Retraites, chômage et égalité des chances !

Retraites, chômage et égalité des chances !

S’insurgeant, sur le blog gaulliste libre, contre mes déclarations sur le chat du journal « Le Monde », un certain Laurent Pinsolle 34 ans de formation commerciale et, dit-il, passionné par la politique et l’économie depuis une vingtaine d’années m’accuse de défendre le modèle Etatsunien. Accusation relayée par Marianne 2. Le fait de constater qu’actuellement, c’est la nation qui s’endette pour payer les études des riches… Que l’on n’est absolument pas dans le système américain, pour une raison très simple, c’est que le système universitaire américain est une organisation en pyramide avec une base très large, community colleges de deux ans et colleges de quatre ans. Qu’en France c’est à partir de l’enseignement secondaire que se fait la sélection vers les formations les plus longues (je devrais dire la ségrégation) et qu’elle est réalisée avant le baccalauréat n’est pas franchement un scoop. Donc je persiste à dire que quelles que soient les tares du système américain, il est moins inégalitaire que le nôtre.

Le débat sur l’organisation scolaire s’est focalisé sur l’égalité des chances. Un chantre des classes préparatoires, lui-même enseignant en prépa au lycée Saint-Louis à Paris tente également dans un blog de défendre l’indéfendable. Il réfute, contre les faits, que les financements des classes prépa soient excessifs par rapport à leur rendement en terme de succès. Il oublie deux choses ; d’une part que la sélection en amont effectuée par les proviseurs des lycées possédant des classes préparatoires dès le mois de janvier rabat vers celles-ci la majorité des meilleurs élèves des sections S ; d’autre part que la myriade des écoles, qui pour la plupart n’ont de grand que le nom dont elles s’affublent, permet d’offrir une porte de sortie masquant ainsi les échecs : « on croit entrer à Polytechnique, on se retrouve à Pont-à-Mousson » ; enfin que le retour à l’université pour un « taupin » n’est pas considéré comme un échec par les statistiques ministérielles alors que c’en est bel et bien un. Dans ce blog il affirme : « les classes préparatoires, par leur fort contenu pluridisciplinaire, contribuent aujourd’hui de plus en plus à combler les lacunes culturelles et linguistiques que les différentes réformes du secondaire ont contribué à produire. Alors, faut-il faire disparaître ce qui contribue, pour une minorité certes, à remédier à une crise ou s’en inspirer pour la majorité ? ». Une à deux heures de français ou de philosophie par semaine dans les classes prépa scientifiques, c’est cela le fort contenu pluridisciplinaire ? Il prévient que si un éventuel rapprochement des classes préparatoires et des universités avait lieu comme certains le souhaitent : « il faudrait veiller à ce qu’il ne s’apparente pas à une simple annexion, voire pis, à une dilution des « prépas » dans les universités ». Et sans état d’âme prétend que « c‘est bien le modèle des « prépas » qui pourrait sauver aujourd’hui le premier cycle universitaire et non l’inverse ».

Mais François Dubet nous ramène à la réalité, Continuer la lecture

Londres, Georges Wilson et Pierre Vaneck

Londres, Georges Wilson et Pierre Vaneck

Mon dernier blog était signé de Londres, en effet j’y représentais les trois universités de « La Sorbonne » à un séminaire franco-britannique organisé par l’ambassade de France et pompeusement intitulé : « les partenariats franco-britanniques : The next chapter » (voir le programme). Ce séminaire devait traiter de la coopération universitaire entre les deux pays.

Départ la veille en Eurostar sans problème à 13 heures, le salon VIP n’est pas plus désagréable que celui d’Air France à Roissy et, contrairement à celui de Riyad, on peu s’y « taper » un « bloody mary » du feu d’Allah. En sirotant mon drink je prends connaissance de la dernière liste des participants. Arrivée à King’s Cross Saint Pancrass et en route pour « la mare aux  grenouilles » puisque le Gainsborough Hôtel où je dois passer la nuit est situé en plein cœur du quartier français près du lycée français et de l’institut français du Royaume-Uni. Sur sa route, l’« underground » frôle Russell square, l’une des cibles des attentats du 7 juillet 2005, Olborn où vécut Charles Dickens, Covent garden, Picadilly circus, les 140 hectares de Hyde park et le luxe tapageur de Knightsbridge. L’hôtel anglais de caractère a un charme désuet, plafond haut, lourdes tentures et baignoire comme jadis qui me rappelle celle de la villa Wintrebert à Banyuls, placage en or des plomberies en moins. Décidément, la perfide Albion n’est plus ce qu’elle était.

