Une hirondelle ne fait pas le printemps – One swallow does not a summer make.

Les résultats de la session 2010 du nouveau processus d’admission post baccalauréat a fait saliver le politburo de la conférence des présidents d’universités . Devant la  progression des vœux d’inscription en licence (+28%) et du recul des classes préparatoires dans les premiers vœux des bacheliers de l’année 2010 (-5%), elle déclare en effet :

« En ces temps de crise financière et de doute, l’effort accompli par les universités pour améliorer l’encadrement en licence et accueillir les étudiants dans leur diversité, des plus brillants aux plus en difficulté, commence à porter ses fruits ».

Mais l’examen des chiffres montre que cette tendance est extrêmement faible et qu’elle n’est pas à la mesure des enjeux. En effet, sur les quelques 650 000 élèves qui ont fait connaître leur choix cette année, le réveil pour les licences scientifiques et technologiques universitaires reste maigre. Alors que 223 780 élèves souhaitent faire un BTS, 118 968 entrer en IUT et 57 359 intégrer une classe préparatoire, ils ne sont que 20 588 à choisir une licence de sciences et technologie. Sur les 57 359 qui choisissent les classes préparatoires, ils ne seront guère plus de 6 000 à intégrer des établissements que l’on peut raisonnablement classer dans la catégorie des grandes écoles. La plupart d’entre eux seront condamnée à un moment où à un autre de rejoindre le cursus universitaire mal préparés à se confronter aux véritables défis de la recherche et de l’innovation. Et avec ses modestes moyens l’université devra faire avec.

Mais une hirondelle ne fait pas le printemps. L’évolution du dualisme français en matière de formation supérieure est inquiétante. L’enquête réalisée cette année par la revue « L’Etudiant » et qui a concerné 321 établissements disposants de classes préparatoires dont 80 établissements privés permet d’en faire le constat. Cette étude a concerné les années 2005 à 2009 ¹. Trois groupes de classes ont été considérées : Les classes préparatoires scientifiques, les classes préparatoires commerciales et les classes préparatoires littéraires. Les données indiquent les taux d’intégrations dans les 35 meilleures écoles (les vraies grandes écoles). Parmi les 30 654 (en progression de 6,2%) candidats recensés, 6 090 ont été admis. Dix-huit établissements trustent la moitié des admis alors que 80 n’en ont aucun.

L’intégration dans 27 écoles a été retenue pour ce qui concerne les classes préparatoires scientifiques (229 établissements dont 53 privés)² . En 2009, 21 450 élèves se sont présentés au concours d’entrée à ces écoles, 3 734 soit 18% on été reçus (en 2005, 3 502 sur 20 240 et 18,8%) mais les 15 premiers lycées (sur 229) y placent 53,6% des reçus alors que cinq ans auparavant elles n’en plaçaient que 45,5% En outre, 5 de ces lycées sont de Paris intra-muros, et 5 de la proche banlieue .

Les dix premiers établissements pour les classes préparatoires scientifiques

Pour les classes préparatoires commerciales Continuer la lecture

Ave maria

ave maria

La fête de l’Assomption est probablement née à Jérusalem au 4ème siècle. Peut être lors de la consécration d’une église dédiée à Marie située entre Nazareth et Bethléem, plus vraisemblablement lors de la consécration d’une autre église à Gethsémani deux siècles plus tard.

égliseLa fête fut étendue à tout l’Empire romain par l’empereur Maurice sous le nom de « Dormition de la Vierge Marie ». Grégoire de Tours est le premier à en parler en France, à la fin du VIe  siècle. A partir de cette date, l’Eglise fera de Marie un produit d’appel. L’Assomption fut toujours célébrée le 15 août et sera instituée fête nationale par le roi Louis XIII jusqu’à la Révolution française. Comme on n’est jamais si bien servi que par soi-même, le 19 février 1806, Napoléon en fera la Saint Napoléon en l’honneur de sa naissance le 15 août 1769 à Ajaccio. Mais par le même décret elle redeviendra la fête de l’Assomption et deux ans plus tard, le 15 août 1808, il décrètera que les écoles doivent désormais suivre les « principes de l’Église catholique » et confie aux Frères des écoles chrétiennes l’enseignement primaire et la formation des instituteurs. C’est la République restaurée qui en fera un jour férié. Ca ne coûtait pas grand-chose puisqu’à la mi-août, « les noisettes ont le ventre roux »  et que « la vierge du mois d’août, arrange tout ou défait tout ».

