Requiem pour un secrétaire général

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Maintenant que le mouvement universitaire entre en apoptose, il va falloir tirer les leçons du énième échec d’une mobilisation universitaire qui reflétait pourtant un malaise bien réel. Le fond de la crise universitaire, en France comme dans beaucoup de pays d’Europe (des campus madrilènes à ceux des états baltes) repose d’abord sur le sous-financement bien connu de leurs universités par rapport à celles du nord de l’Europe. Mais chez nous elle se double d’une indéniable crise de la représentation universitaire et du système caporalisé issu de l’empire et consolidé par la troisième république.

Par un hasard du calendrier, cette crise agonise alors que se réunit le congrès du SNESup, syndicat majoritaire qui affiche 6 000 adhérents soit moins de 7 % de l’ensemble des enseignants du supérieur. La lecture du rapport d’activité de la direction sortante montre bien l’autisme dont elle a fait preuve depuis que l’actuel secrétaire général a pris ses fonctions en 2005. Les déclarations de victoire devant le moindre recul du ministère ne peuvent masquer l’absence totale d’un projet pour une université moderne et ouverte au monde tel qu’il est. En réalité si la direction sortante a refusé de participer aux négociations récentes c’est moins par un souci de suivisme vis-à-vis des « sauvons quelque chose », dirigés par des énergumènes sans aucune légitimité élective et à la légitimité universitaire incertaine, mais parce qu’elle n’avait aucune plateforme revendicative cohérente et crédible incluant aussi la possibilité d’un compromis. On est à mille lieues des grandes négociations que nous avons menées dans le passé avec des gouvernements de droite (Saunié-Seïté, Soissons) dans des contextes ô combien plus difficiles !

Finalement la seule bonne nouvelle de ce congrès c’est l’annonce du départ du secrétaire général. Continuer la lecture

Jeudi 19 mars, Paris vu de Berlin.

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Jeudi 19 je ne participe pas à la journée d’action intersyndicale. Non pas que la crise économique et sociale qui secoue le pays me soit indifférente, mais par ce que je suis à Berlin, déplacement prévu de longue date. A cette occasion je rencontre mon homologue de l’université Humboldt de Berlin. Cette université créée en 1880 à l’initiative d’un linguiste réformateur libéral de l’éducation, Wilhelm von Humboldt fut l’un des phares de l’éducation supérieure allemande. Elle s’appela d’abord l’université Frédéric-Guillaume. Les noms de ses enseignants et de ses étudiants les plus connus suffiraient à retracer l’ensemble de l’histoire intellectuelle, scientifique et politique de l’Allemagne : en philosophie, Fichte, Hegel et Feuerbach, en physique, Albert Einstein et Max Planck, sans oublier Heinrich Heine, mais aussi Otto von Bismarck et Karl Marx. Vingt-neuf Prix Nobel y ont enseigné. Lors de la chute de Hitler, la partition progressive de Berlin et la prise de contrôle par le parti communiste de l’université qui s’accompagna d’une répression brutale vis-à-vis de certains étudiants et de professeurs entraîna une scission de l’université, et la fondation de l’Université libre de Berlin dans le secteur d’occupation américain à Dahlem. C’est à cette époque qu’elle prit le nom de son prestigieux créateur. La concurrence acharnée que se livrèrent l’Est et l’Ouest à Berlin se traduisit évidemment en termes de compétition entre les deux universités et les investissements y affluèrent des deux côtés.

