La fondation Sorbonne Universités est née

La fondation Sorbonne Universités est née

Les conseils d’administration des universités Paris Sorbonne, Panthéon Assas et Pierre et Marie Curie viennent d’adopter les statuts de la fondation de coopération scientifique donnant ainsi la base légale nécessaire pour que le PRES La Sorbonne, dont la création avait été actée par eux l’an dernier, puisse recevoir des subsides de l’Etat. Les statuts prévoient que les trois membres fondateurs initiaux pourront être rejoints par d’autres membres fondateurs et par des membres associés.

Dès que la fondation sera avalisée par les pouvoirs publics, les présidents des trois membres fondateurs initiaux assureront à tour de rôle pendant trois années la présidence de la fondation. A l’issue de ces trois années le conseil d’administration de la fondation élira un nouveau président pour une durée de quatre années. Les déclarations des différents présidents montrent bien que Paris Sorbonne constitue une étape importante dans la renaissance d’une université globale comportant les principales matières académiques : Droit, Humanités, Lettres, Médecine, Sciences économiques, Sciences sociales, Sciences et technologies au cœur du Quartier latin qui accueille les campus principaux des membres fondateurs. Sorbonne Universités est également une entité économique importante : 12 500 équivalant temps pleins en emplois directs, près de 27 000 emplois induits, un milliard et demi d’euro annuels qui contribuent à la richesse de la ville et de la région.

Si l’on considère les coopérations multiples qui existent en formation et en recherche entre les membres fondateurs initiaux et les autres institutions du Quartier latin (ENS, Muséum, Collège de France), on voit bien que le campus Quartier latin est une réalité forte, ce qui n’empêche pas d’être attentif aux autres localisations à Paris (Clignancourt, Malesherbes, Vaugirard, St Antoine, Pitié Salpétrière), en Ile de France (Melun, St Cyr l’Ecole) voire en région (Banyuls, Roscoff et Villefranche).

Ainsi, et comme je l’avais indiqué dès 2007, l’élargissement de l’espace européen d’enseignement et de recherche, la compétition académique internationale et le bon sens indiquent qu’en Ile de France trois regroupements s’imposent dès à présent, au Sud entre Orsay et le Plateau de Saclay, à Paris Centre autour de Paris 5 et Paris 7 et au Quartier latin autour de la Sorbonne, Panthéon Assas et Pierre et Marie Curie. Si l’on regarde comment cette accrétion se réalise dans les faits, on peu considérer d’ores et déjà que la diversification que certains redoutent et que d’autres (dont moi) espèrent est en cours. Diversification par la méthode et diversification par les objectifs.

La méthode d’abord, chacun a bien compris que ce qui se passe au Sud de Paris correspond à une volonté de l’Etat d’accompagner le développement industriel du plateau de Saclay dont on parle depuis plus de quarante ans de façon à ce que la gouvernance ne lui échappe pas. Mais on voit bien aussi que l’affaire n’est pas si simple si l’on considère les rapports entre l’opération de transfert des Ecoles sur le site, la coexistence avec la deuxième université française et la cacophonie concernant les transports au sein du grand Paris ! A Paris Intramuros on est en présence de deux projets radicalement différents, le premier Paris Cité c’est une association de façade pour bénéficier de l’effet d’aubaine du plan campus et, éventuellement du grand emprunt. Mais personne ne croit que cela aboutira à la création d’une grande université omni-disciplinaire. Jeu de dupes ! L’objectif qu’avait affiché le docteur Axel Khan il y a deux années de fusionner Paris 5 et Paris 7 ne semble plus être d’actualité et, avec l’arrivée de nouveaux membres fondateurs, la gouvernance « à la Goulard » avec un conseil d’administration pléthorique risque fort de se transformer en une communauté réduite aux acquêts. Le chemin choisi par Sorbonne Universités n’est certes pas le plus aisé en ce sens qu’il entend préserver dans un premier temps les acquis des compétences élargies et la maîtrise par les fondateurs de leur politique de formation et de recherche : donc, conseil d’administration resserré et présence de personnalités extérieures éminentes. Il s’agit en réalité d’un contrat de fiançailles de longue durée : trois années, mais dont l’objectif final, la refondation d’une université globale au cœur du Quartier latin, commence à être acceptée par tous. Les difficultés rencontrées par la fusion des universités de Strasbourg, alimentent les peurs et les replis corporatistes. Il est donc nécessaire que Sorbonne Universités trace son propre sillon.

