On ne peut attendre deux ans !

Valérie Pécresse et Nicolas Sarkozy

Une défaite électorale, ou une victoire, selon le côté où l’on se situe, c’est comme un bon cocktail, il convient d’attendre que le shaker ait fait son œuvre pour les déguster. Une semaine après le mini-tsunami des régionales on peut maintenant s’y coller. A droite on réclame la pause et le retour aux bonnes vieilles habitudes chiraquiennes « wait and see ». A gauche c’est encore plus compliqué car on se demande bien comment pourra naître une politique industrielle et économique crédible avec l’attelage vert/rose sous la surveillance tatillonne du roc immuable du front de gauche (encore que pour le parti communiste on ne puisse plus parler de naufrage mais d’apoptose[1] masquée il est vrai par l’élection de Dominique Bucchini à la présidence de l’assemblée régionale de Corse). Deux ans d’attente pour savoir à quelle sauce le pays sera gouverné alors que la tempête gronde ?

Les universités françaises, elles, ne peuvent pas attendre deux années pour plonger dans l’inconnu. La présence de l’égérie de Sauvons la recherche sur la liste de Jean-Paul Huchon en Ile-de-France et la présence de l’ancien président de Sauvons la recherche dans le staff de Martine Aubry ne présagent rien de bon en l’absence de toute proposition des Verts pour assurer que l’indispensable autonomie des universités restera au cœur du débat. Dans ces conditions, pourquoi Valérie Pécresse a-t-elle échoué à déloger Jean-Paul Huchon dont le moins que l’on puisse dire est que les universités ne constituent pas sa tasse de thé ? Continuer la lecture

Tout va très bien madame la marquise

Martine Aubry

Ce week-end a été marqué par trois succès retentissants, la victoire du coq Gaulois sur la Rose d’outre-manche, la victoire de la gauche gauloise sur la droite versaillaise et la victoire de Barack Obama sur l’épineux dossier de l’assurance maladie.

Tout va très bien madame la marquise, c’est à peu près ce que disait l’Elysée le lendemain du premier tour des élections régionales. Et c’est à peu près le même refrain que nous avons entendu des leaders socialistes au soir du second tour. C’est d’ailleurs ce qui se disait en Union Soviétique à la veille de la pérestroïka. Tout va très bien pour les socialistes ? A voir ! Car, comme le rappelle Marie-Anne Raft sur son blog citoyen Arx tarpeia Capitoli proxima. Et le souvenir du triomphe de 2004, de la cacophonie européenne de 2005 et du vide sidéral des propositions de la gauche dans les deux années qui suivirent n’est pas pour nous rassurer. Chacun sent bien que le résultat des élections régionales n’est pas uniquement la reconnaissance par le corps électoral d’une bonne gestion des régions. Mais il n’exprime pas non plus le désir du retour aux années Jospin. Il est essentiellement le reflet d’une forte inquiétude sur l’avenir. Daniel Cohn-Bendit n’a pas eu tort de remarquer, lors de la soirée post électorale de dimanche, que les difficultés commençaient. Le trio des égéries régionales pour sympathique qu’il soit ne constitue pas un programme crédible, sans compter avec les multiples sous chapelles du PS, des Ecologistes et du front de gauche. Pour l’instant on en est encore au programme des nonistes.

Côté cour ce n’est pas mieux. L’hôte de l’Elysée est bien seul quand il réclame (avec l’approbation tacite de la CGT) la définition d’une politique industrielle. Une telle politique se heurte d’une part aux exigences contradictoires de la réduction drastique des déficits et d’une politique industrielle nécessairement basée sur l’innovation. Mais comment peut-on justifier une politique plus austère pour la fonction publique afin de réduire les déficits si dans le même temps on ne touche pas aux avantages acquis des niches fiscales et des nantis arc-boutés sur leurs boucliers fiscaux ? Il ne faut pas compter Continuer la lecture

Adieu Camarade

Jean Ferrat

Sale année !

Après Willy Ronis en septembre, voici qu’un autre artiste issu des milieux populaires disparait. L’un et l’autre étaient à la fois profondément humanistes et viscéralement attachés à la vraie gauche, l’un comme l’autre furent ce qu’il est convenu d’appeler des compagnons de route du Parti. Contrairement à d’autres, ils ont toujours refusé de jeter le bébé avec l’eau du bain lorsqu’ils ont marqué de la distance à son égard. Il s’est trouvé un commentateur à France Inter pour trouver que Jean Ferrat s’était trompé sur le Vietnam et Cuba ! Trompé à l’époque où les USA déversaient sur le Vietnam et le Cambodge un tonnage de bombes supérieur à tout ce qui avait été déversé pendant la deuxième guerre mondiale sur tous les théâtres d’opération ? Trompé alors que La Havane était devenue le lupanar de la mafia Nord Américaine ? Solidaire des révolutionnaires vietnamiens et cubains certes, mais pas comptable des erreurs de leurs dirigeants. Bien peu nombreux furent les journalistes français qui rapportèrent la vérité sur le moine soldat qui ordonna le bombardement de Haïphong où qui dénoncèrent les assassins de Maurice Audin dont certains sont encore en vie  protégés par l’Etat Français !

