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Piqûre de rappel nécessaire : L’Europe est-elle une utopie nécessaire ?

L’épisode dramatique de la vie politique grecque a révélé bien des contradictions de la construction européenne et renseigne aussi sur l’état de l’opinion des européens aujourd’hui. Je suis de la génération née durant la dernière guerre mondiale dans une famille ouvrière. Notre éducation a été nourrie par les luttes de nos aînés pour l’émancipation, par la prise de conscience des conséquences de la grande guerre et par la nocivité des idéologies fasciste et nazi, par l’illusion qu’un modèle alternatif au capitalisme débridé existait bel et bien à l’Est. Nos enfants ont aussi été éduqués à cet aune, mais avec nos petits enfants dont certains arrivent à l’âge adulte ces souvenirs s’estompent. Peu de pays en Europe ont en fait connu ce schéma. D’une part l’Espagne, le Portugal et la Grèce continuèrent à être régies par des dictatures assassines, d’autre part une beaucoup de pays qui avaient subi avec dureté le dernier conflit mondial furent placés sous domination soviétique avec des régimes qui n’avaient de démocratique que le nom et étaient tout aussi meurtrières. L’Allemagne et l’Italie, les principaux artisans du conflit, étaient de fait sous tutelle. Dans ce contexte quelques esprits éclairés, à la suite de l’appel de Winston Churchill, le Belge Paul-Henri Spaak et les français Jean Monnet et Robert Schuman se firent les VRP d’une démarche visant à créer les Etats-Unis d’Europe. Mais il faut bien convenir qu’en France tant les gaullistes que les communistes s’efforcèrent avec un certain succès à entraver la marche en avant. Les vingt années qui suivirent l’après-guerre virent se mettre en place à bas bruit une petite Europe (RoyaumeUni, République fédérale allemande, Bénélux, France et Italie) qui permit une amélioration sociale et économique constituant le noyau dur de l’Europe alors que les satellites de l’URSS et les pays de l’ouest sous dictature restaient en retard.

Partout en Europe cependant la jeunesse fermentait car les carcans sociaux et religieux étaient de moins en moins supportés et aboutirent aux divers mouvements de 1968. L’Europe de l’Est à l’Ouest, bousculée à des rythmes divers par l’émergence des nouvelles technologies de l’information (radio libres, informatique, etc.) et la soif de nouveauté les pouvoirs durent lâcher du lest sur les questions de morale et de sexualité. Les vingt années suivantes l’intrication des économies va induire la nécessité d’une ouverture des frontières intra-européennes procurant une fluidité plus grande des jeunes dans cet espace. La fin des dictatures d’Europe de l’ouest au Portugal, en Espagne et en Grèce va renforcer ce grand mouvement de brassage renforcé par l’arrivée du Danemark. L’Union Européenne disposait d’une assise confortable mais elle restait avant tout une confédération lâche ne disposant ni d’une monnaie ni d’une libre circulation. L’entré en application le 1er juillet 1987, l’acte unique européen avait pour but de redynamiser la construction européenne en fixant l’achèvement du marché intérieur à l’année 1993, permettant la libre circulation également des capitaux et des services. Mais l’acte européen demeure une cote mal taillée puisqu’elle laisse aux états, en théorie du moins la maîtrise de leur politique étrangère, économique, sociale et sécuritaire alors que la libre circulation devient la règle et la monnaie unique à laquelle le Royaume  Uni refusa d’adhérer ne put s’appuyer sur une gouvernance solide.

L’effondrement de l’union soviétique va considérablement modifier l’évolution de l’Europe. Une fois passé l’euphorie d’une liberté toute hypothétique envers laquelle il faut bien convenir seul, parmi les grands dirigeants occidentaux, Mitterrand manifesta de sérieuses réserves, se créa une fenêtre d’opportunité où va s’engouffrer un ultralibéralisme débridé dont les résultats en Russie sont encore terrifiants aujourd’hui ne serait-ce que par le recul de l’espérance de vie et l’atomisation de sa périphérie. Les couches populaires de l’Europe occidentale en seront les victimes expiatoires et rares furent les pays à pouvoir préserver l’Etat providence. Par une cruelle ironie de l’histoire, l’Espagne, le Portugal et la Grèce qui pensaient pouvoir se l’approprier en sont les victimes résiduelles sans qu’aucune solidarité ne se manifeste parmi les pays de l’ancien glacis soviétique tant y était discrédité tout ce qui provenait de l’Etat. Dans le même temps, l’Allemagne réunifiée, qui bénéficia d’une large solidarité de l’union européenne pour remettre à flot sa composante orientale, retrouva sous la houlette du chancelier social-démocrate Schroeder, devenu l’icône de tout ce que la France compte d’économistes peu imaginatifs, relança la politique du tout à l’Est en poussant à l’arrivée dans l’Union européenne du glacis soviétique et en regardant Eltsine puis Poutine comme les yeux de Chimène jusqu’à ce que la Crimée puis l’Ukraine ramènent ses successeurs à la réalité.

Dans le même temps l’unilatéralité libérale déstabilisait fortement le continent africain et le Moyen-Orient créant les conditions de l’émergence d’un islam simpliste et radical qui allait aussi trouver des adeptes parmi la progéniture des travailleurs émigrés d’Europe occidentale dont l’intégration à nos pays n’avait pu se réaliser pleinement dans un contexte économique dégradé où les couches moyennes et les retraités n’entendaient pas se laisser déborder. L’afflux de réfugiés dont on ne sait s’ils sont politiques, économiques ou d’opportunité a changé gravement l’ambiance politique générale entrainant la renaissance des sentiments identitaires dans l’Europe du nord et de l’est, et renforçant l’impatience de la jeunesse et des indignés de l’Europe du sud. Il serait stupide de prêter la main à ceux qui se saisissent de cette occasion trouver la cause de la situation actuelle dans la fermentation des années autour de mai 68,  le mal absolu pour la pensée néo-réactionnaire avec des nuances entre un Donald Tusk et un Nicolas Sarkozy mais qui tous les deux regrettent la levée des interdits de la civilisation judéo-chrétienne. D’une certaine manière, ils se font les complices de la  montée des interdits de la civilisation de l’islam tout en accentuant leur convergence vers ceux qui veulent faire sauter le rejet du racisme et de la xénophobie.

Devant cette situation il faut faire le pari de la jeunesse et du melting-pot. De ce point de vue je considère que la principale avancée de l’union européenne réside dans le programme Erasmus, que la droite européenne voulait affaiblir, et les programmes de recherche sur appels communautaires. Inversement je considère comme essentielle la lutte contre l’esprit de renoncement qui anime nos sociétés vieillissantes et font le lit de la néo-extrême droite européenne. Ce n’est pas une menace à prendre à la légère car le populisme et la xénophobie ont toujours été des données de fond des peuples européens. Et si, dans les systèmes démocratiques ils ont rarement dépassé le tiers des suffrages exprimés, dans plusieurs circonstances ils ont trouvé des alliés afin de prendre le pouvoir.

L’Europe est une utopie nécessaire pour la gauche a dit récemment Cohn-Bendit. Mais elle est aussi nécessaire pour la jeunesse et donc pour l’avenir de l’Europe et du monde. Plus que jamais les Etats Unis d’Europe sont une nécessité. Aujourd’hui ce n’est plus la fuite en avant qu’il nous faut. Laissons cette chimère aux « nouveaux philosophes ». Il nous faut une défense unifiée, un parlement élu au suffrage universel qui joue son rôle qui est de contrôler l’exécutif élu par lui. Certes une large décentralisation des décisions aux régions de l’Europe sera nécessaire. Il faut impérativement que l’Europe investisse non seulement chez elle mais dans les territoires d’où proviennent les cohortes d’immigrés, ce qui lui impose de participer à leur sécurisation. Quelle autre alternative ? Les indignés, les gauches des gauches ne peuvent se fourvoyer comme l’on fait il y a trois quart de siècle leurs aînés et servir de marches-pieds aux héritiers des idéologies qui détruiront notre continent et nous rendront à notre tour des esclaves. Mais il faut aussi que les profits réalisés par l’économie européenne ne soient plus confisqués par quelques-uns et servent en priorité à cette politique. Non l’Europe n’est pas une utopie nécessaire mais une nécessité absolue.

Les Picards le 18 août 2015

Ma ville sans migrants

Intervention de Daniel Breuiller, maire d’Arcueil, en réponse au vœu du Front National

Conseil municipal du 29 septembre 2016

Ce vœu est une insulte à l’histoire de notre pays et de notre commune.

Je vais vous rappeler la Constitution de 1793 :

« Tout étranger âgé de 21 ans, qui domicilié en France, y vit de son travail, ou acquiert une propriété ou épouse une française ou adopte un enfant ou nourrit un vieillard, tout étranger enfin, qui sera jugé par le corps législatif avoir bien mérité de l’humanité, est admis à l’exercice des droits des citoyens français. »

Voilà plus de deux siècles, la République se définissait ouverte et accueillante. Votre pensée est moyenâgeuse,

Arcueil a accueilli bien des migrants : Marie Curie par exemple, Antoine Marin dont un prix d’art contemporain porte le nom… Combien de familles venues d’Italie ou d’Espagne fuyant le fascisme, combien de familles juives d’Europe de l’Est dont plusieurs, hélas, livrées par la police de Pétain au régime Nazi. Des gens célèbres mais aussi des maçons, des carriers, des ouvriers, des instituteurs, des réalisateurs, des commerçants. Dulcie September, luttant en France contre le régime de l’apartheid jusqu’à son assassinat. Des réfugiés chiliens fuyant Pinochet et même sans doute des réfugiés roumains fuyant la dictature Ceausescu.

