L’agitation universitaire s’étend

Il est clair que nous sommes dans une situation identique à ce qui s’est passé début 2006. La situation économique des couches moyennes s’est aggravée. Les jeunes maîtres de conférences, les techniciens et les ingénieurs des universités sous payés et peu considérés ont l’impression d’être les laissés pour compte d’un système où l’on ne parle que des performances de quelques oiseaux rares qu’il s’agit de surpayer. Or ce sont eux qui travaillent à la paillasse des laboratoires aux côtés des personnels techniques et administratifs. Ils seront évidemment la chair à canon des conservateurs qui se sont accommodés du système en en détournant les règles. Les étudiants dans leur immense majorité voient leur situation économique se dégrader. Il est difficile de réformer dans ces conditions, mais aujourd’hui comme il y à trois ans, la réponse ne peut être le statu quo. Or le mouvement dans les universités est loin d’être dénué d’ambigüité. L’alliance entre les contraires n’aboutira à rien. Les organisations syndicales, malheureusement, n’ont pas de ligne cohérente sur la réforme de l’enseignement. Si l’université a été délaissée depuis des décennies, c’est parce que le modèle dominant est celui de la sélection/ségrégation dans le lycée, des classes préparatoires et des Ecoles grandes ou petites, publiques ou privées, et des multiples systèmes sélectifs acceptés par les mêmes syndicats (IUT, concours du PCEM, sélection par l’échec en droit, etc.). Je serais curieux de savoir le pourcentage des universitaires qui manifestent aujourd’hui et dont les enfants sont ou ont été dans les classes préparatoires. On récolte ce que l’on a semé et accepté. Nous ne sortirons pas de l’ornière sans une démarche qui rapproche les SHS des Sciences dans de véritables universités et qui dans le même temps accepte la diversité. Or ceci ne pourra jamais se faire sous la tutelle d’un état tatillon, seule une autonomie véritable, acceptée et maîtrisée nous le permettra. Le pouvoir aurait tort de prendre cette agitation à la légère. Il doit accélérer les négociations financières avec les 18 universités et leur donner les marges de manœuvre qu’elles réclament, y compris sur les rémunérations, sans leur dicter sa loi.
Paris le 29 janvier

Universités : oui, une plus grande souplesse dans les statuts est nécessaire

crédits: gadl sur flickr

Oui une plus grande souplesse dans les statuts est nécessaire, oui les rémunérations doivent être revues, mais là encore, il faut laisser jouer l’autonomie. L’Etat ne doit pas se mêler de tout.

Au sein de l’université Pierre et Marie Curie coexistent deux secteurs. Le secteur des sciences, soumis à la règle stupide des 192 heures d’équivalent de travaux dirigés. Un cours valant une fois et demie le temps d’un enseignement dirigé et deux fois le temps d’une séance de travaux pratiques, alors qu’en sciences, l’effort pédagogique principal ne peut se concevoir qu’en groupes constitués d’un petit nombre d’étudiants assorti d’un dialogue fort avec les enseignants. De son côté, le secteur médecine dont la seule règle est que les hospitalo-universitaires soient présents cinq jours et demi par semaine, dont cinq demies journées, en principe, consacrées à l’hôpital, sans obligation formelle d’enseignement et avec de très fortes disparités. De plus, ces personnels reçoivent une rémunération accessoire pour leurs activités hospitalières qui se traduit environ par un doublement de leur salaire. Bref deux poids, deux mesures !

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De retour de Marrakech

Crédits kali.ma  sur Flickr

De retour de Marrakech où j’étais invité, au titre de l’UPMC, par des universitaires marocains qui célébraient les progrès dans la solution d’un contentieux vieux de 18 ans, à savoir la reconnaissance par le gouvernement marocain du nouveau doctorat français pour leur carrière, au même titre que le PhD anglo-saxon. Rencontre fraternelle et stimulante. J’étais le seul invité français à avoir fait le déplacement pour remercier simplement nos collègues de la défense du doctorat français. Preuve s’il en était de la frilosité de nos universités et de leurs syndicats dans la défense de leurs diplômes.

