouter une couche avec mon refrain habituel.

    Les représentants de l’université Sains Malaisia vous connaissent grâce à votre site Internet ? Eh bien heureusement pour la réputation de la France que vous êtes le représentant de l’UPMC, car imaginez un peu si vous aviez représenté Paris Sorbonne. Il y a encore trois semaines défilait tranquillement en page d’accueil du site de Paris 4 un bandeau prévention grippe A (on n’est jamais trop prudent hein). Et la newsletter externe ressemble à un pop up façon Web des années 90. Avec ca, on se dit qu’on a bien à faire au haut du panier en matière de lettres et sciences humaines en France…

    Vivant en Angleterre, entouré de ces écoles et universités qui coutent chers et qui attirent du beau monde, je ne cesserai de le dire et redire : il faut COMMUNIQUER. Ces universités britanniques font rêver, voilà la différence. Elle est lamentablement simple. Et leur puissance de frappe est énorme à ce niveau, que cela choque ou dérange c’est un autre problème. Il faut vraiment se mettre dans la tête qu’un talentueux étudiant asiatique, africain, indien, tout ce que vous voudrez, à qualité d’universités égales choisira celle qui lui offrira les plus belles années d’études. C’est une réalité imparable. Sorbonne Universités ne sait toujours pas se vendre à ce niveau et risque fort d’être réduite au second choix pour ces étudiants qui lui préféreront UCL, Cambridge ou Stanford.

    Le bricolo bricolette (genre ménage à trois de Paris 2, 4, 6) ca ira un an, pas plus. On a assez attendu pour parvenir à une université de la Sorbonne qui s’affirme en tant que telle. Ou est le logo de Sorbonne Universités (avec un « s » sans « s » d’ailleurs ?) que vous avez représentée officiellement si je comprends bien ?

  2. Je ne saurais partager votre pessimisme, il y a environ 60 000 étudiants à Sorbonne University, 13 620 sont des étrangers (dont 4500 en sciences et 2000 en médecine à l’UPMC) 4500 à Paris Sorbonne (paris 4) et près de 2 000 en droiot à Assas. A la Sorbonne, la moitié des étudiants étrangers sont des européens et plus de 10 proviennent des USA.
    Bien sûr, rien n’est parfait et en France tout est compliqué en particulier parce que la ministre traîne des pieds pour signer le décret de création de Sorbonne Universités.

  3. Pour le nombre des étudiants étrangers en provenance des USA à Paris Sorbonne il fallait lire : plus de 10% des étudiants étangers sont originaires des USA (500 étudiants américains à Paris Sorbonne chaque année qui dit mieux ?)

  4. Héhé, j’ai connu des étudiants américains à la Sorbonne en effet… souhaitez vous savoir pourquoi ils venaient (ou plutôt « elles » venaient?).

    Pour passer une année à Paris qui est so wonderful et faire du shoping. Le diplôme de la Sorbonne ne les intéressait pas plus que ça dans la mesure où ca n’est pas vraiment valorisé sur un CV américain.

    C’est autre chose de mettre Oxford sur son CV croyez moi.

  5. Mais mon cher ami, Oxford ne nous oublie pas, les 3 établissements de Sorbonne Université ont 30 programmes de coopération en cours avec Oxford, publient annuellement 60 articles en commun et ont 24 possibilités annuelles d’échanges d’étudiants. Quoi que vous puissiez en penser, la Sorbonne est plus connue à l’étranger de l’X qui ni brille que par ses traiders avec le succès que l’on sait.
    C’est sûr que pour le shoping Paris ou Londres c’est mieux qu’Oxford et pour votre allusion sexiste, je vous en laisse la responsabilité. Et pour finir tant mieux si la Sorbonne contribue à l’équilibre de la balance commerciale.

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