Si nous avions fermé la porte aux migrants vous ne trouveriez guère de médecins à l’accueil des urgences de l’hôpital, les poubelles ne seraient plus ramassées dans nos rues, votre colistière ne serait peut-être pas à vos côtés ce soir et Picasso n’aurait pas rencontré Julio Gonzalez ici même.

Votre vœu est une honte à propos des réfugiés alors qu’en ce moment même des enfants meurent sous les bombes à Alep, des familles sont affamées, les opposants politiques assassinés en Syrie, au Soudan ou en Erythrée. Votre vœu est une honte parce que plus de 11 000 personnes ont péri en Méditerranée au cours des deux dernières années.

Notre ville s’est déclarée prête voilà un an à participer à l’accueil de réfugiés car Calais, les bidonvilles qui fleurissent sont une indignité. A ce jour nous n’avons pas été sollicités, mais je réitère au nom de la majorité municipale notre disponibilité à accueillir les deux ou trois familles que les engagements internationaux nous demanderaient d’accueillir.

Il y a 36 000 communes en France, les engagements internationaux de la France parlent de 30 000 réfugiés, l’évacuation de Calais et des autres camps concerne 12 000 personnes. Cela ne fait même pas une famille par commune ! Et nous ne pourrions pas ? A Arcueil, des particuliers se sont portés volontaires pour accompagner ces migrants dans leur insertion et même plusieurs pour les loger. Une famille syrienne vit depuis 3 ans dans un logement de 30m² avec 3 enfants. Elle est avocate, lui ingénieure et ils vivent en faisant des ménages et des traductions.

Beaucoup de familles françaises ont un parent ou un aïeul étranger. Ici même dans le conseil nous avons des parents, grands-parents venus de Belgique, de Guinée, du Cameroun, de Pologne, d’Algérie, du Maroc, de Roumanie, de Serbie, du Portugal, d’Espagne… Ils forment notre nation par leur adhésion aux valeurs de la République.

Votre vœu cultive le fonds de commerce de votre parti, la peur, la haine de l’étranger. Marion Maréchal Le Pen parle des migrants comme la « poussière » que l’on disperse. Elle dit « ça » pour qualifier des humains. Ces discours, cette attitude ressemblent énormément aux années 1930 lorsque, la crise économique s’aggravant, des gouvernements ont fait des juifs, le bouc émissaire de la colère de leurs peuples.

Les êtres humains ont en eux, la capacité à s’élever, la capacité d’empathie et de fraternité. Ils ont aussi des pulsions de mort et de violence contre lesquelles la culture, l’éducation et l’amour de son prochain doivent former rempart. Vous portez une très lourde responsabilité en appuyant sur ces tentations de haine et de xénophobie.

Nous ne vous laisserons pas dénaturer notre pays. »

Les Français ont la mémoire courte. Un billet de Michel Besse militant corrézien :Ne pas se laisser abuser !

Nouvelles fraîches de Chamboulive dans La Montagne du 25 octobre.

Le porte-parole des manifestants flics noctambules n’est pas flic, il ne l’a jamais été, il bosse chez Carrefour, s’appelle Rodolphe Schwartz et c’est un militant du rassemblement bleu Marine. En clair les flics du FN jouent les noctambules. Les syndicats sérieux devraient reprendre cette affaire en main. On devrait régler le problème avec une augmentation de salaire et un peu de pommade. On parle de 100 millions pour calmer ces braves gens…Y a que ça qui marche…Du pognon…Jeudi on était à 250 briques pour du beau matériel : voitures blindées etc… Amis et collègues Proviseurs il faut prendre vos camionnettes de service et faire pareil, vous qu’on agresse régulièrement. On vous intaillera des barbelés et des miradors.

Selon Jean d’Ormesson Juppé va faire du Hollande à ceci près qu’on va avoir la retraite à 65 ans, les 39 heures (adieu les RTT), la fin de l’ISF,  l’augmentation de la TVA etc… Sus aux pauvres et pendant ce temps la gauche joue les effarouchées. Selon Standard and poor’s la note de la France s’améliore…on s’en fout totalement

Suggestion aux amis de l’agglomération : La déchetterie de Chamboulive est très bien tenue par un préposé sympa, bosseur et accueillant. Comme dirait ma grand-mère : dommage qu’il soit noir !!! Je râle quand je vois le portail régulièrement défoncé, le grillage arraché par les inévitables « baraquins »  comme les nommait ma grand-mère. Et si on ne mettait pas de serrure mais un simple panneau d’interdiction de pénétrer hors la présence du gardien…De toute façon ils entreront…

Séquence : tout n’est pas à jeter dans notre société :

Savez-vous que la vision et la prise en charge du handicap ont bien évolué avec la loi de 75 (Giscard) les lois de 82 et 83 (Mitterrand), les lois de 2002 et 2005 (Chirac). On n’entend plus ou rarement des réflexions du genre : quand on a un gosse comme ça on le cache, vous pouvez venir avec François, ça ne nous « gêne pas », je ne suis pas faite pour enseigner à ce « genre » d’enfant, trouvez de la place ailleurs (Igny, Directrice de maternelle). Nous trouvâmes de la place ailleurs, à Clamart et jamais François ne mit un orteil dans une école de sa commune… Aujourd’hui que ce soit à Tulle, à Chamboulive ou à Seilhac quand François a une difficulté, genre téléphone qui ne passe pas, escalier trop raide pour lui, il trouve toujours une main tendue…et oui c’est pour ça que j’aime les gens d’ici comme on dit

L’ami Le Drian a réussi encore un bon coup avec l’implantation d’une demi brigade de la Légion sur le Larzac et discutant avec les gens du coin (pas avec les écolos gauchos de je ne sais où). Tout le monde y trouve son compte et la vie réapparait sur le plateau. Il semble que Cazeneuve s’en tire bien à Calais…même chose on parle

Deux maisons de santé financées par l’agglomération à Tulle et Corrèze avec 2 présidents médecins appréciés. Ce ne sera pas comme dans certains cas une entreprise totalement commerciale et privée…maison de santé au service des actionnaires et non maison de santé au service des patients. On a des phénomènes semblables avec les résidences séniors et les maisons de retraite.

Remarquable bulletin de Tulle Agglo…bravo aux communicants de la colline…

Ça bouge à Seilhac, des travaux d’amélioration un peu partout. Les finances seraient-elles enfin maîtrisées après la gestion irresponsable de la droite ?

Prix de journée à l’EHPAD de Chamboulive : 57 euros. Dans la région parisienne, le double et où vaut-il mieux vivre ?  A Chamboulive sans discussion aucune…CQFD.

Considérations nationales

Quelques-uns de mes « correspondants », rares il est vrai, ne supportent pas que je dise des trucs (surtout quand les choses sont vraies mais cachées). Faut pas m’en vouloir, c’est l’habitude du débat qui fait partie de ma seconde nature. Je n’importune plus les amis qui ne veulent pas entendre des trucs qui ne leur plaisent pas et je ne leur en veux pas, loin de là.

Mélenchon un Besancenot qui a réussi mais qui ne sert toujours à rien, pas plus que le facteur. Si on s’achemine vers 500 députés de droite et 50 PS ; Il y aura une trentaine FN avec Le Nord et PACA. En avant la musique pour les « réformes de fond comme ils disent »

Macron a communiqué les noms de ses fans les plus proches…j’en connais pas un… et aucun n’a jamais fait de choses un peu sympa genre Président d’Emmaüs ou MSF ou autres… des bourges rien que des bourges et avec des ambitions. Reste à rencontrer les électeurs et faire leurs preuves. La bulle médiatique commence d’ailleurs à baisser dans les sondages…

 Le chômage augmente c’est la faute à Hollande. Le chômage baisse, il n’y est pour rien et on oublie de parler des intérims etc…refrain habituel…Voir Le Figaro et le Point. Tout le monde sait que le CICE et pacte de solidarité combinés aux mesures pour les jeunes (emplois d’avenir) commencent à porter leurs fruits et ce serait bien le moins tant on a du faire de cadeaux aux patrons pour relancer la machine avec des emplois durables.

Selon les économistes libéraux c’est tellement mieux ailleurs, en Allemagne : pas de chômage mais pas de gosses, en Angleterre : pas de chômage mais système de santé nul, aux Etats Unis : pas de chômage mais des archi-pauvres en veux-tu en voilà, au Danemark avec l’égoïsme en bandoulière…Tout n’est pas rose chez nous mais on est bien en France. L’accueil des réfugiés un peu partout ce n’est pas rien. Les associations sont au top et il y en a. Cazeneuve et Fabienne Buccio, la préfète du Pas de Calais (connue en Corrèze) ont été à la hauteur pour l’évacuation de la jungle.

Pourquoi le discours de Marine Le Pen reste profondément d’extrême droite par Olivier Faye et Les Décodeurs

J’ai trouvé important de mettre en ligne cette analyse parue dans un supplément du monde hier.

Marine Le Pen l’assume : elle veut prendre le pouvoir. La perspective semble encore lointaine, en l’absence d’une majorité dans le pays ou d’alliés susceptibles de lui offrir ce strapontin, mais dire les choses, c’est déjà leur donner un semblant de réalité. Dès son accession à la présidence du Front national, le 16 janvier 2011, la députée européenne avait affiché son intention. Son père, Jean-Marie Le Pen, appartenait à la génération des « éveilleurs » ; elle serait de celle des « bâtisseurs ».

