Pour contrer le FHaine votons Emmanuel Macron

L’IMPLOSION DÉMOCRATIQUE

 Lampedusa est un ilot perdu entre la Libye et la Sicile, où travaille un médecin admirable : Pietro Bartolo (Les larmes de sel, Lattès, 2017). Son père, pauvre pêcheur, lui a payé des études et il est revenu en 1988 sur son île pour y développer un service minimal de santé, incluant la possibilité d’évacuer vers des hôpitaux modernes, par avion ou par hélicoptère, les femmes enceintes et les malades.

Sa vie a été bouleversée quand les réfugiés venus de Libye ont commencé à débarquer il y a vingt-cinq ans. Depuis 2011, ils sont arrivés par centaines, sur des embarcations lamentables où les exilés payaient plus cher pour rester sur le pont (« la première classe ») plutôt que d’être asphyxiés dans la cale (« la troisième classe »). Les morts sont nombreux, dans leur sac vert, que le médecin doit autopsier pour prélever un échantillon d’ADN. Les vivants, ou à peine vivants, sont tragiques, femmes enceintes, enfants glacés, hommes hagards. Chacun est un cas particulier : « Tout homme est tout l’homme » disait un philosophe.

Dans un autre livre, Marie-José Tubiana, ethnologue du Darfour, raconte l’histoire tragique de jeunes hommes qui ont dû fuir la guerre civile, les massacres et les tortures qui accablent cette région si éloignée de notre intérêt, et qui, après avoir travaillé durement en Libye pour payer leur passage, débarquent en Europe, l’un d’entre eux à Lampedusa (« Une émigration non choisie », L’harmattan, 2016).

En vingt-cinq ans, 300 000 personnes ont été examinées, secourues et soignées dans cet avant-poste de l’Europe. Médecin admirable, population insulaire admirable, Italie admirable qui mériteraient le prix Nobel de la Paix, a dit Jean-Claude Juncker, pour avoir sauvé tant de vies humaines en Méditerranée. Comment cet homme explique-t-il cet héroïsme quotidien ? « Nous avons l’instinct nu et innocent de la fraternité ».

La fraternité, qui fait pourtant partie de notre devise nationale, n’est pratiquée qu’avec modération par notre pays. L’an dernier, l’Union Européenne a accordé le statut de réfugié ou une protection équivalente à 710 400 personnes (c’est la conséquence de l’afflux d’immigrants de 2015, dont les dossiers ont pris du temps à être examinés un par un, avec une réponse positive dans 67% des cas). 57% sont des Syriens, 9% des Irakiens et autant d’Afghans (Les Échos 27 avril). La France n’occupe qu’une modeste quatrième place (35 170 personnes) derrière l’Allemagne (445 000), la Suède et l’Italie (bravo l’Italie !).

Si Marine Le Pen était élue à la présidence de la République, ces chiffres dramatiques deviendraient négatifs. Xénophobe, raciste et hostile aux musulmans, elle entend bien fermer les frontières aux étrangers non-européens et même aux Européens qui voudraient travailler en France et, à la moindre faute commise sur notre sol, elle refoulerait les étrangers et aussi les Français d’origine étrangère.

L’accès de son père au deuxième tour de l’élection présidentielle de 2002 avait été un séisme politique, qui avait provoqué des réactions vives et quasi-unanimes. Les syndicats avaient mobilisé un million de personnes le 1er mai. L’Église catholique et les autres religions avaient pris parti contre la peste brune. Un « Front républicain » s’était spontanément rassemblé de la droite à la gauche, unissant tous les partis dans une même réprobation.

Aujourd’hui, il n’en rien, ou presque rien. Les partis battus au premier tour, Les Républicains à droite et le Parti socialiste à gauche, font l’impasse sur le second tour et songent à sauver leurs sièges de députés aux élections législatives qui vont suivre. Heureusement, certains se sont prononcés pour le vote Macron sans ambiguïté : les deux présidents de Région élus contre le Front National grâce au désistement socialiste, ainsi que Nicolas Sarkozy et Alain Juppé. À gauche, Benoît Hamon, digne battu, a été d’une grande fermeté. Il est de bon ton d’accabler Jean-Luc Mélenchon, qui a renvoyé dos à dos les deux candidats finalistes. Il a tort, évidemment, mais il rejoint le silence des agneaux qui sont restés sur une prudente réserve : l’Église catholique (dont une égérie, Christine Boutin appelle même à voter Le Pen), les syndicats (sauf la CFDT et l’UNSA qui sont sortis d’une confortable neutralité pour appeler à voter Macron), les intellectuels et la société civile, un vrai champ de violettes !

 Comment expliquer ce silence de facto à moitié complice avec le Front national ? Il suffit de regarder la carte des votes FN au premier tour pour découvrir un pays coupé en deux. D’un côté, la France des métropoles, Paris en tête, qui vit au rythme du monde et qui siphonne les emplois très qualifiés de demain. De l’autre, la France des départements ruraux et des petites villes, qui souffre d’une crise agricole et industrielle, et où l’avenir semble bouché pour les adultes menacés dans leur emploi et les jeunes dans leurs ambitions.

Deux France s’opposent : la France de « travail, famille, patrie » contre la France de « liberté, égalité, fraternité ». La France des start-up qui serait celle d’Emmanuel Macron, contre la France des stop-down, que cherche à conquérir Marine Le Pen.

 Comment lutter contre l’abstention au deuxième tour, qui ferait le jeu de la candidate d’extrême-droite et qui pourrait même, par accident, la porter au pouvoir ? La meilleure solution serait que le candidat Macron redonne espoir à la France périphérique, qui n’a plus confiance dans la République.

La joute Whirlpool a été un signe positif : provoqué par Le Pen qui a improvisé une incursion parmi les grévistes de cette entreprise picarde, Macron a relevé le défi avec un vrai courage physique et politique et il a consacré du temps à écouter ces travailleurs, dont l’usine va déménager en Pologne, malgré un effort passé d’investissement de la firme américaine et des sacrifices de salaires substantiels des ouvriers. J’aurais aimé qu’il dise que l’entreprise devrait rembourser les aides importantes reçues de l’État, le fameux crédit d’impôt CICE qu’il a inventé dans ses fonctions antérieures à l’Élysée et au gouvernement. Une politique de « donnant/donnant » avec les entreprises serait mieux reçue que celle du chèque en blanc. Pourquoi ne pas reprendre une vieille idée de gauche : moins d’impôt sur les sociétés qui investissent dans l’équipement ou la formation en France ; plus d’impôt sur les bénéfices distribués sous formes de dividendes, stock options ou bonus divers aux dirigeants ?

Autre mesure fiscale qui accroîtrait l’adhésion de la gauche sans vraiment froisser les rares contribuables de droite : que Macron renonce à sortir les patrimoines d’actions et obligations de l’impôt de solidarité sur la fortune !

Autre sujet, passé au second plan, et qui est porteur d’avenir : l’école. D’un côté, Marine Le Pen veut en interdire l’accès aux enfants d’étrangers non régularisés. De l’autre, Macron a un discours intéressant sur les enseignants qui ne seraient plus nommés à l’ancienneté et dont les initiatives pédagogiques seraient valorisées, sur l’association des parents à la vie de l’école, sur les étudiants et l’université. Pour préserver la République, c’est le moment d’un grand coup d’accélérateur, comme au temps de Jules Ferry !

L’Europe enfin ! Depuis le referendum de 2005, les Français rejettent de plus en plus l’Europe de la « concurrence libre et non faussée », qui organise avec obstination la rivalité entre les entreprises, les capitaux et maintenant les travailleurs. La Cour de justice européenne vient de statuer que les salariés étrangers d’entreprises étrangères, genre Ryanair, peuvent payer les cotisations sociales de leur pays d’origine plutôt que celles du pays où ils travaillent : les cotisations irlandaises plutôt que les cotisations marseillaises. C’est politiquement absurde : le droit social doit être le droit du sol plutôt que le droit des sous. Pour refaire aimer l’Europe, Macron ne devrait pas seulement rappeler la contribution européenne à la paix et à la prospérité, mais développer un discours d’avenir, comme celui de Kohl-Mitterrand-Delors. Une Europe de la coopération plutôt qu’une Europe de la compétition. Une Europe des opportunités plutôt qu’une Europe des inégalités.

Emploi, École, Europe : il reste bien peu de temps pour convaincre les Français qu’ils ne seraient pas condamnés à choisir entre la candidate d’un passé nauséabond, le candidat d’un système injuste et l’abstention.

Revenons à Lampedusa et au fameux « Guépard » filmé par Visconti. Le jeune Tancrède disait à son oncle, aristocrate déçu : « Si nous voulons que tout reste pareil, il faut que tout change ».

Cher Emmanuel Macron, méfie-toi du syndrome de Tancrède ! Tout ne pourra rester pareil dans notre pays miné par le doute. Il te faudra audace et solidarité pour que la démocratie retrouve les couleurs de la liberté, de l’égalité et de la fraternité.

Christian SAUTTER et Catherine CADOU   vendredi 28 avril 2017

DANS LE NOIR Lettre de Christian SAUTTER et Catherine CADOU du  jeudi 2 mars 2017

Un ami diplomate, paralysé à la suite d’une chute de cheval, nous a envoyé une joyeuse vidéo, fêtant les dix ans d’un restaurant « Dans le noir » situé à Londres. Non seulement les convives peuvent y savourer un bon dîner dans une obscurité totale, mais nos amis d’outre-Manche vous permettent ensuite de finir la soirée en dansant gaiement avec des sourds-muets.

En 1999 (j’étais membre du gouvernement Jospin), Catherine m’a entraîné dans un restaurant temporaire préfigurant l’établissement « Dans le noir » de la rue Quincampoix (qui a treize ans et de nombreux enfants). Avec sept autres personnes inconnues, nous nous sommes attablés en compagnie d’un homme cordial, non-voyant évidemment, et nous avons tous sympathisé facilement dans la complicité d’une obscurité complète. Après le hors-d’œuvre et le plat goûteux, pas si aisés à déguster, la situation s’est compliquée. « Christian, il n’y a plus de vin ; va en chercher sur la table du fond. » À tâtons, j’ai réussi cette mission délicate sans asperger les autres clients. In fine, nous nous sommes tous retrouvés dans la lumière pour découvrir que notre chef de table avait reconnu ma voix, du temps où il était salarié de la préfecture de l’Île-de-France.

 Cette expérience forte a, si je puis dire, changé mon regard sur le handicap. Et j’ai eu une preuve supplémentaire de l’énergie et de la joie de vivre des personnes handicapées quand Hamou Bouakkaz, lui-même non-voyant (et cadre supérieur de banque à l’époque), a organisé début 2001 dans le 12ème arrondissement une réunion pour le candidat Bertrand Delanoë à la Mairie de Paris, sur les problèmes parisiens des personnes handicapées. La réunion fut particulièrement agitée parce que les aveugles et les sourds se sont disputés « la parole » (il y avait tous les interprètes nécessaires) pour exprimer leurs besoins bien distincts, comme dans une réunion électorale banale, avec une vive pointe de chaleur humaine en plus.

