Terrific but terrible

Terrific but terrible

Jeudi 15 avril je m’embarque à Roissy à 9h35 pour Madrid où je suis invité par l’Alianza de las 4 Universidades (Universidad Autonoma de Madrid, Universidad Pompeu Fabra, Universidad Autonoma de Barcelona, Universidad Calos III de Madrid). Elle organisait une conférence intitulée « strategy for international excellence of European research universities ».

Signe des temps, deux universités françaises y étaient invitées, Toulouse 1 Capitole, première université française en économie et Pierre et Marie Curie, première université française en sciences et médecine. L’université de Leiden très active dans les procès d’évaluation était représentée par son Recteur Magnificus Paul van der Heijden, la jeune université de Konstanz, l’une des lauréates du programme allemand des universités d’excellence, était représentée par son recteur Ulrich Rüdinger qui n’était pas né quand son université fut créée. Nul n’avait prévu que le séminaire serait perturbé par le nuage de cendres microscopiques que nous devons au volcan islandais. Celui-ci bloqua le principal de l’université d’Edimbourg à Paris faute d’y être arrivé à temps.

Tout à nos discussions sur la compétitivité des universités (la nécessaire réforme par elles-mêmes de leur propre gouvernance afin de l’adapter à leurs objectifs stratégiques, le sous-financement chronique et les moyens d’y remédier, l’intérêt des clusters versus des politiques d’établissement, la taille idéale des universités) nous ne nous sommes pas aperçus que le nuage se déplaçait inexorablement vers le Sud et l’Est et qu’il allait inéluctablement clouer les avions au sol au nom du principe de précaution. Espérant la reprise des vols nous en profitâmes pour faire quelques belles visites. Le Prado d’abord sous la conduite magistrale du conservateur qui vint nous rappeler la puissance de Charles Quint qui prenait en tenaille la petite royauté française. Laquelle, tel un grain de sable dans un magnifique mécanisme, s’opposa constamment à son ambition d’unité européenne. « Je parle espagnol à Dieu [disait Charles Quint], italien aux femmes, français aux hommes et allemand à mon cheval ».

A l’époque de Charles Quint les peintres espagnols commencèrent à se former aux écoles flamandes et allemandes. Son fils Philippe II (à ne pas confondre avec Philippe Auguste) utilisera constamment l’art à des fin de promotion et de prosélytisme car on est en pleine lutte pour ou contre la réforme luthérienne et la sécession anglicane. Mais ce n’est que sous Philippe V que la peinture espagnole prendra toutes ses caractéristiques.

Le Prado, une merveille que nous avons survolée et où il me faudra bien revenir !

L’utopie de Jérôme Bosch avec son jardin des délices et ses sept péchés capitaux m’a enthousiasmé. Les bondieuseries d’El Greco m’ont laissé froid.

Par contre, Goya m’a particulièrement ému. Pas tellement pour Saturne dévorant ses enfants, mais son Tres de Mayo qui est une bouleversante protestation contre la violence et la destruction exercée par les hommes, en particulier ici lorsque les soldats français – en représailles à la révolte du 2 mai – exécutent les combattants espagnols faits prisonniers au cours de la bataille.

Tres de Mayo de Goya

Et la Maja nue qui trône à côté de la Maja habillée, quelle merveille. Plus tard, las Meninas de Vélasquez sont de nouveau dans la « norme » qui sera celle de l’Espagne puritaine.

Avant que de m’en retourner par route puis par TGV, puisque les contrôleurs avaient mis fort opportunément fin à leur grève, via Bordeaux, j’eus droit avec quelques autres, grâce au Recteur de Carlos III Daniel Péna, à la découverte du monastère de San Lorenzo à El Escorial.

J’y fis la connaissance d’un prêtre exceptionnel qui régente le collège situé à côté du monastère. Il est docteur de l’université de Californie à San Diégo. Ce monastère était un monastère Augustinien et il l’est resté et d’ailleurs, me dit-il en riant, Luther aussi, il portait la même robe que moi, lui et Calvin c’étaient des Augustiniens fourvoyés. C’est ainsi. Ce monastère fut en effet le siège de la royauté espagnole au moment où celle-ci embrassait sans concession le parti de la contre-réforme. Mais d’un autre côté me dit-il, Philippe II malgré son intransigeance doctrinale a toujours laissé les moines avoir une grande curiosité intellectuelle. Il ne faut pas perdre de vue que l’enseignement à l’Escorial était d’une rare liberté, Vésale bien que critiqué par l’Eglise est passé par San Lorenzo. Je lui rappelle alors que Jussieu est construit sur l’emplacement de l’ancienne abbaye St Victor qui se rattachait aussi à la tradition augustinienne et s’était fortement opposée aux Chanoines de la Sorbonne.

Terrific but terrible

Pour que nous n’ayons pas à souffrir de la pluie, il nous ouvrit les portes de l’enceinte du secteur réservé aux 70 moines qui constituent la communauté. Privilège exceptionnel que celui de contempler depuis les étages supérieurs l’immense cathédrale et toute l’abbaye :

Abbaye

Et d’assister à une cantate de Bach jouée par un moine organiste sur le merveilleux orgue électrique relié aux 1800 tuyaux sonores, situé sous un immense lustre de cristal.

Lustre de cristal

Mais la voiture arrive pour me ramener en France et il me faut quitter ce bon Père jovial et généreux pour retrouver la France et ses tracas. Je me retrouve à la Gare St Jean de Bordeaux 10 minutes trop tard pour prendre le dernier TGV. Je m’installe pour la nuit à l’Hôtel du Faisan (ça ne s’invente pas) et j’en profite pour écouter les élucubrations journalistiques sur le souk européen. Bref deux jours pour rejoindre Paris de Madrid, on n’est pas revenu à l’ère des diligences, mais on en prend le chemin. Finalement, à quelque chose malheur est bon, la paralysie du transport aérien servit de prétexte à Obama pour annuler sa présence à l’enterrement du xénophobe, homophobe, anti-avortement et pour tout dire pour le moins réactionnaire tween polonais. Et il fut suivi immédiatement par Angela Merkel et Nicolas Sarkozy et quatre-vingt pour cent des invités étrangers qui restèrent chez eux !

Quelque part entre Poitiers et St Pierre des Corps le 18 avril 2010

Une réflexion sur “ Terrific but terrible ”

  1. A part, le récit fort documenté et fort plaisant à lire (bien des souvenirs remémorés), j’aimerais, évidemment Gilbert, en savoir plus sur le contenu et la pertinence de vos discussions sur la compétitivité des universités. D’ailleurs, c’est quoi la compétitivité des universités ?

    « Nécessaire réforme par elles-mêmes de leur propre gouvernance afin de l’adapter à leurs objectifs stratégiques, sous-financement chronique et moyens d’y remédier, intérêt des clusters versus des politiques d’établissement, taille idéale des universités ».

    Pendant que vous vaquiez à Madrid, je musardais à Dijon sur le PRES Bourgogne-Franche Comté : reportage à venir.

    En ligne, le reportage sur la fusion des 3 universités d’Aix-Marseille
    http://histoireuniversites.blog.lemonde.fr/2010/04/23/provence-en-fusion/

    Bien cordialement. A quand la rencontre entre les blogueurs qui bloguent d’unniversités ?

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