Je devais intervenir dans une table ronde sur les coopérations de recherche (vingt minutes de power-point puis débat). On annonçait des universités anglaises prestigieuses et la fine fleur du système à la française, le président de la CPU en vedette américaine et la directrice de l’Ecole normale supérieure qui devait clore la séance inaugurale. Finalement le président de la CPU s’est défilé, seuls deux présidents d’université seront présents, celui de Nantes et celui de Poitiers. Visiblement bousculé par l’enthousiasme du secteur des SHS, deux jours avant on m’informe que le power point que j’avais laborieusement préparé serait relégué au rang de simple faire valoir sur le site de l’ambassade de France à Londres (sans d’ailleurs que cela me donne droit à rémunération). Après un moment d’humeur je flanque l’essentiel de la vingtaine de slides sur un recto verso que je fais imprimer à 200 exemplaires pour les donner en pâture aux courageux assistants du séminaire. Après tout, cela me permettra une intervention plus politique pour faire prendre conscience à nos interlocuteurs des enjeux des batailles qui se livrent en France pour que les universités obtiennent la même autonomie que celle dont bénéficient les universités britanniques. Je me risque à une métaphore rugbistique en l’honneur du centième anniversaire de la France dans le tournoi des cinq nations. Il serait temps en effet que la France libère vraiment ses universités du carcan bureaucratique qui les enserre. On espère ne pas attendre 60 ans, comme ce fut le cas en rugby, pour que la France applique les règles non écrites de « l’international board » de l’Education supérieure et de la recherche.

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Autonomie des Universités : Illusion, mensonge politique ou rébellion des apparatchiks ?

Autonomie des universités

Deux semaines après avoir pris mes fonctions de président de l’université Pierre & Marie Curie, le 23 mars 2001, j’assistais au colloque de la conférence des présidents d’université à Lille . Celui-ci était consacré à l’autonomie des universités. A cette époque la CPU, sous la présidence de Bernard Belloc président de Toulouse III flanqué de Xavier Chapuisat président de Paris Sud et de Georges Molinié président de Paris Sorbonne, était vent debout pour l’autonomie. Parmi les invités, deux se prononcèrent fermement sur la question. Pour Françoise Thys-Clément, ancien Recteur de l’Université libre de Bruxelles (ULB), l’autonomie des Universités était indispensable pour répondre aux défis nouveaux de la mondialisation du savoir et de l’économie de la connaissance. La vision de Jack Lang, était assez large, suppression de l’autorisation préalable de délivrance des diplômes par les universités et évaluation à postériori de leur politique de formation ; développement d’une politique contractuelle dans laquelle l’établissement était le proposant, les négociations permettant de préciser dans le même document les sources de financement que l’Etat s’engageait à apporter pour quatre années à l’établissement. Mais si Jack Lang poursuivit, tout en la dénaturant[1] sous la pression des lobbies universitaires et au grand dam des présidents d’universités, la mise en place du LMD, il ne fit rien en ce qui concerne l’autonomie qu’il appelait de ses vœux. L’immobilisme dont il fit preuve pendant les deux ans qu’il passa à l’éducation nationale, mis à part la façon désastreuse avec laquelle il appliqua à l’université la loi de réduction et d’aménagement du temps de travail, ne fut pas pour rien dans le désenchantement des universitaires en avril 2002 qui boudèrent largement la candidature de Lionel Jospin à la présidentielle.

La droite revenue au pouvoir ne reprit pas à son compte l’idée de l’autonomie, il faut dire que Jean Pierre Raffarin avait été plus qu’ambigu là-dessus lors du fameux colloque de Lille où il s’était exprimé. Il avait apostrophé la direction de la CPU comme s’il doutait de sa volonté d’aboutir sur ce sujet : « Je constate que votre conception de l’autonomie est encore assez restreinte. Peut-il y avoir autonomie sans indépendance financière, au moins relative ? Pour ma part, je ne pense pas que l’on puisse être à la fois autonome et sous tutelle financière », mais il n’était pas enclin à aller dans ce sens puisque la seule chose qu’il proposa fut de mettre en place, face aux universités, « une sorte d’agence, investie d’un mandat négocié en amont entre les différents acteurs publics que sont, pour l’essentiel, l’Etat et les Régions ». Des établissements publics régionaux seraient créés dont la direction serait dans un premier temps confiée aux recteurs. Mais allons-y lentement : « il me paraît judicieux [disait-il], pour avancer dans cette direction, de procéder par expérimentation ». Cette idée sera reprise ultérieurement par François Goulard lorsqu’il créera les pôles de recherche et d’enseignement supérieur qui à ses yeux devaient prendre la tutelle des activités les plus nobles des universités : Écoles doctorales et Recherche de pointe. Bref pour la droite à cette époque l’autonomie ne se concevait que limitée.

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