Quel candidat, dans cette campagne électorale obscure, aborde les problèmes des handicapés, qui sont douze millions dans notre pays ? Qui dénonce la décision gouvernementale récente de repousser de plusieurs années la mise en accessibilité des transports en commun, inscrite dans une loi de 2005 qui l’imposait pour 2015, la SNCF et la RATP préférant, avec la complicité des élus, consacrer leurs investissements à des équipements de prestige (TGV Tours-Bordeaux ou automatisation des lignes de métro) plutôt qu’à des travaux facilitant la vie des personnes à mobilité réduite (et des mamans à poussette et des seniors à valises) ?

 Heureusement, la vie continue, invincible, et France Active est fière de financer de belles entreprises qui emploient des handicapés dans des activités concurrentielles. Chez « DSI » (Distribution de Services Industriels) à Toulouse, les 600 salariés (dont 84% de handicapés) travaillent pour Airbus et d’autres grandes entreprises. Chez « Gaia », en Seine et Marne, les 70 collaborateurs (à 80% handicapés) désossent, réparent et revendent des ordinateurs.

 Pendant que la campagne présidentielle s’enfonce dans les sables mouvants de la justice d’un côté, et dans les rancœurs d’appareils politiques de l’autre, prenons du champ pour parler de deux livres enjoués à des titres divers.

Le premier est « L’histoire mondiale de la France » (Seuil 2017), dirigé par un professeur au Collège de France, Patrick Boucheron. Une centaine d’historiens patentés ont été réunis en une « joyeuse polyphonie » pour rédiger un énorme canular de Normaliens. En 800 pages, nous parcourons à grands pas toute l’histoire de France de la grotte Chauvet (34000 avant JC) à 2015 (attentats de Paris).

Sans aucune ligne autre que chronologique, chaque date donne lieu à un texte bien troussé de trois ou quatre pages. Au rebut, l’École des Annales qui cherchait des explications économiques et sociales aux évolutions de longue durée ou aux révolutions soudaines. Adieu à l’histoire de grand papa faite de grands hommes, de guerres et de conquêtes. Cette bande espiègle picore avec fantaisie pour démontrer la vanité de rechercher une « identité française » ou un « roman national ».

Prenons la deuxième guerre mondiale comme exemple. Dans le livre, elle se résume à quatre dates : 1940, « La France libre naît en Afrique Équatoriale » ; 1940, « Lascaux, l’art mondial révélé par la défaite nationale » ; 1942, « Vel d’Hiv-Drancy-Auschwitz » ; 1946, « Un Yalta cinématographique » (le premier festival de Cannes). Chacun des quatre textes est fort plaisant à lire, mais ce collier de perles baroques n’est pas prêt de remplacer les « Mallet et Isaac » de mon enfance.

Néanmoins, quel bonheur de voir passer quatre merveilleuses comètes dans le ciel de France ! « La dame de Brassempouy » (24000 avant JC), sculpture forcément sublime. Marie Curie (1903), dont l’Académie Nobel ne voulait couronner que le mari. Gabrielle Chanel (1921) qui a parfumé le monde. Simone de Beauvoir (1949) dont le « Deuxième sexe » a scandalisé François Mauriac.

Et l’on s’instruit avec douceur en découvrant le sermon de Napoéon empereur (1804) qui dit notamment : « Je jure de respecter et faire respecter l’égalité des droits, la liberté politique et civile … ; de gouverner dans la seule vue de l’intérêt, du bonheur et de la gloire du peuple français. » (À bon entendeur, salut !) Il y a aussi de belles pages sur la décolonisation avec d’excellents portraits de Fanon, Césaire, Senghor, Houphouet-Boigny … et Foccart. Ainsi que sur les fluctuations de la politique migratoire selon l’évolution économique et démographique interne de la France.

 Passons à un autre livre qui traite d’un sujet au cœur de l’actualité, les médias. Julia Cagé, normalienne de 30 ans, économiste qui a fait le pèlerinage de Harvard, leur consacre une étude vive et convaincante dans la collection « La République des idées » (Seuil, 2015). « Sauver les médias », telle est la question traitée à partir d’une recherche solide sur l’économie des journaux-papiers américains et français, dont l’avenir est très précaire dans les deux cas. La raison principale n’est pas la substitution rapide du numérique au papier journal. Le mouvement est indéniable, mais la presse numérique n’est pas plus rentable que la presse papier. Les vraies raisons qui sapent ces entreprises privées sont l’érosion rapide de la publicité (papier, radio, TV, numérique confondus), captée par les grandes plateformes Internet qui vendent de la pub sur mesure, ainsi que la quasi gratuité d’accès à une information « agrégeant » des dépêches d’agence, sans que des journalistes mettent cette information brute dans son nécessaire contexte.

Pour Julia Cagé, l’information est un « bien commun » indispensable à la démocratie ; la rapide diminution des effectifs de journalistes employés par les quotidiens d’ici et de là-bas met en péril le jugement réfléchi des citoyens.

Les solutions illusoires sont d’espérer le retour de la manne publicitaire, de laisser jouer la concurrence pour sélectionner les meilleurs médias, de vendre de l’information numérique (à nuancer ?), de perfuser des fonds publics croissants (elle recommande toutefois de concentrer les aides à la presse de 419 M€ en 2012 sur la presse d’information), d’attendre que de riches philanthropes viennent renflouer nos journaux favoris comme ils achètent des équipes de football, de créer des coopératives car la presse est trop gourmande en capital (seul, dit-elle, le mensuel « Alternatives Économiques » a eu le courage de prendre ce statut délicat).

Quelle est la bonne solution pour ces entreprises d’utilité démocratique ? Julia Cagé propose de traiter les journaux comme les universités américaines, qui rendent un même service d’intérêt général, en confiant  les « sociétés de médias » à des fondations, avec deux correctifs : la présence au conseil d’administration de la société des lecteurs actionnaires via le « financement participatif » d’une part, et de la société des journalistes d’autre part, l’une et l’autre ayant des droits de vote supérieurs à ce que leur donnerait leur participation modeste au capital.

Admirons cette démarche intellectuelle et politique qui cherche à dépasser, dans le domaine crucial de la presse, « l’illusion hyper-capitaliste et l’illusion hyper-coopérative » ! Tout cela se discute, mais sur une base sérieuse et imaginative de valeurs affirmées et de solutions techniques à méditer.

 Revenons à la campagne présidentielle, où l’on parle peu de l’avenir et des questions de fond, et laissons le dernier mot à cette jeune femme (qui fait partie de l’équipe du candidat Hamon).

« Il y a sans doute quelque chose d’inéluctable à la crise de la presse papier. On peut se lamenter. S’enfoncer la tête dans le sol et attendre que ça passe. Se laisser mourir. On peut aussi se tourner vers l’avenir, prendre des risques et crier que, définitivement non, les médias peuvent et doivent être sauvés ».

 Candidats, il est temps de se tourner vers l’avenir et de prendre des risques !

PRÉPARÉS A NE PAS ÊTRE PRÉPARÉS texte de Julie Coudry février 2017

Il y a deux semaines, j’intervenais lors de la conférence O21 organisée par Le Monde, sur le thème “Entre fun et safe, faut-il vraiment choisir ?”. Quand il s’agit d’orientation, on conseille classiquement aux jeunes de “se préparer aux métiers de demain”. Seulement voilà, « 65% des enfants qui entrent aujourd’hui à l’école primaire exerceront un travail qui n’existe pas en 2016″. L’avenir de nos sociétés nous réserve tellement de surprises, qu’il n’est plus viable, de se préparer à ce que l’on suppose que sera le futur.

Mais alors à quoi faut-il se préparer ? Cette question est posée à toute notre société. A quoi doivent préparer toutes ces années d’école ? Quels fondamentaux, quelles spécialisations ? Comment l’entreprise peut-elle identifier ses besoins à moyen terme, en matière de compétences ?

La séquence rassurante du j’apprends – je me prépare – je suis prêt(e) – je produis, n’est plus valable. Dans le travail, on parle déjà de “micro-learning” tout ces temps “invisibles” de formation qui font désormais partie du quotidien d’un professionnel. Dans le monde des ressources humaines on sait que le talent d’un individu se situe désormais aussi à des niveaux de capacités plus personnelles (soft skills) : être en veille, appréhender son environnement, mobiliser ses forces, apprendre en permanence, créer, coopérer …  Mais aussi sur le plan de son état d’esprit L’état d’esprit des individus devient aussi une ressource clé : ne pas être paralysé par la peur du changement.

Chacun est challengé personnellement par cette nouvelle donne. Certaines solutions technologiques qui s’adressent aux individus y répondent en inspirant et en équipant les personnes pour leur donner plus de pouvoir sur elles-mêmes. Objectif : plus de capacités à y voir clair sur une situation, à pouvoir s’y adapter et à l’influer.

Finalement l’humanité à toujours fonctionné ainsi. S’il est rassurant de prévoir l’avenir et de s’y préparer, rien ne vaut la capacité à s’adapter aux changements de configuration. Car bien souvent la vie ne ressemble pas aux plans que l’on avait fait pour elle.

Du coup si on veut assurer l’avenir de nos enfants, plutôt que de leur conseiller de “se préparer aux métiers de demain”, conseillons-leur de se préparer aux changements du monde, et à ceux qu’ils connaîtront dans leur propre trajectoire.

Aidons-les plutôt à se préparer à ne pas être préparés.

ARGENT FUTILE ET HOMME INUTILE par Christian SAUTTER et Catherine CADOU

Dans le train qui m’emportait vers Bruxelles pour animer un groupe de travail sur le financement des infrastructures sociales (éducation, santé, logement social), je suis tombé sur un article émouvant du « Financial Times » (05.12.16). Les fonds accumulés par les multinationales américaines dans les paradis fiscaux avoisinent les 1000 milliards de dollars (900 milliards d’euros !). Les champions de ces Olympiades de l’incivisme fiscal sont Apple (216 Mds$) et Microsoft (111 Mds$). Coca Cola est assez ridicule à la huitième place avec seulement 22 Mds$.

Comment peut-on admirer ces parangons de la vertu capitaliste et de la rupture technologique, qui privent le Trésor public américain des moyens de payer une éducation correcte à tous les jeunes, et qui jouent à merveille du labyrinthe européen pour échapper à l’impôt ? Le lien est évident entre cette impudence fiscale des grandes firmes nomades et l’accumulation d’une bulle de dettes des étudiants californiens, démarrant leur vie professionnelle avec un lourd boulet au pied. Certains expliquent d’ailleurs que la dette estudiantine made in USA pourrait provoquer les mêmes catastrophes que le surendettement des familles américaines pour accéder à la propriété, à l’origine de la crise financière de 2007-08.

 On comprend que Trump, le nouveau président élu, veuille faire revenir cet argent stérile dans le circuit de financement de la production et de l’emploi américains. Dans son style inimitable de Mister Twitter (cela veut dire gazouillis en anglais), il s’est déjà vanté d’avoir empêché la migration de 1000 emplois de l’entreprise Carrier (air conditionné) vers le Mexique ; et il a embrassé en public Masayoshi SON, l’entrepreneur japonais d’origine coréenne, qui a promis d’investir aux USA 50 Mds $ (de fonds japonais et saoudiens).