Contrairement aux croyances populaires, le 15 août n’a rien à voir avec la conceptrice de Jésus de Nazareth. Dans la vision étriquée des chrétiens du moyen âge, la mère de Jésus ne pouvait être que vierge lors de sa conception. Ce sont les évangiles qui expliquent comment : l’ange Gabriel annonça à une jeune vierge juive dans qu’elles conditions elle allait accueillir un Tanguy . La question de foi repose donc sur la possibilité qu’un « Intelligent Design » ait pu provoquer la fécondation d’un ovule marial (il n’y a guère que quelques attardés du bas middle ouest qui croient encore à cette histoire de côte d’Adam). Mais malheureusement, pour les intégristes chrétiens de toute obédience, nous savons aujourd’hui que c’est l’ovule qui choisit son spermatozoïde et pas l’inverse. Sans compter qu’il est quasiment acquis que ce pieux sanctuaire, ce vase d’élection, ait probablement par la suite accueilli d’autres semences . La virginité perpétuelle de Marie qu’affirment les Eglises catholique et orthodoxe serait donc un leurre. A moins que cette virginité ne soit qu’un concept ésotérique de plus. Continuer la lecture

LRU 3ème anniversaire.

aghion pécresse

Décidément cette année est riche en commémorations. Pour le troisième anniversaire de la loi LRU, la CPU joue les vierges effarouchées face aux propositions de Valérie Pécresse sur les primes des présidents d’universités et l’expert Aghion enfonce des portes ouvertes .

La querelle déclenchée par le blogueur Dubois à propos des primes des présidents d’université  fleure bon un certain populisme. Malgré l’estime que je lui porte pour ses tirs tous azimuts sur les incohérences de la mise en musique de la politique universitaire, je ne peux le suivre sur un terrain où il se trompe de cible. La manière dont la ministre traite le problème de la rémunération des fonctions de président d’université est inadéquate [¹] . Cette affaire est d’ailleurs encore plus mal gérée par la CPU (voir :  222 LC à V Pécresse.06.07.2010) . Certes, l’interventionnisme de la ministre qui s’érige en juge de paix de la manière de servir des présidents est une insulte à l’autonomie des universités et à leurs conseils d’administration, mais là ne réside pas le principal problème.

Les responsabilités des présidents sont importantes (d’ailleurs la procédure expéditive que vient de subir le président de l’université de Toulon, procédure qui n’a pas ému grand monde, montre bien la fragilité de leur statut ) et il n’y a rien de choquant à considérer qu’ils doivent être payés en conséquence. Par contre il y a quelque chose d’éminemment choquant que certains d’entre eux soient moins bien payés que le secrétaire général ou l’agent comptable de l’établissement qu’ils dirigent. Mais la plus grande anomalie réside dans le fait qu’ils ne soient pas payés pour les fonctions qu’ils occupent mais pour des fonctions qu’ils occupaient avant leur désignation comme président d’université. C’est ainsi, par exemple qu’un hospitalo-universitaire conserve ses émoluments hospitaliers alors que dans les grandes universités intensives en recherche, il ne peut plus en assumer les tâches correspondantes sauf à remplir imparfaitement ses fonctions à l’université. En outre Chacun voit bien que la charge de travail et les responsabilités afférentes ne sont pas les mêmes selon les universités.

Dès lors je milite pour que la fonction de président d’université, qui s’apparente plus à celle d’un PDG qu’à celle d’un président de conseil d’administration, soit rémunérée comme telle. Continuer la lecture