Nous voulons l’autonomie, rien que l’autonomie toute l’autonomie.

crédits : fabbriciuse - flickr

La communauté universitaire se réveille au retour des congés de printemps avec la gueule de bois. Mais après ces quatre mois peut-on encore parler de communauté universitaire quand on considère l’étalage des revendications contradictoires qui s’est manifesté depuis l’annonce de la réforme du statut de 1984 et de la formation des maîtres ? J’ai la pénible impression d’un mauvais remake du mouvement des jeunes chercheurs déclenché en 2004 par l’amputation des crédits de la Recherche et du mouvement contre le Contrat Première Embauche de 2006. Aujourd’hui, comme en 2004 et 2006, on a assisté à une récupération par un marais autoproclamé (sauvons la Recherche en 2004, la coordination lycéenne-étudiante en 2006, sauvons l’université aujourd’hui), dans les trois cas les étudiants ont été manipulés pour des intérêts qui n’étaient pas les leurs (thésards en 2004, étudiants de licence en 2006 et étudiants des secteurs littéraires et des sciences humaines aujourd’hui) et dans les trois cas les syndicats ont été à la remorque du mouvement et dans l’incapacité de négocier une sortie de crise bénéficiant à l’ensemble des acteurs de l’université, étudiants compris. Pire ils n’ont abouti qu’à des reculs qui à la longue seront utilisés à leur désavantage.

En revenant, sur ce mouvement, dans un huit pages spécial, le journal « le Monde » montre bien toutes les contradictions qui agitent ce milieu. Dans sa contribution, Marcel Gauchet fait une analyse lucide de la situation duale de l’enseignement supérieur français : l’université pour la masse et les classes préparatoires puis les « Ecoles » pour la sélection des élites. Mais, comme tous les intellectuels marqués par la ligue communiste révolutionnaire, il ne pousse pas au bout la logique de ses constatations et se contente d’une vision pessimiste de l’avenir sans remettre véritablement en cause la méritocratie à la française : « si un tel changement [l’autonomie universitaire] est difficile chez nous, ce n’est pas seulement en raison du conservatisme français. C’est aussi et surtout que notre système n’est pas si mauvais et que tout le monde le sait peu ou prou. A côté de ses défauts manifestes il possède aussi des vertus cachées ». Et il résume ainsi l’hypocrisie de la gauche molle face à la remise en cause des mécanismes de ségrégation intellectuelle et sociale même si elle se réclame de « la vraie gauche » pour ne pas dire de « l’ultra gauche ».

Cependant on n’y trouve aucune analyse pour expliquer pourquoi la quasi-totalité des secteurs des sciences économiques, des sciences et de la médecine est restée en dehors du coup, si ce n’est pour défiler en signe d’une solidarité de moins en moins affirmée au fil du mouvement. Continuer la lecture

Et pendant ce temps là l’obscurantisme avance ses pions.

monkey

Pendant que nos « sauvons quelque chose » poursuivent leur « ronde des obstinés » la droite néoconservatrice américaine nullement résignée par l’élection de Barack Obama poursuit son combat obscurantiste. Sous le titre « David Horowitz¹ Wins a Round », l’éditorialiste de « Inside Higher Education » nous apprend, le 20 avril dernier, que le board du college DuPage, un « community college » de la banlieue de Chicago, a émis une déclaration qui reprend les termes de l’ »Academic Bill of Rights », de David Horowitz. Les supporters d’Horowitz espèrent ainsi ouvrir la voie à l’obligation pour la faculté de biologie d’enseigner le créationnisme comme alternative à la théorie de l’évolution. Le lendemain, Dallas News indique que l’institut de recherche sur le créationnisme, officine néo-conservatrice basée à Dallas, attaquait en justice l’Etat du Texas pour atteinte aux droits civiques par ce qu’il lui refuse l’autorisation d’ouvrir une formation en sciences de l’éducation (The Dallas Morning News). Début 2007 les écoles et les universités françaises avaient été la cible du magnat Harun Yahya, dont les liens avec les évangélistes américains sont avérés, sous la forme d’un luxueux « album de la création ». Particulièrement ciblées étaient les institutions situées dans les quartiers à forte concentration musulmane. Continuer la lecture

Cher Richard Descoings, ne pas se contenter d’un replâtrage de façade.

