Retour sur le 22 janvier 2009.

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Ce qu’il y a de commode dans le discours de Nicolas Sarkozy du 22 janvier 2009, c’est que sa gouaille naturelle a donné à toute notre communauté un alibi facile pour ne pas voir ce qu’il contenait comme vérité au-delà des excès. Tant il est vrai que seuls les Universitaires ont le droit de se critiquer ! Comme d’ailleurs la comparaison en retour de mon ami Georges Molinié a donné l’occasion à certains de se dédouaner, en le stigmatisant, auprès du président qu’il avait stigmatisé la veille.

Au point où nous en sommes aujourd’hui, je voudrais rappeler ici que, dans l’homélie de Sarkozy, il y avait aussi quelques paroles de vérité, en particulier sur les méthodes de contrôle par l’administration de l’Etat et sur les conditions d’une autonomie pleine et entière : « Je ne vois nulle part qu’un système d’universités faibles, pilotées par une administration centrale tatillonne soit une arme efficace dans la bataille pour l’intelligence. C’est au contraire un système infantilisant, paralysant pour la créativité et l’innovation. C’est pour cela que l’on a donné l’autonomie aux universités… L’autonomie, c’est la règle pour tous les pays où il y a des universités qui se développent. Il n’y a pas un seul exemple à travers le monde, de grandes universités qui ne soient autonomes ».

Je voudrais rappeler mon accord avec Sarkozy sur ce point, mais en même temps lui rappeler qu’il doit aussi se faire obéir de sa haute administration. Qu’on en juge avec la lettre que vient d’adresser le directeur général de l’enseignement supérieur aux recteurs et aux présidents des 18 universités passées à l’autonomie en janvier : Continuer la lecture

Ne pas baisser la garde dans l’application des réformes.

crédits: kathryn_rotondo sur flickr

Il est maintenant évident que le mouvement multiforme qui se développe depuis plusieurs semaines rassemble des intérêts contradictoires. Les rénovateurs de 68, ceux qui ont créé Vincennes et Villetaneuse, ceux qui ont impétueusement chamboulé l’organisation universitaire à Nanterre, doivent se retourner dans leurs tombes en lisant les propos conformistes et conservateurs de la coordination universitaire. De critique du système existant point, de la remise en cause de la sélection précoce à l’école point, de la contestation de la prévalence des soit disant Grandes Ecoles, point. Une affirmation, contredite par toutes les analyses récentes, que notre recherche et notre enseignement supérieur restent les meilleurs du monde. Et la conjonction dans la défense de nos « pauvres avantages acquis » avec la droite universitaire. Signe le plus patent de l’affaissement généralisé de l’institution. Continuer la lecture

Le « boucher » de Tuol Sleng devant ses juges.

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Par un hasard de circonstances, mon dernier livre : « Cambodge 1945 – 2005 : Soixante Années d’Hypocrisie des Grands » sort aujourd’hui chez « L’Harmattan » alors que se tient l’audience initiale du procès de quelques hauts dignitaires Khmers rouges, encore en vie. Cette audience doit se pencher sur le cas de Duch, de son vrai nom Kaing Khek Leiv (le tortionnaire du lycée prison de Tuol Sleng à Phnom Penh) en prélude au procès qui devrait s’ouvrir en mars devant la cour internationale siégeant à Phnom Penh. Ce procès devrait être suivi par celui de Long Buruot alias Nuôn Chéa Fidèle numéro 2 de Pol Pot, Kim Trang alias Ieng Sary numéro 3 de l’Angkar et de Kieu Samphân ancien chef de la diplomatie et de l’Etat du « Kampuchéa démocratique ».

A cette première audience, où seront réglés des points de procédure, seront versés deux extraits de films tournés dans Tuol Sleng par l’armée vietnamienne peu après son entrée dans Phnom Penh, probablement autour du 10 janvier 1979 (voir le site d’information sur le Cambodge http://ka-set.info). Continuer la lecture

Pour l’autonomie : la lutte continue, il y va de l’avenir des universités

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J’ai été interrogé Vendredi par un journaliste à propos de Valérie Pécresse. Il cherchait à comprendre quelles erreurs elle aurait pu faire pour passer du petit nuage où elle était en septembre à la situation actuelle. S’il était venu pour m’extirper des arguments contre elle, il a dû être déçu. Les médias sont réducteurs et, poussés par leurs schémas simplificateurs se refusent, non pas à voir l’évidence, ils la voient, mais à la diffuser. Que lui ai-je dit en effet. Que cette ministre avait de la classe mais quelle avait une équation particulièrement difficile à résoudre et des ennemis puissants et multiformes.

