Paris à la Larrouturou

Plan Paris

C’est en ces termes que le blogueur d’histoires d’université salue le rapport de l’X-Pont du même nom annoncé avec tambours et trompettes par la ministre en campagne. Faire de Paris la plus belle métropole universitaire du monde, un sous-titre ronflant pour un rapport que les trois présidents de Sorbonne Universités ont qualifié de « partial et mal informé qui nie le principe même d’autonomie des universités. Décalé et anachronique, il ne répond pas à leurs attentes et à leurs besoins. Il s’agit en réalité d’oukases, mal argumentés, mal documentés, établis sans concertation ni avec les universités, ni avec les collectivités locales[1] »… Il faut dire qu’en 127 pages on a là la quintessence de tout ce qu’un technocrate de notre république peut produire en 18 mois. Véritable auberge espagnole d’établissements parisiens ou franciliens, à la notable exception du trio susmentionné[2], sans logique rationnelle eût égard à la loi d’autonomie des universités, il rejoindra au rayon des inutilités les nombreux rapports sur l’immobilier universitaire à Paris qui l’ont précédé.

La présidente de l’université Paris 3 se félicitait (Dépêche AEF n°120778 – réservé aux abonnés) que les prémices qu’elle avait consultés et qui confortaient « l’implantation de [son] université sur l’îlot Poliveau, tout proche de Censier […] pourrait constituer une solution idéale ». Prudente elle ajoutait cependant : « J’ai toutefois pleinement conscience que, pour des raisons tenant à l’échec passé[3] d’un projet similaire, l’évocation de cette hypothèse ne peut manquer de susciter des interrogations, voire de l’incrédulité ». Cependant, la présidente ajoutait que, « par rapport à cette situation antérieure, plusieurs éléments ont changé : ce nouveau projet Poliveau est inclus dans un schéma global de restructuration des implantations universitaires parisiennes, au sein duquel l’avenir immobilier de notre université est affirmé comme la priorité parmi les priorités ».

Elle a dû être pleinement rassurée par le courrier que les présidents de Paris 5 et de Paris 7 ont envoyé à leurs ouailles et qui réaffirment les priorités du PRES Paris Cité auquel Paris 3 participe dorénavant : rénovation de la faculté de Pharmacie et de l’institut d’hématologie (Paris 5), construction d’un bâtiment pour une Ecole Polytechnique Universitaire (EPU)  à créer à Paris 7 et Réhabilitation de l’Hôtel de la Meilleraye rue des Saints-Pères (Sciences Po). Pas un mot sur Censier. On aurait pu penser que la priorité eut été de se préoccuper des plus faibles mais hélas les temps sont difficiles aussi pour les grosses banques et ce n’est certes pas pour donner des locaux tampons à Paris 3 que l’Homme de Saint Germain (Dépêche AEF n°127783 – réservé aux abonnés) cherche à faire main basse sur le 15 rue de l’Ecole de Médecine pourtant tout proche de son UFR d’anglais !

On est quand même pas benêts au point de se lamenter sur le « réel besoin en mètres carrés de Paris-Descartes » (Dépêche AEF n°127860 – réservé aux abonnés). Ce ne sont pas les 5 900 m2 occupés par certains services de l’UPMC qui vont permettre de faciliter les opérations de désamiantage de la faculté Necker. Mais puisque l’adjoint au maire de Paris est inquiet à ce sujet, je lui propose de mettre, à titre transitoire, à la disposition de cette université les locaux de l’hôpital Boucicaut qui ont été spécialement équipés en infrastructure pour les physiciens de l’UPMC pendant leur exil de huit années puisqu’ils vont réintégrer Jussieu d’ici la fin de l’année. A moins que le 15ème arrondissement ne soit pas assez tendance pour elle, les fortes pénalités qu’empoche la ville à cause des retards du chantier de Jussieu pourraient utilement y être réinvesties !