montaigne | crédits Djof - Flickr

Le Professeur Léna, après tant d’autres, vient une nouvelle fois, dans une interview au supplément Education Demain du journal « Le Monde », de tirer la sonnette d’alarme du désamour pour les sciences des jeunes générations et de s’étonner que seuls 7% des anciens étudiants de l’Ecole Polytechnique se tournent vers la recherche. Richard Descoings estime quant à lui que priorité doit être donné au maniement de la langue française. Anne Astier, docteur 1994 de l’UPMC, actuellement en poste en Grande-Bretagne, remarque sur le blog www.sciencesetmedecine.fr que l’érosion de la barrière linguistique, si paralysante pour les chercheurs français sur la scène mondiale, ne peut commencer que par la réforme structurelle de l’enseignement des langues en France.  Nous sommes nombreux à réclamer une réforme de l’enseignement secondaire pour une meilleure orientation des élèves vers l’enseignement supérieur et la recherche. Encore faudrait-il s’entendre sur les termes.

Les premières orientations qui se dégagent de la mission de Richard Descoings sont encourageants lorsqu’elles laissent penser que l’organisation pyramidale qui place le baccalauréat S au firmament des bacs pourrait s’écrouler et que les cours les plus difficiles devraient être donnés lorsque les enfants sont les plus réceptifs. Mais encore ne faudrait il pas  que l’arbre du baccalauréat S cache la forêt de l’utilisation des sciences à tous les niveaux à des fins sélectives. Continuer la lecture

La noblesse d’Etat au secours des gauchistes

crédits : claytron sur flickr

L’état n’a pas accompagné la massification de l’enseignement supérieur par une politique immobilière conséquente envers les universités, réservant son soutien principal aux filières sélectives. La mise en action en 1992 du plan université 2000 à travers les contrats de plan Etat/Régions (1989-1993, 1994-1999 puis 2000-2006) s’est faite sans que les présidents des universités concernées aient pu y avoir une influence importante puisqu’ils n’en étaient pas signataires. Le plan université 2000 qui était destiné d’abord à palier le déficit en locaux  s’est traduit par un maillage relevant d’abord d’une accumulation de décisions successives sans coordination entre elles et a finalement renforcé l’émiettement des implantations. Le plan universités du 3ème millénaire qui lui a succédé n’a pas non plus été harmonisé avec le schéma d’implantation des services collectifs, bien qu’il ait dégagé des axes prioritaires portant essentiellement sur les restructurations et les réhabilitations. Il a été décliné en plusieurs opérations : Continuer la lecture

Colère !

crédit : Djuliet sur Flickr

Je rentre à peine de Chine, la lecture des médias du mercredi me consterne. Dans « Le Monde » sur internet qui constate que la mobilisation ne faiblit pas, on peut comprendre entre les lignes qu’il s’agit maintenant de happening dans lequel se retrouvent des instits de maternelle, des professeurs du second degré, des étudiants et des enseignants chercheurs très majoritairement sinon exclusivement des facultés des lettres ou de psychologie. EducPros.fr a même déniché une mère d’étudiant qui se déclare solidaire parce que la LRU c’est « la privatisation des universités » et c’est d’ailleurs pour cela qu’elle n’y a pas mis ses enfants, l’un est dans une école d’ingénieur, laquelle on ne le saura pas, l’autre dans une école de commerce (sans doute privée) ! Continuer la lecture

L’University European Center est né !

crédits Mulling it Over sur Flickr

Arrivée à Pékin sur Air China, lundi 30 mars avec une heure de retard due aux engorgements de Roissy. Passage ultra-rapide à la police et, signe des temps, vous êtes invité en appuyant sur l’une des quatre touches d’un compteur, à donner votre avis sur l’accueil du policier. Je veux bien croire que ceci ait accéléré les cadences. On imagine sans peine la réaction des syndicats des policiers et des CRS s’il en était de même à Roissy, ou l’émoi de nos chers syndicats de l’UPMC si l’on installait un tel dispositif à la scolarité où à l’accueil des étudiants étranger ! L’impression immédiate que me fait ce terminal c’est la Gare du Nord à l’heure d’affluence. Mais très vite l’impression s’estompe car ici, en dehors de la foule et du fait qu’elle ressemble bigrement à la nôtre, tout marche. Le VAL automatique arrive régulièrement et j’ai pu constater au retour que lorsqu’il y a encombrement, un bataillon de bétaillères routières supplétives vient se porter en renfort ce qui évite bien des énervements. Le passage de la douane est tout aussi fluide et l’inspection des bagages à main beaucoup plus efficace qu’à Roissy (il est vrai qu’en Chine le niveau des salaires pour cette catégorie de personnels ne pèse pas trop sur les coûts). Au total, avec le transfert de terminal, pas plus d’une demi-heure s’est écoulée depuis que j’ai quitté l’avion. Continuer la lecture