Adieu Camarade

Jean Ferrat

Sale année !

Après Willy Ronis en septembre, voici qu’un autre artiste issu des milieux populaires disparait. L’un et l’autre étaient à la fois profondément humanistes et viscéralement attachés à la vraie gauche, l’un comme l’autre furent ce qu’il est convenu d’appeler des compagnons de route du Parti. Contrairement à d’autres, ils ont toujours refusé de jeter le bébé avec l’eau du bain lorsqu’ils ont marqué de la distance à son égard. Il s’est trouvé un commentateur à France Inter pour trouver que Jean Ferrat s’était trompé sur le Vietnam et Cuba ! Trompé à l’époque où les USA déversaient sur le Vietnam et le Cambodge un tonnage de bombes supérieur à tout ce qui avait été déversé pendant la deuxième guerre mondiale sur tous les théâtres d’opération ? Trompé alors que La Havane était devenue le lupanar de la mafia Nord Américaine ? Solidaire des révolutionnaires vietnamiens et cubains certes, mais pas comptable des erreurs de leurs dirigeants. Bien peu nombreux furent les journalistes français qui rapportèrent la vérité sur le moine soldat qui ordonna le bombardement de Haïphong où qui dénoncèrent les assassins de Maurice Audin dont certains sont encore en vie  protégés par l’Etat Français !

Jamais la droite et les médias n’aiment autant les hommes et les femmes de la vraie gauche que lorsqu’ils sont morts. Michel Drucker, le grand Pontife de ce genre d’enterrements, s’est bien gardé de rappeler dimanche dernier qu’à son émission de 1980 Jean Ferrat, après avoir chanté le bilan, avait aussi averti que ceux qui comptaient sur lui pour faire de l’anticommunisme seraient fort déçus. Jean Ferrat qui avait été, avec Juliette Gréco, l’emblème de l’union de la gauche ne faisait d’ailleurs que rendre public ce que bon nombre de communistes pensaient sur le comportement de la direction du PCF et plus généralement sur l’Union Soviétique. Mais n’en déplaise à Nicolas Sarkozy, Ma France de Jean Ferrat  n’a rien à voir avec la France d’Eric Besson. Adieu Camarade pour moi tu resteras toujours associé aux mutins du Potemkine, dont la réplique française fut donnée deux ans plus tard par les soldats du 17ème qui refusèrent de tirer sur les vignerons du midi de la France.

Adieu Camarade, va rejoindre Christine au panthéon des poètes.

Mais il faut bien poursuivre le combat et je vous recommande vivement la lecture du blog de Jean-François Méla en date du 11 mars. Il appuie là où ça fait mal dans la politique universitaire américaine et montre la contradiction entre des déclarations fortes sur la nécessité de développer l’accès aux formations supérieures pour le plus grand nombre et la réalité des coupes budgétaires des Etats de l’Union qui affectent aussi les universités. Il montre cependant que sans être le paradis, les Etats-Unis disposent de systèmes de transparence sans équivalence chez nous. Seul un tiers des étudiants ne perçoit aucune forme de bourse mais peut bénéficier d’avantages fiscaux. Après son élection, Obama avait d’ailleurs proposé de porter en priorité son effort sur les Pell Grants. Pour l’année fiscale en cours, selon le très officiel Committees on appropriations ce pourrait être le cas : « $17.495 billion to maintain the discretionary portion of the maximum Pell Grant award at $4,860, which, combined with a mandatory supplement of $690, will support a $5,550 maximum Pell Grant in fiscal year 2010, an increase of $200 over the 2009 award level. Last year, the Committee led the effort to provide an historic $619 increase in the maximum Pell award, to $5,350. Pell Grants are the foundation of the Federal commitment to ensure access to higher educational opportunities for low- and middle-income students by providing need-based financial assistance that helps them pay for college costs. The bill will provide more than eight million students with financial assistance under the Pell Grant program ». Cependant la grande réforme du financement des étudiants annoncée par Obama pourrait sérieusement tiédir sur l’autel des compromis qu’il sera obligé de faire s’il veut faire adopter sa réforme de l’assurance maladie.

Ce que je retiens des déclarations de Jean François Méla c’est d’abord la nécessité de poser clairement la question du financement des études supérieures.  « Il faut se poser la question des sources de financement de façon plus politique [dit-il]. Qui doit payer pour l’enseignement supérieur ? Si l’on admet que son développement est une priorité pour l’avenir du pays, aussi importante que le fut en son temps le développement de la scolarisation secondaire, la réponse devrait être la quasi-gratuité des universités [comme c’est le cas dans les pays d’Europe du Nord GB]. Mais le financement unique par l’impôt (en fait l’impôt indirect qui représente l’essentiel des recettes fiscales) conduit à une injustice criante, mise en évidence depuis longtemps. Comme la moitié de la jeunesse ne va pas à l’université, on fait payer les études des privilégiés par les exclus. Ceci d’autant plus que les aides fiscales (quotient familial pour enfants étudiants rattachés au foyer fiscal de leurs parents, réduction d’impôt pour enfants poursuivant des études supérieures) équivalent à plus de la moitié des aides sociales directes (bourses et prêts, ALS, APL) et bénéficient surtout aux catégories sociales supérieures. »

Quant à ceux qui préfèrent la politique de l’autruche, ils se font les complices d’un système hypocrite qui tolère l’exception de Dauphine et ferme les yeux sur la privatisation rampante des classes préparatoires et des officines de préparation du concours d’entrée en médecine pour lesquelles les tarifs 2010 sont impressionnants :


Tarifs

Ne voulant pas leur faire de publicité je ne vous ai pas transmis le lien.

Je ne vois pas d’autre alternative que l’exigence d’une autonomie renforcée qui permette à chaque établissement de fixer lui-même ses conditions de sélection tout en signant avec l’Etat des objectifs permettant d’assurer la mixité sociale et intellectuelle et rendant caduques ces officines. Sans une autonomie réelle, totale et maîtrisée, nous n’y arriverons pas.

Paris le 17 mars 2010

3 réflexions sur “ Adieu Camarade ”

  1. Je ne comprend pas le développement des prépas privées en médecine. Quand vous êtes en prépa de grande école à Henri IV ou au Lycée Hoche à Versailles, vous n’avez pas recours à une prépa privée. L’idée ne vous en viendrait pas à l’esprit, puisque votre prépa vous occupe à plus que plein temps. Alors pourquoi les prépas privées prospèrent en médecine ? Parce que la première année organisée par l’université n’est pas à la hauteur ?

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