La prétention de Marine Le Pen est parfois vue avec dédain par ses adversaires, mais les résultats électoraux du FN, en constante progression, des cantonales de 2011 aux régionales de 2015, incitent à considérer le parti d’extrême droite. Les sondages aussi, qui annoncent depuis trois ans la présidente du Front national présente au second tour de la présidentielle de 2017. Dès lors, il semble nécessaire de prendre au sérieux ce qu’elle a à dire.

Fixer son verbe

Nous avons choisi de reproduire et d’analyser dans sa quasi-intégralité le discours prononcé par la candidate d’extrême droite lors de ses Estivales, à Fréjus (Var), le 17 septembre. Outre le fait qu’il balaye la plupart des sujets qui animeront la présidentielle – sécurité, économie, immigration, identité, relations internationales –, ce discours est vu au FN comme un élément fondateur de sa campagne. Ses différents aspects seront déclinés durant les six mois qui nous séparent du premier tour du scrutin.

De nombreux universitaires et journalistes ont produit des travaux de qualité, ces dernières années, pour définir le « marinisme », ses mots, ses idées, ses concepts. Notre propos est d’essayer de « fixer » cette doctrine – ou cette ligne politique – à un moment où elle va se confronter à une échéance majeure, pour elle et pour le pays. Qu’est-ce qui distingue Marine Le Pen du « jean-marisme », expression forgée par son père ces derniers mois pour remplacer le terme « lepénisme », qu’il partage désormais avec sa fille honnie ? En quoi cette femme politique de 48 ans, née après la seconde guerre mondiale et les conflits coloniaux, qui a grandi avec la crise économique et la libération des mœurs, s’inscrit-elle dans l’histoire du nationalisme français ? Quelles références utilise-t-elle, et à quelles fins ?

« Peuple », « liberté » et « Etat »

Certaines évolutions sémantiques existent, et traduisent les stratégies électorales de la candidate. Pour son intronisation comme présidente du FN, au congrès de Tours, en 2011, Marine Le Pen avait articulé son intervention autour de deux notions : l’Etat et le peuple. Le premier devait servir le second, être remis entre ses mains et constituer un remède aux afflictions françaises.

A Fréjus, en septembre, la députée européenne s’est encore réclamée du « peuple », mais elle a cette fois conjugué cette notion avec celle de « liberté ». Le mot revient 29 fois dans son discours tandis que l’expression « libre » est utilisée 17 fois. En 2011, le terme d’« Etat » était employé à 51 reprises. Cinq ans après, il n’est repris que 11 fois. Sans modifier le programme sur le fond, les mots permettent de s’adresser à un électorat de droite traditionnel, que beaucoup au FN estiment délaissé par leur parti.

Des sources d’inspiration, qui ne sont pas nommées ou assumées, de la nouvelle droite aux nationalistes-révolutionnaires, permettent aussi de donner des clés de compréhension à son discours. Car plus que par le passé, Marine Le Pen joue de l’euphémisme et de l’implicite. La finalité, elle, est limpide : ratisser le plus largement possible en vue du second tour de l’élection présidentielle.

#1 : Une nation organique

CE QU’ELLE A DIT

« C’est en candidate du peuple que je me présente devant vous (…) Le peuple français, c’est vous et c’est nous. Ce sont des millions d’hommes et de femmes fondamentalement unis par des liens invisibles mais irréductibles, unis par l’amour d’un pays, par l’attachement à une langue et une culture, un peuple c’est un seul cœur qui bat dans des millions de poitrines, c’est un même souffle, une même espérance. »

CE QUE ÇA VEUT DIRE

Dès le début de son discours, Marine Le Pen décrit sa conception du peuple, qu’elle voit comme un tout homogène et immanent, des hommes et des femmes « unis par des liens invisibles mais irréductibles (…) par l’attachement à une langue et à une culture ». En clair, la députée européenne promeut une conception organique de la nation, que l’on oppose à celle basée sur l’adhésion à des valeurs communes. « Cela ne veut pas dire qu’elle rejette la citoyenneté contractuelle, mais elle y pose des limites », analyse le politologue Jean-Yves Camus, directeur de l’Observatoire des radicalités politiques.

Plus loin dans son propos, la présidente du Front national développe l’idée que le « monde ne survivra que par la diversité humaine, culturelle, la biodiversité », c’est-à-dire en protégeant l’existence « des civilisations » – au pluriel – en les préservant les unes des autres. « Elle emprunte aux nationalistes-révolutionnaires [courant de l’extrême droite radicale qui mêle culte de la différence et discours socialisant]. Ces derniers expliquent que face au système à tuer les peuples, au métissage culturel, il faut permettre de recréer des unités organiques », rappelle l’historien Nicolas Lebourg, auteur de Lettres aux Français qui croient que cinq ans d’extrême droite remettraient la France debout (Les échappés). Ce que préconisait, en somme, François Duprat, ancien militant nationaliste-révolutionnaire et tête pensante du Front national… dans les années 1970.

2 L’imminence du cahot

CE QU’ELLE A DIT

« Personne ne doit ignorer que cette élection présidentielle, cette élection de 2017, met en jeu une alternative implacable, soit la France, sa souveraineté, son identité, ses valeurs, sa prospérité, soit un pays que nous ne reconnaîtrons plus, qui nous sera devenu étranger. »

CE QUE ÇA VEUT DIRE

Le Front national ou le saut dans le vide. Voilà l’alternative que suggère Marine Le Pen quand elle estime que « cette élection de 2017 » va décider si la France conserve « sa souveraineté, son identité, ses valeurs » ou si elle devient « un pays que nous ne reconnaîtrons plus, qui nous sera devenu étranger ». Dramatiser l’enjeu, promettre des lendemains qui déchantent : l’outil rhétorique a souvent été utilisé par le FN. Dès sa fondation, en 1972, le slogan du parti d’extrême droite invitait au sursaut : « Avec nous avant qu’il ne soit trop tard ». Jean-Marie Le Pen a repris cette antienne, par exemple lors de l’élection présidentielle de 1988. Il dénonçait à la télévision, graphiques à l’appui, la « menace » de l’immigration et son caractère supposément irréversible.

En parlant d’un pays « qui nous sera devenu étranger », Marine Le Pen aborde de manière implicite la théorie du « grand remplacement ». Cette dernière postule que les immigrés extra-européens, en particulier les Maghrébins et les personnes venues d’Afrique subsaharienne, se substituent à la population française « de souche » dans le cadre d’un plan établi par des élites. La présidente du FN refuse d’endosser cette expression, populaire au sein de l’extrême droite et dans son propre parti, au prétexte qu’elle relèverait d’une vision « complotiste » du monde. Mais le discours de la candidate revient à faire planer cette menace d’une France subvertie. Dans d’autres circonstances, Mme Le Pen n’hésite pas à se demander si « la France va rester la France ».

Souveraineté et identité

CE QU’ELLE A DIT

« Il n’y aura plus de France sans identité. Et il n’y aura pas d’identité sans souveraineté. »

CE QUE ÇA VEUT DIRE

Le discours de Fréjus a été l’occasion pour Marine Le Pen d’adresser un message à son camp, en même temps qu’elle parlait au grand public. « Il n’y aura plus de France sans identité et il n’y aura pas d’identité sans souveraineté », affirme-t-elle. La sentence est une réponse directe au journaliste Eric Zemmour, qui avait estimé quelques jours plus tôt que la fille de Jean-Marie Le Pen se trompait de combat en privilégiant, selon lui, la défense de la souveraineté. En clair, M. Zemmour reproche à la candidate d’endosser la ligne de son bras droit Florian Philippot plutôt que celle de sa nièce, la députée de Vaucluse Marion Maréchal-Le Pen.

La présidente du FN ne change pas de cap, et rappelle dans son discours qu’elle milite pour le retour en France de souverainetés dévolues à l’Union européenne. Mais Marine Le Pen tente d’équilibrer son message en plaçant l’identité à un niveau d’importance égal. La finalité du combat qu’elle mène est, dit-elle, de préserver l’identité française. « Les identitaires peuvent être très heureux de ce discours. Si elle continue à marcher sur deux jambes comme ça, elle peut réaliser un gros score au premier tour et se ménager des reports de voix au second tour, estime l’historien Nicolas Lebourg. Elle piège Nicolas Sarkozy, qui n’est lui que sur le thème de l’identité depuis son entrée en campagne. »

Un ennemi intérieur

CE QU’ELLE A DIT

« Nous, citoyens français, nous, peuple français, ne décidons plus de notre destin. Nos lois ne sont plus nos lois, nos codes et nos mœurs ne sont plus nos codes et nos mœurs, et la politique de la France est trop souvent dictée de l’étranger. »

CE QUE ÇA VEUT DIRE

L’extrême droite a pour coutume de désigner deux ennemis : intérieur (le Parti communiste, par exemple) et extérieur (l’Union soviétique, dans le même ordre d’idée). Ici, Marine Le Pen pointe de manière allusive un ennemi intérieur, que l’on perçoit comme étant le résultat de l’immigration : il n’est pas « de France », n’aurait pas ses « codes », ses « mots », commettrait des « crimes » et mettrait à mal « l’intégrité du territoire »« Elle procède par allusions et périphrases pour dépeindre sous un visage effrayant, car mystérieux, des ennemis jamais nommés : des populations non autochtones, qui sont assimilées à des criminels, analyse Cécile Alduy, professeur à Stanford et auteure avec Stéphane Wahnich de Marine Le Pen prise aux mots (Seuil, 2015). L’ennemi est aussi dangereux que fuyant. »

Un absent très présent

CE QU’ELLE A DIT

« Est présent sur notre sol autre chose que des criminels, sont présents des ennemis qui entendent faire régner des lois, des mœurs, une idéologie politico-religieuse, venus de l’extérieur. »

