11 septembre 1973, Michelle Bachelet et l’université

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Le 11 septembre 1973, refusant d’être capturé, Salvador Allende, président démocratiquement élu du Chili, se donnait la mort dans le palais présidentiel de la Moneda assiégé et bombardé depuis le matin par une junte militaire conduite par le général Pinochet. Six mois auparavant, l’Unité Populaire qui soutenait Allende avait gagné les élections, frôlant la majorité absolue. L’armée chilienne n’avait pas de tradition « golpiste », plusieurs généraux, restés fidèles à cette conception loyaliste, le payèrent de leur vie. Le Général Carlos Prats Gonzales vice-président d’Allende poussé à la démission par les radicaux de l’armée quelques semaines avant le coup d’état fut assassiné en exil, avec son épouse, le 24 septembre 1974. Ce fut également le cas du général de l’armée de l’air Alberto Bachelet, petit-fils d’un œnologue bourguignon Louis-Joseph Bachelet Lapierre et d’une anthropologue Angela Jeria Gomez. Arrêté et longuement torturé, le général Bachelet décèdera en 1974 en captivité.

Il ne fait aucun doute, comme l’a mis en évidence une commission sénatoriale à Washington que le coup d’état fut accueilli favorablement à Washington. Continuer la lecture

Grande Pompe ou pompe funèbre pour l’université Paris Sud ?

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En présence de Valérie Pécresse, dans les salons du ministère de l’enseignement supérieur, l’école Polytechnique et l’université Paris-Sud ont signé mardi 19 mai 2009 un accord de double diplôme. Campagne électorale régionale oblige, la ministre a souhaité saluer le franchissement de cette « ultime frontière » qui « s’inscrit pleinement dans l’action engagée par le gouvernement pour rapprocher universités et grandes écoles ». Selon Sylvie Lecherbonnier d’Educpros : « les meilleurs étudiants de licence de l’université Paris Sud seront encouragés à passer le concours de l’Ecole Polytechnique dédié aux diplômés universitaires ».

Pour mettre toutes les chances de leur côté, ces étudiants  suivraient des modules de formation complémentaire. « Nous nous appuierons sur nos magistères qui accueillent déjà nos meilleurs éléments à partir de la troisième année de licence », explique le président de l’université. Une fois à Polytechnique, les étudiants suivront les trois années du cursus puis ils reviendront à l’université pour une dernière année de master afin de recevoir les deux diplômes. Bref il leur faudra au moins sept ans pour obtenir le grade de master ! Quel magnifique progrès pour l’« élite » de la Nation. Je fais humblement remarquer qu’en 2005, en tant que président de l’UPMC, j’ai créé le double cursus exigeant de licence sciences et sciences sociales (S3) avec Sciences Po. Les étudiants devaient obtenir la licence en trois années dont une passée dans une université étrangère (ils étaient une trentaine la première année et maintenant ils sont soixante). A la fin des trois années, certains d’entre eux terminent leurs études à Sciences Po tout en préparant un master à l’UPMC, les autres restant moitié à l’UPMC, moitié à Sciences Po.

Bref, l’université Paris Sud va fournir ses meilleurs étudiants à l’Ecole Polytechnique. Continuer la lecture

Une sage décision et une intrusion intempestive

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Les conseils de Paris-Sorbonne ont voté hier pour une reprise des cours et l’organisation d’examens. Selon l’AEF (Dépêche n°114265) , les trois conseils ont également adopté une motion de soutien au président Georges Molinié dans laquelle ils « condamnent avec la plus grande fermeté » les « attaques indignes » dont ce dernier « fait l’objet depuis plusieurs jours, et qui, à travers sa personne, portent atteinte à l’institution universitaire elle-même ». Je compte bien dans quelques jours faire le bilan de ses trois derniers mois, montrer où sont les véritables responsabilités et dégager quelques raisons d’espérer. Mais sans attendre, je veux dire aux étudiants et aux universitaires de Paris-Sorbonne qu’ils ont choisi là la voie de la sagesse. Je veux leur dire que les universitaires de Paris Universitas sont solidaires avec eux quelle que soit par ailleurs leur appréciation sur le fond et la forme du mouvement qui s’achève. Je veux leur dire qu’il conviendra le moment venu de réfléchir tous ensemble sur l’avenir de nos institutions. Je leur ferai la démonstration que l’autonomie dans l’union c’est la seule voie pour l’avenir de nos établissements, face à un Etat qui a d’autres priorités quoi qu’il en dise. Cependant, la première leçon que je tire, à chaud, de ce conflit c’est que l’on ne pourra avancer en faisant l’économie d’une réflexion sur ce qu’est l’université aujourd’hui, sans prendre en compte le monde tel qu’il est aujourd’hui, sans considérer l’espace européen de l’enseignement supérieur et de la recherche qui doit être, dorénavant, notre bassin de naturel de recrutement. De la même façon nos universités, dont nous tenons à ce qu’elles restent publiques et présentent à l’avenir une alternative réelle à la privatisation rampante, ne pourront le faire qu’en étant d’abord au service du public, que ce soit pour les études initiales ou les reprises d’études, et de la population qui assure la totalité de leur financement. Elles doivent donc être gérées et bien gérées, elles doivent se mettre à l’abri des commandos, elles doivent redevenir le lieu d’un habeas corpus maîtrisé dans le cadre de leur autonomie. Ses syndicats devront y développer des actions revendicatives qui ne mettent pas en danger l’avenir des étudiants et en particulier des étudiants les plus fragiles au même titre qu’ils protègent les activités de recherche.

