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Vietnam, la mémoire courte des humanitaires d’aujourd’hui

Le Docteur Louis Reymondon[1] vient de commettre dans la revue « Perspectives France Vietnam » un article intitulé « Présence médicale française au chevet du peuple vietnamien, la continuité ». Article ridicule où nulle part n’est évoquée l’immense responsabilité française (en particulier celle du Moine Soldat Thierry d’Argenlieu et du socialiste Marius Moutet) dans le déclenchement de la guerre d’Indochine. Et de vanter le rôle de la médecine militaire française à l’hôpital Nhi đồng hai (ancien hôpital Graal des colonialistes).

Dans un courrier à l’association d’amitié France Vietnam qui édite ce bulletin, Thierry Gombaud, Gastro-entérologue à Paris, lui réplique par le texte suivant :  » J’ai lu avec attention cet article consacré à l’hôpital Nhi đng hai (où je suis accessoirement né il y a 65 ans) et je suis quand même surpris, en tant que membre du comité d’honneur de l’AAFV, de quelques oublis sur le travail de coopération entre la France et cet hôpital. En effet, c’est plus d’une centaine de professionnels qui y sont passés, à une époque pas si lointaine, mais semble-t-il déjà oubliée, où la solidarité passait, entre autres, par les médecins du Secours Populaire Français pendant toutes les années 80. (et cela en lien avec l’AAFV[2]). Des dizaines de pédiatres, de biologistes, de parasitologues de biochimistes de médecins de santé publique mais aussi des frigoristes des électriciens ont créé de toutes pièces avec nos amis vietnamiens un laboratoire de référence pour le sud du Vietnam dans le centre de pédiatrie sur le site de Nhi đng hai et ont facilité grandement l’ouverture de l’hôpital sur l’extérieur. Certes, le partenaire vietnamien était le Docteur Duong Quinh Hoa[3] qui n’a pas toujours été en cour, y compris quand elle était ministre de la santé du gouvernement révolutionnaire provisoire et déjà, pendant les accords de paix de l’avenue Kleber mais elle a joué un rôle fondamental dans le travail de coopération entre nos deux pays. Quant au BCG je vous signale à tout hasard que c’est moi qui ai proposé à Henri Carpentier d’aller à Bruxelles pour rencontrer Claude  Cheysson, à l’époque Président de la commission Européenne « ad hoc », et que nous avons, ensemble, décroché la timbale de la première subvention de la CEE[4] en faveur du Viet Nam. Financement auquel nous étions bien peu nombreux à croire à la possibilité de mise en place y compris dans l’association…. Ce financement a été l’élément fondamental de démarrage de cette extraordinaire réalisation. Ce programme est le résultat de l’expérience que nous avions acquise lors des financements des opérations Cambodgiennes après les horreurs des Khmers rouges. Elle a été suivie d’autres programmes de coopération sanitaire à financement CEE notamment en matière de soins de santé primaire avec toujours l’hôpital Nhi đng hai et le centre de pédiatrie comme centre de référence avec des budgets conséquents qui ont permis le décollage économique de très nombreux districts du sud du Vietnam Je tiens bien sûr à votre disposition les détails du premier programme européen multinational de coopération avec le Vietnam dont j’étais le coordinateur en Europe. Des associations comme OXFAM[5] , Save the Chidren fund, L’APPEL[6], le CCFD[7], Fraternité avec le Vietnam, l’association de la sœur Vandermersch[8], ont toujours, en lien avec l’AAFV et le SPF, travaillé ensemble pour une coopération à égalité avec les professionnels Vietnamiens. Il ne s’agissait pas d’une coopération à sens unique entre des médecins français debout et une population vietnamienne « dans son chevet » mais d’un travail de coopération commun où chacun apporte à l’autre des connaissances, une expérience et un savoir-faire à partager.

Les « 3 Henri » (Martin, Carpentier et Van Régemorter) avaient compris depuis soixante ans cette problématique et ont été les maîtres à penser de cette réflexion qui s’est poursuivie et développée, aux moments les plus difficiles pour le Vietnam, de la mi-79 aux années 90. Comment alors, ne pas évoquer le travail de Gilbert Béréziat, Jean Chambaz, Germain Trugnan, Jean Yves Follezou et des dizaines de collègues que nous avons envoyés dans tout le Vietnam et notamment sur Nhi đng hai. Je ne vais plus au Vietnam depuis longtemps, la vie m’ayant éloigné du travail dans ce pays que j’aime et qui reste mon pays natal, mais j’ai le souvenir d’avoir, le premier, annoncé au bureau de l’AAFV au début des années 90 devant Charles (Fourniau), Raymond (Aubrac) ainsi qu’ Henri (Martin) et Régé (Van Régémorter) que, pour la première fois lors d’une tournée de trois semaines dans les campagnes du Sud je n’avais plus rencontré de malnutrition infantile aigue dans tous les villages ou j’étais passé. Le sourire que j’ai vu ce jour-là sur le visage de ces quatre pionniers de la coopération Franco Vietnamienne reste aujourd’hui encore frais dans ma mémoire. »