Dans l’avion du retour, je prends connaissance des déclarations de Nicolas Sarkozy, à l’occasion du lancement de la réflexion pour une stratégie nationale de recherche et d’innovation, devant un parterre de Présidents d’universités, de directeurs d’écoles et d’organismes et de chefs d’entreprises, jeudi dernier. Se référant à la publication annuelle des indicateurs de l’OCDE en janvier, il fit le constat que la France prenait du retard en matière de recherche et d’innovation et que la part du financement privé, déjà une des plus faibles par rapport aux pays comparables, était encore en recul. Continuer la lecture

Non Chère Valérie Pécresse, les classes préparatoires ne sont pas la solution.

obama-student

Cet après-midi j’ai assisté, à télévision, à la cérémonie d’intronisation de Barack Hussein Obama. Discours tonique appelant l’Amérique à l’effort et stigmatisant les irresponsables qui ont fait le lit de la crise actuelle. Jamais je, toujours nous. Un discours ouvert sur les « petits », dont le travail au quotidien font la force de l’Amérique, mais aussi sur le monde. Chacun d’entre nous a-t-il dit doit avoir sa chance d’acquérir sa part de bonheur.

Trop de religion sans doute, mais quel moment fort, aussi fort que lorsqu’un certain  20 juillet 1969, mon fils Dominique sur mes genoux, j’assistais alors à l’alunissage de Armstrong et Aldrin : Un petit pas pour l’homme, un grand pas pour l’humanité, aujourd’hui comme hier !

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Seconde bonne nouvelle dans la morosité du mois de Janvier

© Lionel Antoni / Genopole

La seconde bonne nouvelle concerne la recherche. La déclaration d’André Syrota avant-hier à l’AEF (Dépêche n°107445) ne laisse planer aucune ambiguïté.

Il se dit favorable au mandat de gestion unique confié à l’hébergeur des laboratoires de recherche et espère que les « premiers résultats se verront dans les deux ans » avec les universités dans lesquelles l’INSERM possède des équipes. Il réclame une simplification radicale du panorama des mécanismes de financement de la recherche. Il y a aujourd’hui un chevauchement des domaines de recherche du CNRS et de l’INSERM. Continuer la lecture

Première bonne nouvelle dans la morosité du mois de janvier.

descoings

Et elle concerne la jeunesse. La nomination de Martin Hirsch comme haut commissaire à la Jeunesse et le choix de Richard Descoings pour lancer le débat national sur la réforme du lycée sont deux décisions excellentes.

Martin Hirsch a eu l’intelligence de faire comprendre la nécessité absolue de redonner sa valeur au travail par delà les dispositifs d’assistance sans contrepartie. Il est aux antipodes de la charité business. Oui le droit doit primer sur la charité. Mais il n’y a pas de droits sans devoirs et l’activité humaine ne peut se résumer à manger et dormir. Oui les travailleurs sociaux doivent être considérés aujourd’hui avec la même attention que les professeurs agrégés. Il y a urgence à agir. Continuer la lecture

L’espoir et la désolation

Crédits : Amir Farshad Ebrahimi sur Flickr

Cette semaine nous oscillons entre l’espoir et la désolation.

Désolation de ce qui se passe en Palestine, à Gaza, l’une des plus vieilles cités du monde méditerranéen, là où est née la civilisation moderne. Et comme toujours, à l’irresponsabilité des uns répond le cynisme des autres. Pourtant, tous se réclament des peuples sémites originaires d’Asie occidentale (ancienne Mésopotamie et du Moyen-Orient) que la tradition fait descendre de Sem, fils de Noé, et qui ont parlé ou parlent les langues dites sémitiques (l’hébreu, l’arabe, l’araméen, le babylonien, l’assyrien, et l’amharique). Mais le nazisme n’absout pas l’utilisation de méthodes barbares par les fils et les filles de ceux qu’ils ont tenté d’exterminer. Il y a six ans, mon université qui réclamait de l’Union européenne : « que dans le cadre de la préparation de son sixième programme cadre de recherche et développement, le contrat d’association entre l’Union européenne et l’Etat d’Israël soit renégocié pour être étendu à la partie palestinienne … et que l’Union européenne veille au respect par toutes les parties de l’ensemble des clauses du contrat » a été l’objet d’une virulente campagne de désinformation.

