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ARGENT FUTILE ET HOMME INUTILE par Christian SAUTTER et Catherine CADOU

Dans le train qui m’emportait vers Bruxelles pour animer un groupe de travail sur le financement des infrastructures sociales (éducation, santé, logement social), je suis tombé sur un article émouvant du « Financial Times » (05.12.16). Les fonds accumulés par les multinationales américaines dans les paradis fiscaux avoisinent les 1000 milliards de dollars (900 milliards d’euros !). Les champions de ces Olympiades de l’incivisme fiscal sont Apple (216 Mds$) et Microsoft (111 Mds$). Coca Cola est assez ridicule à la huitième place avec seulement 22 Mds$.

Comment peut-on admirer ces parangons de la vertu capitaliste et de la rupture technologique, qui privent le Trésor public américain des moyens de payer une éducation correcte à tous les jeunes, et qui jouent à merveille du labyrinthe européen pour échapper à l’impôt ? Le lien est évident entre cette impudence fiscale des grandes firmes nomades et l’accumulation d’une bulle de dettes des étudiants californiens, démarrant leur vie professionnelle avec un lourd boulet au pied. Certains expliquent d’ailleurs que la dette estudiantine made in USA pourrait provoquer les mêmes catastrophes que le surendettement des familles américaines pour accéder à la propriété, à l’origine de la crise financière de 2007-08.

 On comprend que Trump, le nouveau président élu, veuille faire revenir cet argent stérile dans le circuit de financement de la production et de l’emploi américains. Dans son style inimitable de Mister Twitter (cela veut dire gazouillis en anglais), il s’est déjà vanté d’avoir empêché la migration de 1000 emplois de l’entreprise Carrier (air conditionné) vers le Mexique ; et il a embrassé en public Masayoshi SON, l’entrepreneur japonais d’origine coréenne, qui a promis d’investir aux USA 50 Mds $ (de fonds japonais et saoudiens).

Pour mener cette bataille de ce que l’on appelait autrefois en France la reconquête du marché intérieur, il a choisi un gouvernement composé pour l’essentiel d’amis milliardaires de Wall Street. Chacun sait que ce sont les généraux qui arrêtent les guerres : Eisenhower en Corée, de Gaulle en Algérie, Rabin en Egypte ! Avec la carotte d’une forte baisse de l’impôt sur les bénéfices des sociétés et le bâton de droits de douane sur les importations de produits américains fabriqués à l’étranger (Chine et Mexique), ce cow-boy qui tire avant de réfléchir obtiendra peut-être des résultats à moins que, comme certains présidents, il n’oublie les promesses faites au bon peuple des États industriels en crise de la rust belt. Si le propre du chef est d’être imprévisible, nous allons être servis !

 Sortons de l’actualité en 140 signes pour nous pencher sur les problèmes présents et à venir de l’humanité. Nous pouvons nous appuyer pour ce faire sur le livre chatoyant d’un ingénieur-économiste original qui poursuit sa méditation solitaire au sein de l’École des Mines. Pierre-Noël Giraud a écrit « L’homme inutile » (Odile Jacob, 2016). Il reprend et enrichit la vieille querelle entre Malthus et Sauvy, sur la relation entre démographie et économie.

Au départ, un double constat. Le monde est peuplé d’une foule immense d’hommes « inutiles » qui n’ont de place ni dans la production ni dans la consommation, qui parviennent à peine à atteindre le minimum vital de survie. Dans les pays développés, ce sont les chômeurs de longue durée et les working poors. Dans les pays sous-développés, ce sont les paysans sans terre et les citadins des bidonvilles. Si la pauvreté a fortement reculé en  Chine, elle s’est à peu près stabilisée en Inde, mais elle progresse en Afrique.

L’Afrique ! Si la photo est préoccupante, le film à venir est franchement inquiétant, parce qu’elle n’a pas encore fait sa « transition démographique ». D’ici 2100, la population africaine devrait monter de 1 milliard à 4 milliards d’habitants. L’auteur nous explique bizarrement que ce sont seulement quelques décennies difficiles à passer ! La population mondiale devrait ensuite redescendre naturellement de 10 à 4 milliards d’habitants au cours du XXIIème siècle, à mesure que le développement africain s’accélérerait, que l’éducation y ferait reculer la natalité, comme c’est déjà le cas aujourd’hui dans une Chine qui vieillit rapidement.

 Pourquoi tous ces hommes (et femmes) dits « inutiles » aujourd’hui ? Parce que le système économique est vicié. Giraud distingue les « emplois nomades » et les « emplois sédentaires ». Les premiers sont en partie délocalisés par les grandes firmes depuis les pays à hauts salaires vers les pays à main-d’œuvre qualifiée et moins payée (disons des USA vers la Chine). Cette compétition pèse sur les salaires et le pouvoir d’achat des classes moyennes des pays riches. Quant aux emplois sédentaires, ils sont freinés par la stagnation du pouvoir d’achat des salariés des emplois nomades qui n’achètent plus suffisamment les services et les logements qu’ils produisent. Seule une minorité tire son épingle du jeu capitaliste, mais elle n’a ni le temps ni la capacité de consommer tous ses revenus. Des profits sont ensevelis dans les paradis fiscaux. Nous sommes dans le schéma classique de la « suraccumulation » de Marx ou de l’insuffisance de la demande de Keynes.

 Que faire pour occuper les « sédentaires » que le système juge « superflus » ? Il faut agir, pense notre économiste citoyen pour aller vers une « société juste » où chacun pourrait développer ses « capabilités » (Amartya Sen). Comment agir ? D’abord en rétablissant des condition de concurrence équilibrée entre des pays disposant des mêmes technologies, les uns payant des salaires élevés, les autres utilisant leur surplus de main-d’œuvre pour payer des salaires bien plus faibles. Giraud, citant la pensée mercantiliste (Friedrich List), pense que les pays développés devraient imposer un minimum de « contenu local » dans les produits vendus sur leur marché intérieur. En clair, il s’agit de reconstituer de grands marchés à préférence locale pour les produits industriels des « emplois nomades ». Pour les « emplois sédentaires » des services, il évoque une offre innovante, en citant notamment (mais bien trop rapidement !) l’Économie sociale et solidaire.

 Ceci, c’est pour le court terme ! À plus long terme, c’est le sort de l’Afrique qui est décisif pour l’avenir des pays européens. Si ce continent ne se développe pas, les plus talentueux de ses citoyens vont émigrer en masse vers … l’Europe, provoquant des « révoltes des multitudes » à l’intérieur de l’Union européenne, ou des guerres aux frontières. Comment développer l’Afrique, dans notre propre intérêt ? « Aider le Tiers-monde, c’est s’aider soi-même » disait le Président Mitterrand à la conférence des pays moins avancés à l’été 1981.

Le défi n’est pas mince : faire en sorte que les Africains puissent nourrir et employer 900 millions de personnes en plus d’ici 2050 ! L’ingénieur Giraud pense que l’Afrique a les ressources en eau et en terres arables, ainsi que les talents entrepreneuriaux pour avancer. Ce qui lui manque, ce sont les capitaux et les débouchés. L’économiste Giraud préconise une solution à la chinoise : le développement de grandes zones industrielles franches autour des ports, où les investisseurs seraient davantage les pays émergents (Chine en tête) que les pays développés. Cela suppose une diplomatie économique assez subtile de la part de l’Union Européenne : durcir les condition d’entrée des produits chinois, mais laisser pénétrer les produits africains (pour tarir à la source les flux migratoires massifs)

Je passe sur bien d’autres réflexions foisonnantes et souvent fulgurantes sur la crise financière inévitable à venir : il faudra « purger le mistigri financier » des immenses dettes accumulées par les États, les entreprises et les particuliers (les étudiants américains !). Revenir à l’ « économie marchande » que Braudel distinguait de « l’économie capitaliste » faite de finance et de grand négoce international. Prendre la crise climatique au sérieux en recourant à des incitations simples : taxer le carbone à 150 $ la tonne comme en Suède, alors que la France n’ose pas monter à 30$ la tonne, et prélever un droit de douane européen sur le pétrole importé pour monter son prix ttc à 80-100 € le baril.

L’essentiel est que ce livre publié au début de l’année 2016 lance un cri d’alarme sur la révolte qui couve, dont témoigne l’élection de Trump, et proclame : « Classes moyennes de tous les pays, unissez-vous ! » Les problèmes à résoudre d’urgence ne sont pas d’ordre technique (les économistes peuvent proposer des solutions), mais politiques.

Il faut agir, car le problème de « l’inutilité des hommes » dans un système économique centré sur le profit à court terme ne pourra que s’aggraver avec le temps. Et il faut agir pour reconstruire une « économie juste », pas seulement en France, ni même en Europe, mais aussi en Afrique et dans le monde.

Et si l’économie vous ennuie, allez vite voir « Une chambre en Inde », mis en scène par Ariane Mnouchkine à la Cartoucherie de Vincennes. Admirable d’humanisme multiculturel, tout simplement !

Piqûre de rappel nécessaire : L’Europe est-elle une utopie nécessaire ?

L’épisode dramatique de la vie politique grecque a révélé bien des contradictions de la construction européenne et renseigne aussi sur l’état de l’opinion des européens aujourd’hui. Je suis de la génération née durant la dernière guerre mondiale dans une famille ouvrière. Notre éducation a été nourrie par les luttes de nos aînés pour l’émancipation, par la prise de conscience des conséquences de la grande guerre et par la nocivité des idéologies fasciste et nazi, par l’illusion qu’un modèle alternatif au capitalisme débridé existait bel et bien à l’Est. Nos enfants ont aussi été éduqués à cet aune, mais avec nos petits enfants dont certains arrivent à l’âge adulte ces souvenirs s’estompent. Peu de pays en Europe ont en fait connu ce schéma. D’une part l’Espagne, le Portugal et la Grèce continuèrent à être régies par des dictatures assassines, d’autre part une beaucoup de pays qui avaient subi avec dureté le dernier conflit mondial furent placés sous domination soviétique avec des régimes qui n’avaient de démocratique que le nom et étaient tout aussi meurtrières. L’Allemagne et l’Italie, les principaux artisans du conflit, étaient de fait sous tutelle. Dans ce contexte quelques esprits éclairés, à la suite de l’appel de Winston Churchill, le Belge Paul-Henri Spaak et les français Jean Monnet et Robert Schuman se firent les VRP d’une démarche visant à créer les Etats-Unis d’Europe. Mais il faut bien convenir qu’en France tant les gaullistes que les communistes s’efforcèrent avec un certain succès à entraver la marche en avant. Les vingt années qui suivirent l’après-guerre virent se mettre en place à bas bruit une petite Europe (RoyaumeUni, République fédérale allemande, Bénélux, France et Italie) qui permit une amélioration sociale et économique constituant le noyau dur de l’Europe alors que les satellites de l’URSS et les pays de l’ouest sous dictature restaient en retard.

Partout en Europe cependant la jeunesse fermentait car les carcans sociaux et religieux étaient de moins en moins supportés et aboutirent aux divers mouvements de 1968. L’Europe de l’Est à l’Ouest, bousculée à des rythmes divers par l’émergence des nouvelles technologies de l’information (radio libres, informatique, etc.) et la soif de nouveauté les pouvoirs durent lâcher du lest sur les questions de morale et de sexualité. Les vingt années suivantes l’intrication des économies va induire la nécessité d’une ouverture des frontières intra-européennes procurant une fluidité plus grande des jeunes dans cet espace. La fin des dictatures d’Europe de l’ouest au Portugal, en Espagne et en Grèce va renforcer ce grand mouvement de brassage renforcé par l’arrivée du Danemark. L’Union Européenne disposait d’une assise confortable mais elle restait avant tout une confédération lâche ne disposant ni d’une monnaie ni d’une libre circulation. L’entré en application le 1er juillet 1987, l’acte unique européen avait pour but de redynamiser la construction européenne en fixant l’achèvement du marché intérieur à l’année 1993, permettant la libre circulation également des capitaux et des services. Mais l’acte européen demeure une cote mal taillée puisqu’elle laisse aux états, en théorie du moins la maîtrise de leur politique étrangère, économique, sociale et sécuritaire alors que la libre circulation devient la règle et la monnaie unique à laquelle le Royaume  Uni refusa d’adhérer ne put s’appuyer sur une gouvernance solide.