J’ajoute (Gilbert bereziat) que nous avons été grandement aidés par Les universitaires de Bordeaux, de Marseille et surtout le centre international de l’enfance et l’école de santé publique nancéenne avec Michel Manciaux et son élève Jean Pierre Deschamps. Lorsque nous avons découvert l’état de l’hôpital Nhi đồng hai en octobre 1980, avec pour objectif l’évaluation des possibilités de coopération avec l’hôpital en matière médicale, le centre de recherches pédiatriques venait d’être achevé. C’était avant tout un centre de consultation, situé immédiatement sur la gauche de l’entrée principale de Nhi đồng hai, et Hoa supervisait aussi le service de nutrition pédiatrique qui à cette époque regorgeait de jeunes enfants victimes de malnutrition. Les cas de marasme et de kwashiorkor étaient légions, souvent déclenchés par une épidémie de rougeole. La visite de l’hôpital me consterna, détresse, dénuement total, les familles doivent acheter les médicaments en ville et les apporter à l’hôpital. Cette situation dura longtemps, le boycott antivietnamien battait son plein. Celui-là, contrairement au boycott anti-israélien, n’a pas ému la gauche caviar et tous les ex-maolâtres, les Kouchner, BHL, les Malhuret etc. s’y sont vautrés. On me raconta que lors de la déroute américaine, cinq années auparavant, le pillage des hôpitaux avait été total. Les médecins des hôpitaux en avaient été réduits à racheter les instruments essentiels à leur activité au « marché aux voleurs ». Je me rappelle le service des maladies infectieuses, à l’hygiène détestable, dont le réseau d’égouts était interrompu. Les eaux usées étaient rejetées en dehors de l’enceinte de l’hôpital, rue Chu Mạnh Trinh où elles alimentaient un élevage artisanal de cochons [9] !

Je me rends rapidement à l’évidence qu’il faut prendre appui sur le centre de nutrition compte tenu de la faiblesse de l’encadrement biomédical de l’hôpital. En fait nous optons pour deux cibles, la création d’un laboratoire d’analyses biochimiques et hématologiques dans le centre de recherche de Hoa et l’implémentation du laboratoire de microbiologie de l’hôpital par un équipement moderne et la formation de ses personnels. J’avais apporté avec moi quelques appareils récupérés ici ou là et des réactifs, ce qui nous permet de tester quelques laborantines. Dans la ville, un nombre considérable de mendiants et de sans-abris encombraient les rues. Après cinq années de conquête des « nouvelles zones économiques », la crise cambodgienne pesant lourdement sur le budget vietnamien, les moyens manquaient pour consolider l’implantation rurale d’une population que la guerre, au sud du Viêtnam, avait entassée dans la ville. Hoa m’emmena visiter ses points d’appui dans la banlieue. L’agriculture redémarrait mais elle ne pouvait encore satisfaire toute la population et les signes de sous-nutrition ne pouvaient échapper à un observateur attentif. J’ai passé, lors de ce voyage, un dimanche merveilleux à me baigner dans la baie de Vũng Tàu avec le colonel Bui Tin que j’avais rencontré au Cambodge où il était chargé des relations avec la presse. Il n’avait pas encore perdu la foi dans la révolution vietnamienne. Hoa, elle, était déjà désenchantée. Ni le centre de Recherche pédiatrique, ni le centre Développement et Santé ne survivront au départ à la retraite de Hoa. La bureaucratie vietnamienne prendra alors sa revanche. Il faut lire ce que Jean Pierre Deschamps a déclaré à ce sujet après son décès : « échec ? Sans doute la continuité aurait pu être assurée si Hoa avait su se doter de collaborateurs brillants capables d’assurerla relève, mais sa passion et son exigence y compris ses exigences dans le fonctionnement de son équipe en ont découragé plus d’un. Mais il ne s’agit pas d’un échec : le Centre de Pédiatrie Développement et Santé a essaimé. Il a fait naître au sud du Viêtnam une politique, un climat, une attitude générale d’engagement en santé publique de l’enfant, donc en santé publique tout court. Les médecins que Hoa a formés à son école occupent aujourd’hui, pour beaucoup, des postes de responsabilité en santé publique et en pédiatrie, dans les grands hôpitaux et au sein du service de santé de H Chi-Minh-Ville ainsi qu’au centre universitaire de formation des professionnels de santé, créé par le Docteur Duong Quang Trung, ami et complice de lutte dans le maquis et lestunnelsde C Chi »[10]

Et je voudrais terminer par celle qui, à mes yeux, est l’icône de la solidarité totale avec le peuple vietnamien, Madeleine Riffaud. C’est grâce à cette coopération vietnamienne que je fis sa connaissance lors d’une fête de l’Huma. Je connaissais son parcours dans la Résistance alors qu’elle sortait de l’adolescence, qu’elle avait été torturée à mort et libérée in extremis de la Santé, s’était emparée d’une centaine d’Allemands à la tête d’un groupe de maquisards dans le tunnel des Buttes Chaumond. J’avais lu les « Linges de la nuit » où elle décrivait l’expérience qu’elle avait eue à l’hôpital comme aide-soignante, catharsis exutoire à la disparition de sa mère décédée d’un cancer du cerveau. Elle avait pu prendre conscience de la réalité du « savoir de la nuit ». En préface à son livre « Les baguettes de Jade », elle évoque pudiquement ses amours avec un grand poète vietnamien rencontré à Berlin au festival de la jeunesse en 1950 :

«Toietmoinousétionsfaitsl’unpourl’autre
Commedeuxbaguettesdejadesurunplatd’or,
Maislesméchantssesontmisentravers
Etlesbaguettesetleplatd’orsesontséparés.
De cette vieille chanson vietnamienne, le poète Nguyen Dinh Thi, quand il me la traduisit, tira pour nous cette morale :comme deux baguettes précieuses, côte à côte, devraient être nos deux pays,sileshommes de la guerre ne s’étaient mis par leurs mensonges, en travers de l’amitié des peuples. »