Quelques jours auparavant, le 13 mai une brochette d’universitaires se sont autoproclamés refondateurs de l’université française. Continuer la lecture

Dur dur chez nos Frères d’Amérique.

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Dans beaucoup d’institutions des Etats Unis, la date limite pour que les étudiants ayant demandé une inscription pour la prochaine année universitaire confirment leur choix était le premier mai. Ils devaient le faire en envoyant des arrhes à, théoriquement, une seule institution pour réserver leur place. Cette année, de nombreux « colleges » ont indiqué une forte augmentation du nombre des élèves qui ont reporté ce choix à la dernière minute,  le versement des arrhes se poursuivant la première semaine de mai. Certains établissements ont en outre repoussé la date fatidique pour tenir compte de cette situation.

Cette année, plus encore que les autres années, une trentaine d’institutions prestigieuses ont proposé des aides généreuses pour pénétrer encore plus les couches moyennes et c’est ainsi que Harvard et Yale, par exemple ont constaté des rendements identiques à l’an dernier. Mais il s’agit d’un monde clos, bien que plus large que celui des grandes écoles françaises. Continuer la lecture

Semaine qui sera cruciale

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Le 11 mai 1968 Paris se réveille après la première nuit des barricades au Quartier latin. Dès lors, le mouvement va prendre la tournure radicale que l’on sait et mettre à feu et à sang Paris et plusieurs autres grandes villes pendant deux semaines. Ce 11 mai là, date du coup d’état bonapartiste du 22 floréal de l’an VI et anniversaire des premières grèves de la joie dans les usines lors de la victoire du front populaire, la Sorbonne étant fermée, le centre universitaire Censier est occupé. Le 13 mai, en même temps que sont libérés les embastillés du 5 mai et que la Sorbonne ré-ouverte est immédiatement occupée, une  manifestation monstre se déroule de la gare de l’Est à Denfert-Rochereau, elle rassemble près d’un million de manifestants. J’y côtoie, à côté des ténors raflés le 3 mai, Alain Krivine, Jacques Sauvageot, Daniel Cohn-Bendit, Henri Weber, Alain Geismar, Brice Lalonde,  José Rossi, David Rousset, Guy Hocquenghem, Bernard Guetta, Hervé Chabalier, bien d’autres acteurs et parmi eux, de jeunes agrégés de médecine et de droit bien connus des étudiants. Le lendemain, la Sorbonne se déclare « commune libre », et la faculté de Nanterre autonome, le 15 mai l’Odéon est occupé et l’École des Beaux-arts transformée en « atelier populaire ».  Le 19 mai, le festival de Cannes s’interrompt sous la poussée de la jeune génération et le 20, les comités d’action lycéens déclenchent l’occupation des lycées. Le mouvement culminera le 24 mai lors d’une nouvelle nuit des barricades au cours de laquelle la Bourse est incendiée. Un commissaire de police est tué à Lyon.

On aurait tort de penser que mai soixante huit se résume à ces seuls évènements, Continuer la lecture

Pauvre système universitaire français ?

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Jusqu’où le président de la République va-t-il se chiraquiser ?

Sous les coups conjugués de la noblesse d’état qui refuse d’appliquer la loi LRU (les budgets globaux des 18 universités dont la ministre dit qu’elles sont passées aux compétences élargies n’ont toujours pas été actés dans les contrats prévus par la loi), des tenant de l’archaïsme corporatiste (SNESup, Syndicat Autonome et officines associées) et des champions de la médiocratie universitaire qui se sont illustrés hier chez Nicolas Demorant (l’Egérie des « sauvons quelque chose » et le président de la « conférence des petites et moyennes universités »), la loi d’août 2008 est systématiquement vidée de son sens. Continuer la lecture

Le 1er mai une histoire franco-américaine.

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C’est lors du 4ème congrès de l’American Federation of Labor, en 1884, qui réunissait les principaux syndicats ouvriers des États-Unis que fut avancé l’objectif d’imposer aux patrons une limitation de la journée de travail à huit heures. Le congrès avait choisi de l’action un 1er mai, jour qui débutait l’année comptable dans beaucoup d’entreprises américaines. Il se donnait deux ans pour faire plier les patrons. Le 1er mai 1886, alors que dans de nombreuses entreprises le patronat avait déjà donné satisfaction, près de trois cent mille travailleurs décident de déclencher la grève pour obtenir l’extension de cette revendication. A Chicago, le 3 mai, une manifestation fait trois morts parmi les grévistes de la société McCormick Harvester. Une marche de protestation est organisée le lendemain et, dans la soirée, pendant la dispersion à Haymarket Square, alors que deux cents manifestants font encore face aux policiers, une bombe explose et fait une quinzaine de morts parmi les policiers. Le 11 novembre 1886, malgré l’absence de preuves tangibles, les représentants du mouvement ouvrier de Chicago, Albert Parsons, August Spies, Michael Schwab, George Engel, Adolph Fischer, Samuel Fielden et Louis Lingg furent condamnés à être pendus, sans aucune preuve de leur culpabilité. Parsons, Spies, Fischer, Engel furent exécutés, Fielden et Schwab virent leur condamnation commuée en peine d’emprisonnement à vie. Quant à Lingg, il se serait suicidé dans sa cellule. A son congrès de décembre 1888, l’AFL proposa qu’une manifestation soit organisée le 1er mai 1890. Continuer la lecture