Les objectifs ensuite. On voit bien que le gouvernement pousse à la création sur Saclay d’un grand pôle universitaire lié aux technologies lourdes. Cela renforcera indiscutablement le poids de la physique et de l’ingénierie et aussi l’implantation d’industries de sous traitance, mais de là, comme la ministre, à parler de Silicon Valley, si tenté est que ce concept reste encore d’actualité aujourd’hui, il y a encore beaucoup à faire. Souhaitons cependant pour le pays que ce ne soit pas un mirage. Le projet Paris Cité reste modeste, comme ses résultats : avoir détourné la Sorbonne nouvelle de Paris Universitas ! Le projet de Sorbonne Universités, à savoir l’appropriation de la vie universitaire dans toutes ses dimensions (sportive, culturelle, santé, logement étudiant etc.), le renforcement, au sein d’un campus d’excellence, d’une recherche fondamentale de qualité tout en s’ouvrant d’avantage au monde socio-économique. La mixité sociale, la présence en son sein de filières d’élite tout en assurant une mixité intellectuelle chez les étudiants, la dévolution des biens mobiliers et immobiliers (terrains et bâti), la mise en place d’une politique commune pour les investissements, d’une gestion commune du capital financier voilà évidemment un objectif extrêmement ambitieux qui nécessitera une continuité politique par delà les présidents actuels. C’est en ce sens qu’il faudra, le moment venu, adapter la gouvernance pour que l’avenir soit assuré et non remis en cause tous les cinquante ans.

Jussieu le 10 mars 2010

6 réflexions sur “ La fondation Sorbonne Universités est née ”

  1. Bonsoir Monsieur Bereziat,
    Je suis étudiant de Paris 4. Avec l’arrivée de Sorbonne universités, est-ce qu’il y aura un diplôme unique et marqué Sorbonne Université?
    Sincèrement,
    ZC

  2. A l’étape ou nous en sommes, il ne serait pas raisonnable de retirer trois marques réputées pour leurs diplômes. Il est donc probable que dans une période intermédiaire dont la durée n’est pas fixée mais s’étalera probablement sur plusieurs années Sorbonne Universités sera accompagnée, sur les diplômes, de l’appelation correspondant aux disciplines couvertes : Panthéon assas pour le droit et l’économie, Paris Sorbonne pour les humanités et les sciences sociales et UPMC pour les sciences et la médecine. Pour les double diplômes les établissements participant à ceux ci. Pour ce sujet la plus grande prudence est nécessaire.

  3. J’ai l’impression que tout cela n’est pas très clair, et qu’il y a une hésitation entre créer une véritable université pluridisciplinaire La Sorbonne (a plus ou moins long terme), ou simplement en rester au stade de la façade institutionnelle pour faire plaisir aux classements internationaux.

    Je lisais il y a peu que l’ESSEC s’intéressait de prés au PRES et l’article mentionne également l’idée de partenariats de divers degrés entre membres fondateurs et membres associés. Savez-vous comment fonctionne la marque Jeux Olympiques M. Bereziat ? C’est le même principe, les plus gros sponsors sont ceux qui ont le plus de droits en termes d’exploitation de la marque (logo, communication externe et interne…), puis viennent les sponsors de rang 2 avec un peu moins de droits (le logo des Jeux ne peut apparaitre qu’en signature avec une limitation de taille par exemple), ainsi de suite.

    C’est un peu ce qui se profile. Le président de l’UPMC déclarait lui-même que toutes les universités parisiennes étaient légitimes à s’appeler la Sorbonne. Reste à savoir avec quel degré on peut être associé à la Sorbonne. Tout dépendra du partenariat j’imagine.