CE QUE ÇA VEUT DIRE

Tout au long de ce discours, Marine Le Pen joue sur l’implicite. Aucun adversaire politique n’est nommé. Pas plus qu’une religion ou une idéologie. Lors de la précédente université d’été du FN, à Marseille, le 8 septembre 2015, la présidente du parti d’extrême droite avait promis de mettre l’« islam radical à genoux ». Cette fois, les mots « islam » ou « islamisme » ne sont pas prononcés. Une manière de ne pas désigner un bouc-émissaire, en apparence. Tout juste dénonce-t-elle la présence « sur notre sol » d’« ennemis (…) venus de l’extérieur » pour servir une « idéologie politico-religieuse ». En clair, de djihadistes, qui seraient présents sur le territoire français du fait d’une immigration non contrôlée – ce qui occulte le fait que certains d’entre eux sont français depuis leur naissance. « Ne pas nommer signifie qu’il n’y a pas besoin de décodeur, cela va de soi, note l’historien Olivier Dard, professeur à l’université Paris-IV et spécialiste du nationalisme français. Son discours est compréhensible par tout le monde, c’est symptomatique de la lepénisation des esprits. » Le propos de la présidente du FN était plus transparent, à Tours, en 2011 : « L’Europe n’est pas un califat, la France n’est pas un califat, elle ne l’a jamais été, elle ne le sera jamais. » En 1988, Jean-Marie Le Pen jouait de son côté au prophète sur le sujet : « Dans vingt ans, la France sera une république islamique. »

La trahison des élites

CE QU’ELLE A DIT

« Je ne désignerai pas un ennemi extérieur, ni même un parti de l’étranger, ce serait trop facile et trop réducteur. La complaisance est dans nos têtes, elle est dans nos petits arrangements avec l’intérêt national, et elle est dans l’abdication devant un système qui livre tout bien commun, tout projet collectif, aux appétits individuels. »

CE QUE ÇA VEUT DIRE

Dans son discours, Marine Le Pen assure ne pas vouloir désigner un « ennemi extérieur » ou un « parti de l’étranger » – une pente sur laquelle l’extrême droite s’aventure régulièrement pour expliquer le « déclin » français. De manière étonnante, elle utilise même le « nous »pour pointer des erreurs collectives : « Nous avons cru… » ; « Nous avons trop cédé… » ; « Nous avons accepté… », etc. « Elle développe l’idée que nous sommes responsables de notre propre décadence. Elle rompt avec la théorie du bouc-émissaire classique à l’extrême droite », note Jean-Yves Camus, de la fondation Jean-Jaurès.

Cette posture ne l’empêche pas, pour autant, de vilipender quelques minutes plus tard ces « élus » qui auraient trahi le peuple français en signant « des traités qui aliènent la liberté de la nation, qui placent ses lois, sa justice et ses mœurs sous contrôle étranger ». Les responsables sont désignés – les élites, qui ont cédé le pouvoir à « Washington, Berlin ou Bruxelles » – et l’adversaire est tout trouvé, l’Union européenne. Comme l’ensemble des organisations supranationales, cette dernière voudrait « en finir avec les peuples, les frontières et les nations ». Dans la rhétorique mariniste, l’UE remplace petit à petit l’URSS comme ennemi extérieur. La présidente du FN a répété ces derniers mois qu’elle voulait faire tomber le « mur de Bruxelles » et a estimé que le « destin de l’UE ressemble de plus en plus à celui de l’Union soviétique ».

Le patriotisme économique

CE QU’ELLE A DIT

« C’est Alstom aujourd’hui qu’il faudrait abandonner ! Alstom, fleuron de notre technologie industrielle, leader incontesté de son marché, que l’on voudrait abandonner parce qu’on ne prend même plus la peine d’acheter ses produits ! »

CE QUE ÇA VEUT DIRE

Marine Le Pen a toujours défendu l’intervention de l’Etat dans l’économie, quitte à s’attirer des critiques dans son camp et au sein de la droite. Une vraie rupture avec son père, qui était marqué par le logiciel libéral. Là, la présidente du FN se désole à l’idée que l’on puisse« abandonner » Alstom, « fleuron de notre technologie industrielle ». En défendant l’industrie française coûte que coûte, elle se démarque de certains de ses probables concurrents lors de l’élection présidentielle, Alain Juppé en tête. Comme le rappelle l’historien Nicolas Lebourg, l’ancien premier ministre se disait prêt, quand il était à Matignon, en 1996, à revendre la société Thomson au chinois Daewoo pour 1 franc symbolique. « Ça ne vaut rien… », expliquait-il alors à la télévision.

Dans son discours de Fréjus, Mme Le Pen assume sa ligne. « Il faut reprendre l’examen des privatisations hasardeuses », estime-t-elle. Une manière de garder sous contrôle une économie qui, dans son esprit, est « indissociable de la nation ». Et doit servir son projet d’une société homogène.

L’immigration

CE QU’ELLE A DIT

« La religion immigrationniste est une insulte à la personne humaine, dont l’intégrité est toujours liée à une communauté nationale, une langue, une culture »

CE QUE ÇA VEUT DIRE

Voilà un sujet sur lequel la partition de Marine Le Pen n’est (presque) pas implicite : l’immigration. La présidente du FN dénonce dans son discours « la religion immigrationniste », qui « est une insulte à la personne humaine, dont l’intégrité est toujours liée à une communauté nationale, une langue, une culture ». De son point de vue, l’immigré représente un péril pour l’identité individuelle et collective. « Ces peuples », dit-elle de manière volontairement vague, « dont la croyance, les mœurs, les pratiques ne sont pas les nôtres, n’ont pas vocation à être en France ». Les laisser venir en France serait même leur faire « une insulte », puisque la culture française les empêcherait eux-mêmes de s’épanouir. « Elle dénonce le communautarisme et y cède en même temps en se réclamant d’un communautarisme majoritaire. Elle est dans une vision d’une communauté cloisonnée et figée », note l’historien Grégoire Kauffmann, auteur du livre Le Nouveau FN. Les vieux habits du populisme (Seuil, 112 pages, 11,80 euros). Pas question, en revanche, de donner des détails sur ces « peuples » qui seraient incompatibles avec les Français… « Elle est sur l’euphémisation des éléments les plus clivants », relève M. Kauffmann.

En utilisant le terme de « religion », la fille de Jean-Marie Le Pen tente par ailleurs de disqualifier le discours de ses opposants pour se ranger, elle, du côté de la raison. Ce qualificatif est utilisé une autre fois quand elle évoque, dans une même volonté de dénigrement, la« religion du multiculturalisme ».

Le multiculturalisme

CE QU’ELLE A DIT

« Derrière le multiculturalisme et le communautarisme sur le sol de notre patrie, vient la remise en cause de la liberté, de toutes les libertés, celles notamment conquises par les femmes, à quel prix ! Notre pays vit une période folle qui voit les droits des femmes s’effacer, de plus en plus rapidement, derrière les victoires du fondamentalisme ! »

CE QUE ÇA VEUT DIRE

Le marinisme se distingue par certaines cohérences. En règle générale, la « société multiculturelle » est synonyme de « société multiconflictuelle ». Pour étayer ce propos, le Liban, contre-modèle de l’extrême droite française depuis les années 1980, sert toujours d’argumentaire. « Le Liban fut le triste exemple, la guerre civile entre des communautés qui tôt ou tard découvrent qu’elles ne sont pas faites pour vivre sans conflit, pour travailler, voter, se gouverner ensemble », explique Marine Le Pen dans son discours. D’où sa volonté de maintenir des cloisons entre les civilisations : « Oui au multiculturalisme au niveau de la planète, non au multiculturalisme dans un seul pays. »

Un différentialisme que la présidente du FN affirme avec force, comme rarement ces dernières années. Son propos n’est pas sans rappeler celui des tenants de la Nouvelle droite, qui, au cours des décennies 1970-1980, ont contribué à renouveler le logiciel de la droite et de l’extrême droite dans une logique élitiste et identitaire. « La Nouvelle droite se place dans le refus de la fin de l’histoire. Son chef de file Alain de Benoist postule que le monde périra s’il n’y a plus de civilisations. Il parle d‘idéologies humaines », rappelle Jean-Yves Camus, de la fondation Jean-Jaurès.

Les femmes

CE QU’ELLE A DIT

« Notre pays vit une période folle qui voit les droits des femmes s’effacer, de plus en plus rapidement, derrière les victoires du fondamentalisme ! Je dis aux Françaises, et à tous ceux qui les aiment pour ce qu’elles sont, qu’elles pourront compter sur moi !  »

CE QUE ÇA VEUT DIRE

D’une pierre deux coups. Depuis les agressions du Nouvel An 2016, à Cologne, Marine Le Pen a épousé la cause des femmes pour mieux dénoncer l’immigration et l’« islamisme ». Une manière d’essayer de rattraper son retard auprès de l’électorat féminin, tout en restant fidèle à ses fondamentaux. « Notre pays vit une période folle qui voit les droits des femmes s’effacer, de plus en plus rapidement, derrière les victoires du fondamentalisme ! Je dis aux Françaises, et à tous ceux qui les aiment pour ce qu’elles sont, qu’elles pourront compter sur moi ! », promet la candidate dans son discours. Cette posture a été adoptée depuis plusieurs années par l’allié néerlandais du FN, le PVV, parti farouchement anti-islam, qui prend la défense des droits des homosexuels dans le même ordre d’idées.