L’effondrement de l’union soviétique va considérablement modifier l’évolution de l’Europe. Une fois passé l’euphorie d’une liberté toute hypothétique envers laquelle il faut bien convenir seul, parmi les grands dirigeants occidentaux, Mitterrand manifesta de sérieuses réserves, se créa une fenêtre d’opportunité où va s’engouffrer un ultralibéralisme débridé dont les résultats en Russie sont encore terrifiants aujourd’hui ne serait-ce que par le recul de l’espérance de vie et l’atomisation de sa périphérie. Les couches populaires de l’Europe occidentale en seront les victimes expiatoires et rares furent les pays à pouvoir préserver l’Etat providence. Par une cruelle ironie de l’histoire, l’Espagne, le Portugal et la Grèce qui pensaient pouvoir se l’approprier en sont les victimes résiduelles sans qu’aucune solidarité ne se manifeste parmi les pays de l’ancien glacis soviétique tant y était discrédité tout ce qui provenait de l’Etat. Dans le même temps, l’Allemagne réunifiée, qui bénéficia d’une large solidarité de l’union européenne pour remettre à flot sa composante orientale, retrouva sous la houlette du chancelier social-démocrate Schroeder, devenu l’icône de tout ce que la France compte d’économistes peu imaginatifs, relança la politique du tout à l’Est en poussant à l’arrivée dans l’Union européenne du glacis soviétique et en regardant Eltsine puis Poutine comme les yeux de Chimène jusqu’à ce que la Crimée puis l’Ukraine ramènent ses successeurs à la réalité.

Dans le même temps l’unilatéralité libérale déstabilisait fortement le continent africain et le Moyen-Orient créant les conditions de l’émergence d’un islam simpliste et radical qui allait aussi trouver des adeptes parmi la progéniture des travailleurs émigrés d’Europe occidentale dont l’intégration à nos pays n’avait pu se réaliser pleinement dans un contexte économique dégradé où les couches moyennes et les retraités n’entendaient pas se laisser déborder. L’afflux de réfugiés dont on ne sait s’ils sont politiques, économiques ou d’opportunité a changé gravement l’ambiance politique générale entrainant la renaissance des sentiments identitaires dans l’Europe du nord et de l’est, et renforçant l’impatience de la jeunesse et des indignés de l’Europe du sud. Il serait stupide de prêter la main à ceux qui se saisissent de cette occasion trouver la cause de la situation actuelle dans la fermentation des années autour de mai 68,  le mal absolu pour la pensée néo-réactionnaire avec des nuances entre un Donald Tusk et un Nicolas Sarkozy mais qui tous les deux regrettent la levée des interdits de la civilisation judéo-chrétienne. D’une certaine manière, ils se font les complices de la  montée des interdits de la civilisation de l’islam tout en accentuant leur convergence vers ceux qui veulent faire sauter le rejet du racisme et de la xénophobie.

Devant cette situation il faut faire le pari de la jeunesse et du melting-pot. De ce point de vue je considère que la principale avancée de l’union européenne réside dans le programme Erasmus, que la droite européenne voulait affaiblir, et les programmes de recherche sur appels communautaires. Inversement je considère comme essentielle la lutte contre l’esprit de renoncement qui anime nos sociétés vieillissantes et font le lit de la néo-extrême droite européenne. Ce n’est pas une menace à prendre à la légère car le populisme et la xénophobie ont toujours été des données de fond des peuples européens. Et si, dans les systèmes démocratiques ils ont rarement dépassé le tiers des suffrages exprimés, dans plusieurs circonstances ils ont trouvé des alliés afin de prendre le pouvoir.

L’Europe est une utopie nécessaire pour la gauche a dit récemment Cohn-Bendit. Mais elle est aussi nécessaire pour la jeunesse et donc pour l’avenir de l’Europe et du monde. Plus que jamais les Etats Unis d’Europe sont une nécessité. Aujourd’hui ce n’est plus la fuite en avant qu’il nous faut. Laissons cette chimère aux « nouveaux philosophes ». Il nous faut une défense unifiée, un parlement élu au suffrage universel qui joue son rôle qui est de contrôler l’exécutif élu par lui. Certes une large décentralisation des décisions aux régions de l’Europe sera nécessaire. Il faut impérativement que l’Europe investisse non seulement chez elle mais dans les territoires d’où proviennent les cohortes d’immigrés, ce qui lui impose de participer à leur sécurisation. Quelle autre alternative ? Les indignés, les gauches des gauches ne peuvent se fourvoyer comme l’on fait il y a trois quart de siècle leurs aînés et servir de marches-pieds aux héritiers des idéologies qui détruiront notre continent et nous rendront à notre tour des esclaves. Mais il faut aussi que les profits réalisés par l’économie européenne ne soient plus confisqués par quelques-uns et servent en priorité à cette politique. Non l’Europe n’est pas une utopie nécessaire mais une nécessité absolue.

Les Picards le 18 août 2015

Ma ville sans migrants

Intervention de Daniel Breuiller, maire d’Arcueil, en réponse au vœu du Front National

Conseil municipal du 29 septembre 2016

Ce vœu est une insulte à l’histoire de notre pays et de notre commune.

Je vais vous rappeler la Constitution de 1793 :

« Tout étranger âgé de 21 ans, qui domicilié en France, y vit de son travail, ou acquiert une propriété ou épouse une française ou adopte un enfant ou nourrit un vieillard, tout étranger enfin, qui sera jugé par le corps législatif avoir bien mérité de l’humanité, est admis à l’exercice des droits des citoyens français. »

Voilà plus de deux siècles, la République se définissait ouverte et accueillante. Votre pensée est moyenâgeuse,

Arcueil a accueilli bien des migrants : Marie Curie par exemple, Antoine Marin dont un prix d’art contemporain porte le nom… Combien de familles venues d’Italie ou d’Espagne fuyant le fascisme, combien de familles juives d’Europe de l’Est dont plusieurs, hélas, livrées par la police de Pétain au régime Nazi. Des gens célèbres mais aussi des maçons, des carriers, des ouvriers, des instituteurs, des réalisateurs, des commerçants. Dulcie September, luttant en France contre le régime de l’apartheid jusqu’à son assassinat. Des réfugiés chiliens fuyant Pinochet et même sans doute des réfugiés roumains fuyant la dictature Ceausescu.

Si nous avions fermé la porte aux migrants vous ne trouveriez guère de médecins à l’accueil des urgences de l’hôpital, les poubelles ne seraient plus ramassées dans nos rues, votre colistière ne serait peut-être pas à vos côtés ce soir et Picasso n’aurait pas rencontré Julio Gonzalez ici même.

Votre vœu est une honte à propos des réfugiés alors qu’en ce moment même des enfants meurent sous les bombes à Alep, des familles sont affamées, les opposants politiques assassinés en Syrie, au Soudan ou en Erythrée. Votre vœu est une honte parce que plus de 11 000 personnes ont péri en Méditerranée au cours des deux dernières années.

Notre ville s’est déclarée prête voilà un an à participer à l’accueil de réfugiés car Calais, les bidonvilles qui fleurissent sont une indignité. A ce jour nous n’avons pas été sollicités, mais je réitère au nom de la majorité municipale notre disponibilité à accueillir les deux ou trois familles que les engagements internationaux nous demanderaient d’accueillir.

Il y a 36 000 communes en France, les engagements internationaux de la France parlent de 30 000 réfugiés, l’évacuation de Calais et des autres camps concerne 12 000 personnes. Cela ne fait même pas une famille par commune ! Et nous ne pourrions pas ? A Arcueil, des particuliers se sont portés volontaires pour accompagner ces migrants dans leur insertion et même plusieurs pour les loger. Une famille syrienne vit depuis 3 ans dans un logement de 30m² avec 3 enfants. Elle est avocate, lui ingénieure et ils vivent en faisant des ménages et des traductions.

Beaucoup de familles françaises ont un parent ou un aïeul étranger. Ici même dans le conseil nous avons des parents, grands-parents venus de Belgique, de Guinée, du Cameroun, de Pologne, d’Algérie, du Maroc, de Roumanie, de Serbie, du Portugal, d’Espagne… Ils forment notre nation par leur adhésion aux valeurs de la République.

Votre vœu cultive le fonds de commerce de votre parti, la peur, la haine de l’étranger. Marion Maréchal Le Pen parle des migrants comme la « poussière » que l’on disperse. Elle dit « ça » pour qualifier des humains. Ces discours, cette attitude ressemblent énormément aux années 1930 lorsque, la crise économique s’aggravant, des gouvernements ont fait des juifs, le bouc émissaire de la colère de leurs peuples.

Les êtres humains ont en eux, la capacité à s’élever, la capacité d’empathie et de fraternité. Ils ont aussi des pulsions de mort et de violence contre lesquelles la culture, l’éducation et l’amour de son prochain doivent former rempart. Vous portez une très lourde responsabilité en appuyant sur ces tentations de haine et de xénophobie.

Nous ne vous laisserons pas dénaturer notre pays. »

Les Français ont la mémoire courte. Un billet de Michel Besse militant corrézien :Ne pas se laisser abuser !

Nouvelles fraîches de Chamboulive dans La Montagne du 25 octobre.

Le porte-parole des manifestants flics noctambules n’est pas flic, il ne l’a jamais été, il bosse chez Carrefour, s’appelle Rodolphe Schwartz et c’est un militant du rassemblement bleu Marine. En clair les flics du FN jouent les noctambules. Les syndicats sérieux devraient reprendre cette affaire en main. On devrait régler le problème avec une augmentation de salaire et un peu de pommade. On parle de 100 millions pour calmer ces braves gens…Y a que ça qui marche…Du pognon…Jeudi on était à 250 briques pour du beau matériel : voitures blindées etc… Amis et collègues Proviseurs il faut prendre vos camionnettes de service et faire pareil, vous qu’on agresse régulièrement. On vous intaillera des barbelés et des miradors.

Selon Jean d’Ormesson Juppé va faire du Hollande à ceci près qu’on va avoir la retraite à 65 ans, les 39 heures (adieu les RTT), la fin de l’ISF,  l’augmentation de la TVA etc… Sus aux pauvres et pendant ce temps la gauche joue les effarouchées. Selon Standard and poor’s la note de la France s’améliore…on s’en fout totalement

Suggestion aux amis de l’agglomération : La déchetterie de Chamboulive est très bien tenue par un préposé sympa, bosseur et accueillant. Comme dirait ma grand-mère : dommage qu’il soit noir !!! Je râle quand je vois le portail régulièrement défoncé, le grillage arraché par les inévitables « baraquins »  comme les nommait ma grand-mère. Et si on ne mettait pas de serrure mais un simple panneau d’interdiction de pénétrer hors la présence du gardien…De toute façon ils entreront…

Séquence : tout n’est pas à jeter dans notre société :

Savez-vous que la vision et la prise en charge du handicap ont bien évolué avec la loi de 75 (Giscard) les lois de 82 et 83 (Mitterrand), les lois de 2002 et 2005 (Chirac). On n’entend plus ou rarement des réflexions du genre : quand on a un gosse comme ça on le cache, vous pouvez venir avec François, ça ne nous « gêne pas », je ne suis pas faite pour enseigner à ce « genre » d’enfant, trouvez de la place ailleurs (Igny, Directrice de maternelle). Nous trouvâmes de la place ailleurs, à Clamart et jamais François ne mit un orteil dans une école de sa commune… Aujourd’hui que ce soit à Tulle, à Chamboulive ou à Seilhac quand François a une difficulté, genre téléphone qui ne passe pas, escalier trop raide pour lui, il trouve toujours une main tendue…et oui c’est pour ça que j’aime les gens d’ici comme on dit

L’ami Le Drian a réussi encore un bon coup avec l’implantation d’une demi brigade de la Légion sur le Larzac et discutant avec les gens du coin (pas avec les écolos gauchos de je ne sais où). Tout le monde y trouve son compte et la vie réapparait sur le plateau. Il semble que Cazeneuve s’en tire bien à Calais…même chose on parle

Deux maisons de santé financées par l’agglomération à Tulle et Corrèze avec 2 présidents médecins appréciés. Ce ne sera pas comme dans certains cas une entreprise totalement commerciale et privée…maison de santé au service des actionnaires et non maison de santé au service des patients. On a des phénomènes semblables avec les résidences séniors et les maisons de retraite.