Est-ce une coïncidence si l’offensive de Paris 5 sur les Cordeliers, lancée dès 2001 et reprise aujourd’hui, qui vise en réalité non pas 5 900 m2 mais l’ensemble du centre de recherche de l’UPMC (20 000 m2), se produit au moment où l’Assistance publique exerce une forte pression en faveur de l’Ouest parisien ? Le président de l’UPMC fait justement remarquer que « la proposition de Bernard Larrouturou n’a d’autre but que de reconstituer la faculté de médecine de Paris afin d’avoir le monopole en médecine entre Paris-5 et Paris 7. » (Dépêche AEF n°127796 – réservé aux abonnés)

J’ai reçu une volée de bois vert par certains pour avoir dit que la fin de la mission de Bernard Larrouturou était la première bonne nouvelle depuis quelques temps. Je persiste. Nous allons pouvoir maintenant entamer des discussions sérieuses avec l’Etat pour que Sorbonne Universités, sur le campus Quartier latin, prenne toute sa place dans le concert des universités mondiales. J’y reviendrais prochainement. Je renvoie mes censeurs à Guy Béart et leur suggère le calme apaisant de la ballade en sol mineur opus 23 de Chopin qui sera jouée en Sorbonne le 18 mars à l’occasion du centième anniversaire de sa naissance. Frédéric Chopin, de père français venu à Paris à vingt ans puis ensuite pour y mourir à trente neuf ans, presque vingt ans avant la naissance à Varsovie d’une certaine Maria Skłodowska qui devint Marie Curie. Lui au Père Lachaise, elle au Panthéon. Deux icones du nouveau PRES.

[1] Le vice président de la région a déclaré à l’AEF « Bernard Larrouturou n’est pas venu me voir une seule fois depuis le mois d’octobre 2009, date de son rapport d’étape, qui prévoyait d’ouvrir des concertations avec les collectivités territoriales à propos de l’immobilier universitaire parisien » Dépêche n°127808 Paris, Lundi 22 février 2010.

[2] Les présidents de PRES Sorbonne Universitas assurent que Bernard Larrouturou « a rompu tout contact » avec leur groupement depuis qu’ils ont souhaité « ne pas constituer d’EPCS » et lui ont fait remarquer « que les affectations de bâtiments qu’il avait proposées étaient irréalistes parce que faites sans concertation avec les propriétaires.»

[3] Cette opération avait été prévue à l’avant-dernier plan Etat-Région mais annulée au plan suivant.

4 réflexions sur “ Paris à la Larrouturou ”

  1. Donc c’est Sorbonne Universités maintenant ? Apres Paris Sorbonne, Panthéon Sorbonne et Sorbonne Nouvelle voici Sorbonne Universités.

    Aura-t-on aussi droit à UPMC – Sorbonne Universités ou Assas – Sorbonne Universités ?

    Ca serait encore plus clair…

  2. Pour construire sur l’Îlot Poliveau, il faut d’abord le désamianter, c’est dire 20 à 30 bâtiments,
    avant de les démolir. L’opération coûtera plus cher qu’un désamiantage du Centre Censier.

    L’Etat, en faillite, devrait construire un immeuble de 50 mètres de large environ sur 200 mètres de long, et de 6 étages. Une autre Sorbonne,
    d’ici 10 ou 20 ans !!!

    Une nouvelle cage à lapins, suivant la cage à poisons ?

    Amusez-vous, mes frères : l’Etat se prend à ses propres pièges : mentir, casser, salir, tricher. Et tuer, l’air de rien.

    Pendant ce temps, des gens crèvent à Censier depuis 15 ans : (mort de Mme Jacqueline Suzzoni d’un cancer de la plèvre en avril 1995.)

    Voir le site :

    Michel Langinieux

  3. C’est bien pourquoi, lorsque j’étais président de l’université Pierre et Marie Curie, j’avais proposé que lorsque le désamientage de Jussieu serait terminé, l’UPMC accueille sur 30 000 m2 les enseignement de langue de la Sorbonne nouvelle. En contrepartie, je souhaitais que les étudiants de l’UPMC puissent bénéficier de l’enseignement des langues (en particulier l’anglais). Mais voilà, d’une part les universitaires de cette université se sont montrés réservés sur ce dernier point et d’autre part, son ancien président, au lieu de s’en tenir à cette proposition et de s’entendre avec l’UPMC a tenté, en agissant directement aux cabinets de Fillon et de Villepin, de désaisir l’UPMC des droits du propriétaire pour nous imposer d’autres choses. Il ne pouvait dès lors que rencontrer l’opposition de mon successeur et de toute la communauté universitaire. La nouvelle présidente quant à elle jugeant que les bleus de Matignon étaient parole bilblique a poursuivi dans cette direction et a quitté Paris Universitas pour se réfugier dans les bras du germanopratin. Qui se ressemble s’asemble ! J’ai bien peur pour les étudiants de Sorbonne Nouvelle qu’elle ait ainsi réitéré l’histoire du droit d’ainesse. Mais après tout, on a les présidents (es) que l’on mérite.

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