Pour mener cette bataille de ce que l’on appelait autrefois en France la reconquête du marché intérieur, il a choisi un gouvernement composé pour l’essentiel d’amis milliardaires de Wall Street. Chacun sait que ce sont les généraux qui arrêtent les guerres : Eisenhower en Corée, de Gaulle en Algérie, Rabin en Egypte ! Avec la carotte d’une forte baisse de l’impôt sur les bénéfices des sociétés et le bâton de droits de douane sur les importations de produits américains fabriqués à l’étranger (Chine et Mexique), ce cow-boy qui tire avant de réfléchir obtiendra peut-être des résultats à moins que, comme certains présidents, il n’oublie les promesses faites au bon peuple des États industriels en crise de la rust belt. Si le propre du chef est d’être imprévisible, nous allons être servis !

 Sortons de l’actualité en 140 signes pour nous pencher sur les problèmes présents et à venir de l’humanité. Nous pouvons nous appuyer pour ce faire sur le livre chatoyant d’un ingénieur-économiste original qui poursuit sa méditation solitaire au sein de l’École des Mines. Pierre-Noël Giraud a écrit « L’homme inutile » (Odile Jacob, 2016). Il reprend et enrichit la vieille querelle entre Malthus et Sauvy, sur la relation entre démographie et économie.

Au départ, un double constat. Le monde est peuplé d’une foule immense d’hommes « inutiles » qui n’ont de place ni dans la production ni dans la consommation, qui parviennent à peine à atteindre le minimum vital de survie. Dans les pays développés, ce sont les chômeurs de longue durée et les working poors. Dans les pays sous-développés, ce sont les paysans sans terre et les citadins des bidonvilles. Si la pauvreté a fortement reculé en  Chine, elle s’est à peu près stabilisée en Inde, mais elle progresse en Afrique.

L’Afrique ! Si la photo est préoccupante, le film à venir est franchement inquiétant, parce qu’elle n’a pas encore fait sa « transition démographique ». D’ici 2100, la population africaine devrait monter de 1 milliard à 4 milliards d’habitants. L’auteur nous explique bizarrement que ce sont seulement quelques décennies difficiles à passer ! La population mondiale devrait ensuite redescendre naturellement de 10 à 4 milliards d’habitants au cours du XXIIème siècle, à mesure que le développement africain s’accélérerait, que l’éducation y ferait reculer la natalité, comme c’est déjà le cas aujourd’hui dans une Chine qui vieillit rapidement.

 Pourquoi tous ces hommes (et femmes) dits « inutiles » aujourd’hui ? Parce que le système économique est vicié. Giraud distingue les « emplois nomades » et les « emplois sédentaires ». Les premiers sont en partie délocalisés par les grandes firmes depuis les pays à hauts salaires vers les pays à main-d’œuvre qualifiée et moins payée (disons des USA vers la Chine). Cette compétition pèse sur les salaires et le pouvoir d’achat des classes moyennes des pays riches. Quant aux emplois sédentaires, ils sont freinés par la stagnation du pouvoir d’achat des salariés des emplois nomades qui n’achètent plus suffisamment les services et les logements qu’ils produisent. Seule une minorité tire son épingle du jeu capitaliste, mais elle n’a ni le temps ni la capacité de consommer tous ses revenus. Des profits sont ensevelis dans les paradis fiscaux. Nous sommes dans le schéma classique de la « suraccumulation » de Marx ou de l’insuffisance de la demande de Keynes.

 Que faire pour occuper les « sédentaires » que le système juge « superflus » ? Il faut agir, pense notre économiste citoyen pour aller vers une « société juste » où chacun pourrait développer ses « capabilités » (Amartya Sen). Comment agir ? D’abord en rétablissant des condition de concurrence équilibrée entre des pays disposant des mêmes technologies, les uns payant des salaires élevés, les autres utilisant leur surplus de main-d’œuvre pour payer des salaires bien plus faibles. Giraud, citant la pensée mercantiliste (Friedrich List), pense que les pays développés devraient imposer un minimum de « contenu local » dans les produits vendus sur leur marché intérieur. En clair, il s’agit de reconstituer de grands marchés à préférence locale pour les produits industriels des « emplois nomades ». Pour les « emplois sédentaires » des services, il évoque une offre innovante, en citant notamment (mais bien trop rapidement !) l’Économie sociale et solidaire.

 Ceci, c’est pour le court terme ! À plus long terme, c’est le sort de l’Afrique qui est décisif pour l’avenir des pays européens. Si ce continent ne se développe pas, les plus talentueux de ses citoyens vont émigrer en masse vers … l’Europe, provoquant des « révoltes des multitudes » à l’intérieur de l’Union européenne, ou des guerres aux frontières. Comment développer l’Afrique, dans notre propre intérêt ? « Aider le Tiers-monde, c’est s’aider soi-même » disait le Président Mitterrand à la conférence des pays moins avancés à l’été 1981.

Le défi n’est pas mince : faire en sorte que les Africains puissent nourrir et employer 900 millions de personnes en plus d’ici 2050 ! L’ingénieur Giraud pense que l’Afrique a les ressources en eau et en terres arables, ainsi que les talents entrepreneuriaux pour avancer. Ce qui lui manque, ce sont les capitaux et les débouchés. L’économiste Giraud préconise une solution à la chinoise : le développement de grandes zones industrielles franches autour des ports, où les investisseurs seraient davantage les pays émergents (Chine en tête) que les pays développés. Cela suppose une diplomatie économique assez subtile de la part de l’Union Européenne : durcir les condition d’entrée des produits chinois, mais laisser pénétrer les produits africains (pour tarir à la source les flux migratoires massifs)

Je passe sur bien d’autres réflexions foisonnantes et souvent fulgurantes sur la crise financière inévitable à venir : il faudra « purger le mistigri financier » des immenses dettes accumulées par les États, les entreprises et les particuliers (les étudiants américains !). Revenir à l’ « économie marchande » que Braudel distinguait de « l’économie capitaliste » faite de finance et de grand négoce international. Prendre la crise climatique au sérieux en recourant à des incitations simples : taxer le carbone à 150 $ la tonne comme en Suède, alors que la France n’ose pas monter à 30$ la tonne, et prélever un droit de douane européen sur le pétrole importé pour monter son prix ttc à 80-100 € le baril.

L’essentiel est que ce livre publié au début de l’année 2016 lance un cri d’alarme sur la révolte qui couve, dont témoigne l’élection de Trump, et proclame : « Classes moyennes de tous les pays, unissez-vous ! » Les problèmes à résoudre d’urgence ne sont pas d’ordre technique (les économistes peuvent proposer des solutions), mais politiques.

Il faut agir, car le problème de « l’inutilité des hommes » dans un système économique centré sur le profit à court terme ne pourra que s’aggraver avec le temps. Et il faut agir pour reconstruire une « économie juste », pas seulement en France, ni même en Europe, mais aussi en Afrique et dans le monde.

Et si l’économie vous ennuie, allez vite voir « Une chambre en Inde », mis en scène par Ariane Mnouchkine à la Cartoucherie de Vincennes. Admirable d’humanisme multiculturel, tout simplement !

LA NOBLESSE DE L’ÉCHEC   

Christian SAUTTER et Catherine CADOU  s’expriment à leur manière sur la décision de François <Hollande

 « La noblesse de l’échec » est un livre d’Ivan Morris sur le Japon, dont je me suis souvenu quand François Hollande a annoncé en direct à la télévision qu’il ne se représenterait pas à la Présidence de la République. Cet homme, qui se voulait « normal », n’a pas tenu les promesses faites à ses électeurs. Il est resté inerte au début de son quinquennat, alors que les premiers « cent jours » produisent une sorte d’état de grâce qui permet de faire passer des réformes pas toujours populaires. C’est ce que fit de Gaulle entre juin et octobre 1958. Ou Mitterrand au début de son septennat : abolition de la peine de mort, libération de l’information, nationalisations.

Le vote promis des étrangers aux élections locales, la suppression rapide et stricte du cumul des mandats, deux réformes qui ne « coûtaient » rien au Trésor public, auraient pu être réalisées et ne l’ont pas été. L’inflexion de la désastreuse politique européenne d’austérité n’a été tentée qu’en juin 2012 pour être aussitôt abandonnée. Le redressement économique a été pris par le mauvais côté : 40 milliards ont été promis à toutes les entreprises sans aucune contrepartie, alors qu’il aurait été si simple, mais peut-être un peu vieillot, de concentrer les aides sur les seules entreprises qui faisaient un effort d’investissement et d’embauche dans leurs établissements situés dans l’hexagone.

Et, faute d’autorité et de dynamique commune, la majorité parlementaire et politique s’est rapidement effilochée. La dissidence de membres du gouvernement qui lui devaient tout n’a pas facilité sa tâche. Le chef de l’État a été digne au moment des attentats qui ont frappé la France, mais l’on ne peut vivre perpétuellement en état d’urgence ! Tel un samurai ayant fait son devoir dans la limite de ses moyens et ayant perdu, François Hollande s’est fait hara kiri, avec une dignité qu’il faut respecter.

 Il est trop tôt pour penser à la suite et jauger les petites ambitions qui vont fleurir, mais trois questions méritent la priorité : l’Europe, l’École  et l’Emploi.

Europe : « la France est notre patrie, l’Europe est notre avenir », disait François Mitterrand. Nous devons rejeter l’Europe honteuse et vouloir une Europe ambitieuse. Le choix du socialisme dans un seul pays, ou du souverainisme ressuscité, est tout simplement absurde. Entre la puissance économique américaine et la vigueur émergente en Chine, il n’y a plus de solution nationale. Avec le nouveau projet de la Russie de reconstituer l’URSS dans ses frontières, la gangrène qui ronge le Moyen-Orient, la nouvelle énergie de la jeune Afrique, il ne peut y avoir qu’une seule diplomatie européenne et une défense commune. Comment ? À combien ? Cela se discute, même si l’Europe a été étrangement absente du débat entre Fillon et Juppé. Une Europe de projets à géométrie variable doit remplacer le rejet larvé de l’Europe.

 École : non seulement plus de 100 000 jeunes « décrocheurs » sortent sans diplôme du système scolaire, mais c’est tout notre château de cartes éducatif qui, année après année, s’effondre dans les classements internationaux. On sent combien le carcan imposé depuis la rue de Grenelle par la cogestion entre une administration puissante et des égoïsmes corporatifs exprimés par les syndicats de personnel, freine tout effort d’innovation pédagogique et toute redistribution des moyens. L’autonomie des établissements scolaires, la souplesse des programmes, l’augmentation des moyens attribués aux équipes dont les résultats progressent (même et surtout dans les quartiers difficiles où devraient être envoyés les profs les plus expérimentés et les mieux payés), bref une école joyeuse et efficace comme celle, finlandaise, que montre le film « Demain », seraient de bonnes pistes à suivre !

 Emploi : on retrouve l’Europe qui, comme M. Trump (!), devrait se lancer dans une politique de grands travaux d’infrastructure ; dans le champ économique (énergie, transports, numérique) comme dans le champ social (universités, écoles, logement, troisième âge). Autant il faut serrer les budgets publics de fonctionnement, qui sont copieux en France, autant il faut mobiliser le trop plein d’épargne européenne pour financer des investissements, sans imposer des limites arbitraires. L’investissement public de demain est la production et l’emploi d’après demain ! Concentrons des moyens européens qui pourraient être considérables (le plan Juncker de 315 Mds€ est une allumette bienvenue mais bien modeste pour soulever la croissance européenne). Et, de notre côté, ciblons les ressources publiques françaises, nationales et locales, sur les seules entreprises qui se bougent. Le tandem entre le crédit d’impôt-recherche français et les programmes coopératifs européens de recherche est le bon exemple à généraliser.