La cause des femmes n’a rien de naturel au Front national. Le 1er mai 2016, une partie des cadres et de la base frontiste s’était offusquée lorsque la députée européenne Sophie Montel avait assuré que la formation d’extrême droite défendait « la non-remise en cause de l’avortement » et « le droit de la femme à disposer de son corps ». Mme Le Pen elle-même utilisait encore, en 2012, l’expression d’avortements « de confort ».

Les réprouvés

QU’ELLE A DIT

« Il faut se souvenir de toutes celles, de tous ceux qui ont combattu, qui ont parlé, qui ont raconté, qui ont témoigné. Ils ont été les témoins de l’ombre, les héros anonymes d’un combat pour la France aussi essentiel, aussi vital que peu d’autres. »

CE QUE ÇA VEUT DIRE

Le passage pourrait presque être interprété comme un hommage à Jean-Marie Le Pen. Il rend grâce aux militants d’extrême droite des dernières décennies. Face aux tenants de la « religion immigrationniste », Marine Le Pen appelle à « se souvenir (…) des héros anonymes »« prophètes d’un monde qui vient », que « la caricature » aurait dépeint en « adeptes de l’exclusion, de la fermeture », en « nostalgiques d’un passé condamné ». L’extrême droite s’est longtemps vécue – et pour certains se vit encore – comme une famille de« réprouvés », ostracisée par la société et la classe politique. Mme Le Pen, comme pouvait le faire son père avant elle, salue donc ces militants, qui constituent à ses yeux l’avant-garde. Toutefois, une différence est à noter par rapport au cofondateur du FN : dans l’esprit de sa fille, la victoire culturelle a été remportée par son camp, qui aurait dépeint le « réel » avant les autres. Nul besoin, donc, de continuer à se voir comme un perdant magnifique.

Les références

E QU’ELLE A DIT

« De Pékin à Brasilia et de N’Djamena à Calcutta, et aussi d’Alger à Montréal, cette France-là, la France de Victor Hugo et de Claude Lévi-Strauss, la France du général de Gaulle et d’André Malraux, était bien vivante et elle était attendue. »

CE QUE ÇA VEUT DIRE

René Girard, Claude Lévi-Strauss, André Malraux, Victor Hugo… Le Panthéon dressé par Marine Le Pen dans son discours ne répond en rien aux canons traditionnels des références du « camp » national. « Si elle avait voulu parler avec les mots du nationalisme, elle aurait pu citer Maurice Barrès par exemple, sur la querelle du cosmopolitisme. Mais elle préfère utiliser des références connues et acceptables, note Olivier Dard, spécialiste du nationalisme français. Elle est plus dans l’occupation d’un espace que dans une filiation idéologique. Il faut imaginer Charles Maurras faisant l’éloge de Victor Hugo… Elle n’a pas le souci de la cohérence idéologique. »

Le Front national aime brouiller les pistes pour essayer de rejeter l’étiquette d’extrême droite. Dans le passé, il n’a pas hésité à mettre Jaurès sur ses affiches ; Marine Le Pen à citer Raymond Aron à la télévision ; la section FN de Sciences Po à se baptiser du nom de Jean Moulin. Peu importe la cohérence historique, ni que d’anciens collaborateurs aient contribué à la fondation du Front national.

La posture gaullienne

CE QU’ELLE A DIT

« Qu’est-ce que la France si elle n’est pas la France libre, non alignée, toujours debout quand il s’agit d’affirmer la liberté des peuples à choisir leur destin ? »

CE QUE ÇA VEUT DIRE

Certaines références sont encore plus acceptables que les autres. Tout au long de son discours, Marine Le Pen file la métaphore de la « France libre » pour tenter de se placer dans les pas du général de Gaulle, une des rares personnalités politiques dont elle cite le nom. Dans son esprit, l’homme du 18-Juin est synonyme d’indépendance, de souveraineté et de grandeur. « Le moment est venu de remettre la France, libre, égale et souveraine, parmi les autres nations, elles-mêmes libres, égales et souveraines », lance-t-elle. Et de plaider pour une France « non-alignée » – sur les Etats-Unis, en particulier. Ces dernières années, les positions du FN sur la scène internationale collent souvent à celles de la Russie de Vladimir Poutine.

Mme Le Pen, dont le bras droit Florian Philippot se réclame du général, veut se tailler un costume gaullien depuis plusieurs années. Dans son discours de Fréjus, elle glisse des références implicites à l’ancien président de la République. Lorsqu’elle affirme que le multiculturalisme a « une apparence » – « le respect de toutes les différences » – et une « réalité » – « celui de les détruire toutes », son propos évoque celui du général de Gaulle à la suite du putsch des généraux à Alger, le 21 avril 1961. « Ce pouvoir a une apparence : un quarteron de généraux en retraite. Il a une réalité : un groupe d’officiers partisans, ambitieux et fanatiques », déclarait-il alors à la radio. Savoureux, quand on se rappelle que le Front national a été fondé par des partisans de l’Algérie française et d’anciens membres de l’OAS.

Un libéralisme national

CE QU’ELLE A DIT

« Pour que se lèvent à nouveau les forces du progrès, du renouveau, de la grandeur française, il faut à la fois que s’allègent à l’intérieur les contraintes et l’injustice fiscales, les contraintes réglementaires, juridiques, qui sanctionnent la réussite, qui découragent l’initiative et privilégient la rente sur l’investissement à risque, et que se renforcent à l’extérieur le principe de la préférence pour soi et de primauté de la Nation. »

CE QUE ÇA VEUT DIRE

Marine Le Pen prend dans ce discours un virage sémantique frappant. Elle plaide d’un côté pour que « s’allègent à l’intérieur [du pays] les contraintes et l’injustice fiscales, les contraintes réglementaires, juridiques, qui sanctionnent la réussite, qui découragent l’initiative » et de l’autre pour « que se renforcent à l’extérieur le principe de la préférence pour soi et de primauté de la nation ». Un décalque quasi-parfait de la position défendue par sa nièce Marion Maréchal-Le Pen, réputée plus libérale.

Dans un autre passage de son discours, la présidente du FN déplore l’assistanat – sans utiliser le terme – en regrettant « l’enfermement malheureux dans l’assistance et même l’asservissement des uns et la spoliation des fruits du travail des autres ». Une manière de répondre aux critiques de la droite et de certains au sein de son camp qui voient dans son programme économique un avatar de la gauche. En défendant à la fois l’intervention de l’Etat et une plus grande liberté pour les entrepreneurs, la députée européenne tente de ratisser le plus largement possible, au risque du grand écart.

Un capitalisme national

CE QU’ELLE A DIT

« Croissance régulière, monnaie nationale, égalité sociale, diffusées à tous les bénéfices du capitalisme national. »

CE QUE ÇA VEUT DIRE

Marine Le Pen assure s’opposer aux excès du libre-échange, pas au capitalisme en tant que tel. Dans son esprit, ce dernier doit être raisonné et au service des intérêts de la nation. La présidente du FN plaide dans son discours pour que les salariés « aient une plus large part » aux résultats des entreprises « en tant qu’associés en capital ». Il faut « que le succès de quelques-uns participe davantage au progrès de tous, qu’un capitalisme national entraîne mieux et davantage la France vers plus grand, plus riche, plus fort », estime-t-elle.

« Le capitalisme national tel que l’économiste Maurice Allais l’a pensé était praticable dans les années 1960-1970, mais plus dans les années 2010, estime Jean-Yves Camus, de la fondation Jean-Jaurès. L’économie n’était pas aussi financiarisée, il y avait un plan, les transferts de souveraineté n’étaient pas ce qu’ils sont aujourd’hui… Elle reste sur un modèle d’hier. » De fait, l’idée n’est pas neuve au sein du Front national. « C’est une reprise de Bruno Mégret [ancien numéro 2 du FN dans les années 1990]. On ne dit pas que les actionnaires doivent accumuler les dividendes mais que les Français doivent devenir copropriétaires des entreprises. Le programme pour les législatives de 1993 défendait déjà cela », rappelle l’historien Nicolas Lebourg.

Le progrès

CE QU’ELLE A DIT

« Au-delà de nos différences, au-delà de nos histoires personnelles et de nos préférences partisanes, au-delà des formules et des politiques, nous avons la France en commun. »

CE QUE ÇA VEUT DIRE

Après avoir dépeint pendant près d’une heure un tableau sombre de la France, Marine Le Pen offre un dégagement qu’elle veut porteur d’espoir. La présidente du FN souhaite « que se lèvent à nouveau les forces du progrès, du renouveau, de la grandeur française » ; elle dit vouloir mener le combat pour « la liberté » et le « véritable progrès »« C’est la première fois que j’entends l’extrême droite investir le vocabulaire ’progressiste’», assure l’historien Nicolas Lebourg. Une nécessité pour essayer de rassembler au second tour de la présidentielle.

La conclusion de la candidate frontiste pourrait même être reprise au mot près lors de l’entre-deux tours. « Au-delà de nos différences, au-delà de nos histoires personnelles et de nos préférences partisanes, au-delà des formules et des politiques, nous avons la France en commun », affirme-t-elle, s’adressant à l’ensemble des Français.