Après l’intermède algérien de Madeleine, oh combien douloureux lui aussi, ils se retrouvèrent à Hanoï en 1954 après l’indépendance. Il est ministre de la culture. Ils sont amoureux fous l’un de l’autre. « L’Oncle Hồ » les avait autorisés à cohabiter. Les interdits cumulés de la morale vietnamienne – il avait été marié à dix ans avec une petite fille de trois ans – et d’un parti vietnamien qui se radicalisait – il n’était pas question d’une liaison officielle avec une Française, fut-elle membre du parti communiste, fut-il devenu veuf – en virent à bout. En 1956 Madeleine fut priée de retourner au pays où plutôt en Algérie… où « la Souris » – « l’Amie des ratons » – faillit être assassinée par l’OAS. Elle retournera au Viêtnam avec Wilfred Burchett pendant la période la plus dure de la guerre américaine et restera d’une solidarité sans faille pour ce pays ont ne peut en dire autant des militaires français[12].

[1] Chirugien des armées formé à Navale.

[2] Association d’amitié franco-vietnamienne.

[3] Duong Quinh Hoa est née au sud du Viêtnam, région fortement contrastée que le delta du Mékong fertilise et où se mêlent arroyos et rizières à perte de vue, mais aussi de pittoresques reliefs lorsque l’on monte vers les hauts plateaux. Son père, professeur à l’Institut national des langues et civilisations orientales, était féru d’art et collectionneur d’antiquités vietnamiennes et chinoises. En 1946, à quinze ans, l’année de la conférence de Fontainebleau, elle réussit son baccalauréat après ses études secondaires au lycée Chasseloup de Saïgon où elle avait côtoyé Norodom Sihanouk. Alors qu’un accord était sur le point d’aboutir avec la France, l’amiral Thierry d’Argenlieu, le « moine soldat », homme du lobby colonialiste – le Viêtnam avait été fortement évangélisé et possédait une forte minorité catholique autochtone toute acquise aux colonisateurs – fait bombarder Hải Phòng le 22 novembre. Ce fut le premier acte d’un déchaînement de violences inouïes qui ravagèrent le pays pendant trois décennies. L’année suivante, Hoa réussit à Saïgon l’année préparatoire aux études médicales puis part les poursuivre à les poursuivre à Paris. Où pouvait donc être la place d’une jeune et jolie Vietnamienne d’ascendance chinoise, appartenant à la bourgeoisie, venue faire ses études médicales en France en cet automne 1947 ? Certes dans les amphithéâtres de la faculté de médecine et dans les services hospitaliers, en particulier à Saint-Vincent-de-Paul où, sous l’égide du professeur Lelong, elle apprend son métier. Mais Duong Quinh Hoa choisit alors de se lancer dans le combat pour l’indépendance.

En 1948, elle rejoint le Parti Communiste Français qui était alors le moins inactif des grands partis dans la lutte pour l’émancipation des colonies. Communiste peu dogmatique, à Paris elle rencontre Marcel-Francis Kahn, Alexandre Minkowski, Michel Larivière ou encore Henri Carpentier, étudiants en médecine engagés dans des mouvements anticolonialistes. Elle les retrouvera vingt-cinq ans plus tard lorsqu’elle sera ministre du gouvernement révolutionnaire provisoire sud-vietnamien. En 1953, elle soutient une thèse de médecine, préparée sous la direction du professeur Julien Marie. La voilà docteur en médecine à 23 ans. L’année suivante elle est reçue au diplôme de spécialité de pédiatrie, de gynécologie et d’obstétrique. Le combat politique la réclame à Saïgon où elle milite au sein de la cellule des intellectuels de Saïgon-Chợ Lớn-Gia Định. À vingt-six ans, elle est élue vice-présidente du conseil de l’Ordre des médecins, vice-présidente du syndicat des médecins et vice-présidente de la Croix-Rouge du Sud-Viêtnam. Ces diverses activités ne laissèrent pas indifférente la police de Diêm qui l’arrêtera en 1960. Décision contre-productive, libérée peu de temps après, elle participe à la fondation du front de libération du Sud-Viêtnam sous le pseudonyme de Thuy Duong.

Cette période est la plus sombre et la plus dangereuse de sa vie. Diêm vient de lancer la guerre spéciale avec l’appui des américains. Au début de l’année 1965 l’aviation américaine commence contre le nord du Viêtnam une offensive continue de bombardements. Deux mois plus tard le corps expéditionnaire débarque à Danang. Son frère, qui aurait pu être le premier ministre d’un gouvernement de troisième force, est assassiné l’année suivante. Sur le point d’être de nouveau arrêtée, Duong Quinh Hoa rejoint le maquis lors de l’offensive du Têt. Elle y rencontre Huynh Van Nghi, mathématicien originaire de Cần Thơ qu’elle épousera et qui sera son fidèle soutien. Leur fils, Trung Son, décède quelques mois après sa naissance au maquis. Son nom restera gravé en lettres de sang dans son cœur. Le spectacle de tous ces enfants mutilés, assassinés par des hordes devenues barbares va décider de ses engagements futurs. Trois cent mille enfants blessés ou invalides, sept cent quatre-vingt mille orphelins dont quatre cent mille vagabondent dans les villes livrés à eux-mêmes. Le 30 avril 1975 la prise du palais présidentiel par l’armée révolutionnaire vietnamienne met fin à trente années de combats. Élue députée à la première assemblée nationale du Viêtnam réunifié, Hoa est également membre du comité central du front patriotique et vice-ministre de la Santé. Des divergences profondes sur l’ouverture du pays, le rythme de la réunification et la forme du système politique, la feront quitter deux ans plus tard toutes ses fonctions politiques pour se consacrer à l’action sanitaire et sociale

[4] Communauté économique européenne.