Dans un monde particulièrement machiste (cherchez les professeurs de classe exceptionnels et les secrétaires généraux des syndicats du supérieur de sexe féminin) elle détonne forcément. Mais ce qu’elle a déjà réussi pour l’enseignement supérieur, combien l’avait fait avant. Les chercheurs ne lui pardonnent pas d’être d’abord le ministre des universités, mais Goulard n’a-t-il pas d’abord été celui des chercheurs. Et pour quel résultat ? Continuer la lecture

Ne pas sacrifier une fois de plus les disciplines scientifiques sur l’autel de la « normalité ».

crédits: pierre G5 sur Flickr

Qu’y a-t-il de commun entre les présidents réunis à la Sorbonne qui appellent : « à retirer tous les projets de réforme controversés, condition nécessaire à l’ouverture de véritables négociations et à la relance du nécessaire processus de réforme auquel doit être associé l’ensemble de la communauté universitaire » et la dernière déclaration de la Coordination nationale autoproclamée des universités qui exige pêle-mêle : le retrait du projet de décret sur les statuts des enseignants-chercheurs, la restauration des cadres nationaux des diplômes et des statuts, le retrait de la « réforme » de la formation et du recrutement des enseignants des premier et second degrés, l’arrêt du démantèlement des organismes de recherche et de la fonction publique en général, le retrait du contrat doctoral, la restitution des postes supprimés, la résorption de la précarité chez les enseignants, les chercheurs, les BIATOSS et ITA par un plan pluriannuel de création de postes, la titularisation des personnels contractuels… Et la mise au rancart de la loi LRU !

Mais rien sur les salaires, et les réductions de durée d’échelon alors que des propositions ont été faites par la ministre dans le plan carrière au point que j’ai entendu des post-doctorants lors de mon dernier séjour aux Etat-Unis dire que la carrière proposée était plus attractive que celle des chercheurs ! Est-ce à dire que ce n’est pas leur préoccupation principale. Continuer la lecture

Replacer l’agitation universitaire dans son contexte.

crédits: Ptit@l sur Flickr

J’ai pris quelques jours pour analyser le foisonnement sur le blog. Qui ai-je trouvé ? Confusion, confusion, confusion. La crise économique mondiale et les incertitudes qu’elle induit dans la plupart des couches sociales est source d’anxiété et une politique de relance par l’investissement alors que le salaire médian est de 1 500 euros net ne peut certes apaiser la grogne des enseignants-chercheurs. Mais l’addition de tous les mécontentements ne fait jamais une bonne politique et dans ces conditions, la cacophonie des défilés universitaires risque fort de les transformer en défilés de dupes. Continuer la lecture

Universités : ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain.

crédits : JaHoVil sur Flickr

Le nombre de demandeurs d’emploi inscrits à l’ANPE a encore progressé de 45.800 en décembre 2008, atteignant 2,11 millions. Cette donnée porte la hausse du nombre d’inscrits à l’ANPE à plus de 217.000 sur l’ensemble de 2008, soit une augmentation de 11,4 %, chiffres confirmés par Laurent Wauquier, secrétaire d’Etat chargé de l’Emploi.

Alors que le Gouvernement table toujours officiellement sur une progression du PIB comprise entre 0,2 et 0,5%, la ministre Christine Lagarde a expliqué aux journalistes, dans le train qui l’emmenait à Lyon pour le Comité interministériel d’aménagement et de compétitivité des territoires, qu’elle s’attendait à une décroissance en 2009.

C’est dans ce contexte que se développe la protestation universitaire. Les différents médias constatent que ces appels à la grève émanent de syndicats et d’associations de droite (Autonome Sup, Défense de l’université) comme de gauche (SneSup), voire du marais corporatiste (Qualité de la science, Sauvons la recherche, Sauvons l’université).

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