L’autonomie J-35

Dans un article publié par le journal « libération » début août  (« Un an après, l’introuvable autonomie universitaire« ) à l’occasion du premier anniversaire de la loi « Pécresse », j’appelais de mes vœux un effort supplémentaire de la ministre et de son mentor élyséen pour accélérer l’autonomie universitaire. Mais la ministre qui a trouvé très « sarkozyste » le titre de mon livre « quand l’université se réveille tout devient possible » serait bien inspirée d’en suivre les recommandations car d’accélération point n’en voyons aujourd’hui.

A moins de deux mois de la nouvelle année, date à laquelle vingt universités devraient acquérir leur pleine autonomie, les plus emblématiques des grandes universités de recherche n’ont toujours pas négocié l’enveloppe budgétaire totale. Malgré les engagements de la ministre, ses hauts fonctionnaires refusent de calculer la masse salariale sur la base des emplois dédiés et d’y inclure les évolutions salariales. Au contraire de ce qu’a prévu la loi, ils ne veulent pas entendre parler de contrat pluri-annuel. Cette attitude montre bien qu’on est aux antipodes des déclarations élyséennes sur la nécessité de donner aux universités intensives en recherche les moyens de jouer dans le top 10 des grandes universités mondiales. Je doute fort que leurs présidents se risquent à déchaîner sur le campus un regain d’activisme anti-LRU en signant un blanc-seing accordant le minimum pour renvoyer le reste à d’hypothétiques négociations une fois l’autonomie acceptée. La ministre doit être consciente du risque qu’elle prend dans cette aventure. Nous ne saurions accepter que l’Etat, prêt à engager des milliards millions d’euros pour sauver les banques, nous mégote une trentaine de millions d’euros pour satisfaire à l’ardeur ététrice des champions du plus petit dénominateur commun.

L’Etat fait la sourde oreille vis-à-vis de la seule université française (je parle de mon université) qui ait réclamé dès l’an dernier la dévolution de ses biens immobiliers et lui refuse la maîtrise d’ouvrage de son campus principal, place Jussieu. Qui plus est, l’établissement public chargé du chantier, envisage unilatéralement d’utiliser la parcelle de terrain destiné à l’implantation du parc d’entreprises innovantes à l’installation quasi permanente de sa bureaucratie tatillonne comme si le chantier devait encore durer 20 ans ! Alors que tout ce qui se passe dans le monde montre le déficit  français en matière de liaison université, start up et entreprises innovantes. Comble de la provocation, le bruit filtre que le ministère en plein réaménagement envisage d’installer des bureaux à Jussieu se trouvant trop à l’Etroit dans l’ancienne Ecole Polytechnique !

Les journalistes universitaires s’agitent pour percer le mystère du rapport d’audit sur l’immobilier universitaire parisien promis pour l’automne et dont évidemment les universités premières concernées n’auront pas connaissance avant divulgation alors que dans un état de droit, le droit de réponse ou, à tout le moins, de commentaire devrait être absolu. Mais la campagne électorale pour l’Ile-de-France bat son plein au sein de l’UMP et, si les débats y sont plus feutrés qu’au PS, ils n’en sont pas moins féroces pour autant. Je sais bien que l’argent du plan campus a été largement gagé et probablement plusieurs fois. Mais les grandes universités parisiennes souhaitent tout autre chose : transfert des biens immobiliers, de tous les biens immobiliers et tout de suite. Nous discuterons après entre nous, puis avec l’Etat, dans un cadre contractuel, comment gérer au mieux les biens immobiliers et générer les ressources pour les entretenir. Là aussi est l’enjeu de l’autonomie ; il suffit de se promener partout en Europe pour constater quels retards accumulent aux fils des ans les universités parisiennes soumises à l’incapacité du système de gestion rectorale ou des établissements publics autonomes. Autonomes des universités, mais pas de Bercy.

Aéroport de Roissy Charles de Gaulle le 26 novembre 2008.

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