Pas de réformette isolée de l’enseignement primaire svp

« Notre système éducatif est un de ceux en Europe dans lequel l’origine sociale pèse le plus sur les résultats scolaires » Fabienne Bruguère et Camille Peugny[1].

Nul ne peut aujourd’hui l’ignorer, notre enseignement primaire n’est plus adéquat et le collège unique n’est pas une réussite. L’investissement n’est massif sur les lycées, qu’en raison du fait que les classes préparatoires sont scandaleusement sur-dotées.

Depuis que le parti socialiste et l’UMP se sont remis en campagne, il ne fait pas de doute que l’éducation sera au cœur de la prochaine présidentielle. L’UMP qui, ne l’oublions pas, est à la barre depuis dix années va s’efforcer de maintenir l’essentiel du système ségrégationniste en place en proposant des aménagements homéopathiques du primaire public tout en y poursuivant l’expansion du secteur privé et en refusant de rendre obligatoire les classes maternelles dès l’âge de deux ans. Le parti socialiste a quant à lui annoncé des réformes profondes mais sans faire de propositions concrètes pour lutter contre le processus de ségrégation sociale et culturelle à l’œuvre dès le collège, puis au lycée et à l’entrée des études supérieures. La gauche de la gauche, sur ce sujet, n’a en réalité aucune proposition vraiment révolutionnaire.

Des voix s’élèvent ici ou là ces derniers temps pour remettre en question le système de notation en vigueur dans la plupart des écoles primaires (certaines s’en sont affranchies). Mais bien rares sont ceux qui remettent en question la maladie française de considérer la docimologie comme le nec plus ultra de l’évaluation des progrès scolaires et universitaires. Rien ne changera pourtant vraiment dans l’enseignement primaire et secondaire tant que la Nation refusera de questionner le mode de constitution de ce que la vulgate appelle ses élites. En effet, dès lors que le recrutement des cadres moyens et supérieurs du public comme du privé restera conditionné par des systèmes étroitement corporatistes, on aura le triste privilège Continuer la lecture

Un Cabinet de combat

Le pouvoir avait laissé entendre qu’il formerait une équipe resserrée. Lorsque que François Fillon[1] démissionne le 13 novembre le gouvernement comporte 20 ministres dont 17 de plein exercice. Le nouveau gouvernement présenté par Claude Guéant comporte 22 ministres dont 15 de plein exercice. Le resserrement, tout relatif en nombre l’est idéologiquement. Le numéro deux du gouvernement sera Alain Juppé[2] à la Défense et non pas Jean-Louis Borloo à l’Environnement. Environnement qui rétrograde à la 4ème place avec Nathalie Kosciusko-Morizet[3] fille de gaulliste historique amputée de l’énergie, de la mer, des technologies renouvelables et des négociations sur le climat mais affublée du transport et du logement. L’inoxydable Alliot-Marie[4], chiraquienne historique reste à la 3ème place en prenant les Affaires étrangères. Certes le pâle Michel Mercier[5] arrive en 5ème place à la chancellerie, sans doute pour calmer la gens de la justice et du droit. Puis on trouve dans l’ordre Brice Hortefeux[6], et Xavier Bertrand[7], sarkozistes de choc, qui encadrent Christine Lagarde[8] (laquelle perd deux places).

Nicolas se débarrasse de plusieurs dossiers gênants, exit du ministère de l’immigration et de l’identité nationale, Hortefeux le Neuilléen fera l’affaire. Eric Besson est renvoyé à l’industrie rétrogradé au rang de ministre délégué auprès de Christine Lagarde où il remplacera le champion de moto gaffeur. Exit la Jeunesse et les Solidarités actives et Marc-Philippe Daubresse que Jean-François Copé draguera à la direction de l’UMP ! Parmi les promus on compte Maurice Leroy, ancien communiste recyclé par Pasqua en pseudo-centriste sera ministre de la Ville, mais sans le logement et les transports. On verra si ses classes au parti communiste le rendent populaires dans les banlieues, d’autres avant lui s’y sont cassés les dents. Patrick Ollier le prince consort de la dame des affaires étrangères sera chargé de réparer les bévues de de Raincourt dans les relations avec le parlement et ce dernier s’occupera de la Françafrique, c’est moins risqué. Autres promus, Laurent Wauquier, il fallait bien un normalien, Nadine Morano il fallait bien une franchouillarde et Chantal Jouanno il fallait bien une sportive.