Jamais la droite et les médias n’aiment autant les hommes et les femmes de la vraie gauche que lorsqu’ils sont morts. Michel Drucker, le grand Pontife de ce genre d’enterrements, s’est bien gardé de rappeler dimanche dernier qu’à son émission de 1980 Jean Ferrat, après avoir chanté le bilan, avait aussi averti que ceux qui comptaient sur lui pour faire de l’anticommunisme seraient fort déçus. Jean Ferrat qui avait été, avec Juliette Gréco, l’emblème de l’union de la gauche ne faisait d’ailleurs que rendre public ce que bon nombre de communistes pensaient sur le comportement de la direction du PCF et plus généralement sur l’Union Soviétique. Mais n’en déplaise à Nicolas Sarkozy, Continuer la lecture

La fondation Sorbonne Universités est née

La fondation Sorbonne Universités est née

Les conseils d’administration des universités Paris Sorbonne, Panthéon Assas et Pierre et Marie Curie viennent d’adopter les statuts de la fondation de coopération scientifique donnant ainsi la base légale nécessaire pour que le PRES La Sorbonne, dont la création avait été actée par eux l’an dernier, puisse recevoir des subsides de l’Etat. Les statuts prévoient que les trois membres fondateurs initiaux pourront être rejoints par d’autres membres fondateurs et par des membres associés.

Dès que la fondation sera avalisée par les pouvoirs publics, les présidents des trois membres fondateurs initiaux assureront à tour de rôle pendant trois années la présidence de la fondation. A l’issue de ces trois années le conseil d’administration de la fondation élira un nouveau président pour une durée de quatre années. Les déclarations des différents présidents montrent bien que Paris Sorbonne constitue une étape importante dans la renaissance d’une université globale comportant les principales matières académiques : Droit, Humanités, Lettres, Médecine, Sciences économiques, Sciences sociales, Sciences et technologies au cœur du Quartier latin qui accueille les campus principaux des membres fondateurs. Sorbonne Universités est également une entité économique importante : 12 500 équivalant temps pleins en emplois directs, près de 27 000 emplois induits, un milliard et demi d’euro annuels qui contribuent à la richesse de la ville et de la région.

Si l’on considère les coopérations multiples qui existent en formation et en recherche entre les membres fondateurs initiaux et les autres institutions du Quartier latin (ENS, Muséum, Collège de France), on voit bien que le campus Quartier latin est une réalité forte, Continuer la lecture

Paris à la Larrouturou

Plan Paris

C’est en ces termes que le blogueur d’histoires d’université salue le rapport de l’X-Pont du même nom annoncé avec tambours et trompettes par la ministre en campagne. Faire de Paris la plus belle métropole universitaire du monde, un sous-titre ronflant pour un rapport que les trois présidents de Sorbonne Universités ont qualifié de « partial et mal informé qui nie le principe même d’autonomie des universités. Décalé et anachronique, il ne répond pas à leurs attentes et à leurs besoins. Il s’agit en réalité d’oukases, mal argumentés, mal documentés, établis sans concertation ni avec les universités, ni avec les collectivités locales[1] »… Il faut dire qu’en 127 pages on a là la quintessence de tout ce qu’un technocrate de notre république peut produire en 18 mois. Véritable auberge espagnole d’établissements parisiens ou franciliens, à la notable exception du trio susmentionné[2], sans logique rationnelle eût égard à la loi d’autonomie des universités, il rejoindra au rayon des inutilités les nombreux rapports sur l’immobilier universitaire à Paris qui l’ont précédé.

La présidente de l’université Paris 3 se félicitait (Dépêche AEF n°120778 – réservé aux abonnés) que les prémices qu’elle avait consultés et qui confortaient « l’implantation de [son] université sur l’îlot Poliveau, tout proche de Censier […] pourrait constituer une solution idéale ». Prudente elle ajoutait cependant : « J’ai toutefois pleinement conscience que, pour des raisons tenant à l’échec passé[3] d’un projet similaire, l’évocation de cette hypothèse ne peut manquer de susciter des interrogations, voire de l’incrédulité ». Cependant, la présidente ajoutait que, « par rapport à cette situation antérieure, plusieurs éléments ont changé : ce nouveau projet Poliveau est inclus dans un schéma global de restructuration des implantations universitaires parisiennes, au sein duquel l’avenir immobilier de notre université est affirmé comme la priorité parmi les priorités ».

Elle a dû être pleinement rassurée par le courrier que les présidents de Paris 5 et de Paris 7 ont envoyé à leurs ouailles et qui réaffirment les priorités du PRES Paris Cité auquel Paris 3 participe dorénavant Continuer la lecture