[5] Oxford Committee for Famine Relief.

[6] Association de solidarité internationale, reconnue organisme d’intérêt général.

[7] Comité contre la faim et pour le développement.

[8] Françoise Vandermeersch, née à la fin de la grande guerre, était entrée en 1937 dans la congrégation des auxiliatrices du purgatoire sous le nom de Sœur Marie-Edmond. Elle appartenait à une grande famille bourgeoise du nord. Son frère Léon, professeur à la Sorbonne, orientaliste reconnu, avait été en poste à Hanoï au sein de la filiale vietnamienne de l’École Française d’Extrême Orient jusqu’en 1958. Elle n’accepta jamais d’être cataloguée comme intellectuelle catholique car la théologie n’était pas sa tasse de thé. Sa vie avait basculé en 1951, alors qu’elle se consacrait à l’animation sociale dans un quartier pauvre de Roubaix, elle fut envoyée à Paris pour y développer la revue Échanges que sa congrégation avait lancée. Cette revue va transformer sa vie car elle va se mettre ainsi au service de l’aggiornamento catholique, en direction des femmes, dans la foulée du concile Vatican II. Mai 1968 passant par-là, elle devint une patronne de presse de choc. Sa revue, qu’elle a rendue indépendante, portera la parole féminine dans l’Église.Dès 1968, elle avait fait partie des chrétiens qui dénonçaient la guerre du Viêtnam et les bombardements des populations civiles. Elle s’était insurgée contre les destructions d’hôpitaux pédiatriques et avait réclamé l’arrêt des hostilités. Elle avait participé à la création de l’association de nature œcuménique Fraternité Chrétienne avec le Viêtnam qui s’étendra rapidement au Laos et au Cambodge. Françoise est décédée en 1997. C’était une femme formidable, inflexible et de conviction, comme savent l’être ces gens du nord habitués à la dure et aux frimas.

[10] Jean Pierre Deschamps et Virginie Halley des Fontaine. Une grande Dame de la santé publique : le Docteur Duong Quynh Hoa. Santé publique 2006.

Le paradoxe du Japon qui résiste à l’analyse des économistes libéraux ! par Christian Sauter et Catherine Cadiou

LE MYSTÈRE DU SENIOR DE LA SUPERETTE

La plus grande surprise de nos amis « western », en sus de la coexistence pacifique des piétons et des cyclistes sur les trottoirs parfois étroits de Kyoto, est d’être salué par un petit vieux en uniforme à l’entrée de la superette du quartier. Cet homme affable semble parfaitement inutile et doit peser lourdement sur le compte d’exploitation de l’entreprise, se disent les visiteurs français.

Une fois dans le magasin, la surprise se déplace pour admirer le déploiement de plats préparés au petit matin, de poissons frais à l’œil vif, d’employés nombreux et affables, de jeunes caissières reines du code barre et de la restitution automatique de monnaie, et d’une gentille autorité pour vous pousser plus loin ranger vos achats sans encombrer le flux de paiement. Personne n’utilise de carte de crédit ni de chèque, et les étrangers doivent aller au bureau de poste, ou dans les « Seven-Eleven » (une autre chaîne de superettes) pour tirer de l’argent liquide avec une carte internationale.

Le senior appliqué de la pimpante superette (ouverte 24/24 et 7/7, mais le gentil gardien n’est là qu’en journée) résume deux paradoxes de l’économie et de la société nippones : la combinaison d’activités à haute et basse productivités, et la conjugaison de générations jeunes en diminution et de seniors en augmentation. Posés en termes classiques d’économiste ayant biberonné les manuels néo-libéraux, ces deux problèmes sont archaïques voire insolubles.

 Prenons la question du vieillissement, dont le Japon est champion toutes catégories et regardons la pyramide des âges japonaise se transformer en cerf-volant, avec une base étroite de tranches d’âge enfantines et une largeur qui croit jusqu’à s’épanouir dans les âges supérieurs, avant de se rétrécir aux âges extrêmes.

En l’an 2000, le Japon était peuplé de 128 millions d’habitants qui se décomposaient en 66,6% d’adultes d’âge actif (15-65 ans), faisant vivre 19,5% de personnes âgées et 13,9% d’enfants. Cette photo n’a rien d’extraordinaire ; c’est le film qui est intéressant. En 2050, les hommes et femmes en capacité de travail ne seraient plus que 53,6% : en moins de deux générations, la proportion des « actifs » potentiels se contracterait brutalement, des deux tiers à la moitié de la population. La proportion des seniors aurait quasiment doublé, de 19,5 à 35,7% ; celle des enfants, quelque peu fondu de 13,9 à 10,8%. Tout ceci dans un mouvement d’ensemble de recul rapide de la population japonaise qui chuterait de 128 millions d’habitants en 2000 à 95 millions en 2050. Les bienheureux de l’extrapolation prédisent une taille « européenne » pour l’archipel en 2100 : 64 millions d’habitants !

 Le gouvernement japonais de ABE Shinzo a, comme la plupart des gouvernements, les yeux fixés sur deux cadrans : celui de la production nationale (le fameux PIB) et celui du déficit de la Sécurité sociale.