Pour autant, l’optimisme – dimension essentielle pour qui veut entraîner une majorité derrière soi lors de ce type de scrutin – n’imprime pas encore son propos. « Les fondamentaux de son discours n’ont pas beaucoup évolué par rapport à celui qu’elle avait prononcé à Tours, en 2011, note Grégoire Kauffmann. Elle est dans une sorte d’autisme rhétorique, son propos est toujours anxiogène et catastrophiste. Au fond, ce discours n’est pas vraiment celui de la France apaisée. »

 

CORMORANS ET MITTERRAND par Christian Sauter

Deux cormorans s’activaient dans une crique face à Ajaccio. Avec élégance et agilité, ils plongeaient longuement dans l’eau cristalline, pourchassant un banc de petits poissons délicieux. L’un noir, plus gourmand, poursuivait sa pêche miraculeuse, tandis que l’autre, brune, est venue déployer ses ailes pour les sécher dans le chaud soleil de l’automne corse. J’ai toujours aimé les cormorans, le seul être vivant qui sait à la fois voler, marcher et nager, doué d’un talent de survie à toutes les adversités.

 À l’invitation de « Corse Active », nous étions 120 à réfléchir à la façon dont le réseau que je préside, allait se développer dans les tourbillons du monde à venir. Je vois un sourire sur votre visage quand je mentionne « Corse Active ». Que ce sourire d’ironie devienne admiratif quand vous saurez que cette association, créée il y a douze ans par Isabelle Anthonioz-Gaggini, a, l’an dernier, accompagné et financé 254 entreprises corses, fondées par des chômeurs ou tournées vers l’économie solidaire. 707 emplois créés ou consolidés en une seule année (sur une île de 300 000 habitants), cela mérite respect et aussi quelques coups de canif dans la réputation d’oisiveté de l’Île de beauté ! Bravo à celui qui a monté, avec des personnes sans emploi, une scierie de bois de châtaignier (alors que la Corse importait son bois de construction ou d’ouvrage du continent !). Bravo à celle qui a lancé un réseau d’aide aux vieilles personnes isolées dans les villages de haute montagne, mobilisant plus d’une centaine de salariés.

La directrice régionale de la Caisse des Dépôts nous a tenu deux propos stimulants. « Faire crédit, c’est faire confiance ! » Les 500 salariés et les 2000 bénévoles de « France Active » sont des fabricants de confiance. Confiance des porteurs de projet dans leur propre avenir : avec le label France Active, ils ont une probabilité de réussite de 82% au bout de trois ans. Confiance des banquiers qui sont moins réticents à prêter sur des projets risqués d’inconnus qui ne sont pas au Rotary (plaisante Claude Alphandéry), mais qui sont soutenus par des réseaux respectés. Confiance des épargnants solidaires, qui ont fait affluer 19 millions d’euros en neuf mois dans les caisses de la Société d’Investissement de France Active, pour qu’ils soient investis dans des entreprises d’intérêt social et territorial.

 deuxième propos tonique : « Préparons-nous aux quatre transitions » en gestation, plutôt que de regretter l’âge d’or fantasmé d’un passé définitivement révolu. Transition territoriale : le pouvoir et l’argent se concentrent dans les métropoles. À nous d’aller au devant des nouveaux entrepreneurs qui éclosent dans les quartiers « politique de la Ville », dans les zones rurales et les friches industrielles. Transition démographique : il y a tant de services à apporter aux personnes très âgées et  aux mamans-solo. Transition énergétique : les initiatives citoyennes fusent de partout, certes moins en France qu’en Allemagne, mais peuvent multiplier les emplois, les liens sociaux, la qualité de vie. Transition numérique : elle offre des opportunités (réduire la paperasse, drainer des financements engagés) mais elle engendre des risques : quelques jeunes gens (on les appelle des « slashers », ceux qui tranchent d’un coup fulgurant, nous a dit l’un d’entre eux) peuvent inventer sur un coin d’ordinateur des systèmes de financement qui rendent d’un coup obsolètes nos belles et lentes procédures traditionnelles de financement ! À nous d’anticiper, plutôt que de nous adapter : finançons les innovations au carrefour du numérique et du social !

 Retour à Paris, dans la froide grisaille de la capitale. Lecture hilarante de la presse dans l’avion. La révolution est en marche : le gouvernement augmentera de 1 centime par an la fiscalité sur le diesel, et diminuera du même centime la fiscalité sur l’essence ! À ce rythme frénétique, il faudra dix ans pour que les prix de ces deux carburants s’égalisent. Cela me rappelle « l’an 1 de la fiscalité écologique » que, au sein du gouvernement Jospin, Dominique Voynet, ministre de l’Environnement et moi-même, en charge du Budget, avions lancé dans le budget 2000. Le dessein était d’augmenter de deux centimes par an la taxe sur le diesel pour combler l’écart … en sept ans. À une année des élections présidentielles de 2002, mon successeur normand à Bercy s’était empressé d’enterrer cette initiative qui aurait pu fâcher l’électeur populaire roulant en voiture polluante. Déjà commençait à sévir l’immobilité frénétique des responsables politiques fascinés par les sondages et les médias de l’instant.

C’est pourquoi j’ai lu avec bonheur le nouveau livre de Jean-Louis Bianco, où Politique s’écrit avec une majuscule : « Mes années avec Mitterrand » (Fayard).  Bonheur évident de se souvenir de six années de travail en commun, lui secrétaire général de la Présidence de la République et moi, secrétaire général adjoint, au service de celui qui restera pour moi « LE Président ». Bonheur de lire le livre droit d’un homme honnête qui ne met pas le chef de l’État sur un piédestal trop élevé et le conseiller sur un tabouret avantageux. Le lecteur friand de secrets restera sur sa faim. En particulier, l’affaire du « Rainbow Warrior » (ce bateau de Greenpeace pour observer les essais nucléaires français en Polynésie qui a été coulé par les services secrets français, avec mort d’homme) n’est curieusement pas évoquée, que l’Elysée a, pourtant, dû suivre de très près. Mais chacun comprendra mieux comment « fonctionnait » cet homme complexe et contradictoire qu’était François Mitterrand, en le voyant traverser et trancher des crises ébranlant le pays qu’il dirigeait.

Crise économique : l’application du « programme commun »  dès l’élection de 1981, a relancé la consommation alors que la reprise internationale attendue ne s’est pas manifestée. Le déficit extérieur s’est aggravé de façon dramatique et il a fallu dévaluer le franc par rapport au mark. La tension a monté jusqu’en 1983, où Mitterrand a choisi, malgré tant de conseils contraires des « visiteurs du soir », la rigueur et l’Europe, plutôt que l’aventure solitaire conduisant dans les griffes du FMI. Bianco, par touches légères, fait un portrait de la fonction présidentielle qui pourrait être lu avec profit par le maître actuel de l’Elysée : se concentrer sur les sujets essentiels ; analyser les conflits à partir de l’histoire ; écouter de nombreux avis par les canaux les plus divers ; définir une stratégie claire et adopter une tactique habile ; parler peu et écrire bien.

Cet homme, réputé pour « laisser du temps au temps », disait à Jean-Louis Bianco : «  On ne fait pas ce qu’on ne fait pas vite » ! Autrement dit, il faut se presser pour appliquer le programme sur lequel on a été élu.

Cet homme, souvent qualifié de « florentin », avait des convictions fermes : l’Europe, choisie en 1983, relancée après avoir maîtrisé l’obstruction britannique de Margaret Thatcher, renforcée avec la création d’une monnaie commune. La liberté, avec la mention de Sakharov devant les gérontes du Kremlin communiste. Le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, en parlant du nécessaire État palestinien devant la Knesset et en aidant Arafat à échapper au piège israélien tendu au Liban.

Dans ce précieux témoignage de celui qui a été le plus proche collaborateur du président François Mitterrand pendant neuf ans, le rôle du secrétaire général passe parfois trop inaperçu. Sur certains sujets cependant, la passion se réchauffe et nous fait vivre la crise de l’école privée (conclue par la démission du gouvernement Mauroy en 1984) ; la réunification de l’Allemagne en 1990 (avec l’insistance de Mitterrand pour que Kohl reconnaisse la frontière Oder-Neisse, c’est-à-dire la perte imposée par les Alliés en général et Staline en particulier, d’un immense territoire où habitaient avant la guerre 12 millions d’Allemands, refugiés à l’ouest après la débâcle) ; la crise de la Nouvelle-Calédonie (avec le drame de la grotte d’Ouvéa, puis les coups de fil quotidiens à Pisani qui était au cœur de l’île en révolte). 

Deux phrases m’ont frappé de ce livre qui ne se prend pas trop au sérieux. « Je n’appartenais pas par naissance au monde des puissants ». Cet ami, qui avait quatre grands-parents étrangers, est un enfant de l’école républicaine où il a fait le plus brillant des parcours. Plutôt que les ors de la finance ou les conforts du Conseil d’État, cet homme de conviction a choisi de commencer sa vie professionnelle dans l’administration sociale puis la Provence profonde : Jean-Louis n’est pas pétri de « petite ambition » !

Deuxième phrase, de Mitterrand, confirmant qu’un peu d’humour ne fait pas de tort à un Président de la République : « Ils disent que je suis vieux, c’est vrai. Mais j’ai rencontré beaucoup de jeunes crétins dans ma vie et je sais une chose : on a l’âge de son projet ».

Christian Sautter

Universités Grandes écoles, le Déni français

Pendant la dernière guerre mondiale, deux grand penseurs des sciences humaines avaient appelé à modifier profondément la structure des institutions françaises. Marc Bloch écrivait, peu de temps avant d’être assassiné par les nazis : « Nous demandons la reconstitution de vraies universités, divisées désormais, non en rigides facultés qui se prennent pour des patries, mais en souples groupements de disciplines ; puis, concurremment avec cette grande réforme, l’abolition des écoles spéciales. À leur place, quelques instituts d’application technique permettant la préparation dernière à certaines carrières : après, toutefois, un passage obligatoire dans les universités »[1]. Claude Lévi-Strauss pensait, dès 1943, que « l’affaiblissement de la France a été causé par une centralisation beaucoup trop forte héritée de l’ère napoléonienne, elle était sans doute indispensable pour construire la Nation ; mais depuis longtemps déjà cette surconcentration parisienne est cause de bien des dommages »[2].