Remarquable bulletin de Tulle Agglo…bravo aux communicants de la colline…

Ça bouge à Seilhac, des travaux d’amélioration un peu partout. Les finances seraient-elles enfin maîtrisées après la gestion irresponsable de la droite ?

Prix de journée à l’EHPAD de Chamboulive : 57 euros. Dans la région parisienne, le double et où vaut-il mieux vivre ?  A Chamboulive sans discussion aucune…CQFD.

Considérations nationales

Quelques-uns de mes « correspondants », rares il est vrai, ne supportent pas que je dise des trucs (surtout quand les choses sont vraies mais cachées). Faut pas m’en vouloir, c’est l’habitude du débat qui fait partie de ma seconde nature. Je n’importune plus les amis qui ne veulent pas entendre des trucs qui ne leur plaisent pas et je ne leur en veux pas, loin de là.

Mélenchon un Besancenot qui a réussi mais qui ne sert toujours à rien, pas plus que le facteur. Si on s’achemine vers 500 députés de droite et 50 PS ; Il y aura une trentaine FN avec Le Nord et PACA. En avant la musique pour les « réformes de fond comme ils disent »

Macron a communiqué les noms de ses fans les plus proches…j’en connais pas un… et aucun n’a jamais fait de choses un peu sympa genre Président d’Emmaüs ou MSF ou autres… des bourges rien que des bourges et avec des ambitions. Reste à rencontrer les électeurs et faire leurs preuves. La bulle médiatique commence d’ailleurs à baisser dans les sondages…

 Le chômage augmente c’est la faute à Hollande. Le chômage baisse, il n’y est pour rien et on oublie de parler des intérims etc…refrain habituel…Voir Le Figaro et le Point. Tout le monde sait que le CICE et pacte de solidarité combinés aux mesures pour les jeunes (emplois d’avenir) commencent à porter leurs fruits et ce serait bien le moins tant on a du faire de cadeaux aux patrons pour relancer la machine avec des emplois durables.

Selon les économistes libéraux c’est tellement mieux ailleurs, en Allemagne : pas de chômage mais pas de gosses, en Angleterre : pas de chômage mais système de santé nul, aux Etats Unis : pas de chômage mais des archi-pauvres en veux-tu en voilà, au Danemark avec l’égoïsme en bandoulière…Tout n’est pas rose chez nous mais on est bien en France. L’accueil des réfugiés un peu partout ce n’est pas rien. Les associations sont au top et il y en a. Cazeneuve et Fabienne Buccio, la préfète du Pas de Calais (connue en Corrèze) ont été à la hauteur pour l’évacuation de la jungle.

Pourquoi le discours de Marine Le Pen reste profondément d’extrême droite par Olivier Faye et Les Décodeurs

J’ai trouvé important de mettre en ligne cette analyse parue dans un supplément du monde hier.

Marine Le Pen l’assume : elle veut prendre le pouvoir. La perspective semble encore lointaine, en l’absence d’une majorité dans le pays ou d’alliés susceptibles de lui offrir ce strapontin, mais dire les choses, c’est déjà leur donner un semblant de réalité. Dès son accession à la présidence du Front national, le 16 janvier 2011, la députée européenne avait affiché son intention. Son père, Jean-Marie Le Pen, appartenait à la génération des « éveilleurs » ; elle serait de celle des « bâtisseurs ».

La prétention de Marine Le Pen est parfois vue avec dédain par ses adversaires, mais les résultats électoraux du FN, en constante progression, des cantonales de 2011 aux régionales de 2015, incitent à considérer le parti d’extrême droite. Les sondages aussi, qui annoncent depuis trois ans la présidente du Front national présente au second tour de la présidentielle de 2017. Dès lors, il semble nécessaire de prendre au sérieux ce qu’elle a à dire.

Fixer son verbe

Nous avons choisi de reproduire et d’analyser dans sa quasi-intégralité le discours prononcé par la candidate d’extrême droite lors de ses Estivales, à Fréjus (Var), le 17 septembre. Outre le fait qu’il balaye la plupart des sujets qui animeront la présidentielle – sécurité, économie, immigration, identité, relations internationales –, ce discours est vu au FN comme un élément fondateur de sa campagne. Ses différents aspects seront déclinés durant les six mois qui nous séparent du premier tour du scrutin.

De nombreux universitaires et journalistes ont produit des travaux de qualité, ces dernières années, pour définir le « marinisme », ses mots, ses idées, ses concepts. Notre propos est d’essayer de « fixer » cette doctrine – ou cette ligne politique – à un moment où elle va se confronter à une échéance majeure, pour elle et pour le pays. Qu’est-ce qui distingue Marine Le Pen du « jean-marisme », expression forgée par son père ces derniers mois pour remplacer le terme « lepénisme », qu’il partage désormais avec sa fille honnie ? En quoi cette femme politique de 48 ans, née après la seconde guerre mondiale et les conflits coloniaux, qui a grandi avec la crise économique et la libération des mœurs, s’inscrit-elle dans l’histoire du nationalisme français ? Quelles références utilise-t-elle, et à quelles fins ?

« Peuple », « liberté » et « Etat »

Certaines évolutions sémantiques existent, et traduisent les stratégies électorales de la candidate. Pour son intronisation comme présidente du FN, au congrès de Tours, en 2011, Marine Le Pen avait articulé son intervention autour de deux notions : l’Etat et le peuple. Le premier devait servir le second, être remis entre ses mains et constituer un remède aux afflictions françaises.

A Fréjus, en septembre, la députée européenne s’est encore réclamée du « peuple », mais elle a cette fois conjugué cette notion avec celle de « liberté ». Le mot revient 29 fois dans son discours tandis que l’expression « libre » est utilisée 17 fois. En 2011, le terme d’« Etat » était employé à 51 reprises. Cinq ans après, il n’est repris que 11 fois. Sans modifier le programme sur le fond, les mots permettent de s’adresser à un électorat de droite traditionnel, que beaucoup au FN estiment délaissé par leur parti.

Des sources d’inspiration, qui ne sont pas nommées ou assumées, de la nouvelle droite aux nationalistes-révolutionnaires, permettent aussi de donner des clés de compréhension à son discours. Car plus que par le passé, Marine Le Pen joue de l’euphémisme et de l’implicite. La finalité, elle, est limpide : ratisser le plus largement possible en vue du second tour de l’élection présidentielle.

#1 : Une nation organique

CE QU’ELLE A DIT

« C’est en candidate du peuple que je me présente devant vous (…) Le peuple français, c’est vous et c’est nous. Ce sont des millions d’hommes et de femmes fondamentalement unis par des liens invisibles mais irréductibles, unis par l’amour d’un pays, par l’attachement à une langue et une culture, un peuple c’est un seul cœur qui bat dans des millions de poitrines, c’est un même souffle, une même espérance. »

CE QUE ÇA VEUT DIRE

Dès le début de son discours, Marine Le Pen décrit sa conception du peuple, qu’elle voit comme un tout homogène et immanent, des hommes et des femmes « unis par des liens invisibles mais irréductibles (…) par l’attachement à une langue et à une culture ». En clair, la députée européenne promeut une conception organique de la nation, que l’on oppose à celle basée sur l’adhésion à des valeurs communes. « Cela ne veut pas dire qu’elle rejette la citoyenneté contractuelle, mais elle y pose des limites », analyse le politologue Jean-Yves Camus, directeur de l’Observatoire des radicalités politiques.

Plus loin dans son propos, la présidente du Front national développe l’idée que le « monde ne survivra que par la diversité humaine, culturelle, la biodiversité », c’est-à-dire en protégeant l’existence « des civilisations » – au pluriel – en les préservant les unes des autres. « Elle emprunte aux nationalistes-révolutionnaires [courant de l’extrême droite radicale qui mêle culte de la différence et discours socialisant]. Ces derniers expliquent que face au système à tuer les peuples, au métissage culturel, il faut permettre de recréer des unités organiques », rappelle l’historien Nicolas Lebourg, auteur de Lettres aux Français qui croient que cinq ans d’extrême droite remettraient la France debout (Les échappés). Ce que préconisait, en somme, François Duprat, ancien militant nationaliste-révolutionnaire et tête pensante du Front national… dans les années 1970.

2 L’imminence du cahot

CE QU’ELLE A DIT

« Personne ne doit ignorer que cette élection présidentielle, cette élection de 2017, met en jeu une alternative implacable, soit la France, sa souveraineté, son identité, ses valeurs, sa prospérité, soit un pays que nous ne reconnaîtrons plus, qui nous sera devenu étranger. »

CE QUE ÇA VEUT DIRE

Le Front national ou le saut dans le vide. Voilà l’alternative que suggère Marine Le Pen quand elle estime que « cette élection de 2017 » va décider si la France conserve « sa souveraineté, son identité, ses valeurs » ou si elle devient « un pays que nous ne reconnaîtrons plus, qui nous sera devenu étranger ». Dramatiser l’enjeu, promettre des lendemains qui déchantent : l’outil rhétorique a souvent été utilisé par le FN. Dès sa fondation, en 1972, le slogan du parti d’extrême droite invitait au sursaut : « Avec nous avant qu’il ne soit trop tard ». Jean-Marie Le Pen a repris cette antienne, par exemple lors de l’élection présidentielle de 1988. Il dénonçait à la télévision, graphiques à l’appui, la « menace » de l’immigration et son caractère supposément irréversible.

En parlant d’un pays « qui nous sera devenu étranger », Marine Le Pen aborde de manière implicite la théorie du « grand remplacement ». Cette dernière postule que les immigrés extra-européens, en particulier les Maghrébins et les personnes venues d’Afrique subsaharienne, se substituent à la population française « de souche » dans le cadre d’un plan établi par des élites. La présidente du FN refuse d’endosser cette expression, populaire au sein de l’extrême droite et dans son propre parti, au prétexte qu’elle relèverait d’une vision « complotiste » du monde. Mais le discours de la candidate revient à faire planer cette menace d’une France subvertie. Dans d’autres circonstances, Mme Le Pen n’hésite pas à se demander si « la France va rester la France ».

Souveraineté et identité

CE QU’ELLE A DIT

« Il n’y aura plus de France sans identité. Et il n’y aura pas d’identité sans souveraineté. »

CE QUE ÇA VEUT DIRE

Le discours de Fréjus a été l’occasion pour Marine Le Pen d’adresser un message à son camp, en même temps qu’elle parlait au grand public. « Il n’y aura plus de France sans identité et il n’y aura pas d’identité sans souveraineté », affirme-t-elle. La sentence est une réponse directe au journaliste Eric Zemmour, qui avait estimé quelques jours plus tôt que la fille de Jean-Marie Le Pen se trompait de combat en privilégiant, selon lui, la défense de la souveraineté. En clair, M. Zemmour reproche à la candidate d’endosser la ligne de son bras droit Florian Philippot plutôt que celle de sa nièce, la députée de Vaucluse Marion Maréchal-Le Pen.