Sur le premier point, il avance une solution simple : si le nombre de personnes en âge d’activité diminue, il suffirait que la proportion de ceux qui travaillent augmente. Il vise principalement les femmes qui ont de forts taux d’emploi quand elles sont jeunes ou quand le ou les enfants éventuels sont scolarisés (mais à ce moment, il ne s’agit plus que d’emplois à temps partiel). Cette idée est populaire chez les femmes, qui font des études de plus en plus longues et aspirent à combiner des responsabilités professionnelles et une vie de famille équilibrée ; mais la structure très masculine du pouvoir dans les entreprise résiste des quatre fers : les belles carrières, avec stabilité de l’emploi et salaire progressant à l’ancienneté (jusqu’à 50 ans) sont réservées aux messieurs, que défendent sans relâche les syndicats d’entreprise, tout aussi masculins.

L’idée de substituer des travailleurs étrangers aux travailleurs japonais en nombre décroissant est rejetée par toute la population insulaire qui a déjà quelque difficulté à intégrer la minorité coréenne, venue de gré ou de force pendant la guerre. La gauche japonaise, ou ce qu’il en reste, lutte vigoureusement contre les « discours de haine », ces invectives ou ces menaces xénophobes, bien dans le style du Front National français. Un signe manifeste de cette distance vis-à-vis des étrangers est le faible nombre de réfugiés politiques accueillis par le Japon : 6 acceptés en 2013 sur 3260 demandes (Japan Times, 6 July 2015).

 Le deuxième problème est celui du déséquilibre potentiel des régimes de retraite, inévitable si le nombre des cotisants diminue et celui des retraités augmente. Le système national des retraites comprend deux étages, l’un obligatoire, l’autre optionnel. Au régime obligatoire de base, tout le monde, y compris les indépendants et les « temps partiels », cotise une somme forfaitaire qui s’élève progressivement (15590 yen en 2015, soit 120 € par mois). En sus, les salariés permanents (et les « temps partiels » à plus de 75%) cotisent proportionnellement à leur revenu (8,73%), les employeurs mettant autant. Le régime optionnel, réservé aux salariés des entreprises de plus de 1000 salariés, est plus avantageux et débouche sur une retraite plus importante. Le gouvernement fait des projections de déficit à horizon 2020, en bonne partie à usage international, mais en fait il semble exister un consensus tacite sur le fait que l’on ne distribue pas beaucoup plus que les cotisations qui rentrent, ce qui veut dire en clair que le pouvoir d’achat des retraites aura tendance à se réduire au fur et à mesure que s’élèvera le cerf-volant du vieillissement.

 Le vrai souci du gouvernement est la progression des dépenses de santé en faveur des personnes très âgées. L’imagination conservatrice bat son plein. Certains prônent le retour à la tradition rurale : que la bru prenne en charge les beaux-parents devenus dépendants. Mais l’urbanisation a détruit la famille élargie regroupée dans une vaste maison, et la société ne peut pas ne pas se poser la question des anciens qui ont perdu leur autonomie. Plus moderne, un techno a rédigé un rapport officiel, simple comme l’œuf de Christophe Colomb. La majorité des régions japonaises se dépeuple rapidement et dispose donc de capacités excédentaires de médecins et d’établissements pour personnes âgées dépendantes : il suffit donc de convaincre les vieillards de migrer de la mégapole saturée vers les provinces en voie de désertification. À voir tous les petits vieux qui se déplacent dans Kyoto, parfois avec grande difficulté, et sont heureux de vous saluer, de bavarder avec les voisines et les commerçants, de rivaliser de talent pour faire pousser trois jolies fleurs en bordure de « leur trottoir », on imagine l’enthousiasme qui a accueilli cette idée glaçante de déportation plus ou moins volontaire.

 Ce qui nous ramène au petit vieux de la superette, qui connaît chacun des clients et contribue ainsi, bien modestement, à la douceur de vivre en ville japonaise et à la compétitivité de l’entreprise (car toutes les superettes n’ont pas un tel gardien). Comme tous ses compatriotes, il est convaincu que « le travail, c’est la santé » son emploi à temps partiel lui évite de se vautrer devant son appareil de télévision et remplace le jardinage qu’il ne peut pratiquer dans ces villes congestionnées. Et en plus,  il gagne un peu d’argent (pas beaucoup) qui compense la modestie et l’érosion prévisible de sa retraite. Il est probable que c’est un ancien salarié de l’entreprise qui a été repris avec un statut et une rémunération plus faibles, traduisant un principe confucéen de respect des anciens, tout en ménageant l’intérêt bien compris de l’entreprise.

 C’est avec de tels emplois à faible productivité marchande mais forte productivité sociale que le Japon esquisse un autre développement. N’ayant apparemment pas lu Marx, les entrepreneurs japonais ne traitent pas le travail comme « une marchandise » banale, un coût de production qu’il faut réduire sans relâche pour maximiser les profits, à la différence de tant de managers occidentaux dits modernes qui sabrent dans la masse salariale pour contenter les actionnaires.

Ces Japonais pensent que la productivité n’est pas une fin en soi et que, d’ailleurs, la productivité sera plus forte si chaque travailleur se sent mis en confiance plutôt qu’abruti par des ordres chaotiques. Les exemples sont multiples d’entreprises japonaises (et probablement françaises) redressées et  réorientées vers de nouveaux marchés, avec le concours des salariés, nouveaux et anciens, plutôt que dans un climat de méfiance et d’hostilité réciproques.