À la Libération, les élites auto-proclamées reprirent la main, retournèrent à leurs petites habitudes et compromissions et créèrent l’école nationale d’administration (ENA) soi-disant pour démocratiser l’accès à la haute administration française mais en réalité pour conforter la Noblesse d’état. La crise coloniale qui aboutit à l’arrivée de de Gaulle au pouvoir renforça la centralisation parisienne. On laissa perdurer le système facultaire qui était, tout comme l’ensemble de l’Education nationale, soumis aux autorités rectorales. Les trente glorieuses et la croissance économique qui ont résulté de la reconstruction d’après-guerre et aussi sans doute de la politique volontariste de l’entourage gaulliste masquèrent un temps les contradictions qui furent générées par la nécessité de former un grand nombre de cadres moyens et supérieurs qui reposa essentiellement sur le système facultaire puisque les universités n’étaient que des décors en carton. Mais ce système n’était pas adapté à la croissance des effectifs étudiants dont le nombre tripla entre 1959 et 1969[3]. Les insatisfactions générées par l’évolution d’une jeunesse plus éduquée trouvèrent là un combustible naturel. L’’incendie se propagea à tout l’enseignement supérieur, y compris en droit et en médecine, et s’étendit par la suite à toutes les couches de la société.

Après les réformes Edgard Faure furent recrées dans l’urgence de nouvelles universités et la croissance exponentielle, rendue indispensable pour l’économie du pays, reprit[4]. Pas plus qu’en 1945, en 1968 la Nomenklatura ne voulut se remettre en question. Pour que puisse se poursuivre l’afflux de jeunes dans l’enseignement supérieur sans risque pour les enfants des classes les plus aisées et effrayées par la liberté qui s’affichait au sein des nouvelles universités, elle développa deux stratégies complémentaires : laisser se développer un système mi public mi privé extra universitaire pour tenter de les désengorger[5] et renforcer le dispositif qui permettrait d’orienter leur progéniture vers le système des grandes écoles, des écoles d’ingénieur et de commerce[6]. Les hauts cadres, qu’ils soient du secteur public ou du secteur privé continuèrent à se méfier des nouvelles universités créées par la loi.  Une démocratie de façade y avait été instaurée mais leurs emplois et leur budget restèrent sous le contrôle tatillon de l’Etat et les entreprises préférèrent développer par le biais des chambres de commerce et d’industrie des dispositifs qu’elles contrôlaient.

Mais la réalité est cruelle. Pas plus dans les écoles d’ingénieur, les écoles de commerce que dans les grandes écoles, à l’exception de l’ENS, la recherche ne se développa. Bien au contraire, les nouvelles universités scientifiques et médicales reprirent progressivement la main sur la recherche en contractualisant de manière très dynamique avec le CNRS et l’INSERM puis en créant en leur sein des centres de recherche. La compétition avec le système des classes préparatoires et des grandes écoles qui leur était refusé pour le recrutement de leurs étudiants (interdiction de la sélection) joua à plein pour la recherche. A l’automne 2014 la consultation de la base des données sur les publications et leur écho par le biais des citations est cruelle pour le système élitiste « à la française » : les dix dernières années les universités françaises ont publié 463 177 publications citées 6 millions et demi de fois devant l’ensemble des organismes de recherche[7], 373 056 publications citées 5 millions et demi de fois, et loin devant l’ensemble des grandes écoles et des écoles d’ingénieur, 44 865 publications citées six cent mille fois. Et pourtant, l’université P&M Curie et l’université Paris Sud qui chacune publient autant que l’ensemble des grandes écoles et des écoles d’ingénieur ne sont respectivement qu’à la 65ème et à la 89ème place mondiale. La France a reculé et se situe maintenant au 6ème rang talonnée par le Canada et l’Italie !

Le fait que, dans le système mondial de cotation, les publications soient partagées entre les universités et les organismes de recherche, voire les hôpitaux n’explique pas tout. En réalité, le système de sélection par le biais des notes des disciplines scientifiques pour l’entrée dans les classes préparatoires est délétère. Les jeunes doués pour les sciences sont détournés des universités scientifiques vers la préparation au concours d’entrée aux grandes écoles et aux études médicales. D’autre part ce système est devenu ségrégationniste en organisant le racket des bons élèves et des familles aisées[8]. Ceci n’est pas anodin, mais ce qui l’est encore moins c’est le gaspillage de bons esprits dans ce système de ségrégation où l’on va pêcher les meilleurs élèves pour les formater dans des lycées à un âge où l’apprentissage de la liberté d’être et de réfléchir est essentiel. De plus, ni les lycées possédant des prépas, ni les grandes écoles à quelques exceptions près[9] et a fortiori les écoles de commerce, n’ont de contact avec des laboratoires ou des équipes de recherche. Les dirigeants des entreprises, grandes et petites, n’ont pas pour la recherche française les yeux de Chimène[10] et d’ailleurs la plupart des expériences pour fonder des laboratoires communs entre le CNRS et les entreprises ont échoué.

Dans ces conditions, comment s’étonner de la fuite en avant de nos élites vers les métiers du commerce et de la finance à tous les niveaux de responsabilité comme le montre le départ massif des polytechniciens vers la City ou New York ou des normaliens vers les métiers de la communication et, d’une manière générale, de la recherche par ces élites de positions politiques locales, régionales voire nationales et la haute administration sans même qu’ils aient prouvé quoi que ce soit dans l’exercice d’un métier productif[11]. Alors que partout dans le monde le niveau de qualification le plus élevé est le doctorat, en France, la Nomenklatura de la haute administration et de l’industrie refuse que ce soit le cas en particulier pour l’accès aux grands corps, aux directions générales et refuse la reconnaissance du doctorat dans les conventions collectives[12]. Si la France reste au sixième rang pour la production scientifique. Elle le doit en particulier par l’excellence de ses formations doctorales et l’afflux d’étudiants étrangers. Le développement fulgurant des technologies de la communication font que, dès qu’ils sont connus, les nouveaux résultats se dispersent, ainsi l’effet « first move » des anglo-saxons disparait et seule compte la proximité entre ceux qui pratiquent la recherche et ceux qui ont le « feeling » pour transformer les trouvailles en innovation puis en biens négociables. Dans ces conditions comment s’étonner de la chute de la production de biens manufacturés à forte valeur ajoutée en France depuis plus de trente ans[13].

C’est dire le double handicap de la France : des décideurs industriels qui ne connaissent rien à la recherche, des entreprises éloignées des lieux où se font les découvertes actuelles, des hommes politiques qui ignorent les universités scientifiques. La France est un pays difficilement réformable tant le poids des lobbies y est important du bas en haut de l’échelle sociale. D’un côté une haute administration arc-boutée sur ses privilèges et l’opacité qu’ils nécessitent, de l’autre côté des corporations syndicales qui ne connaissent que l’addition et les avantages acquis.

Beaucoup de présidents d’université scientifiques réclamaient au début des années 2000 une autonomie renforcée pour une meilleure organisation de la gouvernance de leurs établissements visant à assurer la continuité des politiques universitaires. Sous le gouvernement Jospin ces idées avaient fait leur chemin. Tous les hommes politiques faisaient semblant de la revendiquer. Mais durant les cinq années du deuxième mandat de Chirac, l’attentisme de Raffarin et de Luc Ferry, a tout bloqué. À l’automne 2006, un groupe d’anciens présidents, sous la houlette de Bernard Belloc, réussit à convaincre l’état-major de Sarkozy que l’autonomie universitaire, qu’ils jugeaient nécessaire dans le cadre des changements induits par l’économie de la connaissance, pouvait constituer un excellent argument de campagne électorale pour l’élection présidentielle. Ce fut, en effet, un élément fort de sa campagne. L’annonce par Nicolas Sarkozy, une fois élu président, d’une loi prioritaire sur l’autonomie universitaire paraissait pouvoir changer la donne. Connaissant les résistances corporatistes et conservatrices actives au sein des universités, Bernard Belloc avait su convaincre l’Élysée qu’il fallait aller très vite. La première contre-attaque de la haute administration et de ses rouages s’est manifestée dès septembre 2007, lors de la rédaction des articles du code de l’Éducation et de la recherche et des décrets électoraux. Elle s’évertua à conserver le plus de choses possible de l’ancien système alors qu’une autonomie réelle appelait simplification et diversification. Les diatribes de Sarkozy restèrent sans effet[14]. Dès lors que ceux qui règnent en maîtres à Bercy refusèrent que les universités échappent au contrôle tatillon des trésoriers payeurs généraux et que l’état transfère aux grandes universités scientifiques qui le réclamaient leurs biens immobiliers. Les gouvernements Hollande n’ont pas voulu en quoi que ce soit bousculer l’UNEF dirigé en partie par des élèves de grandes écoles et ont, au contraire, limité un peu plus cette autonomie allant jusqu’à puiser dans le fond de roulement des universités.