La présidente du FN ne change pas de cap, et rappelle dans son discours qu’elle milite pour le retour en France de souverainetés dévolues à l’Union européenne. Mais Marine Le Pen tente d’équilibrer son message en plaçant l’identité à un niveau d’importance égal. La finalité du combat qu’elle mène est, dit-elle, de préserver l’identité française. « Les identitaires peuvent être très heureux de ce discours. Si elle continue à marcher sur deux jambes comme ça, elle peut réaliser un gros score au premier tour et se ménager des reports de voix au second tour, estime l’historien Nicolas Lebourg. Elle piège Nicolas Sarkozy, qui n’est lui que sur le thème de l’identité depuis son entrée en campagne. »

Un ennemi intérieur

CE QU’ELLE A DIT

« Nous, citoyens français, nous, peuple français, ne décidons plus de notre destin. Nos lois ne sont plus nos lois, nos codes et nos mœurs ne sont plus nos codes et nos mœurs, et la politique de la France est trop souvent dictée de l’étranger. »

CE QUE ÇA VEUT DIRE

L’extrême droite a pour coutume de désigner deux ennemis : intérieur (le Parti communiste, par exemple) et extérieur (l’Union soviétique, dans le même ordre d’idée). Ici, Marine Le Pen pointe de manière allusive un ennemi intérieur, que l’on perçoit comme étant le résultat de l’immigration : il n’est pas « de France », n’aurait pas ses « codes », ses « mots », commettrait des « crimes » et mettrait à mal « l’intégrité du territoire »« Elle procède par allusions et périphrases pour dépeindre sous un visage effrayant, car mystérieux, des ennemis jamais nommés : des populations non autochtones, qui sont assimilées à des criminels, analyse Cécile Alduy, professeur à Stanford et auteure avec Stéphane Wahnich de Marine Le Pen prise aux mots (Seuil, 2015). L’ennemi est aussi dangereux que fuyant. »

Un absent très présent

CE QU’ELLE A DIT

« Est présent sur notre sol autre chose que des criminels, sont présents des ennemis qui entendent faire régner des lois, des mœurs, une idéologie politico-religieuse, venus de l’extérieur. »

CE QUE ÇA VEUT DIRE

Tout au long de ce discours, Marine Le Pen joue sur l’implicite. Aucun adversaire politique n’est nommé. Pas plus qu’une religion ou une idéologie. Lors de la précédente université d’été du FN, à Marseille, le 8 septembre 2015, la présidente du parti d’extrême droite avait promis de mettre l’« islam radical à genoux ». Cette fois, les mots « islam » ou « islamisme » ne sont pas prononcés. Une manière de ne pas désigner un bouc-émissaire, en apparence. Tout juste dénonce-t-elle la présence « sur notre sol » d’« ennemis (…) venus de l’extérieur » pour servir une « idéologie politico-religieuse ». En clair, de djihadistes, qui seraient présents sur le territoire français du fait d’une immigration non contrôlée – ce qui occulte le fait que certains d’entre eux sont français depuis leur naissance. « Ne pas nommer signifie qu’il n’y a pas besoin de décodeur, cela va de soi, note l’historien Olivier Dard, professeur à l’université Paris-IV et spécialiste du nationalisme français. Son discours est compréhensible par tout le monde, c’est symptomatique de la lepénisation des esprits. » Le propos de la présidente du FN était plus transparent, à Tours, en 2011 : « L’Europe n’est pas un califat, la France n’est pas un califat, elle ne l’a jamais été, elle ne le sera jamais. » En 1988, Jean-Marie Le Pen jouait de son côté au prophète sur le sujet : « Dans vingt ans, la France sera une république islamique. »

La trahison des élites

CE QU’ELLE A DIT

« Je ne désignerai pas un ennemi extérieur, ni même un parti de l’étranger, ce serait trop facile et trop réducteur. La complaisance est dans nos têtes, elle est dans nos petits arrangements avec l’intérêt national, et elle est dans l’abdication devant un système qui livre tout bien commun, tout projet collectif, aux appétits individuels. »

CE QUE ÇA VEUT DIRE

Dans son discours, Marine Le Pen assure ne pas vouloir désigner un « ennemi extérieur » ou un « parti de l’étranger » – une pente sur laquelle l’extrême droite s’aventure régulièrement pour expliquer le « déclin » français. De manière étonnante, elle utilise même le « nous »pour pointer des erreurs collectives : « Nous avons cru… » ; « Nous avons trop cédé… » ; « Nous avons accepté… », etc. « Elle développe l’idée que nous sommes responsables de notre propre décadence. Elle rompt avec la théorie du bouc-émissaire classique à l’extrême droite », note Jean-Yves Camus, de la fondation Jean-Jaurès.

Cette posture ne l’empêche pas, pour autant, de vilipender quelques minutes plus tard ces « élus » qui auraient trahi le peuple français en signant « des traités qui aliènent la liberté de la nation, qui placent ses lois, sa justice et ses mœurs sous contrôle étranger ». Les responsables sont désignés – les élites, qui ont cédé le pouvoir à « Washington, Berlin ou Bruxelles » – et l’adversaire est tout trouvé, l’Union européenne. Comme l’ensemble des organisations supranationales, cette dernière voudrait « en finir avec les peuples, les frontières et les nations ». Dans la rhétorique mariniste, l’UE remplace petit à petit l’URSS comme ennemi extérieur. La présidente du FN a répété ces derniers mois qu’elle voulait faire tomber le « mur de Bruxelles » et a estimé que le « destin de l’UE ressemble de plus en plus à celui de l’Union soviétique ».

Le patriotisme économique

CE QU’ELLE A DIT

« C’est Alstom aujourd’hui qu’il faudrait abandonner ! Alstom, fleuron de notre technologie industrielle, leader incontesté de son marché, que l’on voudrait abandonner parce qu’on ne prend même plus la peine d’acheter ses produits ! »

CE QUE ÇA VEUT DIRE

Marine Le Pen a toujours défendu l’intervention de l’Etat dans l’économie, quitte à s’attirer des critiques dans son camp et au sein de la droite. Une vraie rupture avec son père, qui était marqué par le logiciel libéral. Là, la présidente du FN se désole à l’idée que l’on puisse« abandonner » Alstom, « fleuron de notre technologie industrielle ». En défendant l’industrie française coûte que coûte, elle se démarque de certains de ses probables concurrents lors de l’élection présidentielle, Alain Juppé en tête. Comme le rappelle l’historien Nicolas Lebourg, l’ancien premier ministre se disait prêt, quand il était à Matignon, en 1996, à revendre la société Thomson au chinois Daewoo pour 1 franc symbolique. « Ça ne vaut rien… », expliquait-il alors à la télévision.

Dans son discours de Fréjus, Mme Le Pen assume sa ligne. « Il faut reprendre l’examen des privatisations hasardeuses », estime-t-elle. Une manière de garder sous contrôle une économie qui, dans son esprit, est « indissociable de la nation ». Et doit servir son projet d’une société homogène.

L’immigration

CE QU’ELLE A DIT

« La religion immigrationniste est une insulte à la personne humaine, dont l’intégrité est toujours liée à une communauté nationale, une langue, une culture »

CE QUE ÇA VEUT DIRE

Voilà un sujet sur lequel la partition de Marine Le Pen n’est (presque) pas implicite : l’immigration. La présidente du FN dénonce dans son discours « la religion immigrationniste », qui « est une insulte à la personne humaine, dont l’intégrité est toujours liée à une communauté nationale, une langue, une culture ». De son point de vue, l’immigré représente un péril pour l’identité individuelle et collective. « Ces peuples », dit-elle de manière volontairement vague, « dont la croyance, les mœurs, les pratiques ne sont pas les nôtres, n’ont pas vocation à être en France ». Les laisser venir en France serait même leur faire « une insulte », puisque la culture française les empêcherait eux-mêmes de s’épanouir. « Elle dénonce le communautarisme et y cède en même temps en se réclamant d’un communautarisme majoritaire. Elle est dans une vision d’une communauté cloisonnée et figée », note l’historien Grégoire Kauffmann, auteur du livre Le Nouveau FN. Les vieux habits du populisme (Seuil, 112 pages, 11,80 euros). Pas question, en revanche, de donner des détails sur ces « peuples » qui seraient incompatibles avec les Français… « Elle est sur l’euphémisation des éléments les plus clivants », relève M. Kauffmann.

En utilisant le terme de « religion », la fille de Jean-Marie Le Pen tente par ailleurs de disqualifier le discours de ses opposants pour se ranger, elle, du côté de la raison. Ce qualificatif est utilisé une autre fois quand elle évoque, dans une même volonté de dénigrement, la« religion du multiculturalisme ».

Le multiculturalisme

CE QU’ELLE A DIT

« Derrière le multiculturalisme et le communautarisme sur le sol de notre patrie, vient la remise en cause de la liberté, de toutes les libertés, celles notamment conquises par les femmes, à quel prix ! Notre pays vit une période folle qui voit les droits des femmes s’effacer, de plus en plus rapidement, derrière les victoires du fondamentalisme ! »

CE QUE ÇA VEUT DIRE

Le marinisme se distingue par certaines cohérences. En règle générale, la « société multiculturelle » est synonyme de « société multiconflictuelle ». Pour étayer ce propos, le Liban, contre-modèle de l’extrême droite française depuis les années 1980, sert toujours d’argumentaire. « Le Liban fut le triste exemple, la guerre civile entre des communautés qui tôt ou tard découvrent qu’elles ne sont pas faites pour vivre sans conflit, pour travailler, voter, se gouverner ensemble », explique Marine Le Pen dans son discours. D’où sa volonté de maintenir des cloisons entre les civilisations : « Oui au multiculturalisme au niveau de la planète, non au multiculturalisme dans un seul pays. »

Un différentialisme que la présidente du FN affirme avec force, comme rarement ces dernières années. Son propos n’est pas sans rappeler celui des tenants de la Nouvelle droite, qui, au cours des décennies 1970-1980, ont contribué à renouveler le logiciel de la droite et de l’extrême droite dans une logique élitiste et identitaire. « La Nouvelle droite se place dans le refus de la fin de l’histoire. Son chef de file Alain de Benoist postule que le monde périra s’il n’y a plus de civilisations. Il parle d‘idéologies humaines », rappelle Jean-Yves Camus, de la fondation Jean-Jaurès.

Les femmes

CE QU’ELLE A DIT

« Notre pays vit une période folle qui voit les droits des femmes s’effacer, de plus en plus rapidement, derrière les victoires du fondamentalisme ! Je dis aux Françaises, et à tous ceux qui les aiment pour ce qu’elles sont, qu’elles pourront compter sur moi !  »

CE QUE ÇA VEUT DIRE

D’une pierre deux coups. Depuis les agressions du Nouvel An 2016, à Cologne, Marine Le Pen a épousé la cause des femmes pour mieux dénoncer l’immigration et l’« islamisme ». Une manière d’essayer de rattraper son retard auprès de l’électorat féminin, tout en restant fidèle à ses fondamentaux. « Notre pays vit une période folle qui voit les droits des femmes s’effacer, de plus en plus rapidement, derrière les victoires du fondamentalisme ! Je dis aux Françaises, et à tous ceux qui les aiment pour ce qu’elles sont, qu’elles pourront compter sur moi ! », promet la candidate dans son discours. Cette posture a été adoptée depuis plusieurs années par l’allié néerlandais du FN, le PVV, parti farouchement anti-islam, qui prend la défense des droits des homosexuels dans le même ordre d’idées.

La cause des femmes n’a rien de naturel au Front national. Le 1er mai 2016, une partie des cadres et de la base frontiste s’était offusquée lorsque la députée européenne Sophie Montel avait assuré que la formation d’extrême droite défendait « la non-remise en cause de l’avortement » et « le droit de la femme à disposer de son corps ». Mme Le Pen elle-même utilisait encore, en 2012, l’expression d’avortements « de confort ».

Les réprouvés

QU’ELLE A DIT

« Il faut se souvenir de toutes celles, de tous ceux qui ont combattu, qui ont parlé, qui ont raconté, qui ont témoigné. Ils ont été les témoins de l’ombre, les héros anonymes d’un combat pour la France aussi essentiel, aussi vital que peu d’autres. »

CE QUE ÇA VEUT DIRE

Le passage pourrait presque être interprété comme un hommage à Jean-Marie Le Pen. Il rend grâce aux militants d’extrême droite des dernières décennies. Face aux tenants de la « religion immigrationniste », Marine Le Pen appelle à « se souvenir (…) des héros anonymes »« prophètes d’un monde qui vient », que « la caricature » aurait dépeint en « adeptes de l’exclusion, de la fermeture », en « nostalgiques d’un passé condamné ». L’extrême droite s’est longtemps vécue – et pour certains se vit encore – comme une famille de« réprouvés », ostracisée par la société et la classe politique. Mme Le Pen, comme pouvait le faire son père avant elle, salue donc ces militants, qui constituent à ses yeux l’avant-garde. Toutefois, une différence est à noter par rapport au cofondateur du FN : dans l’esprit de sa fille, la victoire culturelle a été remportée par son camp, qui aurait dépeint le « réel » avant les autres. Nul besoin, donc, de continuer à se voir comme un perdant magnifique.