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Ne se tromper ni de combat ni d’alliés

credits : Caro Wallis sur Flickr

Dans un communiqué paru dans l’AEF le 5 janvier (Dépêche n°107098), la nouvelle direction de la CPU vient de se faire l’écho de certaines « interrogations et incompréhensions » qui subsisteraient, quant à la « proportion des moyens nouveaux qui parviennent réellement aux universités », aux « suppressions d’emplois », à « la réalité des dotations de l’État pour les neuf campus retenus par l’opération campus » et « sur le devenir des statuts des personnels au sein des universités devenues autonomes » (lire la lettre de la CPU) . Parallèlement « Le Monde » publie le même jour une tribune libre d’une dizaine de professeurs d’universités qui tout en se défendant d’être des partisans du statut quo refusent tout à la fois la nouvelle loi LRU et l’évolution du statut des enseignants car la première « renforcerait le pouvoir des présidents » et la seconde « porterait atteinte aux libertés académiques sans lesquelles il n’y a pas d’universités dignes de ce nom ».

Cette sainte alliance réuni ceux qui, arroseurs arrosés, après avoir accompagné le nouveau processus d’allocation des ressources cheval de Troie des technocrates contre la création d’universités compétitives dans la recherche internationale, se trouvent en être les premiers dindons de la farce et ceux qui, en dépit de leurs dénégations, sont les champions des adeptes du « sur-place » universitaire qui cherchent sans arrêt du côté de l’Etat comment maintenir leurs petits privilèges.

Ce combat n’est pas, ne peut pas être le nôtre. Continuer la lecture

2009 sera-t-elle l’année de l’autonomie universitaire ?

En réalité l’année 2009 va être décisive. Il semble bien que ce que la haute administration dénoncée par Bourdieu comme la « Noblesse d’Etat » ait ressenti comme un danger pour elle dans l’avenir la mise en œuvre d’une autonomie réelle des universités. Dès lors tout est entrepris pour reprendre par de multiples directives et de nombreux décrets ce que la loi LRU a concédé. On est bien dans des circonstances analogues à l’après soixante-huit où l’Etat s’était ingénié à annuler ce que les « politiques » avaient concédé.

C’est à mes yeux de cette façon qu’il faut analyser l’inflexion actuelle des discours de Valérie Pécresse.

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Y a-t-il 20 universités autonomes depuis le 1er janvier 2009 ?

Ca y est, nous sommes le 1er janvier 2009. Vingt universités devraient, selon les dires de Valérie Pécresse et en vertu de la loi n° 2007-1199 du 10 août 2007 relative aux libertés et responsabilités des universités, être des universités autonomes. Qu’en est-il exactement ? Si l’on se réfère au texte de la loi, son article 15 indique que «  Les universités peuvent, par délibération adoptée dans les conditions prévues à l’article L. 711-7, du code de l’éducation demander à bénéficier des responsabilités et des compétences élargies en matière budgétaire et de gestion des ressources humaines sous réserve que la délibération du conseil d’administration soit approuvée par arrêté conjoint du ministre chargé du budget et du ministre chargé de l’enseignement supérieur ». A ma connaissance les conseils d’administration des 20 établissements ont délibéré positivement sur ce transfert de compétence.

L’article 24 indique que « l’État peut transférer aux établissements publics à caractère scientifique, culturel et professionnel qui en font la demande la pleine propriété des biens mobiliers et immobiliers appartenant à l’État qui leur sont affectés ou sont mis à leur disposition. Ce transfert s’effectue à titre gratuit. Il s’accompagne, le cas échéant, d’une convention visant à la mise en sécurité du patrimoine, après expertise contradictoire ». A ma connaissance, deux universités ont fait délibérer leurs conseils positivement, l’université de Corte et l’université Pierre et Marie Curie.

En réalité les choses sont beaucoup plus floues. Continuer la lecture