 Mais l’emploi ne dépend pas que de l’innovation numérique dans des entreprises planétaires qui s’affrontent au-dessus de nos têtes ! L’emploi, c’est aussi et surtout le fait de milliers d’entreprises de taille petite ou moyenne qui travaillent le plus souvent (mais pas exclusivement) pour un marché de proximité. Et l’emploi ne devrait pas être la résultante ou le solde de calculs complexes de rentabilité, une variable d’ajustement en quelque sorte. L’emploi peut être un des objectifs majeurs d’une économie fonctionnant autrement.

C’est sur ce thème de « L’économie autrement » que 1500 personnes ont phosphoré pendant deux jours à Dijon, à l’initiative du mensuel « Alternatives Économiques ». Que retenir de ces quinze table rondes et 24 ateliers ? Un message de dynamisme, de diversité, de bonheur tout simplement.

 « Quand les grands arbres de la forêt font du bruit (en tombant), les jeunes pousses se multiplient, silencieusement ». Claude Alphandéry a inventé ce joli proverbe oriental pour décrire une renaissance indubitable. Des étudiants de Dijon ont monté « Vélo campus » pour récupérer quelques-uns des 1,5 million de vélos jetés chaque année, pour les retaper et les vendre à petits prix aux étudiants dont la fac est éloignée. « La bécane à Jules » a été créée selon la même logique d’économie circulaire et emploie des personnes en difficulté. « Juratri » fait travailler 140 personnes sans emploi pour faire du recyclage. Une coopérative de Commercy (la SCIC Savecom) propose aux familles des travaux d’économie d’énergie avec le financement et la garantie que les résultats promis et mesurés allègeront la facture de chauffage. 5000 Basques ont réuni 7 M€ pour financer des projets de développement local (Herrikoa). Un élu régional, Didier Hameau, né aux Minguettes, pousse les projets d’Économie Sociale et Solidaire en Bourgogne Franche Comté, avec un enthousiasme contagieux.

Le président du Crédit Coopératif a parlé des « lombrics du monde », d’une activité quasi souterraine de régénération de l’économie et de la société de notre pays. Ont été évoquées avec jubilation des « boucles locales de l’innovation » et des « boucles locales du financement ». France Active y travaille, au plus près des réalités régionales. Nous étions si loin de la machine administrative parisienne à fabriquer des normes uniformes, à engendrer de la complexité. L’avenir de l’emploi en France est dans les Régions !

 L’idée est bien de libérer les énergies des « entreprenants » du développement local et, pourquoi pas, du service public de terrain. Comme l’a dit une philosophe tonique, Cynthia Fleury : « Pour sortir de la dépression ? L’action. » Chacun, dans son bassin de vie, peut faire partie d’une minorité active dans l’initiative citoyenne, économique, sociale, écologique. Patrick Viveret a renchéri : « Il est trop tard pour être pessimiste » (Mathieu Ricard). « Non au pessimisme pépère ! »

 Pour échapper au découragement, il est bon de lire les textes de Charles Gide, (l’oncle d’André Gide), rassemblés par Denis Clerc (« La coopération contre le capitalisme », Alternatives Économiques, 2013). Ce grand universitaire plaidait pour que le « solidarisme » soit une troisième voie entre l’économie libérale et le socialisme marxiste. C’était en 1932, trois ans après la crise ouverte en 1929. Nous sommes en 2016, huit ans après la crise de 2008, avec de forts problèmes de chômage et d’inégalités de revenus, auxquels s’ajoute la nécessité d’alléger rapidement les agressions d’une nature aux ressources limitées et aux réactions imprévisibles !

Ce pionnier (protestant !) voulait faire de l’économie une science morale {et pourquoi pas la politique ?}. La production doit satisfaire les besoins plutôt que de pousser à une consommation ostentatoire ; elle doit dégager un intérêt raisonnable du capital engagé plutôt que faire du profit une fin en soi. Il bannissait ceux qu’il appelait joliment les « Messieurs Vautours », dont de récents exemples sont les anciens de Goldman Sachs choisis pour aider le futur président Trump. Trop de tentations rétrogrades s’affirment avec arrogance en France !

Souhaitons-nous des candidats moraux et ambitieux sur l’Europe, l’École et l’Emploi !

 

Piqûre de rappel nécessaire : L’Europe est-elle une utopie nécessaire ?

L’épisode dramatique de la vie politique grecque a révélé bien des contradictions de la construction européenne et renseigne aussi sur l’état de l’opinion des européens aujourd’hui. Je suis de la génération née durant la dernière guerre mondiale dans une famille ouvrière. Notre éducation a été nourrie par les luttes de nos aînés pour l’émancipation, par la prise de conscience des conséquences de la grande guerre et par la nocivité des idéologies fasciste et nazi, par l’illusion qu’un modèle alternatif au capitalisme débridé existait bel et bien à l’Est. Nos enfants ont aussi été éduqués à cet aune, mais avec nos petits enfants dont certains arrivent à l’âge adulte ces souvenirs s’estompent. Peu de pays en Europe ont en fait connu ce schéma. D’une part l’Espagne, le Portugal et la Grèce continuèrent à être régies par des dictatures assassines, d’autre part une beaucoup de pays qui avaient subi avec dureté le dernier conflit mondial furent placés sous domination soviétique avec des régimes qui n’avaient de démocratique que le nom et étaient tout aussi meurtrières. L’Allemagne et l’Italie, les principaux artisans du conflit, étaient de fait sous tutelle. Dans ce contexte quelques esprits éclairés, à la suite de l’appel de Winston Churchill, le Belge Paul-Henri Spaak et les français Jean Monnet et Robert Schuman se firent les VRP d’une démarche visant à créer les Etats-Unis d’Europe. Mais il faut bien convenir qu’en France tant les gaullistes que les communistes s’efforcèrent avec un certain succès à entraver la marche en avant. Les vingt années qui suivirent l’après-guerre virent se mettre en place à bas bruit une petite Europe (RoyaumeUni, République fédérale allemande, Bénélux, France et Italie) qui permit une amélioration sociale et économique constituant le noyau dur de l’Europe alors que les satellites de l’URSS et les pays de l’ouest sous dictature restaient en retard.

Partout en Europe cependant la jeunesse fermentait car les carcans sociaux et religieux étaient de moins en moins supportés et aboutirent aux divers mouvements de 1968. L’Europe de l’Est à l’Ouest, bousculée à des rythmes divers par l’émergence des nouvelles technologies de l’information (radio libres, informatique, etc.) et la soif de nouveauté les pouvoirs durent lâcher du lest sur les questions de morale et de sexualité. Les vingt années suivantes l’intrication des économies va induire la nécessité d’une ouverture des frontières intra-européennes procurant une fluidité plus grande des jeunes dans cet espace. La fin des dictatures d’Europe de l’ouest au Portugal, en Espagne et en Grèce va renforcer ce grand mouvement de brassage renforcé par l’arrivée du Danemark. L’Union Européenne disposait d’une assise confortable mais elle restait avant tout une confédération lâche ne disposant ni d’une monnaie ni d’une libre circulation. L’entré en application le 1er juillet 1987, l’acte unique européen avait pour but de redynamiser la construction européenne en fixant l’achèvement du marché intérieur à l’année 1993, permettant la libre circulation également des capitaux et des services. Mais l’acte européen demeure une cote mal taillée puisqu’elle laisse aux états, en théorie du moins la maîtrise de leur politique étrangère, économique, sociale et sécuritaire alors que la libre circulation devient la règle et la monnaie unique à laquelle le Royaume  Uni refusa d’adhérer ne put s’appuyer sur une gouvernance solide.

L’effondrement de l’union soviétique va considérablement modifier l’évolution de l’Europe. Une fois passé l’euphorie d’une liberté toute hypothétique envers laquelle il faut bien convenir seul, parmi les grands dirigeants occidentaux, Mitterrand manifesta de sérieuses réserves, se créa une fenêtre d’opportunité où va s’engouffrer un ultralibéralisme débridé dont les résultats en Russie sont encore terrifiants aujourd’hui ne serait-ce que par le recul de l’espérance de vie et l’atomisation de sa périphérie. Les couches populaires de l’Europe occidentale en seront les victimes expiatoires et rares furent les pays à pouvoir préserver l’Etat providence. Par une cruelle ironie de l’histoire, l’Espagne, le Portugal et la Grèce qui pensaient pouvoir se l’approprier en sont les victimes résiduelles sans qu’aucune solidarité ne se manifeste parmi les pays de l’ancien glacis soviétique tant y était discrédité tout ce qui provenait de l’Etat. Dans le même temps, l’Allemagne réunifiée, qui bénéficia d’une large solidarité de l’union européenne pour remettre à flot sa composante orientale, retrouva sous la houlette du chancelier social-démocrate Schroeder, devenu l’icône de tout ce que la France compte d’économistes peu imaginatifs, relança la politique du tout à l’Est en poussant à l’arrivée dans l’Union européenne du glacis soviétique et en regardant Eltsine puis Poutine comme les yeux de Chimène jusqu’à ce que la Crimée puis l’Ukraine ramènent ses successeurs à la réalité.

Dans le même temps l’unilatéralité libérale déstabilisait fortement le continent africain et le Moyen-Orient créant les conditions de l’émergence d’un islam simpliste et radical qui allait aussi trouver des adeptes parmi la progéniture des travailleurs émigrés d’Europe occidentale dont l’intégration à nos pays n’avait pu se réaliser pleinement dans un contexte économique dégradé où les couches moyennes et les retraités n’entendaient pas se laisser déborder. L’afflux de réfugiés dont on ne sait s’ils sont politiques, économiques ou d’opportunité a changé gravement l’ambiance politique générale entrainant la renaissance des sentiments identitaires dans l’Europe du nord et de l’est, et renforçant l’impatience de la jeunesse et des indignés de l’Europe du sud. Il serait stupide de prêter la main à ceux qui se saisissent de cette occasion trouver la cause de la situation actuelle dans la fermentation des années autour de mai 68,  le mal absolu pour la pensée néo-réactionnaire avec des nuances entre un Donald Tusk et un Nicolas Sarkozy mais qui tous les deux regrettent la levée des interdits de la civilisation judéo-chrétienne. D’une certaine manière, ils se font les complices de la  montée des interdits de la civilisation de l’islam tout en accentuant leur convergence vers ceux qui veulent faire sauter le rejet du racisme et de la xénophobie.

Devant cette situation il faut faire le pari de la jeunesse et du melting-pot. De ce point de vue je considère que la principale avancée de l’union européenne réside dans le programme Erasmus, que la droite européenne voulait affaiblir, et les programmes de recherche sur appels communautaires. Inversement je considère comme essentielle la lutte contre l’esprit de renoncement qui anime nos sociétés vieillissantes et font le lit de la néo-extrême droite européenne. Ce n’est pas une menace à prendre à la légère car le populisme et la xénophobie ont toujours été des données de fond des peuples européens. Et si, dans les systèmes démocratiques ils ont rarement dépassé le tiers des suffrages exprimés, dans plusieurs circonstances ils ont trouvé des alliés afin de prendre le pouvoir.

