L’année du bœuf ne laissera pas trop de bons souvenirs

credits : Vincent Montibus Off - flickr

Janvier 2009 vit se terminer la sale guerre de Gaza au cours de laquelle, selon un rapport de l’ONU, des crimes de guerre furent perpétués, plus de mille palestiniens tués certains de sang-froid et 13 israéliens  ! Ainsi s’ouvrait l’année de l’astronomie en l’honneur de Galilée qui réussit durant l’année 1609 à mettre au point un télescope lui permettant d’explorer l’espace, en réalité on aurait tout aussi bien pu choisir l’année 2010 puisque le 7 janvier 1610 il observa pour la première fois des petits astres autour de Jupiter, il prit trois semaines pour comprendre qu’il s’agissait de satellites accompagnant la planète, Simon Marius les dénommera Callisto, Europe, Ganymède et Io.  Cette même année, Galilée étudia aussi les taches solaires.  Le 4 mars suivant paraissait à Florence son Messager des étoiles, et le 25 juillet il observa les anneaux de Saturne. A l’automne, Peiresc découvrit la nébuleuse d’Orion.

Le départ pitoyable de Georges W Bush et la prise de fonction de Barak Obama, malgré l’espoir qu’ils firent naître, ne purent empêcher le monde de récolter ce qui avait été semé par les « marchands du temple ». L’année 2009 restera l’année d’une crise économique sans égal depuis celle de 1929. Et tous les partisans du « travailler plus pour gagner plus » en ont été réduits à revendiquer un keynésianisme de façade et à découvrir les vertus du modèle français. On les verra d’ailleurs à l’œuvre pour régler les grèves générales qui vont faire tâche d’huile dans les DOM-TOM jusqu’en mars et qui coûteront en juin son marocain à Yves Jego grâce au patronat béké. Il sera consolé par la cour d’appel de Paris qui confirmera le 18 décembre la peine infligée à un obscur chanteur d’un groupe rock qui s’était pris pour Coluche et l’aurait insulté dans sa bonne ville de Montereau avant de se dénuder sur scène. La crise aura sans doute facilité la tâche de Martin Hirsch qui fera adopter en juin le revenu de solidarité active. Continuer la lecture

A Mon cher ami Jean François Mela

JF MELA

Mon ami Jean François Mela vient de publier sur son blog un point de vue décapant sur les réorganisations universitaires en cours : La course à l’excellence dans le ghetto français. Cet article vaut d’être lu et commenté.

Il fait, en contrepoint à ce qui se passe en France, une audacieuse comparaison avec la politique des Etats Unis d’Obama et la situation des universités scandinaves. En ce qui concerne Obama, il n’a pas tord de constater que celui-ci a lancé dès son élection « un plan ambitieux de 12 milliards de dollars sur 10 ans, en faveur des community colleges et que ces établissements rassemblent, de façon non sélective, 6 millions d’étudiants (soit le tiers des étudiants américains) ». Mais de là à dire que ces collèges soient comparables aux IUT et aux BTS qui en comptent environ 300 000 il y a de la marge, c’est en effet plutôt aux licences universitaires qu’il faudrait les comparer et dire que de ce point de vue le plan licence est une douce rigolade.

Mais Obama n’a pas eu à s’occuper de la cinquantaine de grandes universités intensives en recherche, publiques ou privées, dont la mise à la diète, bien que sévère, par la crise ne diminuera ni leur place dans le concert mondial, ni leur créativité, ni même leur possibilité à rebondir compte tenu de leur avance en matière de financement et d’autonomie. Sans doute les universitaires y laisseront quelques dollars en chemin, mais je ne suis même pas certain que cela ralentira le « brain drain ». Il est de fait que la manière dont l’administration Obama a géré la crise a entraîné quelques bouleversements dans les choix des familles qui ont plus qu’avant pris garde au rapport qualité prix dans l’offre de formation universitaire. Et d’ailleurs Jean François Mela sait bien que les Etats-Unis se sont doté depuis longtemps d’indicateurs internes de performance qui montrent assez clairement que les établissements les plus performants dans le domaine de la formation ne sont pas les universités majeures au classement de Shanghaï. Il ne faut certes pas être sorti de polytechnique ou des écoles normales supérieures pour comprendre que ce qui explique la performance des classes préparatoires de la Montagne Sainte Geneviève, de Neuilly, de Versailles, du lycée du Parc etc. c’est la qualité des étudiants et pas celle des enseignants.

Par contre, je ne peux pas laisser Jean François Mela reprendre à son compte sans réagir l’affirmation de Jamil Samli selon laquelle les économies scandinaves marcheraient très bien alors que ces pays n’ont aucune université « de rang mondial ». L’édition 2009 du classement de Shanghaï montre que : Continuer la lecture

La réforme du lycée est elle nécessaire ?

credits: Alizée VAUQUELIN - flickrNul ne le conteste, mais force est de reconnaître que le projet actuel n’est nullement à la hauteur des enjeux.