Cependant les contradictions demeurant, comment permettre à la France de retrouver son rang de grande puissance scientifique ? Il apparait vain d’espérer que les hauts fonctionnaires qui peuplent les cabinets renoncent à la poule aux œufs d’or pour leur progéniture[15]. La seule approche raisonnable consiste à revendiquer, y compris par des « class actions » l’égalité de traitement entre les universités et le système des écoles. De la même manière que ces dernières sélectionnent leurs étudiants, il faut permettre aux universités à le faire au même niveau c’est-à-dire à l’entrée en master dont l’unicité en tant que cycle a été reconnue par le gouvernement[16]. Par ailleurs, il faut rétablir l’égalité entre tous les systèmes post-baccalauréats en autorisant les universités à recruter les élèves dès la fin du premier trimestre de l’année précédente sur la base des livrets scolaires, comme le font les établissements possédant des classes préparatoires, en interdisant aux professeurs des lycées de promouvoir l’un ou l’autre des systèmes et en autorisant les universités à pénétrer dans les lycées pour motif d’orientation comme le font les thuriféraires des classes préparatoires. Il est nécessaire, une fois pour toutes, de donner au doctorat la place qui lui revient dans les conventions collectives et comme critère d’accès aux fonctions régaliennes de l’Etat. Last but not least, il faut mettre fin aux fameux classements de sortie des écoles et de rétablir l’unicité des règles de recrutement  dans tous les emplois de l’Etat, quel qu’en soit le niveau.

Restera à régler le problème du statut des classes préparatoire dès lors que les lycées viendront naturellement dans l’escarcelle des nouvelles régions. Le mieux serait sans aucun doute de les incorporer aux universités puis d’en organiser l’apoptose et de réaliser la sélection vers les écoles et les masters universitaires à partir des collèges universitaires appelés à gérer le niveau licence des universités auxquelles ils appartiennent. Les rapporteurs du rapport « pour une société apprenante »[17] qui se donnent dix ans pour remodeler l’université sont de tristes rêveurs. Dans dix ans il sera trop tard. C’est tout de suite qu’il faut donner à la douzaine d’universités intensives en recherche une totale autonomie financière et immobilière ainsi que le droit de choisir les étudiants dans leurs trois cycles d’enseignement.

Gilbert Béréziat

Palaiseau le 6 octobre 2015

[1] Relire Marc Bloch gilbertbereziat.com 17 juin 2015

[2] Biographie de Lévi-Strauss Emmanuelle Loyer Flammarion juillet 2015

[3] 174 000 étudiants en 1959 ; 450  000 en 1968

[4] 661 000 étudiants en 1970, 858 000 en 1980, 1 075 000 en 1990, 1 254 000 en 2000, 1 443 000 en 2010, 1 596 000 en 2015.

[5] Les formations hors universités et hors grandes écoles, écoles d’ingénieur et écoles de commerce comptaient déjà 227 000 étudiants en 1980, en 2013 elles en accueillaient 662 000.

[6] Le nombre d’étudiants dans ces dispositifs passa de 98 967 en 1980 à 321 283 en 2013.

[7] CNRS, INSERM, INRA, INRIA, IFREMER, IRD

[8] Sur 175 lycées possédant des prépas scientifiques, 70 n’ont aucun reçu dans la vingtaine de  grandes écoles et les écoles d’ingénieur les plus prestigieuses, 37 en ont un ou deux et 13 plus de 50 (dont dix en Ile de France et trois en province). Sur 70 lycées possédant des prépas littéraires, la moitié n’a qu’un ou deux reçus à l’ENS, six seulement ont dix reçus ou plus (quatre en Ile de France et deux en Province), onze ont entre cinq et dix reçus et les 18 restants entre trois et quatre reçus.

[9] Les ENS, Polytechnique, Les Mines, l’ESCPI et quelques autres parmi 400 établissements…

[10] La France est parmi les grands pays développés celui où les entreprises investissent le moins sur leurs fonds propres dans la recherche dans leur propre pays.

[11] Si l’on considère les cabinets Hollande et Sarkozy, qu’elle similitude ! Tous sont des hauts fonctionnaires et sortent de l’ENA, tous sauf un sont passés par Sciences Po pour le premier et pour le second ils sont tous passés par Sciences Po ou l’ENS et sont hauts fonctionnaires sauf un, deux seulement ne sortent pas de l’ENA ! Si l’on considère leurs ministres et secrétaires d’Etat, sur les 60 membres passés par les ministères Fillon, 24 sont passés par Sciences Po et seuls la moitié ont fréquenté une université dont un tiers l’université d’Assas ; Pour ce qui concerne les 62 qui sont passés par les ministères Ayrault et Valls, les deux tiers ont fréquenté l’université avec un tropisme pour Panthéon Sorbonne et 21 sont passés par Sciences Po ou l’ENS. La seule différence réside dans le fait que les enseignants sont plus nombreux chez Hollande (14 contre 9) et que ceux qui viennent du secteur privé sont plus nombreux chez Sarkozy (12 contre 7) et dans les deux cas pratiquement aucun par une université scientifique de renom. Sur les vingt membres du cabinet de Lionel Jospin quatorze avaient fait comme lui l’IEP/ENS et l’ENA les autres étaient juristes, deux dont Valls avaient fait des études d’histoire.

[12] Mais comme à l’étranger seul le doctorat compte les X, les normaliens, les Mines-pont etc. sont nombreux après leurs études à préparer un doctorat au point même que la Nomenklatura entrepris de retirer aux universités le monopole de la collation de ce grade.

[13] L’activité manufacturière représentait 22% du produit intérieur brut français en 1980. Elle est inférieure à 10% depuis 2012. La valeur ajoutée manufacturière des produits français diminue continuellement depuis vingt ans (sources INSEE).

[14] Fin 2008 Sarkozy avait déclaré devant la presse : « Je ne vois nulle part qu’un système d’universités faibles, pilotées par une administration centrale tatillonne soit une arme efficace dans la bataille pour l’intelligence. C’est au contraire un système infantilisant, paralysant pour la créativité et l’innovation. C’est pour cela que l’on a donné l’autonomie aux universités… L’autonomie, c’est la règle pour tous les pays où il y a des universités qui se développent. Il n’y a pas un seul exemple à travers le monde, de grandes universités qui ne soient autonomes. Je souhaite que nous allions plus vite, plus loin dans l’autonomie, je crois notamment que les universités doivent bénéficier de la pleine propriété de leur patrimoine, que cela peut être un levier d’action très puissant pour exercer cette autonomie »

[15] Sur 32 conseillers du cabinet Fillon on comptait 13 passés par un institut d’études politiques, 15 par l’école polytechnique, l’ENS ou HEC, 11 par l’école nationale d’administration et seulement 7 par une université. Sur les 43 conseillers du cabinet Vals, on compte 20 passés par un institut de sciences politiques, 13 par l’ENA, 13 par l’école polytechnique, HEC, l’ESSEC, l’ENSAE, ENSTA ou l’INSA et seulement 9 par une université !

[16] Arrêté du 22 janvier 2014.

[17].Sylvie Béjean et Bertand Monthubert

Adresse aux soi-disant philo quelque chose qui dénigrent mai 68

Ah ces années soixante, qui furent celles de mes études supérieures, comme elles ont été folles. En ce temps là, une fois résorbé l’abcès algérien, les jeunes étaient respectés, voire choyés. Le chômage était craint, mais il nous épargnait. Quoi qu’on en dise aujourd’hui, ce furent des années de liberté pour la gens estudiantine. Cependant déjà commençait à poindre les méfaits de la méritocratie. Dans les usines les ouvriers qualifiés virent arriver des armadas de jeunes, gonflés de suffisance par leurs écoles, qui progressivement les refoulaient vers les tâches subalternes. La classe ouvrière entrait en apoptose, remplacée progressivement d’un côté par les travailleurs maghrébins et africains pompeusement dénommés ouvriers spécialisés[1] et de l’autre côté par des techniciens progressivement baptisés ingénieurs, issus de la multitude des écoles spécialisées qui virent alors le jour. Puis l’automatisation des fonctions donna le coup de grâce à la classe ouvrière qui se rétrécit comme une peau de chagrin. Mais au moins à cette époque la politique n’était pas un vain mot rythmée qu’elle était par les deux modèles antagonistes du libéralisme anglo-saxon et du socialisme soviétique et par l’utopie du non alignement (ou de la troisième voie) à laquelle peu ou prou le gaullisme tentait de s’amarrer. Quelle contraste avec la décennie actuelle où le travailler plus pour gagner plus de Sarkozy s’est fracassé sur les réalités d’une société qui ne sait pas comment faire face à la mondialisation, avec une gauche en panne de rêves et des révolutionnaires terriblement conservateurs. N’est pas De Gaulle qui veut. Sarkozy en est plutôt l’antithèse. De Gaulle, catholique pratiquant n’avait nul besoin de se prosterner devant le souverain pontife contrairement au double divorcé et se gardait bien d’appeler le goupillon à la rescousse de sa politique. « Ne craignez jamais de vous faire des ennemis ; si vous n’en avez pas, c’est que vous n’avez rien fait » disait Georges Clémenceau et De Gaulle s’en fit beaucoup. Mais de Gaulle était un Aristocrate, Sarkozy n’était que le Maire du Palais. De Gaulle considérait que la politique de la France ne se fait pas à la corbeille. Aujourd’hui tout se fait à la corbeille ! Vive les banques, vive le commerce et le CAC 40 et chasse au gaspi des jeunes pousses ! Et ceux qui prônent la primauté des plus-values bancaires et se gavent de stock-options et de parachutes dorés feignent de se lamenter sur la fuite des brillants chercheurs formés dans les laboratoires universités françaises. Quelle belle hypocrisie, mais aussi quel cinglant démenti à ceux qui n’ont aucune considération pour les universités qui les ont formés.

Gilbert Bereziat

Palaiseau le 4 octobre 2015

[1] Le S de OS signifiant plutôt soumis aux tâches répétitives les plus ingrates qu’aux tâches spécialisées.