L’Europe est une utopie nécessaire pour la gauche a dit récemment Cohn-Bendit. Mais elle est aussi nécessaire pour la jeunesse et donc pour l’avenir de l’Europe et du monde. Plus que jamais les Etats Unis d’Europe sont une nécessité. Aujourd’hui ce n’est plus la fuite en avant qu’il nous faut. Laissons cette chimère aux « nouveaux philosophes ». Il nous faut une défense unifiée, un parlement élu au suffrage universel qui joue son rôle qui est de contrôler l’exécutif élu par lui. Certes une large décentralisation des décisions aux régions de l’Europe sera nécessaire. Il faut impérativement que l’Europe investisse non seulement chez elle mais dans les territoires d’où proviennent les cohortes d’immigrés, ce qui lui impose de participer à leur sécurisation. Quelle autre alternative ? Les indignés, les gauches des gauches ne peuvent se fourvoyer comme l’on fait il y a trois quart de siècle leurs aînés et servir de marches-pieds aux héritiers des idéologies qui détruiront notre continent et nous rendront à notre tour des esclaves. Mais il faut aussi que les profits réalisés par l’économie européenne ne soient plus confisqués par quelques-uns et servent en priorité à cette politique. Non l’Europe n’est pas une utopie nécessaire mais une nécessité absolue.

Les Picards le 18 août 2015

Ma ville sans migrants

Intervention de Daniel Breuiller, maire d’Arcueil, en réponse au vœu du Front National

Conseil municipal du 29 septembre 2016

Ce vœu est une insulte à l’histoire de notre pays et de notre commune.

Je vais vous rappeler la Constitution de 1793 :

« Tout étranger âgé de 21 ans, qui domicilié en France, y vit de son travail, ou acquiert une propriété ou épouse une française ou adopte un enfant ou nourrit un vieillard, tout étranger enfin, qui sera jugé par le corps législatif avoir bien mérité de l’humanité, est admis à l’exercice des droits des citoyens français. »

Voilà plus de deux siècles, la République se définissait ouverte et accueillante. Votre pensée est moyenâgeuse,

Arcueil a accueilli bien des migrants : Marie Curie par exemple, Antoine Marin dont un prix d’art contemporain porte le nom… Combien de familles venues d’Italie ou d’Espagne fuyant le fascisme, combien de familles juives d’Europe de l’Est dont plusieurs, hélas, livrées par la police de Pétain au régime Nazi. Des gens célèbres mais aussi des maçons, des carriers, des ouvriers, des instituteurs, des réalisateurs, des commerçants. Dulcie September, luttant en France contre le régime de l’apartheid jusqu’à son assassinat. Des réfugiés chiliens fuyant Pinochet et même sans doute des réfugiés roumains fuyant la dictature Ceausescu.

Si nous avions fermé la porte aux migrants vous ne trouveriez guère de médecins à l’accueil des urgences de l’hôpital, les poubelles ne seraient plus ramassées dans nos rues, votre colistière ne serait peut-être pas à vos côtés ce soir et Picasso n’aurait pas rencontré Julio Gonzalez ici même.

Votre vœu est une honte à propos des réfugiés alors qu’en ce moment même des enfants meurent sous les bombes à Alep, des familles sont affamées, les opposants politiques assassinés en Syrie, au Soudan ou en Erythrée. Votre vœu est une honte parce que plus de 11 000 personnes ont péri en Méditerranée au cours des deux dernières années.

Notre ville s’est déclarée prête voilà un an à participer à l’accueil de réfugiés car Calais, les bidonvilles qui fleurissent sont une indignité. A ce jour nous n’avons pas été sollicités, mais je réitère au nom de la majorité municipale notre disponibilité à accueillir les deux ou trois familles que les engagements internationaux nous demanderaient d’accueillir.

Il y a 36 000 communes en France, les engagements internationaux de la France parlent de 30 000 réfugiés, l’évacuation de Calais et des autres camps concerne 12 000 personnes. Cela ne fait même pas une famille par commune ! Et nous ne pourrions pas ? A Arcueil, des particuliers se sont portés volontaires pour accompagner ces migrants dans leur insertion et même plusieurs pour les loger. Une famille syrienne vit depuis 3 ans dans un logement de 30m² avec 3 enfants. Elle est avocate, lui ingénieure et ils vivent en faisant des ménages et des traductions.

Beaucoup de familles françaises ont un parent ou un aïeul étranger. Ici même dans le conseil nous avons des parents, grands-parents venus de Belgique, de Guinée, du Cameroun, de Pologne, d’Algérie, du Maroc, de Roumanie, de Serbie, du Portugal, d’Espagne… Ils forment notre nation par leur adhésion aux valeurs de la République.

Votre vœu cultive le fonds de commerce de votre parti, la peur, la haine de l’étranger. Marion Maréchal Le Pen parle des migrants comme la « poussière » que l’on disperse. Elle dit « ça » pour qualifier des humains. Ces discours, cette attitude ressemblent énormément aux années 1930 lorsque, la crise économique s’aggravant, des gouvernements ont fait des juifs, le bouc émissaire de la colère de leurs peuples.

Les êtres humains ont en eux, la capacité à s’élever, la capacité d’empathie et de fraternité. Ils ont aussi des pulsions de mort et de violence contre lesquelles la culture, l’éducation et l’amour de son prochain doivent former rempart. Vous portez une très lourde responsabilité en appuyant sur ces tentations de haine et de xénophobie.

Nous ne vous laisserons pas dénaturer notre pays. »

Les Français ont la mémoire courte. Un billet de Michel Besse militant corrézien :Ne pas se laisser abuser !

Nouvelles fraîches de Chamboulive dans La Montagne du 25 octobre.

Le porte-parole des manifestants flics noctambules n’est pas flic, il ne l’a jamais été, il bosse chez Carrefour, s’appelle Rodolphe Schwartz et c’est un militant du rassemblement bleu Marine. En clair les flics du FN jouent les noctambules. Les syndicats sérieux devraient reprendre cette affaire en main. On devrait régler le problème avec une augmentation de salaire et un peu de pommade. On parle de 100 millions pour calmer ces braves gens…Y a que ça qui marche…Du pognon…Jeudi on était à 250 briques pour du beau matériel : voitures blindées etc… Amis et collègues Proviseurs il faut prendre vos camionnettes de service et faire pareil, vous qu’on agresse régulièrement. On vous intaillera des barbelés et des miradors.

Selon Jean d’Ormesson Juppé va faire du Hollande à ceci près qu’on va avoir la retraite à 65 ans, les 39 heures (adieu les RTT), la fin de l’ISF,  l’augmentation de la TVA etc… Sus aux pauvres et pendant ce temps la gauche joue les effarouchées. Selon Standard and poor’s la note de la France s’améliore…on s’en fout totalement

Suggestion aux amis de l’agglomération : La déchetterie de Chamboulive est très bien tenue par un préposé sympa, bosseur et accueillant. Comme dirait ma grand-mère : dommage qu’il soit noir !!! Je râle quand je vois le portail régulièrement défoncé, le grillage arraché par les inévitables « baraquins »  comme les nommait ma grand-mère. Et si on ne mettait pas de serrure mais un simple panneau d’interdiction de pénétrer hors la présence du gardien…De toute façon ils entreront…

Séquence : tout n’est pas à jeter dans notre société :

Savez-vous que la vision et la prise en charge du handicap ont bien évolué avec la loi de 75 (Giscard) les lois de 82 et 83 (Mitterrand), les lois de 2002 et 2005 (Chirac). On n’entend plus ou rarement des réflexions du genre : quand on a un gosse comme ça on le cache, vous pouvez venir avec François, ça ne nous « gêne pas », je ne suis pas faite pour enseigner à ce « genre » d’enfant, trouvez de la place ailleurs (Igny, Directrice de maternelle). Nous trouvâmes de la place ailleurs, à Clamart et jamais François ne mit un orteil dans une école de sa commune… Aujourd’hui que ce soit à Tulle, à Chamboulive ou à Seilhac quand François a une difficulté, genre téléphone qui ne passe pas, escalier trop raide pour lui, il trouve toujours une main tendue…et oui c’est pour ça que j’aime les gens d’ici comme on dit

L’ami Le Drian a réussi encore un bon coup avec l’implantation d’une demi brigade de la Légion sur le Larzac et discutant avec les gens du coin (pas avec les écolos gauchos de je ne sais où). Tout le monde y trouve son compte et la vie réapparait sur le plateau. Il semble que Cazeneuve s’en tire bien à Calais…même chose on parle

Deux maisons de santé financées par l’agglomération à Tulle et Corrèze avec 2 présidents médecins appréciés. Ce ne sera pas comme dans certains cas une entreprise totalement commerciale et privée…maison de santé au service des actionnaires et non maison de santé au service des patients. On a des phénomènes semblables avec les résidences séniors et les maisons de retraite.

Remarquable bulletin de Tulle Agglo…bravo aux communicants de la colline…

Ça bouge à Seilhac, des travaux d’amélioration un peu partout. Les finances seraient-elles enfin maîtrisées après la gestion irresponsable de la droite ?

Prix de journée à l’EHPAD de Chamboulive : 57 euros. Dans la région parisienne, le double et où vaut-il mieux vivre ?  A Chamboulive sans discussion aucune…CQFD.

Considérations nationales

Quelques-uns de mes « correspondants », rares il est vrai, ne supportent pas que je dise des trucs (surtout quand les choses sont vraies mais cachées). Faut pas m’en vouloir, c’est l’habitude du débat qui fait partie de ma seconde nature. Je n’importune plus les amis qui ne veulent pas entendre des trucs qui ne leur plaisent pas et je ne leur en veux pas, loin de là.

Mélenchon un Besancenot qui a réussi mais qui ne sert toujours à rien, pas plus que le facteur. Si on s’achemine vers 500 députés de droite et 50 PS ; Il y aura une trentaine FN avec Le Nord et PACA. En avant la musique pour les « réformes de fond comme ils disent »

Macron a communiqué les noms de ses fans les plus proches…j’en connais pas un… et aucun n’a jamais fait de choses un peu sympa genre Président d’Emmaüs ou MSF ou autres… des bourges rien que des bourges et avec des ambitions. Reste à rencontrer les électeurs et faire leurs preuves. La bulle médiatique commence d’ailleurs à baisser dans les sondages…

 Le chômage augmente c’est la faute à Hollande. Le chômage baisse, il n’y est pour rien et on oublie de parler des intérims etc…refrain habituel…Voir Le Figaro et le Point. Tout le monde sait que le CICE et pacte de solidarité combinés aux mesures pour les jeunes (emplois d’avenir) commencent à porter leurs fruits et ce serait bien le moins tant on a du faire de cadeaux aux patrons pour relancer la machine avec des emplois durables.

Selon les économistes libéraux c’est tellement mieux ailleurs, en Allemagne : pas de chômage mais pas de gosses, en Angleterre : pas de chômage mais système de santé nul, aux Etats Unis : pas de chômage mais des archi-pauvres en veux-tu en voilà, au Danemark avec l’égoïsme en bandoulière…Tout n’est pas rose chez nous mais on est bien en France. L’accueil des réfugiés un peu partout ce n’est pas rien. Les associations sont au top et il y en a. Cazeneuve et Fabienne Buccio, la préfète du Pas de Calais (connue en Corrèze) ont été à la hauteur pour l’évacuation de la jungle.