De quoi s’agit-il en effet ? Officiellement, de lutter contre deux tendances délétères observées depuis quinze ans : la désaffection des étudiants pour les sciences et le naufrage de la filière littéraire. En 2005, dans son avis n° 239 le Sénat rappelait les objectifs stratégiques du pays en matière d’éducation : 100 % des jeunes sortant de formation avec un diplôme ou une qualification reconnue, 80 % d’une classe d’âge au niveau du baccalauréat et 50 % d’une classe d’âge diplômée de l’enseignement supérieur. Cinq années plus tard non seulement ces objectifs ne sont pas atteints, mais le nombre de jeunes parvenant à un niveau d’études équivalent au baccalauréat reconnu par un diplôme stagne, malgré la montée en puissance du baccalauréat professionnel. En outre, on est loin de l’objectif affiché à Bologne que la moitié d’une génération obtienne un diplôme de licence.

Dans ces conditions, une réforme largement cosmétique, même si elle peut avoir quelque utilité immédiate, ne modifiera en rien la triste évolution en cours, à savoir la perte de culture et de confiance dans les sciences des jeunes générations.

On ne peut donc que regretter que la seule critique qui s’élève soit celle d’une vision corporatiste étroite alors que précisément le seul crédit que l’on peut faire au texte c’est de retarder l’heure des choix définitifs et de tenter la relance d’une filière littéraire moribonde. Continuer la lecture

Mélinée Manouchian

manouchian

Le mois dernier je célébrais dans mon blog  le cinquantième anniversaire de la mort de Gérard Philippe, anniversaire passé quasiment sous silence par la presse révisionniste. Comment célébrer la mémoire d’un jeune résistant idole de la jeunesse d’alors, compagnon de route du parti communiste décédé avant d’avoir eu la tentation de renier son passé ! C’est insupportable pour la « bobolâtrie » de gauche et gauchiste et encore plus pour la droite amnésique.

Aujourd’hui cela fera 20 ans que disparaissait Mélinée Manouchian épouse de Missak Manouchian. Manouchian, arménien qui, selon les nazis, ne fut qu’un chef de bande responsable de 56 attentats, 150 morts, 600 blessés, également poète, journaliste et militant communiste arrêté le 16 novembre 1943 à Évry Petit-Bourg et exécuté l’année suivante. Il était responsable de la MOI-FTP pour la région parisienne. L’affiche rouge de Louis Aragon créée en 1953 et qui fut immortalisée par Léo Ferré puisait sa source dans la dernière lettre de Missak à Mélinée .

Cette lettre fut précisément lue en public par Gérard Philippe en 1953 : lire la lettre

Pendant la guerre froide, le Parti communiste français fût accusé d’avoir lâché Manouchian, mais s’il est de fait que la décision qu’il prit, alors que l’étau se resserrait sur les résistants parisiens de poursuivre les activités militaires de la MOI-FTP à Paris peut être discutée, et elle l’a été, il ne fut en rien responsable. En réalité certains historiens prétendaient que le PCF, soucieux de redorer son blason cocardier, aurait sacrifié délibérément les combattants de la MOI aux noms trop juifs et à l’accent si peu national dans un but de « tricolorisation » du Parti. En 1983, Adam Rayski, qui au sein du parti fut responsable de la MOI et de la section juive, indiqua clairement que Manouchian était persuadé qu’il s’agissait de Joseph Davidovitch, commissaire politique des FTP-MOI depuis juin 1943. Voici ce qu’il déclara à l’époque : Continuer la lecture

Autonomie ou loi Goulard that is the question !

cité internationale de paris credits : clic me - flickr

Dans mon livre « Quand l’université se réveille tout devient possible », j’écrivais en 2008 :

« [En 2003] les universités Dauphine, Sorbonne Nouvelle, Pierre et Marie Curie ainsi que l’Ecole Normale Supérieure créent une confédération universitaire. En 2004, l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales demande à participer à l’aventure.[…] L’année 2006 verra l’arrivée de l’université Panthéon Assas et au début de l’année 2007 des discussions seront entamées avec d’autres établissements d’enseignement supérieur. La constitution d’un pôle d’érudition de réputation mondiale au sein de Paris Universitas comportant l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, l’Ecole Normale Supérieure, est effective avec la décision de l’université Paris Sorbonne de nous rejoindre mettant fin ainsi aux séparations arbitraires de l’après 68. L’objectif est maintenant clair, il s’agit de faire converger les politiques et les organisations d’établissements fort différents et de créer ainsi un mouvement de refondation solide d’une une université globale, omni-disciplinaire, qui ne soit pas dépendant des tergiversations de l’Etat et puisse perdurer par delà le renouvellement des équipes dirigeantes. »

La consultation des classements de l’ISI web of science, montrait clairement l’effet qu’aurait la création en Ile-de-France de trois universités de plein exercice en lieu et place des trois regroupements qui se sont opérés en 2005, l’Alliance Paris-Universitas, L’alliance Paris Centre Universités et l’alliance Paris Sud, la première se situerait au 12ème rang mondial et au premier rang européen pour le nombre des articles publiés, la seconde se situerait au 30ème rang mondial et au 3ème rang européen  et la dernière serait au 36ème rang mondial et au 4ème rang européen. Si l’Ecole Polytechnique de Palaiseau, fort loin dans les classements était intégrée dans l’alliance Paris Sud, celle-ci serait alors au 16ème rang mondial et au 2ème rang européen.

Fin 2005, Paris Universitas aurait pu être un PRES, mais ni le directeur de l’enseignement Supérieur d’alors, ni la noblesse d’Etat n’en voulurent : trop grand, trop prestigieux, bref trop tout. En France « Small is Beautiful ».

Qu’en est-il quatre années plus tard ? Continuer la lecture