 Le Japon va donc employer des septuagénaires de plus en plus nombreux, alors que tant d’entreprises françaises s’empressent d’éliminer les salariés de plus de cinquante ans parce qu’ils deviendraient trop coûteux et seraient moins adaptables. Respect de l’humain contre obsession de la « bottom line », vision à long terme contre frénésie trimestrielle : capitalisme social contre capitalisme financier, qui va gagner ? Vu de Kyoto, Wall Street n’est pas sûr de l’emporter.

Tokyo le 19 juillet 2015

Ces jours qui ont déshonoré la France

Je rentre d’Alger ému par la découverte d’un pays que je connais peu. J’ai eu la chance, grâce à l’ami d’un collègue lyonnais, de visiter la Casbah, siège majeur de la bataille d’Alger, qui n’en finit pas de mourir. On feint de ne pas s’en souvenir, mais c’est dans la Casbah qu’était entassée la masse de la population autochtone et que ce furent les extrémistes de l’Algérie française qui déclenchèrent les premiers la terreur dans la Casbah par le terrible attentat de la rue de Thèbes. De me promener sous les Sabbats de la Casbah et dans le dédale de ses ruelles, j’ai pu comprendre pourquoi il fut extrêmement difficile pour les militaires français d’y dénicher les combattants du FLN, et me faire expliquer leurs méthodes musclées utilisées pour remettre les souteneurs dans le chemin de la morale populaire. J’ai pu aussi contempler la magnifique baie d’Alger et  parcourir la rue puis la place Maurice Audin, glisser un œil dans le tunnel des facultés, apercevoir la villa Susini où le sale boulot était effectué et la villa Andréa dans le quartier  » El Biar  » où des barbouzes gaullistes préparèrent les actions anti-OAS. La journée se termine en famille par la dégustation d’un merveilleux couscous. Mes hôtes m’expliquèrent en quoi la France décevait les intellectuels algériens restés pour la plupart, eux, résolument francophones, et comment ils considéraient qu’ayant réussi le rapt de la langue française, les soit-disant effets positifs de la colonisation et, récemment, le projet sarkozyste de Maison de l’histoire de France avaient visiblement du mal à passer.

Le retour à Paris me replonge dans l’histoire, Montoire le 24 octobre 1940. Pétain est au pouvoir depuis le 16 juin. Du dernier cabinet Raynaud, seuls De Gaulle, et à un moindre degré Mandel, Marin ou Dautry, voulaient poursuivre la lutte. En faisant appel à Pétain, le président Lebrun, polytechnicien de son état, prend acte lâchement de la défaite de la France puisque Pétain, vice-président du conseil des ministres depuis le 18 mai a très vite pris le leadership de ceux qui, refusant le repli du gouvernement en Afrique du nord, préconisent l’armistice. Il n’était pas question pour eux de faire dépendre en quoi que ce soit les destinées du pays des possessions coloniales car alors, c’eut été l’inéluctable reconnaissance du droit des autochtones à être des français à part entière. Partisan résolu de la fin du conflit avec l’Allemagne nazie comme pré-requis nécessaire à la rectification idéologique de la France, Continuer la lecture

Loin des tartufferies parisiennes !

Kuala Lumpur

Loin des tartufferies parisiennes, je poursuis ma tournée de promotion de Sorbonne Universités et de l’UPMC en Asie du sud-est. A chaque étape je m’aperçois combien la promotion du système « à la française » est délétère pour notre recherche scientifique dans la plupart des disciplines. Alors que la France manque d’étudiants dans les sciences et que cette contrée, à l’instar du « big brother » chinois ou de la ville État de Singapour, considère qu’il lui faut développer une recherche en sciences de qualité si elle veut avoir la moindre chance de compter dans l’avenir, les officines françaises bien formatées continuent à privilégier les « grandes écoles » où la recherche est microscopique. Alors que lassés d’être rançonnés par les universités britanniques de second rang ou les universités australiennes, les états se tournent vers l’Europe et le dispositif mis en place par le MAE, étranglé par les restrictions budgétaires, n’a que de vieilles recettes à leur servir. A Bangkok, l’attaché de coopération scientifique qui nous reçoit est plein d’amertume. Il quitte son poste en septembre et ne sait pas où il atterrira en France. Quoi qu’il en dise, l’Asian Institute of technology a encore de beaux jours devant lui, même si la France a diminué fortement sa participation.

A Djakarta je participe au début de la tournée organisée par l’ambassade pour le lancement d’un programme de bourses « sandwich » baptisé pompeusement séminaire des écoles doctorales. L’Indonésie offre 30 bourses de 18 mois. A l’évidence le niveau des laboratoires ne permettra que dans très peu de disciplines scientifiques de garantir une qualité permettant l’obtention d’une thèse. Continuer la lecture

Terrific but terrible

Terrific but terrible

Jeudi 15 avril je m’embarque à Roissy à 9h35 pour Madrid où je suis invité par l’Alianza de las 4 Universidades (Universidad Autonoma de Madrid, Universidad Pompeu Fabra, Universidad Autonoma de Barcelona, Universidad Calos III de Madrid). Elle organisait une conférence intitulée « strategy for international excellence of European research universities ».

Signe des temps, deux universités françaises y étaient invitées, Toulouse 1 Capitole, première université française en économie et Pierre et Marie Curie, première université française en sciences et médecine. L’université de Leiden très active dans les procès d’évaluation était représentée par son Recteur Magnificus Paul van der Heijden, la jeune université de Konstanz, l’une des lauréates du programme allemand des universités d’excellence, était représentée par son recteur Ulrich Rüdinger qui n’était pas né quand son université fut créée. Nul n’avait prévu que le séminaire serait perturbé par le nuage de cendres microscopiques que nous devons au volcan islandais. Celui-ci bloqua le principal de l’université d’Edimbourg à Paris faute d’y être arrivé à temps.