The European Parliament says NO to proposed EU budget cuts and YES to research and innovation

Today, the European Parliament (EP) has adopted in plenary its position on the EU budget for 2017. LERU is pleased to see that the EP sticks to its commitment to research and growth by suggesting to endow the EU with the appropriate funds to realise them. LERU particularly welcomes the EP´s confirmation of allocations for research contained in the EC´s initial proposal and its further increase, the reversal of all cuts suggested by the Finance Ministers (ECOFIN), and the full compensation of the European Fund for Strategic Investment (EFSI)-related cuts in Horizon 2020. Sadly, there is also a sense of “déja vu” in the EU annual budgetary procedure with regard to research… an acceptable proposal by the European Commission, followed by offensive cuts by the Council (ECOFIN) and a European Parliament that finally comes to the rescue of the EU budget for research. During the conciliation period that is now starting, LERU would like to see the EP´s position prevail over the Council´s blind national interests and unjustified cuts.

 The EP´s position on the EU budget and the MFF

 LERU welcomes the EP´s continuous support for research during the budgetary procedures and deeply regrets the tiresome attitude of the Council to introduce cuts to research. In particular, LERU very much supports the EP´s reversal of the Council´s cuts, the increase of certain allocations compared to the EC´s proposal and the offsetting of the EFSI-related cuts.

 1.    Reversal of all cuts suggested by the Council

LERU very much supports the EP in noting that “that subheading 1a [Competitiveness for Growth and Jobs] is once again severely affected by the Council’s reading with 52% of the overall Council cuts in commitments falling within this heading” and questioning therefore “how the Council’s political priority on jobs and growth is reflected in this reading”. LERU applauds the EP, which “strongly disagrees with these cuts in a heading that symbolises the European added value and delivers more growth and jobs for citizens; [and] consequently decides to restore all cuts made by the Council”.

 2.    Increase of certain allocations with regard to the EC´s initial proposal

The text adopted by the EP plenary today increases commitments to €161.8 billion and payments to €136.8 billion. In particular, LERU welcomes the EP´s proposal to increase the highly successful but underfunded Marie Curie, European Research Council and Erasmus+ programmes above the level of the Draft Budget proposed by the EC.

 3.    Compensation in full of EFSI-related cuts

After all its efforts to mitigate the EFSI-related cuts on research, LERU is pleased to see that the EP is delivering on its commitment to minimise the budgetary impact of EFSI on Horizon 2020 by deciding “to fully restore the original pre-EFSI profile of the Horizon 2020 and the Connecting Europe Facility (CEF) [for a total of €1.24 billion in commitments for 2017 via new appropriations to be obtained through the mid-term revision of the Multi-Financial Framework 2014-2020 –MFF-] lines that were cut for the provisioning of the EFSI Guarantee Fund”. LERU joins the EP in expecting that an overall agreement on this pressing matter is reached in the framework of the mid-term revision of the MFF.

 LERU also welcomes the EP´s resolution adopted today in plenary on the mid-term revision of the MFF, in particular, the call for the modifications to be implemented without delay and integrated already in the EU budget 2017, and the proposal for a new binding payment plan for 2016-2020 to be agreed between the three institutions to avoid the previous backlog of payments. LERU also very much welcomes the EC´s proposal for the MFF revisionwith regard to the top-ups for Horizon 2020 and Erasmus+ (€400 million each). These are increases that demonstrably reflect Commissioner Georgieva´s commitment to have an “EU budget focused on results” and Commissioner Moedas´ determined support for this increase. The €400 million for H2020 is to be distributed equally among the following four budgetary lines: ERC, Spreading Excellence and Widening Participation, the European Open Science Cloud and the European Innovation Council).

As stated by Prof. Deketelaere, Secretary-General of LERU, “it is infuriating to see the Council´s position in the budgetary procedure -year after year- with regard to research.Fortunately, we have a persistent European Parliament that acknowledges the importance of matching words with deeds and which fights for appropriate and justified research funding levels.”

 

Pourquoi le discours de Marine Le Pen reste profondément d’extrême droite par Olivier Faye et Les Décodeurs

J’ai trouvé important de mettre en ligne cette analyse parue dans un supplément du monde hier.

Marine Le Pen l’assume : elle veut prendre le pouvoir. La perspective semble encore lointaine, en l’absence d’une majorité dans le pays ou d’alliés susceptibles de lui offrir ce strapontin, mais dire les choses, c’est déjà leur donner un semblant de réalité. Dès son accession à la présidence du Front national, le 16 janvier 2011, la députée européenne avait affiché son intention. Son père, Jean-Marie Le Pen, appartenait à la génération des « éveilleurs » ; elle serait de celle des « bâtisseurs ».

La prétention de Marine Le Pen est parfois vue avec dédain par ses adversaires, mais les résultats électoraux du FN, en constante progression, des cantonales de 2011 aux régionales de 2015, incitent à considérer le parti d’extrême droite. Les sondages aussi, qui annoncent depuis trois ans la présidente du Front national présente au second tour de la présidentielle de 2017. Dès lors, il semble nécessaire de prendre au sérieux ce qu’elle a à dire.

Fixer son verbe

Nous avons choisi de reproduire et d’analyser dans sa quasi-intégralité le discours prononcé par la candidate d’extrême droite lors de ses Estivales, à Fréjus (Var), le 17 septembre. Outre le fait qu’il balaye la plupart des sujets qui animeront la présidentielle – sécurité, économie, immigration, identité, relations internationales –, ce discours est vu au FN comme un élément fondateur de sa campagne. Ses différents aspects seront déclinés durant les six mois qui nous séparent du premier tour du scrutin.

De nombreux universitaires et journalistes ont produit des travaux de qualité, ces dernières années, pour définir le « marinisme », ses mots, ses idées, ses concepts. Notre propos est d’essayer de « fixer » cette doctrine – ou cette ligne politique – à un moment où elle va se confronter à une échéance majeure, pour elle et pour le pays. Qu’est-ce qui distingue Marine Le Pen du « jean-marisme », expression forgée par son père ces derniers mois pour remplacer le terme « lepénisme », qu’il partage désormais avec sa fille honnie ? En quoi cette femme politique de 48 ans, née après la seconde guerre mondiale et les conflits coloniaux, qui a grandi avec la crise économique et la libération des mœurs, s’inscrit-elle dans l’histoire du nationalisme français ? Quelles références utilise-t-elle, et à quelles fins ?

« Peuple », « liberté » et « Etat »

Certaines évolutions sémantiques existent, et traduisent les stratégies électorales de la candidate. Pour son intronisation comme présidente du FN, au congrès de Tours, en 2011, Marine Le Pen avait articulé son intervention autour de deux notions : l’Etat et le peuple. Le premier devait servir le second, être remis entre ses mains et constituer un remède aux afflictions françaises.

A Fréjus, en septembre, la députée européenne s’est encore réclamée du « peuple », mais elle a cette fois conjugué cette notion avec celle de « liberté ». Le mot revient 29 fois dans son discours tandis que l’expression « libre » est utilisée 17 fois. En 2011, le terme d’« Etat » était employé à 51 reprises. Cinq ans après, il n’est repris que 11 fois. Sans modifier le programme sur le fond, les mots permettent de s’adresser à un électorat de droite traditionnel, que beaucoup au FN estiment délaissé par leur parti.

Des sources d’inspiration, qui ne sont pas nommées ou assumées, de la nouvelle droite aux nationalistes-révolutionnaires, permettent aussi de donner des clés de compréhension à son discours. Car plus que par le passé, Marine Le Pen joue de l’euphémisme et de l’implicite. La finalité, elle, est limpide : ratisser le plus largement possible en vue du second tour de l’élection présidentielle.

#1 : Une nation organique

CE QU’ELLE A DIT

« C’est en candidate du peuple que je me présente devant vous (…) Le peuple français, c’est vous et c’est nous. Ce sont des millions d’hommes et de femmes fondamentalement unis par des liens invisibles mais irréductibles, unis par l’amour d’un pays, par l’attachement à une langue et une culture, un peuple c’est un seul cœur qui bat dans des millions de poitrines, c’est un même souffle, une même espérance. »

CE QUE ÇA VEUT DIRE

Dès le début de son discours, Marine Le Pen décrit sa conception du peuple, qu’elle voit comme un tout homogène et immanent, des hommes et des femmes « unis par des liens invisibles mais irréductibles (…) par l’attachement à une langue et à une culture ». En clair, la députée européenne promeut une conception organique de la nation, que l’on oppose à celle basée sur l’adhésion à des valeurs communes. « Cela ne veut pas dire qu’elle rejette la citoyenneté contractuelle, mais elle y pose des limites », analyse le politologue Jean-Yves Camus, directeur de l’Observatoire des radicalités politiques.

Plus loin dans son propos, la présidente du Front national développe l’idée que le « monde ne survivra que par la diversité humaine, culturelle, la biodiversité », c’est-à-dire en protégeant l’existence « des civilisations » – au pluriel – en les préservant les unes des autres. « Elle emprunte aux nationalistes-révolutionnaires [courant de l’extrême droite radicale qui mêle culte de la différence et discours socialisant]. Ces derniers expliquent que face au système à tuer les peuples, au métissage culturel, il faut permettre de recréer des unités organiques », rappelle l’historien Nicolas Lebourg, auteur de Lettres aux Français qui croient que cinq ans d’extrême droite remettraient la France debout (Les échappés). Ce que préconisait, en somme, François Duprat, ancien militant nationaliste-révolutionnaire et tête pensante du Front national… dans les années 1970.

2 L’imminence du cahot

CE QU’ELLE A DIT

« Personne ne doit ignorer que cette élection présidentielle, cette élection de 2017, met en jeu une alternative implacable, soit la France, sa souveraineté, son identité, ses valeurs, sa prospérité, soit un pays que nous ne reconnaîtrons plus, qui nous sera devenu étranger. »

CE QUE ÇA VEUT DIRE

Le Front national ou le saut dans le vide. Voilà l’alternative que suggère Marine Le Pen quand elle estime que « cette élection de 2017 » va décider si la France conserve « sa souveraineté, son identité, ses valeurs » ou si elle devient « un pays que nous ne reconnaîtrons plus, qui nous sera devenu étranger ». Dramatiser l’enjeu, promettre des lendemains qui déchantent : l’outil rhétorique a souvent été utilisé par le FN. Dès sa fondation, en 1972, le slogan du parti d’extrême droite invitait au sursaut : « Avec nous avant qu’il ne soit trop tard ». Jean-Marie Le Pen a repris cette antienne, par exemple lors de l’élection présidentielle de 1988. Il dénonçait à la télévision, graphiques à l’appui, la « menace » de l’immigration et son caractère supposément irréversible.