C’est au niveau des secrétaires d’Etat que les coupes franches sont apparues, exit le nouveau centre, les borloophyles et les raffarinophyles : exit, Hervé Morin,  Dominique Bussereau, Valérie Létard, Hervé Novelli, Alain Marleix, Hubert Falco, Anne Marie Idrac. Exit aussi la diversité, exit la beurette et la bobo sénégalaise, exit le pseudo-socialiste mulhousien. Neuf postes sont ainsi dégagés. Outre les promus, quatre secrétaires d’Etat ayant fait allégeance Continuer la lecture

Remaniement ou reniement ?

Il y a cinquante ans, le 4 novembre, le général De Gaulle annonçait la tenue du référendum d’autodétermination sur l’Algérie qu’il avait envisagé dans sa célèbre allocution du 16 septembre de l’année précédente. Il eut lieu le 1er juillet 1962, son résultat fut sans appel, c’était la fin de l’Algérie Française. Ce fut également la fin du ministère Debré, sortie honorable pour un défenseur de l’Algérie française qui refusait de se renier.

Le 8 novembre suivant, les américains élisaient par 49,7% des voix contre 49,5% John Fitzgerald Kennedy, le plus jeune président qu’ils aient jamais eu. Deux jours plus tard, se réunissait une conférence au sommet à Moscou des dirigeants communistes de 81 partis dans le monde pour approuver les thèses de Nikita Khrouchtchev sur la coexistence pacifique. Dans les deux cas une politique nouvelle se dessine.

Quel contraste saisissant aujourd’hui. Fillon ou Borloo,  Guéant ou Hortefeux, quelles alternatives enthousiasmantes pour l’hyperprésident ! Chaussettes balladuriennes[1] ou breuvage canari[2], contrôle des médias ou chasse aux Roms.  Mais tous les quatre sont en accord pour justifier une politique en accordéon. Crise oblige. Peu importe finalement puisque nous vivons à l’heure des hauts fonctionnaires dont l’obéissance au chef de l’Etat est toute relative. Il n’y a guère que sous Pétain que l’on a connu un tel pouvoir de la noblesse d’Etat[3]. En ce sens, la création de l’Ecole Nationale d’Administration et la nationalisation de l’Ecole des Sciences Politiques à la libération, en contradiction avec ce que réclamait Marc Bloch, ne furent que les prémices des désordres actuels.

On fêtera le 24 novembre prochain, la création de l’Ouvroir de littérature potentielle (Oulipo), groupe international de poètes et de mathématiciens se définissant comme des « rats qui construisent eux-mêmes le labyrinthe dont ils se proposent de sortir ». Il fut fondé par Raymond Queneau et le mathématicien François Le Lionnais, pères fondateurs des présents Oulipotes. Georges Perec, que j’ai croisé au CHU St Antoine de l’université Pierre et Marie Curie dans les années soixante dix alors qu’il œuvrait au sein du laboratoire de neurophysiologie, en a été un membre illustre qui a donné son nom à une rue du 20ème arrondissement, un timbre poste et un astéroïde. Georges Perec, qui n’a pu malgré de nombreuses analyses faire son deuil ni de son père mort pour la France en 1939 ni de sa mère morte à Auschwitz quatre ans plus tard, était tout de dérision et pas seulement sur la vie universitaire. Il réussit même à faire publier un article mémorable sur l’organisation tomatotopique de la cantatrice soprano dans Journal of International Medicine au cours des années quatre-vingt.

Ah ces années soixante, qui furent celles de mes études supérieures, comme elles ont été folles. Continuer la lecture

Le chemin de Damas

« Devenir médecin : une affaire d’argent. » selon la dernière livraison du Nouvel Observateur[1]. Quelle belle découverte ! Cette dérive est devenue patente depuis une dizaine d’années. Fraichement élu président de l’UPMC, début 2001, j’avais alerté de cette situation Jack Lang, alors ministre de l’éducation. Mon courrier était resté sans réponse. Dans mon article du 23 décembre 2008,  j’avais interpellé à ce sujet Valérie Pécresse et publié les tarifs des officines privées de la région Parisienne (de 6 000 à 8 000 €). Nous savions déjà que l’immense majorité des étudiants inscrits en première année de médecine les fréquentaient. J’avais des témoignages précis de familles très modestes qui s’endettaient pour cela. J’avais à également signalé à la ministre cette situation et proposé une réforme audacieuse en s’appuyant sur la toute nouvelle autonomie des universités. Ce courrier est lui aussi resté sans réponse.