Tout à nos discussions sur la compétitivité des universités (la nécessaire réforme par elles-mêmes de leur propre gouvernance afin de l’adapter à leurs objectifs stratégiques, le sous-financement chronique et les moyens d’y remédier, l’intérêt des clusters versus des politiques d’établissement, la taille idéale des universités) nous ne nous sommes pas aperçus que le nuage se déplaçait inexorablement vers le Sud et l’Est Continuer la lecture

L’année du Tigre commence sous de mauvais Auspices

Année du tigre

En  Haïti, le 12 janvier, un séisme de force 7, à 25 km de Port aux Princes,  suivi huit jours après par une réplique de force 6,1, vient nous rappeler que le tiers monde est la première cible des catastrophes naturelles. Même si là où elles frappent il n’y a plus ni riche ni pauvre et souvent plus d’Etat, ce sont les plus pauvres qui en payent le prix le plus fort. Haïti, premier état noir indépendant du monde à l’Epoque moderne naît sous les décombre de la première débâcle du « petit caporal », et fût aussi la première victime de l’impérialisme mondial qui ne supporta pas cette effronterie la faisant payer fort cher, aidée en cela par la petite bourgeoisie béké. Toute à son habitude du « small is beautiful », on assiste à cette occasion à une manifestation parfaitement intolérable de la mesquinerie française, qui trouve intempestif le déploiement américain : 15 000 hommes, 20 navires, 167 millions de dollars d’aide en regard duquel les 500 sauveteurs français, les 2 bateaux spécialisés et les 6 avions et d’hélicoptères pesaient peu. Il est évident qu’à côté de la chirurgie de guerre de certaines équipes françaises, étalée de façon parfaitement obscène par la télévision, le « Comfort », qui dispose de 1.000 lits, de six salles d’opération et d’équipements dernier cri, peut répondre à une grande variété de situations, de la blessure légère aux opérations chirurgicales complexes et traiter 400 patients par jours montre avec éclat la différence qu’il y a entre la puissante Amérique et le petit poucet.

Un an après son arrivée à la présidence, Obama, doit se battre sur tous les fronts. Naturellement pour sortir des guêpiers d’Irak et d’Afghanistan avec un minimum de dommages collatéraux c’est une tout autre affaire que de voler au secours de la population Haïtienne. Lorsqu’il faut s’en prendre aux compagnies d’assurances qui contrôlent la protection médicale outre atlantique et aux organismes bancaires qui sont tous prêts à renouer avec la folie, les résistances sont fortes. Devant l’action d’Obama certains médias français parlent de populisme ! Bien sûr, quant il s’agit de vitupérer les salaires indécents tout le monde est d’accord, Sarkozy compris, mais quand il s’agit de passer à l’acte c’est moins évident comme la démontré l’affaire Proglio. Faux culs que ceux qui laissent croire que l’on s’en prend impunément aux profits juteux des compagnies d’assurances et à la ploutocratie bancaire. Les mêmes se régalent de la réaction brutale de l’extrême droite américaine qui appelle ouvertement au meurtre du président et des difficultés d’Obama à faire passer sa réforme de l’assurance maladie avec l’espoir secret de nombreux commentateurs et hommes politiques de droite et d’extrême gauche que l’expérience en cours à Washington soit un fiasco.
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Il y a 50 ans, Gérard Philippe nous quittait.

gerard philippe

Je rentre d’une mission en Indonésie où je me suis fait le VRP des universités françaises, pour défendre la mobilité étudiante, montrer tous les avantages d’un enseignement supérieur public, laïc et … quasiment gratuit, expliquer le processus de Bologne, bref proposer qu’une partie importante des étudiants de ce pays de 250 000 âmes, choisissent l’Europe et singulièrement la France plutôt que l’Australie ou l’Amérique du Nord. A ce séminaire participaient les conseillers et attachés culturels de l’ambassade, la direction de la mondialisation, Campus France et onze universités indonésiennes. Il se tenait à Bali, près de Denpasar à côté des plages de Kuta, sorte de « Grande Motte » asiatique avec une mer d’un bleu superbe mais des roulis qui font la joie des surfeurs. Deux jours de travail, une  démonstration de ballet à l’institut des arts de Denpasar et une escapade touristique au musée Puri Lukisan à Ubud avant de reprendre l’avion. Continuer la lecture

Il n’y a pas que l’Asie dans la vie !

argentina

Lors de mes précédents passages à Buenos Aires je n’avais pas eu le temps d’une visite à la ville, cette fois c’est chose faite grâce aux contraintes des horaires d’Air France qui m’obligent à partir samedi soir. Avec le décalage horaire, j’ai donc mon dimanche disponible, j’en profite pour me rendre à la plaza de Mayo, jeter un coup d’œil à la cathédrale métropolitaine et visiter la casa Rosada, siège de la présidence de la république. L’hôtel où je suis descendu se situe avenue de Mayo, à quelques centaines de mètres de là. C’est ici, en mai 1810, qu’eut lieu la révolution qui allait conduire à l’indépendance. La formation de multipes juntes dans les cités espagnoles, lors de l’été 1808 était la conséquence de la vacance du pouvoir royal résultant de l’invasion napoléonienne. Dans un premier temps elles ne voulurent pas changer grand chose, c’est ainsi que le 24 mai 1810 une première junte constituée à Buenos Aires désignait le Vice-roi Baltazar Hidalgo de Cisnéros comme président. Elle fut débordée le lendemain par une nouvelle junte formée par les éléments les plus radicaux de la ville s’appuyant sur le corps des milices. Elle destitua immédiatement le Vice-roi. Mais deux jours plus tard elle publie une circulaire précisant qu’elle agit au nom du roi d’Espagne Ferdinand VII. Ce n’est que six ans plus tard, lors du congrès de Tucumàn, le 9 juillet 1816 que l’indépendance des provinces unies de l’Amérique du Sud consacre l’éviction de la royauté espagnole.