En parlant d’un pays « qui nous sera devenu étranger », Marine Le Pen aborde de manière implicite la théorie du « grand remplacement ». Cette dernière postule que les immigrés extra-européens, en particulier les Maghrébins et les personnes venues d’Afrique subsaharienne, se substituent à la population française « de souche » dans le cadre d’un plan établi par des élites. La présidente du FN refuse d’endosser cette expression, populaire au sein de l’extrême droite et dans son propre parti, au prétexte qu’elle relèverait d’une vision « complotiste » du monde. Mais le discours de la candidate revient à faire planer cette menace d’une France subvertie. Dans d’autres circonstances, Mme Le Pen n’hésite pas à se demander si « la France va rester la France ».

Souveraineté et identité

CE QU’ELLE A DIT

« Il n’y aura plus de France sans identité. Et il n’y aura pas d’identité sans souveraineté. »

CE QUE ÇA VEUT DIRE

Le discours de Fréjus a été l’occasion pour Marine Le Pen d’adresser un message à son camp, en même temps qu’elle parlait au grand public. « Il n’y aura plus de France sans identité et il n’y aura pas d’identité sans souveraineté », affirme-t-elle. La sentence est une réponse directe au journaliste Eric Zemmour, qui avait estimé quelques jours plus tôt que la fille de Jean-Marie Le Pen se trompait de combat en privilégiant, selon lui, la défense de la souveraineté. En clair, M. Zemmour reproche à la candidate d’endosser la ligne de son bras droit Florian Philippot plutôt que celle de sa nièce, la députée de Vaucluse Marion Maréchal-Le Pen.

La présidente du FN ne change pas de cap, et rappelle dans son discours qu’elle milite pour le retour en France de souverainetés dévolues à l’Union européenne. Mais Marine Le Pen tente d’équilibrer son message en plaçant l’identité à un niveau d’importance égal. La finalité du combat qu’elle mène est, dit-elle, de préserver l’identité française. « Les identitaires peuvent être très heureux de ce discours. Si elle continue à marcher sur deux jambes comme ça, elle peut réaliser un gros score au premier tour et se ménager des reports de voix au second tour, estime l’historien Nicolas Lebourg. Elle piège Nicolas Sarkozy, qui n’est lui que sur le thème de l’identité depuis son entrée en campagne. »

Un ennemi intérieur

CE QU’ELLE A DIT

« Nous, citoyens français, nous, peuple français, ne décidons plus de notre destin. Nos lois ne sont plus nos lois, nos codes et nos mœurs ne sont plus nos codes et nos mœurs, et la politique de la France est trop souvent dictée de l’étranger. »

CE QUE ÇA VEUT DIRE

L’extrême droite a pour coutume de désigner deux ennemis : intérieur (le Parti communiste, par exemple) et extérieur (l’Union soviétique, dans le même ordre d’idée). Ici, Marine Le Pen pointe de manière allusive un ennemi intérieur, que l’on perçoit comme étant le résultat de l’immigration : il n’est pas « de France », n’aurait pas ses « codes », ses « mots », commettrait des « crimes » et mettrait à mal « l’intégrité du territoire »« Elle procède par allusions et périphrases pour dépeindre sous un visage effrayant, car mystérieux, des ennemis jamais nommés : des populations non autochtones, qui sont assimilées à des criminels, analyse Cécile Alduy, professeur à Stanford et auteure avec Stéphane Wahnich de Marine Le Pen prise aux mots (Seuil, 2015). L’ennemi est aussi dangereux que fuyant. »

Un absent très présent

CE QU’ELLE A DIT

« Est présent sur notre sol autre chose que des criminels, sont présents des ennemis qui entendent faire régner des lois, des mœurs, une idéologie politico-religieuse, venus de l’extérieur. »

CE QUE ÇA VEUT DIRE

Tout au long de ce discours, Marine Le Pen joue sur l’implicite. Aucun adversaire politique n’est nommé. Pas plus qu’une religion ou une idéologie. Lors de la précédente université d’été du FN, à Marseille, le 8 septembre 2015, la présidente du parti d’extrême droite avait promis de mettre l’« islam radical à genoux ». Cette fois, les mots « islam » ou « islamisme » ne sont pas prononcés. Une manière de ne pas désigner un bouc-émissaire, en apparence. Tout juste dénonce-t-elle la présence « sur notre sol » d’« ennemis (…) venus de l’extérieur » pour servir une « idéologie politico-religieuse ». En clair, de djihadistes, qui seraient présents sur le territoire français du fait d’une immigration non contrôlée – ce qui occulte le fait que certains d’entre eux sont français depuis leur naissance. « Ne pas nommer signifie qu’il n’y a pas besoin de décodeur, cela va de soi, note l’historien Olivier Dard, professeur à l’université Paris-IV et spécialiste du nationalisme français. Son discours est compréhensible par tout le monde, c’est symptomatique de la lepénisation des esprits. » Le propos de la présidente du FN était plus transparent, à Tours, en 2011 : « L’Europe n’est pas un califat, la France n’est pas un califat, elle ne l’a jamais été, elle ne le sera jamais. » En 1988, Jean-Marie Le Pen jouait de son côté au prophète sur le sujet : « Dans vingt ans, la France sera une république islamique. »

La trahison des élites

CE QU’ELLE A DIT

« Je ne désignerai pas un ennemi extérieur, ni même un parti de l’étranger, ce serait trop facile et trop réducteur. La complaisance est dans nos têtes, elle est dans nos petits arrangements avec l’intérêt national, et elle est dans l’abdication devant un système qui livre tout bien commun, tout projet collectif, aux appétits individuels. »

CE QUE ÇA VEUT DIRE

Dans son discours, Marine Le Pen assure ne pas vouloir désigner un « ennemi extérieur » ou un « parti de l’étranger » – une pente sur laquelle l’extrême droite s’aventure régulièrement pour expliquer le « déclin » français. De manière étonnante, elle utilise même le « nous »pour pointer des erreurs collectives : « Nous avons cru… » ; « Nous avons trop cédé… » ; « Nous avons accepté… », etc. « Elle développe l’idée que nous sommes responsables de notre propre décadence. Elle rompt avec la théorie du bouc-émissaire classique à l’extrême droite », note Jean-Yves Camus, de la fondation Jean-Jaurès.

Cette posture ne l’empêche pas, pour autant, de vilipender quelques minutes plus tard ces « élus » qui auraient trahi le peuple français en signant « des traités qui aliènent la liberté de la nation, qui placent ses lois, sa justice et ses mœurs sous contrôle étranger ». Les responsables sont désignés – les élites, qui ont cédé le pouvoir à « Washington, Berlin ou Bruxelles » – et l’adversaire est tout trouvé, l’Union européenne. Comme l’ensemble des organisations supranationales, cette dernière voudrait « en finir avec les peuples, les frontières et les nations ». Dans la rhétorique mariniste, l’UE remplace petit à petit l’URSS comme ennemi extérieur. La présidente du FN a répété ces derniers mois qu’elle voulait faire tomber le « mur de Bruxelles » et a estimé que le « destin de l’UE ressemble de plus en plus à celui de l’Union soviétique ».

Le patriotisme économique

CE QU’ELLE A DIT

« C’est Alstom aujourd’hui qu’il faudrait abandonner ! Alstom, fleuron de notre technologie industrielle, leader incontesté de son marché, que l’on voudrait abandonner parce qu’on ne prend même plus la peine d’acheter ses produits ! »

CE QUE ÇA VEUT DIRE

Marine Le Pen a toujours défendu l’intervention de l’Etat dans l’économie, quitte à s’attirer des critiques dans son camp et au sein de la droite. Une vraie rupture avec son père, qui était marqué par le logiciel libéral. Là, la présidente du FN se désole à l’idée que l’on puisse« abandonner » Alstom, « fleuron de notre technologie industrielle ». En défendant l’industrie française coûte que coûte, elle se démarque de certains de ses probables concurrents lors de l’élection présidentielle, Alain Juppé en tête. Comme le rappelle l’historien Nicolas Lebourg, l’ancien premier ministre se disait prêt, quand il était à Matignon, en 1996, à revendre la société Thomson au chinois Daewoo pour 1 franc symbolique. « Ça ne vaut rien… », expliquait-il alors à la télévision.

Dans son discours de Fréjus, Mme Le Pen assume sa ligne. « Il faut reprendre l’examen des privatisations hasardeuses », estime-t-elle. Une manière de garder sous contrôle une économie qui, dans son esprit, est « indissociable de la nation ». Et doit servir son projet d’une société homogène.

L’immigration

CE QU’ELLE A DIT

« La religion immigrationniste est une insulte à la personne humaine, dont l’intégrité est toujours liée à une communauté nationale, une langue, une culture »

CE QUE ÇA VEUT DIRE

Voilà un sujet sur lequel la partition de Marine Le Pen n’est (presque) pas implicite : l’immigration. La présidente du FN dénonce dans son discours « la religion immigrationniste », qui « est une insulte à la personne humaine, dont l’intégrité est toujours liée à une communauté nationale, une langue, une culture ». De son point de vue, l’immigré représente un péril pour l’identité individuelle et collective. « Ces peuples », dit-elle de manière volontairement vague, « dont la croyance, les mœurs, les pratiques ne sont pas les nôtres, n’ont pas vocation à être en France ». Les laisser venir en France serait même leur faire « une insulte », puisque la culture française les empêcherait eux-mêmes de s’épanouir. « Elle dénonce le communautarisme et y cède en même temps en se réclamant d’un communautarisme majoritaire. Elle est dans une vision d’une communauté cloisonnée et figée », note l’historien Grégoire Kauffmann, auteur du livre Le Nouveau FN. Les vieux habits du populisme (Seuil, 112 pages, 11,80 euros). Pas question, en revanche, de donner des détails sur ces « peuples » qui seraient incompatibles avec les Français… « Elle est sur l’euphémisation des éléments les plus clivants », relève M. Kauffmann.

En utilisant le terme de « religion », la fille de Jean-Marie Le Pen tente par ailleurs de disqualifier le discours de ses opposants pour se ranger, elle, du côté de la raison. Ce qualificatif est utilisé une autre fois quand elle évoque, dans une même volonté de dénigrement, la« religion du multiculturalisme ».

Le multiculturalisme

CE QU’ELLE A DIT

« Derrière le multiculturalisme et le communautarisme sur le sol de notre patrie, vient la remise en cause de la liberté, de toutes les libertés, celles notamment conquises par les femmes, à quel prix ! Notre pays vit une période folle qui voit les droits des femmes s’effacer, de plus en plus rapidement, derrière les victoires du fondamentalisme ! »

CE QUE ÇA VEUT DIRE

Le marinisme se distingue par certaines cohérences. En règle générale, la « société multiculturelle » est synonyme de « société multiconflictuelle ». Pour étayer ce propos, le Liban, contre-modèle de l’extrême droite française depuis les années 1980, sert toujours d’argumentaire. « Le Liban fut le triste exemple, la guerre civile entre des communautés qui tôt ou tard découvrent qu’elles ne sont pas faites pour vivre sans conflit, pour travailler, voter, se gouverner ensemble », explique Marine Le Pen dans son discours. D’où sa volonté de maintenir des cloisons entre les civilisations : « Oui au multiculturalisme au niveau de la planète, non au multiculturalisme dans un seul pays. »

Un différentialisme que la présidente du FN affirme avec force, comme rarement ces dernières années. Son propos n’est pas sans rappeler celui des tenants de la Nouvelle droite, qui, au cours des décennies 1970-1980, ont contribué à renouveler le logiciel de la droite et de l’extrême droite dans une logique élitiste et identitaire. « La Nouvelle droite se place dans le refus de la fin de l’histoire. Son chef de file Alain de Benoist postule que le monde périra s’il n’y a plus de civilisations. Il parle d‘idéologies humaines », rappelle Jean-Yves Camus, de la fondation Jean-Jaurès.