Mais on ne donne pas impunément l’éducation à un peuple sans lui donner en même temps les marges de manœuvres de la démocratie et une économie capable de répondre aux aspirations de la jeunesse (on le voit bien en ce moment partout en Europe et singulièrement en France). La chute du mur de Berlin, prélude à la chute de ce que l’on appelait alors le socialisme réel, c’est d’abord cette rupture là qu’elle signifie. Mais les années qui ont suivi 1989 furent dures pour ces deux universités car la priorité était à la reconstruction de Berlin, pas à l’université. Un renouvellement considérable des cadres eut lieu et petit à petit elles reprirent leur place éminente dans le concert des grandes universités européennes. Depuis plus de trois ans elles sont à l’heure d’une autonomie renforcée et gèrent la totalité de leur budget (salaires compris) dans un contexte économique difficile puisque le volume de leurs crédit n’avait suivi ni la hausse du coût de la vie, ni les effets du fameux GVT¹. L’incertitude y est grande en ce moment car, du fait de la crise économique, le gouvernement n’a pas confirmé qu’il donnerait suite à la hausse de 15% des budgets qui était prévue. Continuer la lecture

De retour du pays du cèdre

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Pour la deuxième fois cette année je suis à Beyrouth. Pour un évènement important, la remise des premières habilitations à diriger les recherche à dix enseignants de l’Université Libanaise. C’est l’aboutissement d’une aventure humaine née de la rencontre, au début de mon mandat de président de l’UPMC, avec le recteur de cette université, Ibrahim Kobeisi, professeur de droit. Nous avions dans un premier temps créé, avec quelques universités françaises partenaires, un collège doctoral franco-libanais, puis mis en place un programme européen pour diffuser au Liban les bonnes pratiques en ce qui concerne l’encadrement des thèses (identification de leaders, identification des laboratoires libanais partenaires en coopération avec le CNRS libanais). Vingt enseignants libanais sont entrés dans ce programme financé depuis trois ans par l’Europe. Un décret d’Etat libanais est venu officialiser ce nouveau grade confortant ainsi au Liban le lien indispensable entre enseignement supérieur et recherche.

Le lendemain, je passe la journée avec deux universitaires libanais, l’un exerce à Toulouse où il dirige une UFR, l’autre enseigne à l’université libanaise. Nous partageons les mêmes vues sur l’indispensable autonomie universitaire vis-à-vis de l’Etat. Vu de Beyrouth, nos petites querelles franco-françaises paraissent bien dérisoires, quand on considère la chape de plomb que fait peser, sur l’université libanaise, la bureaucratie de l’Etat, héritage de la France, et les marges de manœuvres que pourraient créer en France une véritable autonomie. Il serait temps maintenant de siffler la mi-temps chez nous et de réfléchir un peu à la cohérence de l’action gouvernementale en matière d’enseignement supérieur. Continuer la lecture

Et si les universitaires français et leur ministre regardaient un peu ce qui se fait ailleurs ?

lavidesidees

Il y a trois semaines, quatre français et non des moindres, puisque l’un est professeur au MIT, deux sont professeurs à l’université de Montréal et le dernier est professeur à Northwestern University,  faisaient paraître un texte dans www.laviedesidees.fr intitulé « pour des universités plus justes ». Dans ce texte ils tordaient le cou à quelques idées reçues concernant le système anglo-saxon considéré par la majorité des universitaires français, qui n’a jamais été y regarder de plus près, comme le l’archétype de ce fait de pire en matière de libertés universitaires. Ils montrent bien qu’il y a deux modèles, le modèle collégial Nord-Américain et le modèle managérial britannique né des années Thatcher. Dans ce texte puissant, ils disent tout haut, à propos de l’évaluation nationale des enseignants, ce que beaucoup pensent tout bas dans nos universités : Continuer la lecture

C’est bien d’écrire l’histoire, attention qu’elle ne soit pas sélective.

obama-university

Excellent rappel sur le blog de Sylvestre Huet des politiques d’enseignement supérieur et de recherche qui se sont succédées entre 1981 et 2005 avec trois omissions cependant.

Certes les seules périodes où le financement de la recherche connut une progression significative furent celles de Chevènement et de  Curien mais c’est ce dernier qui sût, dans des conditions difficiles, obtenir des arbitrages en faveur de la recherche universitaire et initia vraiment le lancement de la démarche contractuelle qui aboutit à l’émergence de véritables politiques de recherche dans les grandes universités. Inversement, les époques où la recherche fut entre les mains des « libéraux » Fillon, d’Aubert, Goulard ont été particulièrement néfastes. Continuer la lecture