Le président de l’université Paris Descartes, première université médicale française, dénonce le concours d’entrée en médecine dans le même numéro : « ce concours placé en fin de première année de médecine est un désastre pédagogique […] il a été proposé de repousser de deux ans la sélection et d’organiser les trois premières années sous forme d’une licence beaucoup plus généraliste[2] […] Mais les lobbys professionnels ont fait barrage. Pourtant il faudrait en finir avec le régime d’exception des études médicales. »  Cette déclaration est une bonne nouvelle mais elle vient un peu tard. Si je ne m’abuse, Axel Kahn, qui est l’un des animateurs de la conférence des présidents d’universités, ne s’est pas manifesté l’année dernière lorsque je dénonçais dans mon article Un cautère sur une jambe de bois les insuffisances et les incohérences de la nouvelle organisation de la première année des études en santé qui vient d’entrer en application.

Très justement, Axel Kahn dénonce un concours « organisé comme celui d’une classe préparatoire et qui prête le flanc aux mêmes critiques ». En ce sens il rejoint le combat inlassable que je mène contre les classes préparatoires et le Nouvel Observateur serait bien inspiré de réaliser aussi une enquête sur ce système qui alimente également de nombreuses officines privées fort lucratives et dont j’ai dernièrement dénoncé le caractère hautement ségrégatif. Mais sans doute ne le fera-t-il pas, pour ne pas perdre le lectorat de la caste des agrégés qui se repaît des « colles » et autres cours particuliers. Pourtant le mal est là : Continuer la lecture

Le naïf du plateau des mille vaches

On a connu Pierre Veltz[1] plus inspiré. Il se lamente dans une interview à l’AEF[2] sur le fait que le monde universitaire français ait perdu le côté festif, associatif, créatif, mais aussi intellectuel et culturel qui ne serait résiduel « que dans les  grandes écoles qui vivent en petits mondes fermés ». Avec un romantisme à vous couper le souffle, il décrit ce qu’à ses yeux devrait être le campus de Saclay : « un campus qui ressemble à un campus. C’est-à-dire qui permette une vie de campus. Nous allons réhabiliter la marche à pieds à Saclay ! Sur le plan spatial, il faut donc regrouper les acteurs, combattre la dispersion et l’étalement ».

Réhabiliter la marche à pieds à Saclay ? Pourquoi pas, mais il faudrait savoir de quoi on parle exactement et qui est concerné. Si on jette un coup d’œil sur le projet de cluster scientifique et technologique pour le plateau de Saclay tel qu’il est présenté par le secrétariat d’état chargé de la région capitale on ne peut qu’être consterné :

Alors que tous les indicateurs internationaux reposant sur les activités de recherche désignent l’université Paris Sud comme la seconde université française après l’UPMC, celle-ci n’apparait pas comme étant au cœur du dispositif mais au contraire comme un élément marginal. On voit bien que sur ce cluster existent deux zones distinctes sur un espace qui excède 10 000 hectares. Et si l’on considère le fameux triangle sud auquel Pierre Veltz se réfère, dont le sommet est au nord à Jouy-en-Josas et la base constituée par une ligne allant de Gif-sur-Yvette à la gare TGV de Massy-Palaiseau en passant par la faculté des sciences d’Orsay, soit près de  4 000 hectares, il vaudrait mieux compter sur un robuste système de transport propre au campus que sur la marche à pieds où sur le réseau de bus en site propre prévu qui évite d’ailleurs soigneusement le site principal de l’université pour ne considérer que les éléments nobles que sont l’école polytechnique, le CEA et HEC et quelques laboratoires sélectionnés de l’université. Ce simple rappel des faits montre qui commande en l’occurrence, et la présidence de l’université Paris-sud, totalement discréditée chez les collègues universitaires, Continuer la lecture