Les femmes

CE QU’ELLE A DIT

« Notre pays vit une période folle qui voit les droits des femmes s’effacer, de plus en plus rapidement, derrière les victoires du fondamentalisme ! Je dis aux Françaises, et à tous ceux qui les aiment pour ce qu’elles sont, qu’elles pourront compter sur moi !  »

CE QUE ÇA VEUT DIRE

D’une pierre deux coups. Depuis les agressions du Nouvel An 2016, à Cologne, Marine Le Pen a épousé la cause des femmes pour mieux dénoncer l’immigration et l’« islamisme ». Une manière d’essayer de rattraper son retard auprès de l’électorat féminin, tout en restant fidèle à ses fondamentaux. « Notre pays vit une période folle qui voit les droits des femmes s’effacer, de plus en plus rapidement, derrière les victoires du fondamentalisme ! Je dis aux Françaises, et à tous ceux qui les aiment pour ce qu’elles sont, qu’elles pourront compter sur moi ! », promet la candidate dans son discours. Cette posture a été adoptée depuis plusieurs années par l’allié néerlandais du FN, le PVV, parti farouchement anti-islam, qui prend la défense des droits des homosexuels dans le même ordre d’idées.

La cause des femmes n’a rien de naturel au Front national. Le 1er mai 2016, une partie des cadres et de la base frontiste s’était offusquée lorsque la députée européenne Sophie Montel avait assuré que la formation d’extrême droite défendait « la non-remise en cause de l’avortement » et « le droit de la femme à disposer de son corps ». Mme Le Pen elle-même utilisait encore, en 2012, l’expression d’avortements « de confort ».

Les réprouvés

QU’ELLE A DIT

« Il faut se souvenir de toutes celles, de tous ceux qui ont combattu, qui ont parlé, qui ont raconté, qui ont témoigné. Ils ont été les témoins de l’ombre, les héros anonymes d’un combat pour la France aussi essentiel, aussi vital que peu d’autres. »

CE QUE ÇA VEUT DIRE

Le passage pourrait presque être interprété comme un hommage à Jean-Marie Le Pen. Il rend grâce aux militants d’extrême droite des dernières décennies. Face aux tenants de la « religion immigrationniste », Marine Le Pen appelle à « se souvenir (…) des héros anonymes »« prophètes d’un monde qui vient », que « la caricature » aurait dépeint en « adeptes de l’exclusion, de la fermeture », en « nostalgiques d’un passé condamné ». L’extrême droite s’est longtemps vécue – et pour certains se vit encore – comme une famille de« réprouvés », ostracisée par la société et la classe politique. Mme Le Pen, comme pouvait le faire son père avant elle, salue donc ces militants, qui constituent à ses yeux l’avant-garde. Toutefois, une différence est à noter par rapport au cofondateur du FN : dans l’esprit de sa fille, la victoire culturelle a été remportée par son camp, qui aurait dépeint le « réel » avant les autres. Nul besoin, donc, de continuer à se voir comme un perdant magnifique.

Les références

E QU’ELLE A DIT

« De Pékin à Brasilia et de N’Djamena à Calcutta, et aussi d’Alger à Montréal, cette France-là, la France de Victor Hugo et de Claude Lévi-Strauss, la France du général de Gaulle et d’André Malraux, était bien vivante et elle était attendue. »

CE QUE ÇA VEUT DIRE

René Girard, Claude Lévi-Strauss, André Malraux, Victor Hugo… Le Panthéon dressé par Marine Le Pen dans son discours ne répond en rien aux canons traditionnels des références du « camp » national. « Si elle avait voulu parler avec les mots du nationalisme, elle aurait pu citer Maurice Barrès par exemple, sur la querelle du cosmopolitisme. Mais elle préfère utiliser des références connues et acceptables, note Olivier Dard, spécialiste du nationalisme français. Elle est plus dans l’occupation d’un espace que dans une filiation idéologique. Il faut imaginer Charles Maurras faisant l’éloge de Victor Hugo… Elle n’a pas le souci de la cohérence idéologique. »

Le Front national aime brouiller les pistes pour essayer de rejeter l’étiquette d’extrême droite. Dans le passé, il n’a pas hésité à mettre Jaurès sur ses affiches ; Marine Le Pen à citer Raymond Aron à la télévision ; la section FN de Sciences Po à se baptiser du nom de Jean Moulin. Peu importe la cohérence historique, ni que d’anciens collaborateurs aient contribué à la fondation du Front national.

La posture gaullienne

CE QU’ELLE A DIT

« Qu’est-ce que la France si elle n’est pas la France libre, non alignée, toujours debout quand il s’agit d’affirmer la liberté des peuples à choisir leur destin ? »

CE QUE ÇA VEUT DIRE

Certaines références sont encore plus acceptables que les autres. Tout au long de son discours, Marine Le Pen file la métaphore de la « France libre » pour tenter de se placer dans les pas du général de Gaulle, une des rares personnalités politiques dont elle cite le nom. Dans son esprit, l’homme du 18-Juin est synonyme d’indépendance, de souveraineté et de grandeur. « Le moment est venu de remettre la France, libre, égale et souveraine, parmi les autres nations, elles-mêmes libres, égales et souveraines », lance-t-elle. Et de plaider pour une France « non-alignée » – sur les Etats-Unis, en particulier. Ces dernières années, les positions du FN sur la scène internationale collent souvent à celles de la Russie de Vladimir Poutine.

Mme Le Pen, dont le bras droit Florian Philippot se réclame du général, veut se tailler un costume gaullien depuis plusieurs années. Dans son discours de Fréjus, elle glisse des références implicites à l’ancien président de la République. Lorsqu’elle affirme que le multiculturalisme a « une apparence » – « le respect de toutes les différences » – et une « réalité » – « celui de les détruire toutes », son propos évoque celui du général de Gaulle à la suite du putsch des généraux à Alger, le 21 avril 1961. « Ce pouvoir a une apparence : un quarteron de généraux en retraite. Il a une réalité : un groupe d’officiers partisans, ambitieux et fanatiques », déclarait-il alors à la radio. Savoureux, quand on se rappelle que le Front national a été fondé par des partisans de l’Algérie française et d’anciens membres de l’OAS.

Un libéralisme national

CE QU’ELLE A DIT

« Pour que se lèvent à nouveau les forces du progrès, du renouveau, de la grandeur française, il faut à la fois que s’allègent à l’intérieur les contraintes et l’injustice fiscales, les contraintes réglementaires, juridiques, qui sanctionnent la réussite, qui découragent l’initiative et privilégient la rente sur l’investissement à risque, et que se renforcent à l’extérieur le principe de la préférence pour soi et de primauté de la Nation. »

CE QUE ÇA VEUT DIRE

Marine Le Pen prend dans ce discours un virage sémantique frappant. Elle plaide d’un côté pour que « s’allègent à l’intérieur [du pays] les contraintes et l’injustice fiscales, les contraintes réglementaires, juridiques, qui sanctionnent la réussite, qui découragent l’initiative » et de l’autre pour « que se renforcent à l’extérieur le principe de la préférence pour soi et de primauté de la nation ». Un décalque quasi-parfait de la position défendue par sa nièce Marion Maréchal-Le Pen, réputée plus libérale.

Dans un autre passage de son discours, la présidente du FN déplore l’assistanat – sans utiliser le terme – en regrettant « l’enfermement malheureux dans l’assistance et même l’asservissement des uns et la spoliation des fruits du travail des autres ». Une manière de répondre aux critiques de la droite et de certains au sein de son camp qui voient dans son programme économique un avatar de la gauche. En défendant à la fois l’intervention de l’Etat et une plus grande liberté pour les entrepreneurs, la députée européenne tente de ratisser le plus largement possible, au risque du grand écart.

Un capitalisme national

CE QU’ELLE A DIT

« Croissance régulière, monnaie nationale, égalité sociale, diffusées à tous les bénéfices du capitalisme national. »

CE QUE ÇA VEUT DIRE

Marine Le Pen assure s’opposer aux excès du libre-échange, pas au capitalisme en tant que tel. Dans son esprit, ce dernier doit être raisonné et au service des intérêts de la nation. La présidente du FN plaide dans son discours pour que les salariés « aient une plus large part » aux résultats des entreprises « en tant qu’associés en capital ». Il faut « que le succès de quelques-uns participe davantage au progrès de tous, qu’un capitalisme national entraîne mieux et davantage la France vers plus grand, plus riche, plus fort », estime-t-elle.

« Le capitalisme national tel que l’économiste Maurice Allais l’a pensé était praticable dans les années 1960-1970, mais plus dans les années 2010, estime Jean-Yves Camus, de la fondation Jean-Jaurès. L’économie n’était pas aussi financiarisée, il y avait un plan, les transferts de souveraineté n’étaient pas ce qu’ils sont aujourd’hui… Elle reste sur un modèle d’hier. » De fait, l’idée n’est pas neuve au sein du Front national. « C’est une reprise de Bruno Mégret [ancien numéro 2 du FN dans les années 1990]. On ne dit pas que les actionnaires doivent accumuler les dividendes mais que les Français doivent devenir copropriétaires des entreprises. Le programme pour les législatives de 1993 défendait déjà cela », rappelle l’historien Nicolas Lebourg.

Le progrès

CE QU’ELLE A DIT

« Au-delà de nos différences, au-delà de nos histoires personnelles et de nos préférences partisanes, au-delà des formules et des politiques, nous avons la France en commun. »

CE QUE ÇA VEUT DIRE

Après avoir dépeint pendant près d’une heure un tableau sombre de la France, Marine Le Pen offre un dégagement qu’elle veut porteur d’espoir. La présidente du FN souhaite « que se lèvent à nouveau les forces du progrès, du renouveau, de la grandeur française » ; elle dit vouloir mener le combat pour « la liberté » et le « véritable progrès »« C’est la première fois que j’entends l’extrême droite investir le vocabulaire ’progressiste’», assure l’historien Nicolas Lebourg. Une nécessité pour essayer de rassembler au second tour de la présidentielle.

La conclusion de la candidate frontiste pourrait même être reprise au mot près lors de l’entre-deux tours. « Au-delà de nos différences, au-delà de nos histoires personnelles et de nos préférences partisanes, au-delà des formules et des politiques, nous avons la France en commun », affirme-t-elle, s’adressant à l’ensemble des Français.

Pour autant, l’optimisme – dimension essentielle pour qui veut entraîner une majorité derrière soi lors de ce type de scrutin – n’imprime pas encore son propos. « Les fondamentaux de son discours n’ont pas beaucoup évolué par rapport à celui qu’elle avait prononcé à Tours, en 2011, note Grégoire Kauffmann. Elle est dans une sorte d’autisme rhétorique, son propos est toujours anxiogène et catastrophiste. Au fond, ce discours n’est pas vraiment celui de la France apaisée. »

 

Président honoraire de l'université Pierre et Marie Curie