Les références

E QU’ELLE A DIT

« De Pékin à Brasilia et de N’Djamena à Calcutta, et aussi d’Alger à Montréal, cette France-là, la France de Victor Hugo et de Claude Lévi-Strauss, la France du général de Gaulle et d’André Malraux, était bien vivante et elle était attendue. »

CE QUE ÇA VEUT DIRE

René Girard, Claude Lévi-Strauss, André Malraux, Victor Hugo… Le Panthéon dressé par Marine Le Pen dans son discours ne répond en rien aux canons traditionnels des références du « camp » national. « Si elle avait voulu parler avec les mots du nationalisme, elle aurait pu citer Maurice Barrès par exemple, sur la querelle du cosmopolitisme. Mais elle préfère utiliser des références connues et acceptables, note Olivier Dard, spécialiste du nationalisme français. Elle est plus dans l’occupation d’un espace que dans une filiation idéologique. Il faut imaginer Charles Maurras faisant l’éloge de Victor Hugo… Elle n’a pas le souci de la cohérence idéologique. »

Le Front national aime brouiller les pistes pour essayer de rejeter l’étiquette d’extrême droite. Dans le passé, il n’a pas hésité à mettre Jaurès sur ses affiches ; Marine Le Pen à citer Raymond Aron à la télévision ; la section FN de Sciences Po à se baptiser du nom de Jean Moulin. Peu importe la cohérence historique, ni que d’anciens collaborateurs aient contribué à la fondation du Front national.

La posture gaullienne

CE QU’ELLE A DIT

« Qu’est-ce que la France si elle n’est pas la France libre, non alignée, toujours debout quand il s’agit d’affirmer la liberté des peuples à choisir leur destin ? »

CE QUE ÇA VEUT DIRE

Certaines références sont encore plus acceptables que les autres. Tout au long de son discours, Marine Le Pen file la métaphore de la « France libre » pour tenter de se placer dans les pas du général de Gaulle, une des rares personnalités politiques dont elle cite le nom. Dans son esprit, l’homme du 18-Juin est synonyme d’indépendance, de souveraineté et de grandeur. « Le moment est venu de remettre la France, libre, égale et souveraine, parmi les autres nations, elles-mêmes libres, égales et souveraines », lance-t-elle. Et de plaider pour une France « non-alignée » – sur les Etats-Unis, en particulier. Ces dernières années, les positions du FN sur la scène internationale collent souvent à celles de la Russie de Vladimir Poutine.

Mme Le Pen, dont le bras droit Florian Philippot se réclame du général, veut se tailler un costume gaullien depuis plusieurs années. Dans son discours de Fréjus, elle glisse des références implicites à l’ancien président de la République. Lorsqu’elle affirme que le multiculturalisme a « une apparence » – « le respect de toutes les différences » – et une « réalité » – « celui de les détruire toutes », son propos évoque celui du général de Gaulle à la suite du putsch des généraux à Alger, le 21 avril 1961. « Ce pouvoir a une apparence : un quarteron de généraux en retraite. Il a une réalité : un groupe d’officiers partisans, ambitieux et fanatiques », déclarait-il alors à la radio. Savoureux, quand on se rappelle que le Front national a été fondé par des partisans de l’Algérie française et d’anciens membres de l’OAS.

Un libéralisme national

CE QU’ELLE A DIT

« Pour que se lèvent à nouveau les forces du progrès, du renouveau, de la grandeur française, il faut à la fois que s’allègent à l’intérieur les contraintes et l’injustice fiscales, les contraintes réglementaires, juridiques, qui sanctionnent la réussite, qui découragent l’initiative et privilégient la rente sur l’investissement à risque, et que se renforcent à l’extérieur le principe de la préférence pour soi et de primauté de la Nation. »

CE QUE ÇA VEUT DIRE

Marine Le Pen prend dans ce discours un virage sémantique frappant. Elle plaide d’un côté pour que « s’allègent à l’intérieur [du pays] les contraintes et l’injustice fiscales, les contraintes réglementaires, juridiques, qui sanctionnent la réussite, qui découragent l’initiative » et de l’autre pour « que se renforcent à l’extérieur le principe de la préférence pour soi et de primauté de la nation ». Un décalque quasi-parfait de la position défendue par sa nièce Marion Maréchal-Le Pen, réputée plus libérale.

Dans un autre passage de son discours, la présidente du FN déplore l’assistanat – sans utiliser le terme – en regrettant « l’enfermement malheureux dans l’assistance et même l’asservissement des uns et la spoliation des fruits du travail des autres ». Une manière de répondre aux critiques de la droite et de certains au sein de son camp qui voient dans son programme économique un avatar de la gauche. En défendant à la fois l’intervention de l’Etat et une plus grande liberté pour les entrepreneurs, la députée européenne tente de ratisser le plus largement possible, au risque du grand écart.

Un capitalisme national

CE QU’ELLE A DIT

« Croissance régulière, monnaie nationale, égalité sociale, diffusées à tous les bénéfices du capitalisme national. »

CE QUE ÇA VEUT DIRE

Marine Le Pen assure s’opposer aux excès du libre-échange, pas au capitalisme en tant que tel. Dans son esprit, ce dernier doit être raisonné et au service des intérêts de la nation. La présidente du FN plaide dans son discours pour que les salariés « aient une plus large part » aux résultats des entreprises « en tant qu’associés en capital ». Il faut « que le succès de quelques-uns participe davantage au progrès de tous, qu’un capitalisme national entraîne mieux et davantage la France vers plus grand, plus riche, plus fort », estime-t-elle.

« Le capitalisme national tel que l’économiste Maurice Allais l’a pensé était praticable dans les années 1960-1970, mais plus dans les années 2010, estime Jean-Yves Camus, de la fondation Jean-Jaurès. L’économie n’était pas aussi financiarisée, il y avait un plan, les transferts de souveraineté n’étaient pas ce qu’ils sont aujourd’hui… Elle reste sur un modèle d’hier. » De fait, l’idée n’est pas neuve au sein du Front national. « C’est une reprise de Bruno Mégret [ancien numéro 2 du FN dans les années 1990]. On ne dit pas que les actionnaires doivent accumuler les dividendes mais que les Français doivent devenir copropriétaires des entreprises. Le programme pour les législatives de 1993 défendait déjà cela », rappelle l’historien Nicolas Lebourg.

Le progrès

CE QU’ELLE A DIT

« Au-delà de nos différences, au-delà de nos histoires personnelles et de nos préférences partisanes, au-delà des formules et des politiques, nous avons la France en commun. »

CE QUE ÇA VEUT DIRE

Après avoir dépeint pendant près d’une heure un tableau sombre de la France, Marine Le Pen offre un dégagement qu’elle veut porteur d’espoir. La présidente du FN souhaite « que se lèvent à nouveau les forces du progrès, du renouveau, de la grandeur française » ; elle dit vouloir mener le combat pour « la liberté » et le « véritable progrès »« C’est la première fois que j’entends l’extrême droite investir le vocabulaire ’progressiste’», assure l’historien Nicolas Lebourg. Une nécessité pour essayer de rassembler au second tour de la présidentielle.

La conclusion de la candidate frontiste pourrait même être reprise au mot près lors de l’entre-deux tours. « Au-delà de nos différences, au-delà de nos histoires personnelles et de nos préférences partisanes, au-delà des formules et des politiques, nous avons la France en commun », affirme-t-elle, s’adressant à l’ensemble des Français.

Pour autant, l’optimisme – dimension essentielle pour qui veut entraîner une majorité derrière soi lors de ce type de scrutin – n’imprime pas encore son propos. « Les fondamentaux de son discours n’ont pas beaucoup évolué par rapport à celui qu’elle avait prononcé à Tours, en 2011, note Grégoire Kauffmann. Elle est dans une sorte d’autisme rhétorique, son propos est toujours anxiogène et catastrophiste. Au fond, ce discours n’est pas vraiment celui de la France apaisée. »

 

L’UPMC, tête de gondole des universités françaises au classement des universités mondiales pour leur activité de recherche.

De l’os d’Ishango (20 000 ans avant notre ère) aux sumériens le développement des mathématiques accompagne les découvertes. C’est Aristote qui crée la démarche scientifique. Mais ce n’est qu’au 13ème siècle que l’aristotélisme, propagé par les arabes, fut adopté par la scolastique et commença à infuser l’université naissante. Cependant, jusqu’à la Renaissance, la recherche scientifique est essentiellement l’œuvre de brillantes individualités qui payèrent souvent de leur liberté voire de leur vie la remise en question des dogmes religieux.

Les choses commencèrent réellement à changer au 16ème siècle avec la révolution baconienne, reprenant à son compte les utopies de Thomas More. Bacon imagine en particulier une « Maison de Salomon », précurseur de nos modernes institutions de recherche où sont rassemblés tous les moyens d’une  exploration scientifique du monde

Les grandes guerres des 19ème & 20ème siècles vont stimuler fortement la recherche et créer les conditions de la suprématie anglo-saxonne. Vannevar Bush coinventeur en 1927 d’un ordinateur résolvant des équations différentielles simples crée,  en 1950, la NFS, il sera son premier directeur. La Grande Bretagne crée très tôt des organismes de financement publics Indépendants de l’Etat : Recherche médicale 1913 ; Natural environment 1965 ; Biotechnologies 1994 ; Humanités, 1998 ; Ingénierie et physique 2002 ; Economie et sciences sociales 2003 ; En 2002 ils sont intégrés au sein du Reseach Council of United Kingdom

Pour combler son retard, la France crée les organismes de recherche entre les deux guerres. Elle les multiplie après la seconde guerre mondiale. Mais la parcellisation qui en résulte devient un handicap et accroît la césure avec l’enseignement supérieur. L’ANR est créée en 2007 mais reste concurrencées par les organismes et étroitement surveillée par l’Etat. Son éthique reste à établir.

En 2008, Simon Marginson professeur au Centre for the Study of Higher Education de l’université de Melbourne fit une analyse pertinente de la  jonction-recherche innovation :  » L’irruption de l’économie de la connaissance depuis le déploiement d’internet Il y a 20 ans constitue un tournant dans l’histoire humaine comparable aux révolutions Industrielle et néolithique. Le monde devient une zone unique de communication et de savoir tout en restant  divers du point de vue politique, linguistique et culturel. Tandis que la politique économique est déterminée par des intérêts personnels et nationaux et le développement mondial très inégalitaire, les découvertes scientifiques, les cultures et les conceptions de la vie deviennent universelles. L’analyse néo-libérale sous-estime le dynamisme de la révolution induite par l’internet et ne veut pas voir que la plus grande partie de l’information et de la connaissance n’est pas monnayable mais constitue des biens librement transférables. Lorsque la connaissance est disponible en libre accès, le « first mover advantage » disparaît  car les nouveautés sont reproductibles pour des coûts infimes. C’est pourquoi, la connaissance en libre accès progresse beaucoup plus rapidement que celle qui emprunte les mécanismes du marché.  Le copyright ne remplacera donc plus l’évanescent « first mover advantage ». Le copyright n’est plus seulement difficile à réglementer, il est violé tout le temps ! « 

Dans les années 1970, le modèle d’intégration des jeunes entreprise innovantes en biotechnologies et en informatique apparait aux Etats Unis, au cœur de clusters universitaires. Là où s’étalaient des vergers, c’est le concept de « Silicon Valley ». Ce concept influera grandement sur la première révolution culturelle de la recherche française impulsée par jean Pierre Chevènement. L’idée qui faisait florès il n’y a pas si longtemps que des régimes stricts de propriété intellectuelle pour les universités renforceraient la commercialisation des résultats de la recherche est maintenant remise en question. En effet, la commercialisation nécessite le secret pour que les firmes s’approprient les bénéfices des résultats de la recherche alors que les universités pourraient jouer un rôle plus bénéfique pour l’économie en les divulguant et en les diffusant. La protection de la propriété intellectuelle augmente le coût de la connaissance pour les utilisateurs, alors qu’un objectif politique important est de le réduire pour l’industrie. De plus la commercialisation des résultats n’est adéquate que pour un petit nombre de secteurs tels que le biomédical et l’électronique. Et si la création de résultats protégés reste tout de même un objectif secondaire d’une université et que ceux-ci ne sont pas placés en libre accès, cela retarde l’utilisation des découverte et donc est un facteur négatif pour le pays qui a financé la recherche de cette université. 