    Je m’interroge donc moi aussi. La Sorbonne doit elle être un seul et unique établissement au périmètre et à l’identité bien clairs, ou doit elle devenir une sorte de marque ombrelle pour établissements parisiens en mal de reconnaissance internationale ? Tout cela se discute. Historiquement (et depuis la Grande-Bretagne où je réside), la Sorbonne est perçue comme un établissement d’excellence en Lettres, Sciences Humaines et Sociales qui doit être comparée aux vieilles universités européennes comme Oxford. Il semble donc plus simple de se dire que le PRES la Sorbonne doit devenir une seule et même université pluridisciplinaire. Avec, bien entendu, un diplôme commun pour tous les étudiants. Mes amis à Oxford ne se posent pas de questions a ce niveau-la, ils seront diplômés d’Oxford point barre.

    Mais il y a aussi l’option marque ombrelle et le PRES La Sorbonne semble pencher de plus en plus en sa faveur (gardons l’ « identité » de nos établissements semblent crier en cœur les présidents de Paris II, IV, VI). Louis Vogel cite même l’exemple de l’université de Londres, marque ombrelle qui couvre un ensemble d’établissements prestigieux londoniens. Et c’est là une grave erreur a mon avis. L’université de Londres n’est qu’un arrière plan institutionnel ignoré de tous. Les King’s Cross, UCL et autres Imperial College n’ont absolument pas besoin de cela pour briller dans les classements internationaux. Si l’on part du principe que tous les établissements parisiens ont vocation à porter le nom Sorbonne (autrement dit Sorbonne = université de Paris, ce qui est très discutable), on n’arrivera donc absolument pas au même résultat.

    Car qu’est-ce qui fait le prestige et donc la réputation internationale de ces établissements anglais ? Pas de secret : la sélection des étudiants et le cout exorbitant des études. Avec une politique comparable, je suis persuadé que l’UPMC ou Assas n’auraient plus besoin de la marque Sorbonne.

  4. Vous avez en partie raison. La principale motivation des universités Panthéon Assas, Pierre et Marie Curie et Paris Sorbonne pour se confédérer c’est la reconstitution d’une université globale à Paris. Comme ces trois universités sont intenationalement perçues comme leaders en leur domaine, elles n’on pas de querelles mesquines entre ellles mais elles ne doivent pas perdre cette lisibilité internationale pendant la période de montée en puissance. Il faut donc agir tout à la fois avec détermination et habileté. C’est ce qu’elles essayent de faire. Le choix de la Sorbonne comme emblème principal n’est certes pas sans risque (certains trouvent la marque désuète) mais pour le moment il n’y en pa pas de meilleur.

  5. Mais quel est votre définition d' »université globale » et par rapport à qui vous positionnez-vous internationalement ?

    Vous savez je suis sûr que, tout en étant pluridisciplinaires, des universités comme Harvard, Oxford ou Berkeley pour ne citer qu’elles, n’excédent pas 30 000 étudiants.

    La Sorbonne est donc vraiment amenée à devenir un monstre universitaire ??

  6. Oui, mais il faut comparer ce qui est comparable.

    Sorbonne University regroupe les secteurs disciplinaires majeurs de toutes universités au monde : Sciences, Lettres, Humanités, Sciences sociales, Sciences juridiques, Sciences économiques et Médecine. c’est donc bien une université globale.

    En nombre d’étudiants, si l’on exclue les cumulatif avec les classes préparatoires (près de 5000 étudiants) et les étudiants en modules isolés ou en formation continue le nombre total est inférieur à 60 000. Ce n’est donc pas un monstre.

    Si m’on considère le niveau master (16500 étudiants) et le doctorat (7300 étudiants) on se rapproche des grandes universités anglo-saxonnes.

    par contre, le système français ne comportant pas de « colleges » les universités scolarisent la très grande majorité des étudiants post baccalauréats faute de quoi elles sont lourdement sanctionnées par le système de financement. C’est évidemment le cas de SU qui comporte près de 35 000 étudiants en licence.

    GB

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