La plaza de Mayo est étrangement calme en ce dimanche matin, Continuer la lecture

Les universités et le XXIème siècle !

stat

Nul n’étant prophète en son pays, ce n’est pas la CPU qui m’a sollicité pour donner mon sentiment sur l’impact socio-économique des universités en ce début de siècle, mais la conférence des universités espagnoles. Et c’est pourquoi je profite d’un stop de deux heures dans l’aéroport de Madrid, en attente de mon vol pour Santander pour commencer l’écriture de ce billet. Santander, charmante cité balnéaire de la côte Cantabrique, mais aussi siège de deux universités dont l’Université internationale Menéndez Pelayo, où va se tenir ce séminaire, de plusieurs musés et qui accueille chaque année un festival de jazz. A la Tabacalera de Santander, entrepôts transformés en pénitencier, après avoir pris la ville en août 1937, les franquistes entassèrent 4000 républicains dans des avant de les liquider un à un et de les jeter dans des fosses communes. Celle qui fut la dernière statue équestre de Franco de toute l’Espagne fut finalement déboulonnée le 18 décembre 2008 à l’occasion du réaménagement de la place et devrait rejoindre le futur Musée de la Cantabrie.

Dans ce genre d’exercice, il vaut mieux connaître ses dossiers, et ce d’autant que les universités espagnoles sont en pleine mutation. L’Espagne est le pays européen dans lequel le nombre de publication a le plus progressé ces dernières années, il a doublé en 10 ans,

  • devant les universités françaises (+78%),
  • les universités suisses (+66%),
  • les universités italiennes (+57%) et loin devant
  • les hollandaises (+42%),
  • les allemandes (+48%) ou
  • les anglaises  (+38%).

Ce qui relativise au passage le discours ambiant sur la mauvaise qualité des universités françaises car dans la même période, le nombre de publication des soit disant « grandes écoles » n’a cru que de 40% et celles du CNRS ou de l’INSERM que de 20% environ.

Quoi qu’il en soit, cette commande survenue à la mi-juillet m’obligea à quelques devoirs de vacances durant le périple aoûtien que j’ai décrit dans ma précédente note. Je décidais donc de m’en tenir à quelques exemples pour lesquels des données fiables étaient accessibles. Continuer la lecture

Trip en Asie du Sud Est

credit : rpeschetz - flickr

Il est près de 6 heures lorsque je frappe au numéro 1 de la rue Ba Huyên Thanh Quan à Hôchiminh-Ville. Quelques aboiements et je tombe dans les bras de mon ami Nghi. Il n’a pas changé, seulement vieilli, la voie est faible, nasale et moins assurée qu’avant. La vieille dame qui servait du temps de Duong Quinh Hoa a pris sa retraite, sa nièce la remplace. Elle nous a mijoté un excellent dîner vietnamien, d’ailleurs la cuisine du Vietnam ne se goûte vraiment qu’en famille. Je retrouve la maison comme elle était six années auparavant et il veille jalousement sur tous les trésors de l’art et de la culture vietnamienne que Hoa et lui y ont accumulé au fil des ans. Je lis sur son visage la tristesse infinie de l’absence. Il me fait visiter l’autel de Celle qui l’a quitté il y a trois ans. Avant de passer à table, je lui donne des nouvelles de la bande de copains qui a accompagné l’aventure du centre de nutrition de Duong Quinh Hoa et je lui remets mon bouquin sur le Cambodge. Puis comme nous le faisions jadis, nous parlons politique. Obama, Sarkozy, Ahmadinejad, Kim Jong Il ! Tout y passe, y compris la position de son pays sur les évènements du monde. Sa critique est toujours aussi acerbe sur ses anciens camarades de combat. La nouvelle règle de conduite des communistes vietnamiens c’est enrichissez vous ! Je me risque à lui dire qu’il me semble qu’en la matière ils suivent la voie chinoise. Bah me dit il, il y a un grand débat entre les intellectuels chinois et vietnamiens. Nous pensons être les premiers habitants de la chine, avant les Hans ! bien sûr ils ne le reconnaîtront jamais. Comme toujours avec Nghi, l’excessif masque la vision réaliste des progrès de la société mais lui, en philosophe pessimiste, pense que l’égoïsme et l’irresponsabilité vont tuer l’humanité. La révolution ne sert à rien conclu t’il. Je regagne l’hôtel le cœur plein de nostalgie en repensant à la vie de ce couple fusionnel qui a tant œuvré pour la justice et les enfants. Je veux mettre tout en ordre ici avant de rejoindre Hoa m’a dit Nghi en me quittant. Décidément il faut que j’écrive aussi sur cette partie de ma vie.

Le Vietnam, je l’ai découvert il y a presque trente années, dans les conditions que j’ai indiqué ailleurs . Hôchiminh-Ville, la Saïgon des français et des américains a évidemment beaucoup changé. Continuer la lecture