C’est pourquoi l’OCDE a changé ses priorités passant de la défense de la propriété intellectuelle vers l’accès libre des connaissances et des résultats de la recherche. Dans sa livraison de 2008 : « Tertiary Education for the Knowledge Society », l’OCDE indiquait que les formations supérieures et la diffusion de la connaissance sont fondamentales pour le développement des capacités de recherche et de développement. L’ouverture des laboratoires en développant les collaborations, les contacts informels entre les universitaires et les industriels, la participation aux séminaires et aux congrès, l’utilisation de la littérature scientifique peuvent tout autant être utilisés pour transférer les connaissances du secteur public vers le secteur privé. Il est devenu très clair que des contacts accrus et directs sont nécessaires entre les universités et les entreprises. 

La recherche reste encore d’abord l’affaire de chaque chercheur : savoir poser une hypothèse, rechercher la stratégie et les moyens qui permettent de l’infirmer où de la dépasser. Ceci est vrai aussi bien pour les expériences de pensée des philosophes où des mathématiciens que pour les molécularistes, les physiciens voire les bio-hackers. Cependant, l’énorme masse de documents en circulation ou déposés au sein des bibliothèques, la nécessité d’avoir accès aux grands instruments rend nécessaire une  organisation plus complexe. La nécessité de renforcer les liens entre les formations supérieures et la recherche dans tous les domaines, le poids croissant des doctorats partout dans le monde remet les universités au centre du dispositif. 

C’est en tous cas en ce sens que j’ai réorganisé l’organisation de la recherche à l’UPMC l’année 2004 : responsabilisation des chercheurs quels que soient leurs statuts, rôle central d’équipes de recherche auto-constituées, évaluées et labellisées, réduction au minimum de la bureaucratie de gestion. La détermination collective des objectifs tous les quatre ans par la préparation du contrat quadriennal, étape où toutes cartes peuvent être rebattues, en fut un moment fort.

 Depuis cette date, les équipes de recherche ont la maîtrise de leurs moyens.  les financements contractuel (P4, ANR, Europe, Industrie),  y compris des financements de moyens humains, sont sécurisés. Une délégation de signature est donnée aux directeurs de laboratoires et aux responsables d’équipe, une délégation du pouvoir adjudicateurs de marchés est donnée au directeur de laboratoire avec mise à disposition de cartes bancaires Eurocard Mastercard. Une procédure budgétaire globale annuelle est organisée, les laboratoires font une demande financière et d’ouverture d’emploi pour la recherche et pour les emplois d’appui. Le budget ouvert le 1er Janvier puis un contrôle des dépenses en continu est réalisé. Il est clos le 31 décembre et toutes les sommes non dépensées, à l’exclusion des contrats externes, sont versées à un fond de roulement pour la recherche.

Organigramme de la recherche  l’UPMC :

Un vice président recherche et innovation siège au comité exécutif
Propose les arbitrages au comité exécutif, pilote une direction dédiée.
Une direction dédiée à la recherche, aux relations industrielles & aux contrats
Gère le budget, suit les indicateurs recherche et les dossiers
Gère les appels à propositions et fournit un appui aux laboratoires
Gère les surfaces recherche et le fond de réserve d’investissement
Gère le service des activités industrielles et commerciales
Gère le service dédié aux contrats européens
Suit l’élaboration du contrat recherche
Coordonne les actions avec les partenaires (O d R, Universités, Autres)
Une instance d’élaboration des décisions : le Directoire de la recherche
Répartition des crédits récurrents tous les quatre ans
Propose des appels d’offres pour l’utilisation du préciput et des positions doctorales et post-doctorales
Prépare les propositions au Conseil Scientifique
Prépare sous la responsabilité le volet recherche du plan

C’est ce dispositif qui a permis de maintenir l’UPMC comme première université française de recherche. Malheureusement, c’est loin d’être le cas des autres universités françaises comme le montre le classement ARWU 2016.

Rang Français Rang Mondial Universités ou  Grandes Ecoles total Alumni Awards HiCi N&S PUB PCP
1er 39e UPMC 34,518 33,60 27,40 20,55 29,70 61,90 25,30
2e 46e Paris-Sud 32,496 30,30 54,30 10,30 17,60 47,90 27,70
3e 88e ENS – Paris 26,174 48,90 28,00 0,00 18,30 26,20 62,40
4e 104e Paris Diderot 24,847 11,50 9,40 17,80 31,70 46,30 21,40
5e 112e Aix Marseille 24,009 13,60 0,00 20,50 24,00 51,20 30,10
6e 115e Strasbourg 23,601 25,10 28,80 10,30 17,60 35,20 22,20
7e 165e Paris Descartes 19,056 11,50 9,40 14,50 14,10 41,00 17,10
8e 192e Grenoble 17,759 0,00 14,90 20,50 19,50 23,70 16,70
9e 193e Bordeaux 17,616 0,00 0,00 20,50 17,90 39,20 17,30
10e 257e Lorraine 15,390 11,50 16,30 0,00 10,50 33,10 19,40
11e 258e Paul Sabatier Toulouse 15,370 0,00 0,00 10,30 20,80 36,80 14,70
12e 274e Lyon 14,890 10,30 0,00 0,00 19,40 40,50 15,70
13e 302e Polytechnique 14,083 21,80 0,00 10,30 10,10 25,80 23,70
14e 305e ENS – Lyon 14,042 0,00 20,00 0,00 11,90 21,60 30,50
15e 320ème ESPCI Paris 13,654 7,30 18,80 0,00 12,70 15,50 32,40
16e 322e Montpellier 13,593 10,30 0,00 0,00 16,40 37,60 14,80
17e 346e Dauphine 12,898 20,50 26,00 0,00 0,00 14,10 25,60
18e 377e Toulouse SE 12,143 0,00 29,80 10,30 0,00 10,10 18,50
19e 430ème Versailles StQ 11,193 0,00 0,00 17,80 8,00 21,10 15,80
20ème 469e Paris Sorbonne 10,427 0,00 0,00 0,00 3,70 37,10 20,50
21er 480ème MINES Pari 10,284 13,60 24,90 0,00 3,70 8,00 13,90
22e 484e Nice SA 10,243 0,00 0,00 0,00 17,90 25,60 13,30

Total : score combiné
Alumni : reconnaissance des anciens étudiants
Awards : prix Nobel ou médaille field
HiCi : nombre d’articles les plus cités comme première institution
N&S : articles dans les revues Nature et Sciences
PUB : nombre de publications dans des revues internationales
PCP : pondération relative à la taille introduite à la demande des grandes écoles

Gilbert Béréziat le 30 août 2016

 

Quand je suis devenu Mécréant et adepte de l’égalité hommes-femmes.

J’avais reçu  une éducation catholique standard. Mais, après mai 68, la mort de mon père, j’ai pris du recul avec l’Église. Je suis devenu alors sceptique puis franchement agnostique en même temps que ma culture scientifique progressait. Peu me chaud maintenant la question controversée de savoir ce que sera l’état de mon âme après la mort, question qui avait conduit Servet au bûcher[1]. J’étais imprégné des propos d’Alain, de son refus de l’obscurantisme : « Tant que l’on n’a pas bien compris la liaison de toutes choses et l’enchaînement des causes et des effets, on est accablé par l’avenir, un rêve ou la parole d’un sorcier tuent nos espérances». Les prêtres n’étaient ni plus ni moins que des sorciers, Nipsiis mire libido foeda revixix[2].

Je pense que mon épouse est restée croyante. Mais l’attitude de l’Église lors du coup d’État au Chili a changé bien des choses pour nous. Le 11 septembre 1973, en effet, refusant d’être capturé, Salvador Allende, président élu du Chili, s’était donné la mort dans son palais présidentiel de la Moneda, assiégé et bombardé depuis le matin par l’armée putschiste conduite par le général Pinochet. Six mois auparavant, l’unité populaire qui soutenait Allende avait gagné les élections, frôlant la majorité absolue. L’armée chilienne n’avait pas de tradition golpiste, plusieurs généraux, restés fidèles à cette conception loyaliste, le payèrent de leur vie. Le général Carlos Prats Gonzales, vice-président d’Allende, poussé à la démission par les radicaux de l’armée quelques semaines avant le coup d’État, fut assassiné en exil avec son épouse le 24 septembre 1974. Ce fut également le cas du général de l’armée de l’air Alberto Bachelet, petit-fils d’un œnologue bourguignon LouisJoseph Bachelet Lapierre et d’une anthropologue Angela Jeria Gomez. Arrêté et longuement torturé, il décédera la même année en captivité. Une commission sénatoriale des États-Unis démontra aposteriori que le coup d’État avait été accueilli favorablement à Washington. Il est établi que les services secrets des États-Unis y jouèrent un rôle important.

La participation de la CIA[3] au putsch de 1973 au Chili n’avait rien d’une première. En Grèce, elle avait contribué au coup d’État de la junte en 1967. Comme plus tard pour l’Afghanistan les État-Unis reçurent en boomerang, l’assassinat de l’ancien ministre chilien des affaires étrangères, Orlando Letelier, et de sa collaboratrice américaine, Ronni Moffitt, à Washington en 1976. Cet assassinat avait été organisé par le chef de la police secrète chilienne le général Contreras. L’ancien ministre communiste de l’économie, José Cademartori, fidèle de Salvador Allende, déclara en 2003 à ce sujet : «[le coup d’État] était prévisible. Ce qui l’était encore plus, c’était que les secteurs privilégiés allaient agir. La question était dès lors : comment isoler ceux qui seraient prêts à recourir à la force. Je pense qu’il nous a manqué du temps, peut être deux ans, pour gagner à nous des secteurs significatifs de l’armée. Nous savions qu’il y aurait des tentatives. Et nous étions prêts à affronter un coup d’état partiel, nous appuyant sur les masses. Des plans existaient. Mais, le 11 septembre, nous avons vite compris que le putsch était de caractère «institutionnel», c’est-à-dire qu’il était appuyé par l’ensemble des forcesarmées. Le coup était très bien préparé. Allende a donc refusé d’appeler à un soulèvement populaire. Cela aurait été un massacre. Il le dit très clairement dans son dernier discours.[4]»

C’en était trop pour nous lorsque l’on apprit la monstruosité que fut, non pas comme il a été parfois dit, la célébration d’un Te Deum par monseigneur Silva Henriquez archevêque de Santiago en l’honneur de la junte militaire, mais sa participation à une prière pour la paix en présence de dignitaires de la junte, ce qui s’apparentait fort à une bénédiction du régime, nous cessâmes de nous reconnaître dans l’Église catholique. Nonobstant du besoin que l’on a ou non de postuler l’existence de Dieu pour son équilibre psychologique, le christianisme décliné par l’Église catholique et certaines Églises protestantes une fois que les lectures d’Erasme et de Rabelais m’eurent affranchi des aimables fables de la génèse biblique, m’a toujours paru supérieur aux autres croyances en ce sens qu’il acceptait des évolutions doctrinales et rituelles avec l’évolution de la société. L’Islam et le Judaïsme me semblaient vraiment trop rétrogrades et hypocrites !

Je ne pouvais plus avaler depuis longtemps le dogme de « l’immaculée conception ». Contrairement aux croyances populaires, le 15 août n’a rien à voir avec la conceptrice de Jésus de Nazareth. Dans la vision étriquée des chrétiens du moyen âge, la mère de Jésus ne pouvait être que vierge lors de sa conception. Ce sont les évangiles qui expliquent comment : l’ange Gabriel annonça à une jeune vierge juive dans qu’elles conditions elle allait accueillir un Tanguy. La question de foi repose donc sur la possibilité qu’un « Intelligent Design » ait pu provoquer la fécondation d’un ovule marial (il n’y a guère que quelques attardés du bas middle ouest qui croient encore à cette histoire de côte d’Adam). Mais malheureusement, pour les intégristes chrétiens de toute obédience, nous savons aujourd’hui que c’est l’ovule qui choisit son spermatozoïde et pas l’inverse. Sans compter qu’il est quasiment acquis que ce pieux sanctuaire, ce vase d’élection, ait probablement par la suite accueilli d’autres semences. La virginité perpétuelle de Marie qu’affirment les Eglises catholique et orthodoxe est donc un leurre. A moins que cette virginité ne soit qu’un concept ésotérique de plus. La fête de l’Assomption est probablement née à Jérusalem au 4ème siècle lors de la consécration d’une église dédiée à Marie située entre Nazareth et Bethléem, ou à Gethsémani deux siècles plus tard. La fête fut étendue à tout l’Empire romain par l’empereur Maurice sous le nom de « Dormition de la Vierge Marie ». Grégoire de Tours est le premier à en parler en France, à la fin du VIe  siècle. A partir de cette date, l’Eglise fera de Marie un produit d’appel. Elle sera instituée fête nationale par Louis XIII jusqu’à la Révolution française. Le 19 février 1806, Napoléon en fera la Saint Napoléon en l’honneur de sa naissance un 15 août à Ajaccio. Elle redeviendra la fête de l’Assomption et deux ans plus tard. C’est la République restaurée qui en fera un jour férié. Ca ne coûtait pas grand-chose puisqu’à la mi-août, « les noisettes ont le ventre roux »  et que « la vierge du mois d’août, arrange tout ou défait tout ».

S’il fallait relier le 15 août à une manifestation de la place éminente des femmes dans la société, il serait plus opportun de se rappeler que trente années environ avant la naissance de celui qui deviendra le Christ, un 15 août, Cléopâtre mettait fin à la dynastie ptolémaïque et à sa vie à 39 ans. Elle le fit pour échapper à l’avide Octave, le futur Auguste et premier empereur romain, fils adoptif de son ancien amour, le dictateur Jules César , quelques jours après qu’Antoine, son compagnon d’infortune eut été battu à plate couture à la bataille d’Actium. Il faudra attendre la fin du 19ème siècle pour que les suffragettes américaines obtiennent le droit de vote pour les femmes. Le premier état au monde à le leur accorder fut le Wyoming, état du Far West, en 1869, Il faudra toutefois attendre le 28 août 1920 pour que la Constitution américaine soit modifiée et autorise le vote des femmes de manière définitive sur tout le territoire. Les suffragettes anglaises, sous la houlette d’Emmeline Pankhurst , l’obtiennent en 1928.

La France toujours à la pointe du progrès ne suivit qu’après la deuxième guerre mondiale. D’ailleurs l’abbé Sieyès en 1789, classait les femmes, comme les enfants, dans la catégorie des citoyens passifs et le code Napoléon n’accordait aucun droit juridique aux femmes mariées. Après trois millénaires d’une civilisation brillante, l’Egypte va connaître six siècles d’occupations diverses puis l’arabisation forcée, le joug Ottoman, enfin le protectorat britannique en 1914 dont elle ne se libérera qu’en 1922. Même dans les pays les plus avancés, la situation de la femme est loin d’être arrivée à un point d’équilibre avec celle des hommes. Dans les pays de traditions catholique et orthodoxe, le culte marial n’y est sans doute pas étranger. Mais les autres religions monothéistes, à l’exception peut être de quelques succursales protestantes ne sont guère plus tendres avec les femmes, et de ce point de vue l’islam et le judaïsme n’ont pas grand-chose à envier à religion catholique.

Ce n’est qu’une quinzaine d’années plus tard que je repris contact avec la réflexion sur le religieux à la lecture de « l’Histoire des origines du christianisme » d’Ernest Renan que je lus en totalité lors de mon second séjour en amérique latine au début des années quatre-vingt-dix. Cette lecture en appela d’autres, en particulier celle de « l’histoire du peuple d’Israël » puis, plus récemment celle des récits chrétiens des premiers temps, qu’ils soient gnostiques, inter-testamentaires ou apocryphes sans pour autant modifier mon attitude face à l’impossibilité de résoudre l’énigme du vivant confronté à l’inéluctabilité de l’Eschaton lorsque la nébuleuse Andromède aura percuté la Voie lactée et que l’astre dont il tire son énergie aura disparu

[1] – Michel Servet, médecin aragonais découvreur de la circulation pulmonaire, partisan de la Réforme fut supplicié le 26 octobre 1553 sur ordre de calvin.

[2] – Le célibat des prêtres les perdaient de désir.

[3] – Central intelligence agency.

[4] – Benito Perez. au cœur du premier putsch néolibéral. Le courrier, 10 septembre 2003.

LA VOLONTÉ DE PUISSANCE NUMÉRIQUE DE LA CHINE par Christian SAUTTER et Catherine CADOU

Dans le brouillard épais qui a couvert la Manche à la suite du Brexit, nous n’avons pas vu passer un supertanker chinois qui aurait dû attirer l’attention des Européens trop attentifs à contempler leur nombril londonien.
Quelle information stratégique avons-nous ratée ? La Chine vient de dépasser les Etats-Unis en nombre de supercalculateurs installés (I New York Times 210616). Sur les 500 plus gros ordinateurs du monde, la Chine en possède 167 et les USA 166.
Et la bécane la plus rapide est chinoise : Sunway TaihuLight System, au Centre National des Super Ordinateurs, implanté à Wuxi. Située dans le delta du Yang-Tse, Wuxi fut le siège d’une des premières dynasties (au XIe siècle avant JC) et prospère aujourd’hui comme cité high tech, avec une forte industrie de panneaux solaires et ce centre désormais fameux de recherche fondamentale.
A quoi servent ces machines qui font des milliers de milliards d’opérations par seconde ? Essentiellement à mettre au point de nouvelles armes et de nouveaux soins. Rappelons que le général de Gaulle avait décrété le Plan Calcul pour que le perfectionnement de la bombe nucléaire française ne soit pas dépendant des super-ordinateurs américains. Par ailleurs, toutes les recherches sur le génome requièrent une puissance considérable.

Le message chinois est donc tout à fait clair. L’Empire du Milieu a l’ambition publique de se porter à la frontière technologique et de rivaliser dans ces activités de pointe, militaires et civiles, avec les pays les plus avancés, Etats-Unis et Europe.
C’est une preuve de plus que l’État chinois poursuit, depuis 1979, une stratégie industrielle obstinée et couronnée de succès. Il est impossible de ne pas rappeler à des amis lassés combien cette volonté de rattrapage ressemble à la démarche japonaise entamée à l’époque Meiji, en 1868, faite de fierté nationale et de ténacité acharnée, dont le slogan était « Une nation riche, une armée forte ». L’ « impératif industriel », sur lequel Stoléru et Ésambert écrivaient des livres toniques il y a trente ans, est une madeleine gaulliste en France et un impératif catégorique en Chine.

Pékin est-il satisfait de cette médaille d’or, acquise de haute lutte ? Apparemment pas. Il y a un ver dans le fruit ! Les composants de ces merveilles sont à 91% américains et fournis par Intel. Qu’à cela ne tienne : le gouvernement vient de mettre 150 Mds$ pour combler le retard sur les microprocesseurs. Retenez bien cette somme (de l’ordre de 130 Mds€) : au casino technologique, on ne joue pas avec des clopinettes.

Les Etats-Unis regardent-ils cette performance chinoise d’un œil bonhomme ? Oui et non. Le secteur privé n’en a cure (sauf Intel qui voit sa position dominante menacée) car il n’a que le big data à la bouche. Entre Apple, Google, Facebook et Amazon, c’est à qui possèdera la plus grosse mémoire. Partout, ils installent des « usines » gigantesques, qui stockent et exploitent des Himalaya de données sur vous et moi. Le but n’est pas de faire des calculs super rapides mais de trouver instantanément dans ces gigantesques meules de foin, les aiguilles qui piqueront votre curiosité de consommateurs et vous proposeront des publicités ou des offres d’achats correspondant à votre profil le plus intime. Une grosse mémoire et un petit intellect suffisent pour vendre du rêve.

Le gouvernement américain est davantage vigilant, car il ne peut ignorer la dimension militaire du projet chinois. Dans la course numérique aux armements, il ne veut pas être dépassé. C’est pourquoi le président Obama a signé en juillet 2015, la National Strategic Computing Initiative (Décision, qui ne demande pas l’approbation du Congrès, pour lancer une nouvelle stratégie nationale sur les ordinateurs). L’objectif est d’atteindre la taille « exa » au cours de la prochaine décennie. Taille « exa », qu’est cela ? L’exaflop est la capacité de faire un quintillion d’opérations par seconde. Le quintillion vient après le million, le billion (que nous appelons milliard), le trillion et le quadrillion. Vous suivez ? Un exaflop, c’est un million de milliards de calculs par seconde. Ouf !

Et l’Europe dans ce choc de géants ? Elle n’est pas en si mauvaise posture ; sur les 500 ordinateurs les plus puissants, elle en possède 105, ce qui n’est pas ridicule comparé aux 167 chinois et aux 166 américains. Nous sommes (encore) dans la cour des grands ! Le Japon ne boxe pas dans la même catégorie que l’Europe, avec ses 29 systèmes (mais il doit se comparer avantageusement aux pays européens pris isolément).

De cette saga digitale, trois leçons peuvent être tirées. La première est que la Chine change vite, sans que nous ne nous en rendions vraiment compte. Adieu, les textiles et les chaussures bas de gamme made in China. C’est maintenant au Bangladesh que les usines s’effondrent sur des femmes surexploitées. Bientôt, les IPhones, fabriqués sur la côte avec des logiciels de la Silicon Valley et des composants japonais ou coréens, seront concurrencés par de nouveaux produits incorporant une plus forte valeur ajoutée chinoise. Il est surprenant que la Chine n’exporte pas massivement des automobiles, comme le Japon des années 1970 et 1980, mais le marché intérieur – le plus important du monde – semble pour l’instant suffire au bonheur des industriels locaux (qui commencent discrètement à faire sentir aux étrangers qu’on pourra bientôt se passer d’eux).
Le secteur des biens d’équipement, ce que l’on fait de mieux dans l’industrie, (n’est-ce pas, chers amis allemands ?), n’est pas ignoré par les stratèges de Pékin. Au point que ces grands joueurs de go sont en train de placer une pièce décisive dans le territoire de l’adversaire. Le géant chinois de l’électroménager Midea met un gros paquet d’argent pour prendre le contrôle de Kuka, un des fleurons de la machine-outil allemande (Les Échos 270616). La Chancelière allemande a toussé, sans s’opposer à ce rachat. Les autres industriels allemands ont trouvé trop salée la note d’un rachat. Et tout le monde a fait semblant d’être rassuré par la promesse que le siège social et plusieurs sites de production resteraient en Allemagne jusqu’en 2023.
Quand on se réfère aux royaumes chinois d’avant Jésus-Christ, 2023 c’est demain pour un Chinois bercé par la longue durée. La myopie des capitalistes, même allemands, face à la montée de la marée chinoise, est attristante.

Deuxième leçon : la Chine est un défi économique, et nous ne pourrons être à la hauteur que si les Européens sont unis et proactifs, afin d’éviter d’être broyés entre les mâchoires américaine et chinoise. Ce n’est pas vraiment un problème néocolonial de domination et de dépendance. C’est tout simplement l’avenir de la jeunesse européenne qui est en cause. Les plus brillants seront-ils aspirés par les côtes orientales et occidentales de l’océan Pacifique, ou trouveront-ils leur bonheur entre Baltique et Méditerranée ?
Dans le débat sur la Brexit, on a appris après ce Waterloo européen, que les chercheurs britanniques, parmi les meilleurs au monde, dépendaient de façon vitale des 4 milliards d’euros que l’Union Européenne versait aux labos de Cambridge ou d’Oxford, remportant de nombreux appels à projets. Comparez ces 4 milliards d’euros aux 130 que la Chine va consacrer au seul secteur des composants électroniques ! Il est urgentissime que l’Union Européenne investisse massivement dans la Recherche et le Développement en siphonnant l’argent d’une Politique agricole commune que les paysans sont les premiers à critiquer et en empruntant massivement l’épargne européenne, qui déborde, pour la miser dans la recherche fondamentale et l’enseignement supérieur. J’ai appelé ce programme autrefois : « Super Esprit », en mémoire d’une initiative française des années 1980.

Troisième leçon : l’Afrique est urgente. Les autorités chinoises se baladent partout avec un carnet de chèques dodu, pour construire les infrastructures de transport qui manquent cruellement au développement économique de ce continent doté de tant d’atouts et qui sera à terme le plus peuplé de la Terre. Les routes sont construites par des entreprises chinoises, avec de la main-d’œuvre chinoise, et payées par des fournitures à long terme d’énergie et de matières premières, selon les termes d’accords obscurs passés avec des souverains corruptibles. Le développement de l’Afrique, francophone et anglophone, est une urgence vitale pour les pays qui la composent, et pour nous qui ne pourrons contenir les flots de réfugiés sur la rive sud de la Méditerranée.

Laissons Boris Johnson à ses bouffonneries et lançons Super Esprit, Super Erasme et Super Lomé !

LE RELÂCHEMENT DU NŒUD SOCIAL lettre de Christian SAUTTER et Catherine CADOU à leurs amis

De l’ouest, ne vient pas que la pluie. Il nous arrive aussi de bien étranges nouvelles. C’est la saison des assemblées générales des grandes sociétés et le New York Times se régale de publier des informations toutes fraiches sur les rémunérations extravagantes des chefs d’entreprises américaines (300516). Commençons par une grosse larme de crocodile (de Floride) : les revenus des PDG ont baissé de 15% l’an dernier. Pour les dirigeants des 200 sociétés les plus importantes (dépassant 1 milliard de dollars de chiffre d’affaires), la chute a été de 22,6 millions de dollars de revenu moyen en 2014 à 19,3 M$ en 2015. Ce ne sont que des dollars, moins forts que notre cher euro, mais notre cossu Carlos Ghosn, avec ses 15 M€ de gains venant de Renault et Nissan, serait dans la voiture balai de ce peloton doré. On est toujours le gagne-petit de quelqu’un !

 L’essentiel de l’article du quotidien américain n’est pas dans ces chiffres pharamineux mais abstraits. Le journaliste apporte quatre informations passionnantes. La première est que l’évolution de la rémunération ne récompense pas toujours une hausse du cours de Bourse. M. Daumann a gagné 54 M$ en 2015, en hausse de 22%, alors que la valeur boursière de sa société, Viacom, a chuté de 43%. Deuxième info : les gains sont fixés par des groupes de « potes » (chummy board members) plutôt que selon des critères objectifs. Troisième info : la rémunération des PDG est 523 fois plus élevée que celle du salarié moyen. Même si les chiffres sont approximatifs, l’évolution est indubitable : 30 fois en 1978 ; 59 fois en 1989 : 383 fois en 2000.

Dernière information : il y a encore mieux ou pire, selon vos goûts. Les PDG d’entreprises sont loin d’être les champions à ces Jeux Olympiques de la cupidité. Ce sont les gestionnaires de fonds spéculatifs (hedge funds) qui sont sur la marche la plus haute : les cinq acteurs les plus doués de la spéculation internationale ont chacun touché plus d’un milliard de dollars. Les 25 meilleurs ont à eux tous accumulé une pelote de 13 Mds $ en 2015, soit dix fois plus en moyenne que les PDG d’entreprises « réelles » cités antérieurement. Et si ces Fonds gagnent autant, c’est parce que les épargnants et autres fonds de pension en attendent des rendements mirifiques pour leur pécule personnel. L’esprit de lucre descend bas.

Qu’en conclut l’article ? Nous sommes devant « l’orchestration d’un transfert de richesse à grande échelle vers quelques centaines d’individus, pour la plupart des hommes, et pour la plupart des blancs ».

 Ces chiffres jettent une lumière crue sur les débats politiques qui s’avivent aux Etats-Unis dans la perspective des élections présidentielles de novembre. La classe moyenne, dont le revenu stagne depuis des années alors que les coûts de l’éducation et de la santé augmentent, exprime une révolte silencieuse en écartant les candidats classiques de l’establishment et en se portant soit vers le populiste Trump (qui n’est pas lui-même un modèle de rémunération sobre !), soit, fréquemment, vers le socialiste Sanders. Le combat final entre Hillary Clinton, à tort ou à raison jugée proche de Wall Street, et Donald Trump qui se place en candidat des « petits blancs », est incertain. Il est d’autant plus douteux, qu’il se fera à coups de centaines de millions de dollars (pour l’achat de pubs à la télé), sans aucun plafond depuis que la Cour Suprême a décidé qu’un plafond sur les dépenses des candidats violerait la liberté des personnes (morales) !

Morale, tel est le mot-clé, haut placé dans « Le contrat social » de Jean-Jacques Rousseau, que j’ai acheté récemment dans une brocante normande. Ce texte publié en 1762 a un peu vieilli sauf sur l’essentiel : la vie en société est fondée non sur le droit du plus fort (ou du plus riche) mais sur un contrat moral. « Trouver une forme d’association, qui défende et protège de toute la force commune la personne et les biens de chaque associé, et par laquelle chacun s’unissant à tous n’obéisse pourtant qu’à lui-même et reste aussi libre qu’auparavant ».

Une des conditions est « beaucoup d’égalité dans les rangs et les fortunes ». « Peu ou point de luxe, car il corrompt à la fois le riche et le pauvre, l’un par la possession, l’autre par  la convoitise ; il vend la patrie à la mollesse, à la vanité ; il ôte à l’État tous ses citoyens pour les asservir les uns aux autres, et tous à l’opinion. » C’est plutôt bien écrit et d’une forte actualité américaine, et même européenne, comme en témoigne la récente élection autrichienne d’un candidat républicain n’appartenant pas aux partis traditionnels et battant d’extrême justesse un populiste xénophobe.

 Que nous dirait le « promeneur solitaire » de la France actuelle ? « Quand le nœud social commence à se relâcher, et l’État à s’affaiblir, quand les intérêts particuliers commencent à se faire sentir et les petites sociétés à influer sur la grande, l’intérêt commun s’altère et trouve des opposants. »

Ce que le philosophe appelle le « gouvernement », qui regrouperait aujourd’hui le pouvoir exécutif exercé par un Président touche-à-tout, un Premier ministre fonceur et des ministres dispersés, n’a pas la tâche facile : « Les peuples ainsi que les hommes ne sont dociles que dans leur jeunesse, ils deviennent incorrigibles en vieillissant ; quand une fois les coutumes sont établies et les préjugés enracinés, c’est une entreprise dangereuse et vaine de vouloir les réformer ».

Et pourtant, dit-il, la réforme est nécessaire ! « C’est précisément parce que la force des choses tend toujours à détruire l’égalité que la force de la législation doit toujours tendre à la maintenir ».

 Si la « loi El Khomri » est si vivement contestée, c’est pour partie parce qu’elle dérange des habitudes ou menace les avantages acquis de corporations de salariés du transport routier ou ferroviaire, ou du secteur pétrolier. C’est surtout parce qu’elle est perçue comme ne tendant pas à lutter « contre la force des choses », contre le déséquilibre croissant du partage du revenu, de la richesse et du pouvoir entre une classe moyenne méprisée au pouvoir d’achat stagnant et à l’emploi fragilisé, et une élite parisienne qui vit dans un autre monde, global, numérique, opulent, et qui considère qu’elle fera le bonheur des Français malgré eux.

Espérons, comme Jean Auroux et d’autres bons connaisseurs du monde syndical y appellent, qu’un compromis sera trouvé au Parlement, qui garderait les éléments positifs pour l’égalité (par exemple le Compte Personnel d’Activité qui accorde des droits sociaux aux travailleurs devenus nomades de gré ou de force) et raboterait les exigences d’un Patronat, dont la mollesse à investir et à créer des emplois ne permet guère de donner des leçons de morale.

 Nous ne laisserons pas la conclusion au philosophe genevois, mais à une jeune femme extraordinaire. Que nous dit Rousseau ? Que les États, comme les hommes, sont mortels : « Quel État peut durer toujours ? », quand les cités grecques et la République romaine se sont effondrées. La France en a fait l’expérience en 1940. Et aussi : « Un peuple est toujours le maître de changer ses lois, même les meilleures ; car s’il lui plaît de se faire mal à lui-même, qui est-ce qui a droit de l’en empêcher ? » Le peuple allemand a voté pour Hitler et le peuple français a soutenu Pétain. 

 Mais le pire, incarné par Marine Le Pen, n’est pas sûr. La preuve, nous l’avons eue hier soir en assistant à la projection en avant-première du film « Divines » qui a obtenu la Caméra d’or du premier long métrage au récent Festival de Cannes. La réalisatrice, Houda Benyamina, est une femme jeune, née et grandie en banlieue, frêle d’apparence mais d’une énergie indomptable. Elle a embarqué dans une aventure de cinq ans (150 heures de rushes, 50 semaines de montage !), sa sœur qui joue le rôle principal, une équipe merveilleuse et un producteur téméraire.

Drôle et tragique comme est la vie loin des quartiers feutrés, le film se passe en-dessous du boulevard périphérique dans un bidonville de Roms et au-delà, dans le triangle constitué du centre commercial, du théâtre et de la mosquée, où prospère le trafic de drogue. L’héroïne, « décrocheuse » du lycée parce que  trop ambitieuse pour devenir hôtesse d’accueil, vit dangereusement, avec sa copine corpulente et attendrissante. Le film est indescriptible de finesse, de violence, d’humanité mais porte une morale claire : les jeunes des banlieues sont bourrés de talents et peuvent s’en sortir par leurs propres forces. La petite sœur, Oulaya Amamra, déjà actrice surdouée, va rentrer en septembre au Conservatoire !

 Aidons les jeunes femmes des « quartiers sensibles », qu’elles portent le voile ou pas, à réussir leurs projets. L’espoir est dans ces citoyennes !

Excellente déclaration de la ligue européenne des universités de recherche

On 28 May 2016, the International Association for Scientific, Technical and Medical Publishers (STM) issued a response to the EU Competitiveness Council’s Conclusions on Open Science. Although welcoming the move to Open Science, STM noted its concern at a number of Conclusions which the Council has reached.
LERU’s Secretary-General, Prof Kurt Deketelaere, has already characterised, in a first reaction, the STM response as “2,5 pages of nonsense” and so they are. What the STM statement seems to object to is any change which impacts on the current role of traditional publishers. It makes unwarranted assumptions that the immediate move to 100% Open Access by 2020 must follow the Gold route and says that this is unsustainable financially. The Council Conclusions, however, do not pre-suppose that Gold is the sole route (orange is not the only fruit). However, LERU would point out that the Gold route would be more sustainable if all publishers offset the cost of Article Processing Charges (APCs) against subscription costs, thus saving money for universities. Some publishers do this, but not all do.
In terms of Green Open Access, the STM statement complains that short embargo periods are unsustainable and will wreck the current pattern of scientific publishing. This despite the fact that research funders such as RCUK (Research Councils UK) ideally stipulate an embargo period of 6 months for STEM subjects if there needs to be an embargo at all. The Council Conclusions, therefore, acknowledge what many in the community are already saying.
The STM Statement also accuses the Council of pre-empting the forthcoming Commission proposals on Text and Data Mining (TDM), and characterises the current arrangements on TDM as ‘an existing, well-functioning market for commercial TDM’, underlining the publishers’ commitment to use licences to manage the introduction of TDM services. But not all academics want to use third party TDM services and, in the era of Open Science, it is unacceptable that researchers cannot have the freedom to do this work themselves without the recourse to signing separate licences with each publisher. As LERU has long said, “The right to read is the right to mine” (cf. Murray-Rust, 2012).
In conclusion, a recent Report on Open Science says: “It may even be fair to say that we are facing the biggest challenge for RTDI [Research, Technology Development and Innovation] policy makers since the advent of the modern organization of science.” As such, we must all examine old positions on the dissemination of research outputs and have the courage to rise to the challenge which Open Science brings. The STM statement shows that traditional publishers still have a mountain to climb